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Full text of "L'Intermédiaire des chercheurs et curieux"

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CHERCHEURS ET CURIEUX 



Cherchez et vous < , **^^^ ♦"j m '^ »^ /fl^* 
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L'INTERMÉDIAIRE 



DES 



CHERCHEURS ET CURIEUX 

FONDÉ EN 1864 

CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, HISTORiaUE ET ARTISTIQUE 
QUESTIONS ET RÉPONSES, LETTRES ET DOCUMENTS INÉDITS 

COMMUNICATIONS DIVERSES A L'USAGE DE TOUS 

LITTÉRATEURS ET GENS DU MONDE, PROFESSEURS, ARTISTES, AMATEURS, 
BIBLIOPHILES, ÉRUDITS, COLLECTIONNEURS, ARCHÉOLOGUES, GÉNÉALOGISTES, NUMISMATES, ETC. 



48^ ANNÉE — 1912 

DEUXIÈME SEMESTRE 

VOLUME LXVI 



PARIS 



V INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

?1 bis, RUE VICTOR MA5SÉ ;i bis 



309 



LXVI* Volume Paraissant Us lo, 30 et )o de chaque mois 



10 JuIUet 1912 



48» Année 
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DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS KT RÉPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUE 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme, et de n'écrire que 
d'jtn côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d? pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, toute 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet . 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Qiiand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauf exception, 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



amuedtionô 



Séjour de la cour à St-Qermain en 

1586. — Je trouve sur la garde d'un 
livre que la Cour (Henri III étant roi) a 
fait un séjour à St-Gerrnain (je suppose en 
Laye) en 1586. 

Je désirerais savoir si cette indication 
est exacte, si ce séjour a eu réellement 
lieu, et à quelle époque de l'année et si 
on connaît les noms des personnes de la 
Cour qui en firent partie. Bellechasse. 

La statue de saint Jacques de 
Compostelle. Par qui fut-elle enle- 
vée en 1809 ? Soult ou Ney ? — 

Par qui fut enlevée, fin janvier ou com- 



mencement de février 1809, la statue, en 
métaux précieux, de saint Jacques de 
Compostelle, qui ornait la cathédrale de 
la ville de ce nom en Espagne ? 

D'après les mémoires du général 
d'Hautpoul {Revue de Paris., de novem- 
bre 1904) ce serait le maréchal Ney, dont 
la femme se serait, un peu plus tard, pa- 
rée de deux diamants qui figuraient les 
yeux du saint. 

A l'époque de l'enlèvement de la sta- 
tue que fixe le général d'Hautpoul, si le 
maréchal Soult se trouvait à Saint-Jacques, 
le maréchal était à la Carogne. 

11 serait très vraisemblable d'impu- 
ter cette action au duc de Dalmalie, puis- 
qu'il se trouvait à Saint-Jacques, quand 
elle fut accomplie et qu'elle cadre vrai- 
ment mieux avec son caractère qu'avec 
celui de Ney. 

Néanmoins, nous sollicitons les avis sur 
cette donnée. Que sait-on de l'enlèvement 
de cette précieuse statue .? A qui faut-il 
l'attribuer ? A-t-il été écrit et publié une 
étude particulière à ce sujet ? 

M. 



Une lettre de marque signée 
« Louis XVI » en 1793. — Nous avons 
eu sous les yeux un document qui appelle 
des observations : c'est une lettre de 
marque pour le capitaine d'un bâti- 
ment, délivrée en janvier 1793 (an II 
de la République), au nom de Louis XVI, 
au Temple depuis des mois, à la veille 
d'être exécuté, et remplacé par un gou- 
vernement exécutif depuis son incarcéra- 
tion. 

LXV - 1 



"i' m 



. Vol. LXVI. 



L'INTERMÉDIAIRE 



La pièce est signée du roi et contresi- 
gnée par le ministre. 

Cortiment délivrait-on, sous la Conven- 
tion, des lettres signées au nom du roi 
prisonnier ? 

Y a-t-il d'autres exemples de ce fait 
étrange r 

On peut supposer avec raisoq — la 
griffe du ministre le prouve — flue ces 
documents étaient envoyés en blanc et 
déjà signés, au port. 

Là, on les rem[)lissait selon les besoins 
du service. 

Il n'en reste pas moins extraordinaire, 
de voir à une époque où la Révolution 
jalouse de son autorité, tenait pour sus- 
pecte toute trace de l'ancienne autorité 
royale, que des bâtiments circulaient avec 
des laisser-passer au nom du roi. 

V. 

Lady Ç. — Lady Stuart. — |1 y a 

une vinguune d'années , M. Pierre de 
L^no publia chez H Simonis Empis, un 
j-oman [ort... fantastique, intitulé : Un 
drame aux Tuileries sons te second Empire. 
Le fôlé principal en est rempli par une 
*< ladv Stuart >». A en croire la préface 
cette femme aurait fourni elle-même les 
éléments du volume. En 18914, elle aurait 
encore vécu. « De même âgé, à peu près, 
que l'Impératrice Eugénie dont elle fut la 
rivale, ayant comme elle, aujourd'hui, 
des cheveux blancs, elle eut jadis tous les 
privilèges d'une teauté et d'une situation 
enviées > . 

Comme i} est peu probable que cette 
personne soit encore en vie, jën demande 
je nom véritable et les souvenirs qu'on a 
pu garder d'elle. 

M. de Lano prétend l'avoir légèrement 
esquissée dans ^es précédents ouvrages 
sur le second Empire. En effet, on trouve 
à son sujet quelques notes dans Les Bals 
travestis et les tableaux vivants sous le se- 
cond F.mptrc (W . Simonis Empis (1892), 
iage 76. Elle y parait sous le nom de 
ady C... 

SoudainemeiU jetée hors de la demeure 
<|'un galant homme qui l'aimait et qu'elle 
avait outragé, elle vint en France, et gr.ide 
au nom qu elle portait, grâce aussi à des 
complaisartces secrètes, elle lor^ le seuil 
d<s Tuilerie?. Lé fnaîtfe la vit et la voulut ; 
Comme elle n'était là que pour être voulue, 
elle ne fit pas traîner la marche qu'on lui 
proposait. Elle fouilla le cœur de cet homme 



f. 



éternellement épris de féminité... Mais son 
rêve fut court. Sedan l'empoita... Elle fut 
l'unedes dernières maîtresses de l'Empereur, 
et elle montre encore chez elle, en une vi- 
trine, la tasse en laquelle Napoléon III, au 
camp de Châlons, but son café; comme 
"Ussi le collier de diamants qu'il avait en- 
roulé à son cou, un soir, à lontainebleau. 
Après la guerre, elle revint s'établir de nou- 
veau à Paris où elle fit une politique exoti- 
que. 

Op. cit. p. 76). 

plie garda la mémoire de l'Empereur et 
porta son deuil. Depuis, elle fut l'amie du 
duc d'Edimbourg, qui descendait secrète- 
ment chez elle, lorsqu'il veiiaità Paris. Elle en 
eut deux enfants. Son fils Jack — le fils de 
l'empereur Napoléon 111 — est actuellement 
l'un des plus distingués officiers de l'armée 
anglaise. 

{Roman cité, p. 306). 

Je demande donc : 1° qui serait lady 
Stuart et de qui parle M. de Lano quand 
il désigne lady C... 2° qui était l'amie du 
duc Edimbourg .i' 

JOACHIM KiJHN. 

[Selon sa nature, la réponse sera ou non 
transmise directement à l'auteur]. 

Le siège de Paris de 886 : la pla- 
que du Petit Pont. — Lors de la dé- 
lense de Paris contre les pirates normands 
en 886, douze Parisiens périrent en dé- 
fendant le Petit Pont, au milieu duquel 
avait été élevée une Tour de Bois, qui 
dura jusqu'en 1309. Le nom de ces douze 
héros, dit M. le marquis de Rochegude 
(1903), Guide pratique à travers le vieux 
Paris, page 220) est gravé sur une pla- 
que posée sur l'annexe de j'Hôtel Dieu 
(place du Petit Pont), 

Or cette place a été complètement mo- 
difiée, l'annexe de l'Hôtel Dieu a disparu. 
QLi'ést devenue la plaque? ' 

V. A. T. 

Château de Séverac (iVveyroi^). 

— Aux confins de la Lozère et de l'Avey- 
ron, sur la route de Paris à Perpignan, le 
petit village de Séverac étage ses maisons 
grises au piccj d'une motte féodale que 
couronnent les ruines encore imposantes 
d'un château gothique en partie restauré 
au xvut siècle. 

Qyel intepTiédiairiste avçyronnais ou 
lozérien pourrait pie dire s'il existe uqc 



DES CHERCHEURS BT CURIEUX 



lo Juillet 191 2 



histoire du château de Séverac et des fa- 
milles qui l'ont habité ? 

Joseph BalloffeT. 

Raccourci pour dire un louis. — 

Sur une liste de souscription faite au club 
des Jacobins de Belfort le 27 brumaire 
an H, je vois un des membres s'inscrire 
pour « un raccourci ». Connaît-on d'autres 
exemples de cette façon de désigner la 
pièce d'un louis après la décapitation du 

roi .'' JOACHIM . 

Randoa de la Tour — Pourrais-je 
avoir quelques renseignements généalo- 
giques sur la famille Randon de la Tour? 

M. A. 

Randon de Pommery. — Généalo- 
gie de cette famille. M. A. 

Randon du Lauloy. — Généalogie 
de cette famille. M. A. 

Randon de Groslier. — Généalogie 
de cette tamille. M. A. 

Randon de Boisset. — Généalogie 
de cette famille. M. A. 

Les Veron, luthiers à Paris. 
XVIH" siècle. — J'ai un vieux violon- 
celle 3/4 portant à l'intérieur une éti- 
quette avec la mention : 

Arsène Veron^ rue de la Verrerie, à Pa- 
ris, ly^g. 

Pierre-André Veron. son père ou son 
frère (?) tut aussi luthier à Paris, de 1720 
à 1750. 

Le Conservatoire possède de ce luth'.er, 
un pardessus de viole (n° 179). 

Renseignement sur ces deux artistes, 
sur la valeur et la rareté des instruments 
sortis de leurs mains. 

C. DE St-M.. . 

Angel Thouin. — Quel était cet 
artiste, qui vivait dans la seconde moitié 
du xix« siècle et dont il existait des des- 
sins dans la collection du marquis de 
Chennevières ? A. B. R. 

Armoiries sur un tableau à déter- 
miner. — Un tableau porte un cartou- 
che accosté de la date de 16^7, avec, en 
blason spivant : Parti : au i échiqueté 



d'or et d'apir ; ati 2 de gueules à la fasce 
d'argent, accompagnée de six étoiles (6) 
d'or. A qui ces armes appartenaient-elles ? 

C. T. 

Armoiries à déterminer : à 3 têtes 
de lion. — Sur le plat intérieur d'un 
exemplaire des Liaisons dangereuses (édi- 
tion de 1782) que je possède, il y a un 
bimple carré de papier portant : 

Ex Libris 
Le Bouyer Saint-Gervais 

Sous ce papier décollé j'ai découvert 
les armoiries suivantes : 

Ecu rond, encartouché d'acanthe et dg 
laurier ; 

Le chef de gueules ; 

Le reste d^or aux ^ têtes de lion ou lionne 
disposées ; i , 2, ? . 

Le tout timbré d'une couronne com- 
tale. 

Un aimable intermédiairiste pourrait-il 
me faire savoir à quelle famille appar- 
tiennent ces armoiries? Est-ce aux Bouyer 
Saint Gervais ? ou bien celui-ci n'est-il 
qu'un propriétaire postérieur du livre ? 

L. Deniquet, 

Armoiries de la famille Breuil de 
La Rochepot. — On désirerait connaî- 
tre les armoiries de la famille Breuil de 
La Rochepot (seigneurs de Sordroc, bas 
Limousin). Alimno. 

René Gueuble — Pourrait-on m'in- 
diquer les armes de René Gueuble, d'une 
famille du Nivernais, qui fut gentilhomme 
servant d'Henri III, roi de France, avant 
son avènement au trône ? S. G. L. 



« La Vie de M. Pascal ». Exem- 
plaire de Bossuet. |'ai en ma pos- 
session un exemplaire, bien conservé, de 
La Vie de M. Pascal, escrite par Madame 
Périet , sa sœur, femme de M. Périer con- 
seiller de la Cour des Aydes de Clermont. 
Amsterdam, Abr. Wolfgang, 1684, petit 
in-i2 de 51 pages, lequel est relié en veaq 
plein, granité(reliure ancienne), aux Armes 
de J.-B.Bossuet, évêque de Meaux, frappées 
en or sur les deux plats. 

L'encre d'impression de la page 48, 
comme si le volume avait été relié un peu 
trop tôt, a légèrement maculé sur le blanc 
de la page 49. — Je m'imagine que ce 



N« 1333. Vol. LXVI 



L'INTERMEDIAIRE 



8 



précieux petit livre a pu, autrefois, être 
offert, comme exemplaire de présent, par 
l'auteur même, à liilustre Prélat. 

Serait-il resté, dans la fjmille Périer, 
à Clermont-Ferrand, quelques traces, 
écrites ou légendaires, de relations qui 
auraient pu exister, entre Bossuct et Ma- 
dame Françoise-Gilberte Périer,(Clermont 
1620 Paris 1687), sœur aînée de Pascal? 
Ulric Richard-Desaix. 

Voltaire — Heuriade. Notes si- 
gnée K. — Qiielques-unes des notes du 
chant II de la Henriade sont signées K. 

On désirerait savoir quel est l'auteur 
réel de ces notes (Voltaire lui-même ou 
un autre) et dans quelle édition de la 
Heuriade elles furent imprimées pour la 
première fois. Bellechasse. 

« Si vous n^. me voulez guérir », 
auteur à retrouver. — D'où sont tirés 
les vers que voici : 

Si vous me voulez guérir, 

Ne dites pas, belle Cerise, 

etc., ? P. Ll. 

Distique latin à identifier : « Quid 
tacies .. ». — Quand les traités de mo- 
rale théologique parlent du vice de la 
luxure, ils donnent nombre de moyens de 
l'éviter, mais le meilleur de tous est la 
fuite des occasions. Or les moralistes ci- 
tent à cet etfet un distique, qui se trouve 
ordinairement dans les traités de théolo- 
gie et sent bien son dix-huitième siè- 
cle. 11 dit « lorsque tu seras en face de 
Vénus que dois tu faire .? ne t'arrête pas 
mais va-t-en, de peur que tu ne périsses 
par elle ». 

Quid faciès, faciès Veneris cum veneris 

[anle . 
Ne sedeas, sed eas, ne perems per eas. 

Ce distique latin est un jeu de mots 
continuel c'est ce qui le rend intéres- 
sant. Mais, et voilà où la question devient 
plus difiîcile, qui en est l'auteur ? Selon 
moi, il remonteriiit au xvin'= siècle où on 
affectionnait beaucoup ces jeux de mots, 
mais je n'ai que cette seule indication, 
qui est, il faut bien aussi le dire, très va- 
gue. D"^ A. B 

Blois et ses habitants. — Dans le 
médiocre ouvrage anonyme publié par 
Adrien Baillet sous le titre Auteurs dégui- 



se:^ sous des noms étrangers, emprunte:^^ sup- 
pose:(... (Paris. 1690) je lis que Scaliger a 
désignésous le nom de Stercorarius unas- 
tronome ou chronologiste de Blois nommé 
Temporarius. 

11 est vray [ajoute l'auteur] que ces deux 
noms ne se rapportent l'un à l'autre que par la 
terminaison ; mais rallusion de Scaliger re- 
tomboit sur le mauvais sobriquet que l'on 
a donné aux habitants de la ville de Blois. 

Quel est ce mystérieux sobriquet .? 

René Villes. 

Bolivar. — Pourrait-on me dire pour- 
quoi on appelle bolivar ce chapeau de 
forme évasé qui était si à la mode vers 
1820? America. 

Les sœurs associées, — A propos 
de Jacqueline Pascal, il y a dans Port- 
Royal une belle page de Sainte-Beuve, sur 
les sœurs, dont l'influence s'est fait sen- 
tir sur la vie et les œuvres des frères. La 
« sœur Henriette »,de Renan, est un exem- 
ple admirable de ces sœurs qu'on pour- 
rait appeler des « sœurs associées. » 

Pourrait-on citer d'autres noms de 
sœurs qui aient été dignes de passer à 
l'histoire par leur amour fraternel .? 

Sainte-Beuve parle des sœurs du grand 
Arnauld et de M. de Pomponne, dont je 
ne sais rien. 

Cette question a d'ailleurs la plus 
grande actualité, puisqu'on pense à la 
commémoration d'Eugénie de Guérin. 

Medeiros. 

Le parti Joconde, à P Académie 
française, en 1841. — Dans l'intéres- 
sant volume de M. A. de Bersaucourt, 
récemment édité par le Mercure de France., 
et qui a pour titre : Les pamphets contre 
Victor Hugo, on lit, à la page 20, l'appré- 
ciation suivante donnée par Alphonse 
Karr, dans Les Guêpes, au sujet de la ré- 
ception de l'auteur àHernani à l'Acadé- 
mie française : 

Les difificuités qu'a faites |r Académie pour 
recevoir M. Hugo l'ont fait plus honnir de- 
puis quelques années peut-être qu'elle ne l'a 
jamais été. Les Académiciens, du moins le 
parti Joconde, lui attribuent ces avanies, et 
l'un deux a dit le jour de la nomination : 
M. Hu^o entre à l'Académie comme on 
épouae une fille qu'on a déshonorée, 

Qji'était-ce le c parti Joconde » ? 

Gros Malo. 



DBS CBRCHBURS HT GURIBUX 



10 Juillet 191*. 



lû 



Sép0n0e0 



La maladie de Louis XV à Metz 
LXV, 349, 455, 605). — Parmi les in- 
nombrables médecins auxquels on a at- 
tribué la guérison de Louis XV, il en est 
un sur lequel M. Pierre s'exprime ainsi 
dans l'Intermédiaire du 10 avril 1912: 

Ce miracle serait dû à un vulgaire empi- 
rique, dont on s'abstient par conséquent de 
citer le nom et sur la personnalité duquel on 
n'est pas absolument d'accord. On dit que 
c'est un médecin juif de Metz qui lui a fait 
appliquer des sangsues sur la tète et pren- 
dre de l'émétique. Cette dernière piste est, 
je crois, la bonne, etc. 

C'est en effet la bonne piste, et je sais 
le nom de ce médecin, ou du moins le 
nom sous lequel il était connu. J'expli- 
querai plus loin cette distinction. 

— D'après une tradition constante 
dans ma famille, cet <* empirique » était 
mon arrière-bisaïeul, Rabbi Gafriel ben 
Feiberman établi à Metz et qui, quoique 
juif, était le médecin favori des officiers 
de la garnison, mais qui, en qualité de 
juif,ne pouvait habiter que les faubourgs, 
où il était très populaire parmi ses core- 
ligionnaires. C'est donc avec raison 
qu'Arsène Houssaye a pu écrire qu'il s'agit 
« d'un homme très connu de la garnison 
et des Faubourgs » {Intermédiaire, même 
numéro). 

)'ai possédé autrefois copie d'une déli- 
bération de la municipalité de Metz qui, 
en reconnaissance de son succès, lui con- 
fère le droit de bourgeoisie et l'autorise à 
demeurer en quelque point de la ville qui 
lui conviendra, alors que ses coreligion- 
naires étaient relégués dansles Faubourgs. 
Cette copie a disparu en 1870 avec mes 
autres papiers laissés à Corbeil pendant 
que j'étais commandant du génie auxi- 
liaire au 22® corps d'armée (Lille) et 
qu'une compagnie du 3° régiment d'infan- 
terie bavaroise occupait mon habitation 
en mon absence. 

On retrouverait peut-être dans les ar- 
chives de la ville de Metz l'original de la 
délibération. La recherche serait facile 
puisque la délibération a dû suivre de près 
la guérison qui est, je crois, de 1744. Cette 
recherche ne m'a pas tenté parce qu'il 
m'importe peu d'être ou de ne pas être un 
descendant du véritable guérisseur de 



Louis XV, mais dès lors que ce problème 
de petite Histoire a été soulevé, je crois 
opportun d'y apporter ma contribution. 
Il est bon de rappeler qu'avant le dé- 
cret du 20 juillet 1808 par lequel Napo- 
léon l""" astreignit les juifs à prendre des 
noms de famille, beaucoup de ceux-ci 
suivaient la coutume orientale d'après la- 
quelle un fils ne prend pas le nom de son 
père, mais est désigné par : Un tel, tlls 
(ben) de Un tel. De plus, les Juifs de Metz 
parqués, sinon dans un Ghetto, du moins 
dans un quartier spécial, se désignaient 
entre eux par des sobriquets familiers, si 
exclusivement employés, que plus d'un 
d'entre eux aurait été embarrassé de dire 
le nom officiel de tel de ses amis. C'est 
peut-être le nom officiel de mon ascen- 
dant qui figure dans la délibération, et il 
est possible que le nom de Rabbi Gafriel, 
sous lequel je l'ai toujours entendu dési- 
gner, soit un sobriquet amical. 

Il semble résulter du même article de 
Y Intermédiaire, que d'après la France 
médicale, cet empirique se serait appelé 
Ladoucette. Cela n'est pas possible. Au- 
cun juif de cette époque ne pouvait s'ap- 
peler Ladoucette, et ce nom est encore 
aujourd'hui inconnu parmi les Juifs. 

Ladoucette fut en effet un des médecins 
qui soignèrent Louis XV à la fin de sa 
maladie et, comme tous ses confrères, il 
s'attribua la guérison, à tort ou à raison, 
mais l'un de ses neveux fut fait par Na- 
poléon P'", Préfet et Baron de l'Empire, ce 
qui exclut toute possibilité qu'il pût être 
juif. 

C'est au moment où Ladoucette lui- 
même désespérait de la guérison, que les 
officiers de la garnison se décidèrent à 
signalera l'entourage du Roi, « l'empiri- 
que » juif qui leur donnait habituellement 
ses soins. 

Les fils, petits fils, et arrière petits-fils 
de Rabbi Gafriel ben Feiberman furent 
presque tous médecins militaires. L'un 
d'eux est représenté soignant un blessé 
sur le champ de bataille, dans la vaste 
composition d'Horace Vernet : — la prise 
de la Smala d'Ab-el-Kader — qui orne 
une des salles du musée de Versailles. Le 
cartouche indicateur des têtes, placé au 
bas du tableau, le désigne sous le nom 
de : Docteur Philippe. — Un autre, Pros- 
per Philippe,fit sa carrière dans les troupes 



N» 1333. Vol. LXVI. 



L'INTBRMéDiAliik 



II 



12 



d'Algérie et la termina comme médecin- 
major de l'hôlcl des Invalides à Paris. 

Tous deux avaient été élevés dans la 
religion catiiolique. Un troisièrne, resté 
israélite et décédé en 18154, Abraham 
Philippe, fut médecin major du i*' régi- 
ment d'artillerie. 

Philippe Leroy. 

La manufacture de Réveillon au 
faubourg Saint- Antoine (LXV, 589). 
— Noël serait-il assez aimable pour m'in- 
diquer l'hôtel des Champs Elysées où je 
pourrais voir le marteau qui rehaussait la 
porte cochere de la Folie Titon, et chsz 
quels amateurs ont été dispersées les boi- 
series et la rampe en fer forge .'' je lui en 
serais très reconnaissant car ces souvenirs 
m'intéressent spécialem.ent. Jack. 

La condamnation de Louis X"VI 
et la franc-maçonneriô (LXII ; LXV, 
io6, 209, 265, 413, 602, 6=55, 698^. — 
Pour répondre au témoignage publié par 
M. Gall, je résume le document : 

Le 13 juillet 1870, un père vint trou- 
vât son fils au parloir de son collège et lui 
dit : \< Nous ne nous re verrons plus en 
cette vie ; c'est pour cela que je désire te 
communiquer mes dernières volontés. » 

« Juste un an après, au jour et à l'heure 
même >* la tombe se referma sur la dé- 
pouille du père. 

Vingt huit ans après, le fils « ne possé- 
dant aucun document ne put faire con- 
naître le testament de son père que ver- 
balement, et il dit dans une conférence, à 
Vienne en 1898 : « En 1784, il y eut, à 
Francfort une réunion extraordinaire de 
la grande loge éclectique. Un des mem- 
bres mit aux voix la condamnation à 
mort de Louis XVI roi de France et de 
Gustave 111, roi de Suède. Cet homme 
c'était mon grand père. » 

Onze ans plus tard, 38 ans après la 
mort de son père, le fils vient dire : < Au 
grand Congres de la franc maçonnerie à 
Francfort le Grand maître de la loge de 
Wetzlar.mon grand-père, proposa l'assas- 
sinat de tous les monarques conserva- 
teurs de l'Europe. Or, il n'y avait que le 
souverain catholique Louis XVI et le pro- 
testant Gustave III de Sqèdè. Celte propo- 
sition obtint force de loi ; deux frères, 
Bode et Knigge, furent envoyés à l'aris et 
à Stockolm, avec mandat d oxciter les lo- 



ges des deux pays, à travailler au plan 
général. A Paris ce fut la Loge des Amis- 
Réunis. qui se transforma plus tard en 
Club des Jacobins. » 

A ce vote fameux on a assigné quatre 
dates : 

1° Barruel et presque tous les adver- 
saires de la Maçonnerie 1782 ; 

2° Le signataire du témoignage 1784 ; 
3"'Monseigneur Besson 1785 ; 
•° Monseigneur Mathieu 1786. 
A cet ensemble de faits précis, je ré- 
ponds : 

Il n'y eut pas de grand Congrès de la 
Franc maçonnerie à Francfort, ni en 1784 
ni en 178=5 ni en 1786 ; 

Il n'y eut jamais de Grand maître de la 
Loge de Wetziar. Ce titre est réservé à 
des fonctions beaucoup plus élevées que 
celles de vénérable ou de maiti'e de loge. 
11 y avait d'autres souverains conser- 
vateurs que Louis XVI et Gustave III de 
178-2 à 1793 période comprise entre le 
verdict et la dernière exécution : Char- 
les III et Charles IV en Espagne, Ferdi- 
nand IV à Naples ; Victor-Amédée eh 
Sardaigne ; Joseph II, Léopold II et Fran- 
çois II en Autriche et enfin Pie VI à 
Rome. 

Bode et Busche vinrent à Paris en 1781, 
le marquis de Chefdebien et Kollowrath, 
en 1782 ; leur voyage ne peut donc 
avoir aucun rapport avec des décisions 
prises en 1784, i78'5 ou 1786. 

La loge des Amis réunis ne se trans- 
forma pas <=n Club des Jacobins, celui-ci 
fut la transformation du Club Breton. 

Pour comparer les listes des membres 
de ces deux Sociétés voir : G. Bord. Cons- 
piiaUon révohitiounaiie (p. 22 à 24) et 
Histoire de la Franc-maçonnerie de France 
(I p. 3s8 à 362). Je n'ai relevé que deux 
membres des Amis-Réunis dans la liste 
des membres du Club Breton ; Clermont- 
Tonnerre et Goupil de Prefelne. 

Enfin, il ressort du témoignage du fils, 
que son père étant le beau-frère de Zwack. 
il me paraît difficile de faire cadrer les 
possibilités avec les affirmations du té- 
moin. 

Dans tous les cas, le père devait 
être fort âgé, lorsque, prévoyant sa mort, 
juste un an à l'avance, il vint annoncer à 
son fils que d'ici là il ne le reverrait 
plus 

Est-ce qu'il s'agit, dans la circonstance, 



DBS CHERCHfetjks àt CURiEUX 



10 Juillet 191* 



13 



M 



de Jacques-Frédéric d'Abel, professeur à 
l'Université de Tubingen (9 mai 175 1- 
7 juillet 1829; et de Charles d'Abel minis- 
tre bavarois (né le 17 septembre 1788) qui 
en 1870 avait, s'il vivait encore. 82 ans? 

Je serai reconnaissant à M. Gall, qui 
peut puiser aux sources, de faire connaître 
aux lecteurs de V Intermédiaire^ si tels 
sorit les noms du grand- père et du père 
du témoin. 

Dans ce cas, Il faudrait annoter le té- 
moignage delà rriention suivante: 

Témoignage verbal, fait 28 ans après 
un second témoignage verbal, fait par un 
vieillard de 82 ans, d'après un troisiènie té • 
moignage verbal datant au moins de 41 
ans (1829- 1870) fait par une personne 
âgée de 78 ans et relatif à des faits qui 
s'étaient passés environ 44 ans avant. 

Sans être très exigeant en matière de 
preuves historiques, il me semble qu'il y 
eri â de plus sûres, quelle que soit dii reste 
la l^àrfàiie siricérité des témoins. 

J.-G. Bord. 

Le P. Henri Abel est né à Pafsau. le 19 
décembre 1853. f- Darbly. 

Par qui fut tué Monseigneur Affre 

(LXIV; LXV, 22, m). — Nous avons 
reçu à ce sujet, de M. Denys Fabre, neveu 
de Mgr Affre, la très intéressante lettre 
suivante : 

Montpellier, 19 juin 1912. 
Monsieur, 

De toutes les relations qui ont été publiées 
de la mort de Mgr. Affre, frère de ma grand' 
m^re, celle que je trouve dans le numéro de 
votre journal, en date du 20 décembre, est 
la plus conforme aux récits que jai entendu 
faire par mon père et par mes oncles. Us 
ont toiijoiars attribué la mort de notre illus- 
tre parent, non pas à une balle perdue, mais 
à un coup de feu, tiré avec intention, d'une 
fenêtre. Je puis vous donner, appuyé sur 
les témoignages les plus sérieux, l'épilogue 
de ce drame sanglant. Il confirme l'opinion 
admise dans notre famille. 

Il y a environ quinze ans, des capucins 
venus de Toulouse à Mentpellier. pour y 
jDrècher une mission, ayant appris que dans 
cette dernière ville, habitaient des parents 
de Mgr. Affre, se présentèrent chez une de 
mes tantes, Mme R. Laurens, veuve de M. 
Laurens, Conseiller à la Cour. Ils lui racon- 
tèrent que le meurtrier de l'Archevêque de 
Paris, poursuivi par le remord, était entré en 
religion et faisait, depuis longues années, 
l'édification de leur couvent par l'austérité 



e ses pénitences, I^l avouait avoir volontai- 
rement tiré sur notre oncle, du haut d'iirié 
fenêtre dominant la barricade, au moment 
où son apparition et ses paroles arrêtaient 
l'effusion du sang. Dès le lendemain du 
jour où ma tante reçut cette communication, 
elle m'enfitle récit ; mon cousin, M. G. Lau- 
rens, avocat, ancien bâtonnier de l'Ordre, a 
certainemerit conservé je souvenir dé la ré- 
vélation faite à sa mère par les deux mission- 
naires ; peut-être même a-t-il assisté à leur 
entretien. 

Ma lettre n'ajoute pis grand'chose aux 
renseignements que vous possédiez déjà, 
mais bien que je ne puisse l'appuyer par 
par une production de documents, j'espère 
qu'elle suffira à faire écarter toute version 
qui tendrait à attribuer la mort de Mgr Affre 
à upe cause plutôt accidentelle. 

Recevez, Monsieur le Direcieur, l'assurance 
de ma conslaératiori très distinguée. 

Dënys Fabre. 

Au cours d'un article publié dans 
L'Eclair, le 26 jqin, nous avons cru pou- 
voir npus permettre de publier le prin- 
cipal de cette lettre, par anticipation. 

Li Croix qui l'a reproduite a publié en- 
suite l'écho suivant : 

Nous citions l'autre jour l'article d'un de 
nos confrères sur l'hypothèse que l'assassin de 
Mgr Affre aurait fini ses jours dans la péni- 
tence chez les Capucins. 

Un Père Capucin d'Espagne, placé pour 
être bien renseigné sur ce qui concerne son 
Ordre, tious fait part du démenti qu'il 
adresse à ce sujet à notre confrère. Il nie 
qu'un insurgé quelconque de 1848 soit entré 
dans un couvent de Capucins, sauf le véné- 
rable Fr, Rufin, qui fut insurgé quelques heu- 
res, ne tira pas un seul coup de fusil devint 
un saint religieu.\ et n'a jamais assassiné un 
seul être humain, archevêque ou simple 
laïque. Toute la ville de Toulouse, qui l'a 
en haute vénération, serait là pour le certi- 
fier. 

Nous n'avons pas reçu encore la lettre 
annoncée par cet écho. G. M. 

L'accent allemand de Napoléon 

nt(T. G. 631. LXUà LXV. 22. 192,217, 
609, 795). — A Arenenberg. — Ma 
tante, Mme Rieter-Biedermann,du Sçhan- 
zengarten, d'une des prerriières familles de 
Winterthur — Lizst, Wagner, Brahms y 
étaient les notes dé là famille — m'a ra- 
conté, que dans leur jeunesse le prince 
Louis Napoléon venait de temps à tempe 
d' Arenenberg à Winterthur honorer léà 



N» t}}} Vol. LXVI. 



L'INTERMÊDIAIRB 



IS 



16 



familles de rang de sa présence surtout 
quand il y avait des bals de famille, et 
qu'il y a souvent dansé avec elle. 

R. F. 

Dessins du Prince impérial dessi- 
nateur LVII. LXlll. — Il y a déjà long- 
temps, une question avait été posée dans 
V Intermédiaite^ sous une rubrique que je 
ne me rappelle plus, au sujet des des- 
sins que, tout enfant, le prince impérial 
s'amusait à esquisser et dans lesquels on 
voyait poindre le germe d'un véritable ta- 
lent. 

Sur cet objet je signale : 

I» Dans la publication L'Autographe, 
no 1, du s décembre 1863, un dessin du 
jeune prince, tiré de l'album de M. Paul 
Chenu, représentant trois fantassins mar- 
chant de front et un cavalier (un lancier) 
dans le lointain. Signé : Louis Napoléon 
le 31 décembre 1862 — 11 n'avait pas en- 
core sept ans ! 

Le jeune prince, dit une note, s'amusait à 
faire des bonshommes. Une personne ravie 
de l'entrain de ceux-ci et trouvant qu'ils 
marquaient le pas avec une furia toute fran- 
cete, demanda à S, A. I. dé vouloir bien les 
signer. 

2" Dans un volume de M. Adrien Marx' 
réunissant, sous le titre Indiscrétions Pa- 
risiennes, des chroniques publiées dans 
r^ti/«<'w<f)i/(Achille Faure, libraire, 1866), 
j'ai trouvé au frontispice, un dessin du 
prince, avec la dédicace « A Monsieur 
Adrien Marx » et la signature : « Louis 
Napoléon 9 avril 1866 ». A voir ce cro- 
quis, qui ne manque pas de cachet ni de 
hardiesse d'exécution, pour un enfant de 
dix ans à peine, on se demande si le re- 
jeton impérial n'aurait pas eu plus beau 
temps de se préparer à l'Ecole des Beaux- 
Arts, qu'à l'Ecole de Gouvernement où il 
ne devait, hélas ! pas finir ses classes ! 
Peintre ou graveur, il vivrait peut-être 
encore. 

M. Marx (page 148) nous dit qu'il reçut 
l'esquisse encore tout humide des mains 
du petit Prince. Pourtant, il semblerait 
presque qu'une autre main en aurait 
peigné légèrement les contours un peu 
ditTus, comme on devait encore peigner 
chaque matin la chevelure de l'enfant 
Mais ce n'est qu'une supposition car 
l'écriture de la dédicace et de la signature 
est ferme et virile. Gros Malo, 



Abbaye de Port-Royal (LXV. 783) . 
— De la Bibliographie du Cartnlaire fran- 
çais de M. H. Stein : 

Port-Royal. — Abbaye (Dioc. de Paris). 

Cartulaire de l'.Abbaye du Port-Royal ; 
nis. du xiu* siècle sur parchemin, in- 16. 
(Biblioth. nationale, ms. latin 10-997, ^' 
i-i 10. 

Dates extrêmes: 1204- 1::48. Le reste 
du volume contient un censier. 

Autre cartulaire du xiii" siècle, sur par- 
chemin in-i6 de 38 ff. (Biblioth. natio- 
nale, ms. latin 10-998. 

Dates extrêmes : 1255-1289. 

Publ. Caitulaire de l'abbave de P orrais 
au diocèse de Paris, plus connue sous son 
nom mystique de Port-Royal, par A. de Dion, 
1 (1204-1280). Paris, Picard et fils, 1903 ; 
in-S" de XVI-339 p. 

Il y avait dans la collection Joursanvault 
(Catalogue, n°' 1059 et 1042) deux frag- 
ments de cartulaires duxiii' siècle, conte- 
nant chacun deux pièces. Oh ignore où ils 
se trouvent aujourd'hui. 

P. c. c. De Mortagne. 



* 



Le cartulaire de Port-Royal a été pu- 
blié par A. de Dion, chez Picard, en 

1903. D, A. 

* 

•• * 
Le Cartulaire de Port-Royal n'a pas été 

publié en entier, mais seulement en par- 
tie pour les actes qui vont de 1204 à 
iz8o. L'auteur de ce travail assez consi- 
dérable, est M. le comte Adolphe de Dion, 
auquel on doit tant d'études diverses, ar- 
chéologiques et historiques intéressant 
surtout la région de Montfort-L'Amaury. 
L'ensemble du cartulaire ou des actes de 
Port Royal, existe aux Archiques Natio- 
nales où ils occupent plus de trente car- 
tons. On trouvera dans le livre de M, de 
Dion : Cartulaire de V Abbaye de Porrois au 
diocèse de Paris, plus connue sous son nom 
mystique Port-Royal, Paris Alph. Picard, 
1903, une Intioduction pleine de rensei- 
gnements sur l'état de ce Cartulaire, le 
classement, le nombre et la diversité des 
pièces qui le composent. On y verra de 
plus, que la Bibliothèque Nationale possède 
sous le n'^ 10997 du fonds latin, un autre 
Cartulaire de Porl-Royal en deux petits 
volumes. Peut être ceux-ci suffiront-ils à 
M. Loutville. E, Grave. 

• * 
Pour tout ce qui concerne l'Abbaye de 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 juillet 191* 



>7 



18 



Port-Royal s'adresser, comme je l'ai déjà 
conseillé à un collègue^ l'an dernier; à 
l'aimable M. A. Gazier, professeur à la 
Sorbo'nne. J. V. P. 

Le costume des timbaliers (LXIV ; 
LXV, 161, 316). — En Espagne se voit 
également cette originalité, du moins 
existait-elle en 1855. Voilà ce qu'on lit 
dans Historia organica de lai armas de In- 
fanteria v Cahalleria E^anolas dcsde la 
creacion del Ejercito permanente hasia el 
dia par le lieutenant général Comte Clo- 
nard, de l'Académie royale d'Histoire. 16 
vol. Madrid 18^1-1855. 

Régiment de Caballerie Alcantara. — A la 
tète destrompettesdu régiment Alcantaraétait 
placé un cavalier sur un très beau cheval por- 
tant un costume turc, qui faisait sonner des 
cymbales. L'origine de ces cymbales n'appar- 
tient pasà ce régiment, mais à celui de « Bra- 
vante » qui, dans l'action de Sferra-Cabalio, 
en Sicile, contre les impériaux, détruisit le 
régiment autrichien de cavallerie de Starem- 
berg, et fit prisonnier le turc qui portait 
ces cymbales. Pour perpétuer à jamais le 
souvenir de cette action, la bonté de S. M. 
le roi Philippe V lui accorda, à la date du 
17 juillet 1731, le privilège de porter ce tro- 
phée devant ses escadrons. Le régiment 
a Bravante » fut réformé en 1763 et sa troupe 
versée au régrment « Alcantara », lequel con- 
tinua, avec le privilège, par ordonnance 
royale du 11 Janvier 1769. 

America. 

Condé-Folie (LXV,786).— Condé-Fo- 
lie (Somme, Picardie) village, succursale^ 
arrondissement et à 5 lieues 1/2 O. N.O. 
d'Amiens, canton de Picquigny, bureau 
de poste de Plixécourt 1 135 habitants. 

Folies (Somme, Picardie) village, suc- 
cursale, arrondissement et à 3 lieues 1/2 
NNE de Montdidier, canton de Rosiers-en- 
Santerre, bureau de poste d'Hangest 408 
habitants. 

{^Dictionnaire de la France, par Briand 
de Verzé, 1852). 

Sur une carte de la Somme, j'ai trouvé 
Folye au lieu de Folies. 

Mais ces deux localités sont trop éloi- 
gnées l'une de l'autre pour admettre que 
la première doive son surnom àla seconde. 

V. A.T, 

♦ * 
Cette appellation, comme, aux portes 
de Paris, celle d'Arcueil-Cachan, résulte 
du rapprochement des noms de deux ag- 



glomérations, Condé et Folie sont deux 
noms lieux de très répandus sur le terri- 
toire français. 

Condé est considéré comme provenant 
d'un mot gaulois Condas, signifiant con- 
fluent : dans le cas qui nous occupe, il 
s'agit du confluent de la Somme et du 
ruisseau d'Airaines. 

Quant à Folie ou la Folie, « depuis 
« plus de sixsièclesau moins cette appel- 
« lation est imposée par le populaire à 
« des constructions qu'il juge inutiles ou 
« trop somptueuses, et qui n'ont souvent 
« qu'une existence éphémère »(Loupion, 
Dictionnaire topographigue... de la Marne, 
introduction, p. 111). Le nom de Folie, 
écart de la commune de Condé-Folie, est 
traduit dans un document de 1301 par 
Stulticia. P. Ml. 

Noms des habitants des Etats- 
Unis (LXV, 170, 3r7, 367, 467, 559, 
706, 736). — Je propose, pour désigner 
le pays, le nom d'Unistatie, et pour les 
habitants celui d'Unistatais ou celui d'U- 
nistatien. Les Anglais disaient Unistate- 
men, etc. 

Trémont-la-Tour, 

Famille Bidon, de Bordeaux. 

(LXV, 783). — Ni V Armoriai de 1696 
(Registre Guyenne), ni V Armoriai du 
Bordelais par Meller, ni V Etat-civil des 
Familles Bordelaises par le même ne ci- 
tent cette famille. Bien plus, ce nom n'est 
pas inscrit dans V Inventaire sommaire 
des Archives départementales de la Gi- 
ronde, série E. supplément. Ce n'est donc 
pas en Gironde qu'il faut chercher des 
Bidon parmi les familles notables, anté- 
rieures à la Révolution, 

Garumnus. 

J'engage le demandeur à se mettre en 
rapport avec mon excellent confrère. M, 
Gabriel de Vaux-Bidon, 29 Boulevard de 
Clichy, à Paris, dont le nom s'est écrit 
autrefois Bidon de Vaux. 

Th. Courtaux. 

Cavaignac (Les), sous-préfets de 
Lesparre (LXll ; LXV, 757). — Je donne 
ci-après, la citation d'un document qui 
pourra peut-être aider à élucider la ques- 
tion déjà bien ancienne, posée par M. 
Darbly, et à laquelle notre collaborateur 



W »333. Vo. LXVI 



L'INTERMEDIAIRE 



IQ 



20 



Le Lieur d'Avost apporte maintenant sa 
ence bien reconnue quand il s'agit 
_ ..„-..r une généalogie. 

Voici dans ses parties essentielles l'acte 
de décès du baron de Cavaignac qui fut 
longtemps receveur des finances à Mont- 
morillon. J'ai dit < baron de Cavaignac »^ 
parce que c est ainsi que je l'ai presque 
t ? entendu nommer et désigner 

^a:.; .- Vienne: cependant les actes d'état 
ci>-il qui le concernent, n'appliquent pas, 
comme on va le voir, le titre de baron à 
son nom de Cavaignac. 

Le 20 janvier 1S71, est décédé Jean- 
Jacques-Amédée Cavaighac.baronde ta Lande, 
âgé de 73 ans. receveur p^" Jes finan- 

ces retraité, chevalier de la _ . honr.erir, 
demeurant en cette ville de Montmorillon. 
né à Bordeaux, fils de .M. le baron Jean- 
Baptiste Cavaignac, ancien soas-préfet, che- 
valier de b Légion d'honneur et de dame 
Marie- .Monique Waré : veut en premières 
noces de Mane-Louise de Lestine de Bosc, 
époux e^ deuxièmes noces de Mme Jeanne- 
Louise Bethoirest. 

Au même registre et à quelques pages 
de dislance puisque c'est à une date de la 
même année, on trouve le décès arrivé le 
20 septembre 1S71, de 

Joseph Louis Amédée d'Armaillaçq, véri- 
ficateur de renregistrement, âgé de 43 ans. 
demeurant à Saintes, natif de Bordeaux etc.. 

époux de dame .Marie-Gabrielle-CIaire 
Civaigoac de la Lande, décédé à Montrso- 
rillon et doat le corps doit être transporté a 
Pauillac. 

Outre Mme d'.Armaillacq. le baron de 
Cavaignac avait deux autres filles, qui 
ont quitté le Poitou et y ont conservé 
peu de relations, bien qu'elles y aient 
encore quelques parents. 

J'ai enterdu dire dans plus d'une occa- 
sion, que l'ancien receveur particulier de 
Montmorillon était cousin du général chef 
du pouvoir exécutif en 1848 et concurrent 
malheureux du prince Louis -Napoléon. 

M. A. B. 

Famille Certain (LXV, 783). — Ma 
réponse vis« aussi la question posée 
même colonne, sur la famille Dubois. 11 ne 
s'agit ni plus ni moins que de la famille 
Certain de C. * 't. a laquelle appar- 
tenait le mart- ^.ette famille, de Bri- 
ves-la -Gaillarde, a sa généalogie imprimée 
dans \' Annuaire le /i ScbUsie de 1896. 

Les manvjscrils de Cherin a la Biblio- 



thèque Nationale donnent des détails sur 
elle. Pierre de Certain, seigneur de la 
.V.eschaussée, anobli en 1758, épousa en 
1720 Catherine Dubois, nièce du triste 
cardinal. Petr.\corensis. 



Dubois : famille du Cardinal ; LXV, 
yS^). _ Nous recevons la lettre suivante. 

Mon cher confrère. 

V Intermé.iiaire s'^forme de la famille 
du cardinal Dubois. 

Je lis aux rsotes qui accompagnent le l^« 
volume de VHist--ire di France de Michelet : 

c Deux écrivains se sont imposé de nos 
ionrs la tâche de réhabiliter Dubois, .M. de 
Barné (iSst) et M. de Seilhaç (iSoa). La 
gravité magist'-ale de M. de Barné rie m'im- 
pressionne pas... Pour M. le Comte Je Sei- 
Ihac. .. il est du pays de Dubois, de Brives- 
la- Gaillarde, il écri't d'après les papiers de 
Brives et ceyx de la famille Durois. > 

Un intermédiairiste qui aurait le loisir de 
retrouver et de consulter l'oevrâge de .M. de 
Seilhac y puiserait peut-être d'intéressants 
renseignements sur la famille de Dubois. 

Michelet indique que cet ouvrage com- 
porte deux volumes, mais n'en donne pas le 
titre. . 

j'ajoute que je suiyrai avec bieti de l'inté- 
rêt les communications que vous recevrez 
sur cette question, car j'ai entendu «souvent 
ma grand-mère maternelle Mme Blachet, 
née Castelle, affirmer qu'elle appartenait à 
la famille du cardinal Dubois. Je ne pourrais, 
malheureusement, fournir à cet égard aucun 
renseignement, car J'ai successivement perdu 
ma granz'mère et ma mère dans un âge où 
ie ne songeais guère à l'intérêt de ces re- 
tours vers le passé. 

Bien cordialeraent vôtre, 

Paul Veugnet. 
Secrétaire général de la Libre-P>irole 

Marque Fratin (LXV. 7851. ~ Fra- 
lin était un sculpteur de talent vers le mi- 
lieu du XIX* siècle. Mon père dirigeait à 
cette époque une des plus importantes 
maisons de bronzes d'art de Paris : je me 
souviens des bronzes de Fratin, animalier, 
je crois. 

Je vois encore quatre tableaux reliefs 
représentant un cerf, sa biche et ses pe- 
petits. un cheval, sa j.iment et son pou- 
lain, le tout de Fratin. si ma mémoire est 
fidèle. I. V. P, 

Fratin est un bon sculpteur animalier 
qui tient une p^ace honorable après 
Mené. On trouve à peine son nom dans 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Juillet 191a 



21 



22 



les Dictionnaires. Il a passé les dernières 
années de sa vie à Vétheuil ^''arrondisse- 
ment de Mantes) ou je crois même qu'il 
est mort, sans pouvoir l'affirmer. Dans 
sa retraite, il s'est essayé à des restaura- 
tions, de statues dans l'église de Vé- 
theuil, si riche en objets d'art de toutes 
les époques. 11 est mort, aux environs de 

1870, et plutôt avant. E, Grave. 

* 

Christophe Fratin, né à Metz le 11 ni- 
vôse an IX Cl*' janvier 1801). mort au 
Raincy (Seine-et-Oise) le 17 août 1864, 
est un artiste français, qui « se consacra 
exclusivement à la sculpture des ani- 
maux, et cette spécialité contribua puis- 
samment à établir sa réputation », dit le 
Dictionnaire biographique de l'ancien dé' 
parlement de la Moselle par Nérée Quépat 
[René Paquet], p. 179 (Paris et Metz, 
1887). Il figure dans le Dictionnaire gé- 
néral des artistes de l'Ecole Française, par 
E. Bellier de la Chavignerie (Paris, 
1880). Mettensis. 

« * 

Voiries n°' 552 et 561 du journaWa 
Curiosité Universelle, où une question ana- 
logue resta sans réponse. Simon. 

Marciily (LXV, 404 804). — Com- 
me suite à la réponse faite dans ce der- 
nier numéro, serait-il possible de savoir 
quelle est celle des deux demoiselles de 
Champs de Marciily présentes à St-Cyr 
en 1689, qui joua un rôle dans la repré- 
sentation d'Esther de cette année là ? 

Bellechasse. 

DeJrcendance de Pradier (LXV, 
739). — M. James Pradier, petit-fils de 
Pradier, l'illustre sculpteur, veut bien 
nous donner les renseignements sollici- 
tés. 

jean-Jacques dit James Pradier, sculp- 
teur né le 23 mai 1790, mort le 4 juin, 
1852, fut marié en 1833 à Louise d'Ar- 
cet née en 1813, morte le 28 décembre 
1885. Il en eut : 

I. — Charlotte, née en 1834^ décédée 
en 1854, mariée en 185,3 à Léopold De- 
lagarde décédé. Pas d'enfants issus de ce 
mariage. 

II. — Jean-Pierre, dit John , artiste 
peintre ; né à Paris, le 21 mai 1836, mort 
le 28 juin 1912. marié en 1867, à Mlle 
Lina Ackermann, dont postérité plus loin. 



lil. — Thérèse, née en 1839, mariée à 
Jules David (actuellement vivante). 

Jean-Pierre dit John eut trois enfants : 

a). Francis, chimiste , né à Genève 
1 1 février 1869, mort le 29 décembre 
1901. 

b). Jules, dessinateur, né à Genève 
!*■■ juin 1871, mort le 9 septembre i886. 

c). James, dessinateur, né à Paris, le 
6 juin -877, marié à Paris le 28 janvier 
1902, à Mlle Amélie-Andrée de Rognier 
décédée le 2 novembre 1906. Remarié le 
21 mai 1908 a Mlle Marguerite Cartaud, 
d'où deux enfants : 

a) Odette, 30 septembre 1909. 

h) Andrée, 6 octobre 1910. 

Thérèse Pradier, de son mariage avec 
M. Jules David, eut deux enfants : 

a). Louise David, mariée en 1902 à 
Louis Praud, juge de paix, pas d'enfants. 

b). Maurice David né en 1864, mort en 
1894, ingénieur de la Compagnie de 

l'Ouest. 

* 

De VEchode Paris du 29 juin 1912 : 

Nous apprenons la mort de M. John Pra- 
dier, artiste peintre, fils du grand sculpteur 
James Pradier, petit-fils et arrière petit-fils 
du chimiste Jean-Pierre-Joseph d'Arcet, de 
Jean d'Arcet et du chimiste biologue Rouelle 
décédé 6, rue du Presbytère, à Asnières. 

P.C. c.]. Q.I. 

Armes d'Arnold de Ville (LXV, 
51, 177, 812) — D'après l'abbé F. -J. Poi- 
rier [Met:^ : documents généalogiques , p. 
637, Paris, 1899), Arnold de Ville, baron 
libre du Saint-Empire, des deux ?'aidaves, 
de Selles, Termoigne et Bennes, seigneur 
de Brémeré, Frère et autres lieux, gou- 
verneur et directeur général de la machiné 
de Marly et des travaux de la Seine, fils 
de noble et illustrissime seigneur Wivaht 
de Ville, baron de Selles, etc., et baron 
libre du Saint Empire, seigneur de Bré- 
meré et de Frère, et de Catherine-Elisa- 
beth, née baronne de l'Erneux, de la pa- 
roisse .Saint Sulpice de Patis, épousa, à 
Metz, paroisse Saint-Livier, le 29 avril 
1708, Anne-Barbe de Courcelles, dont il 
eut trois enfants : i" Barbe-Anne, morte 
en 17 12 à l'âge de 3 ans 1/2 ; 2" Arnould- 
Charles, rié le 14 octobre 171 1 ; 3° Anne- 
Marie-Bàirbe, née le 25 mai 1713. 

Mettensis. 



N» 1333 Vol. LXVI. 

_ 23 

Grandesse d'Espagne (LXV, 784). 
— Saint-Simon, que passionnaient les 
questions de titres, d'honneurs et de pré- 
séances, et qui avait eu l'occasion d'étu- 
dier la chose sur place, a consacré plu- 
sieurs chapitres à la grandesse d'Espagne. 
On y lit : 

La manière de succéder à la ihgnité de 
grand n'a rien de distinct de la manière de 
succéder aux biens ; et comme ils passent 
tous sans distinction en quenouille et de fe- 
melle en femelle à l'infini, aussi font les 
grandesses, avec la confusion de noms et 
d'armes qu'entraîne ce même usage, établi 
parmi les Espagnols, de jcTindre à son nom 
tous les autres noms de ceux des biens des- 
quels on devient héritier, surtout avec les 
grandesses, qui se substituent ainsi à l'infini, 
à la proximité du sang, sans distinction de 
mâle et de femelle, sinon du frère à la sœur, 
ou en quelques maisons ou occasions peu 
communes, de l'oncle paternel à la nièce. 

P. c. c. De Mortagne. 

■* 
« * 

Saint Simon (chap. XXI, du vol. II de 
rédition Hachette de 1865, page 264) s'ex- 
prime ainsi : 

La manière de succéder à la dignité de 
grand n'a rien de distinct de la manière de 
succéder aux biens ; et comme ils passent 
tous sans distinction en quenouille et de fe- 
melle en femelle à l'infini, aussi font les 
grandesses qui se substiiuent ainsi à l'in- 
fini, à la proximité du sang, sans distinction 
de mâle et de femelle, sinon du frère à la 
sœur, etc. etc. 'V. A. T. 

Argenture. — Etamage prékis- 
torique (LXV, 646, 770, 861). — Je 
viens d'acquérir pour notre Musée des 
antiquités préhistoriques et romaines 
d'Alsace le résultat d'une fouille de 
tumuli à Nordhausen datant de la fin 
de l'époque de Hallstatt du commence- 
ment de l'époque de laTène : grands tor- 
ques et beaucoup de bracelets en bronze, 
boucles d'oreilles en or, tètes d'épingles 
en or et bronze, fibules, etc., etc. Ces 
dernières montrent des traces indubitables 
d'étamage, ce qui prouve qu'en Gaule 
rétamage était connu des le 6'' ou 5° 
siècle avant j. C. D"^ R. Forrer. 

Jardins dessinés par Lanôtre (XLV, 
44^, 760, 614, 7 14, 819J. — Les jardins du 
château de la Seilleraye près Nantes ont- 
ils été dessinés par Lenôtre comme je l'ai 
entendu dire ? 



L'INTBRMfiDIAIRB 



24 



Un intermédiairiste Nantais pourrait 
peut-être répondre à ma question. 

Le château de la Seilleraye propriété de 
Madame la baronne de Courtavel, femme 
d'un diplomate du second empire, qui y a 
réuni une belle collection de tableaux, a 
été illustré par divers séjours qu'y fit la 
marquise de Sévigné au cours de ses villé- 
giatures en Bretagne. On y conserve sa 
chambre et elle a daté plusieurs lettres de 
la Seilleraye. 

Je lis dans Y Annuaire des Châteaux de 
1910 que le domaine appartient à cette 
époque à la comtesse de Solages et au ba- 
ron et à la baronne de Kainlis. 

Dehermann. 



» » 



voir 



Dictionnaire de Bretagne, Ogée, 
édit. 1843. II, vol. p. 882. 

V. Saint- Vougay. Château deKerjean. 

... les jardins dessinés par Lç Nôtre avaient 
seuls près de trois hectares de superficie,.. 

Le château de Kerjean a été acquis par 
les Beaux Arts pour l'Etat en 191 1. 

Em. g. 



* 
* * 



Le château de Vie sur-Aisne, situé en- 
tre Compiègne et Soissons, est entouré 
d'un parc dessiné par Lenôtre, dont quel- 
ques parties sont demeurées intactes. Deux 
grands parterres ornés de statues, enca- 
drés par des charmilles et de hautes 
masses de verdure, s'étendent devant les 
terrasses et les trois perrons par lesquels 
on accède au château. La large allée qui 
les sépare aboutit à une colonnade qui 
termine la perspective, et, par une dis- 
position qui se retrouve fréquemment 
dans les dessins de Lenôtre, l'allée va en 
se rétrécissant vers l'extrémité pour donner 
l'illusion d'une plus grande longueur. Le 
Cardinal de Bernis qui passa à Vic-sur- 
Aisne les cinq années que durèrent sa dis- 
grâce, avait sacrifié au goût du jour en 
faisant redessiner certaines parties à Tin- 
glaise, mais les grandes lignes ont été 
conservées dans l'ensemble. 

C'est à Vie que le Lieutenant Général 
Vicomte de Reiset vint épouser, en 1809, 
Anne-Amélie de Fromont, et, depuis cette 
époque, le château n'est plus sorti de la 
famille. Vicomte de Reiset. 

Conversation des Thuileries (LXV, 
764). — Ne s'agit-il pas de « la Soirée 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Juillet 191B 



25 



26 



des Tuileries », gravure de Simonet, 
d'après Baudouin ? 

A. G. Fr. 
Voir LXIII, 304 et 526. 

Gravure éoigmatique dédiée aux 
victimes de la Révolution (LXV, 
733). — Est-ce que cette estampe ne 
concerne pas les Suisses massacrés à Pa- 
ris et en mémoire desquels une chapelle a 
été élevée et se voit encore à Lucerne, 
près du fameux Lion ? 

A. G. Fr. 

Chastillon, (Topographie françoise 
par Claude) (LXV, 778). — Ce titre (Es- 
tampe et titres de noblesse) appartient sans 
douteàune autre question. Aussi la mienne 
est incompréhensible ! Je prie les collabo- 
rateurs d'y substituer cette rubrique : 
Chastillon (Topographie Françoise par 
Claude). 

Simon. 
[C'était, en etïet, une erreur de mise en 
page.] 

La course des apothicaires dans 
« Monsieur de Pourceaugnac » 

(LXV, 644, 814.) — Nosdeuxaimables cor- 
respondants nous disent ce qu'ils ont vu. 
Je les en remercie. Mais je crois que la 
course des apothicaires devait être réglée 
d'une autre façon du temps de Molière, à 
cause de la disposition des salles de spec- 
tacle a cette époque : banquettes sur la 
scène, parterre debout, balcon peu prati- 
cable dans une salle quadrangulaire. 
M. Maurice Charpentier nous parle de 
Pourceaugnac revenant sur le théâtre suivi 
de tous les apothicaires, « par le trou 
du souffleur ». Cela est possible de nos 
jours. Du temps de Molière, il n'y avait 
pas de trou du souffleur. La question a 
été réglée ici : On soufflait de la coulisse. 
M. Alexandre Rey a vu, lui, tout récem- 
ment à Lyon, ladite course réduite à un 
défilé au rez-de-chaussée. La vraie tradi- 
tion nous échappe donc encore, et, à ce 
propos, combien de fois j'ai regretté que 
les éditions de nos classiques ne contien- 
nent pas plus d'indications scéniques qui, 
bien souvent, rendraient le texte plus 
compréhensible. Je me rappellerai tou- 
jours deux passages du Dépit amoureux 
que, fort jeune, je n'avais pas compris. 
Eraste dit à Gros René : « Voici de quoi 



délier ta langue. » — Et Gros René, dans 
sa tirade, dit aussi : « Par comparaison 
donc, mon maître, s'il vous plait. » — Ce 
« s'il vous plaît » m'intriguait. 

j'assiste à une représentation du Dépit ^ 
et je vois Eraste menacer son valet de son 
épée : *«■ Voici de quoi délier ta langue. » 
Plus loin, je vois Eraste distrait, impa- 
tienté, remonter au fond de la scène pen- 
dant le discours de Gros René, et celui-ci, 
fâché de parler pour lui seul, invitant son 
maître à redescendre pour écouter la fin 
de son morceau. »< Mon maître, s'il vous 
plaît ». 

Tout devenait clair, limpide. En atten- 
dant je n'avais trouvé sur aucun livre 
l'indication de ces deux jeux de scène. Et 
pour les tragédies ! Combien leur lecture 
serait moins fastidieuse si l'on nous disait 
un peu ce que font, ou ce que doivent 
faire les personnages pendant ces tirades 
interminables. 

On a publié cependant, vers 1905, une 
édition de Molière, tout au moins, avec 
des indications scéniques. J'en ai feuilleté 
un volume à l'étalage d'un libraire, et 
l'idée m'en paraissait heureuse. Depuis ce 
tempî, je n'ai plus jamais rencontré cette 
édition. Quelle est-elle? Nous y trouve- 
rions peut être l'explication de notre 
course d'apothicaires. 

Henry Lyonnet.- 

Vers grec palindrome (LXV, 591;, 
71», 772J. — Dans la chapelle du château 
de Châtillon d'Azergues (Rhône), on peut 
voir, gravé sur un bénitier moderne, le 
vers grec lécemment cité par Nauticus, 
Cette même inscription se lisait, autrefois, 
sur le bénitier de Sainte-Sophie de Cons- 
tantinople. Joseph Balloffet. 

Tatien (LXV, 548, 67 1 ,8 1 5) . -^ On au- 
rait tort d'accorder quelque confiance à la 
« traduction > des Amours de Leucippe et 
de .Clitophon, de Tatien, publiée dans la 
Revue Bleue de 190:?, par MM. Pierre de 
Querlon et Charles Verrier. M. J, Nicole 
a montré, en comparant le texte à la tra- 
duction, les étonnantes libertés que les 
auteurs se sont permises, ajoutant des 
détails, des passages entiers qui n'exis- 
tent pas dans l'original. « Leur procédé 
consiste à inventer des textes... Ce qui 
est certain, c'est qu'ils se sont moqués 
du monde. . . » Reviu des études grecques^ 



N» 



'^^,1 



Vol. LXVI. 

27 



L'INT^^I^DIAIRH 



28 



19OS, p. 377 sq. y4 propos d'une récente 
supercherie littéraire. W. D. 

Almanachs troyens du XVIP 
siècle (LXV, 780). — L'indication don- 
née par M. Emile Socard est exacte. Les 
28 volumes de la collection d'Almanachs 
du Président de Bailleul existent bien à 
l'Arsenal -sous la cote Sciences et arts 

9027, in-8. M. F.-R. 

* 

* * 
Les vingt-huit volumes du recueil for- 
mé par le président de Bailleul se trou- 
vent bien à l'Arsenal, sous la cote SA. 
9027, in-8« d'Heuzel. 

Carimara (LXIV ; LXV, 189, 436, 
6y6). — On lit dans Le Lizre des Pro- 
verbes français de Le Roux de Lincy (I, 
320) : 

Bertangles (arrondissement d'Amiens). Les 
carimaros de Bertangles. 

Carimara, Kerimenero bohémien, sorcier. 
L'avocat Patelin, dans son cfëlire s'écrie : 
Ostez ces gens noirs marmara 
Carimari, carimara. 

(Corblet, Prov. picards) . 

P. C. C. DE MORTAGNE. 

Demander le portement (LXV, 
454, '57316215). — La Curhe de Sainte- 
Palaye (Dictionnaire Je /'ancien langage 
français) donne : Portement, santé, avec 
des exemples de Montaigne et des « Nuits 
de Straparole » . 

Godefroy (Dictionnaire de Vancien lan- 
gage) cite au mot Portement , état de 
santé, deux phrases de La Petite Fadette 
et de Claudie de George Sand, outre des 
exemples d'auteurs anciens. 

J. Lt. 

* 
* * 

Eh ! mon Dieu ! que vient faire, ici, à 

ftropos de ce mot si simple par lui-même, 
e rappel de la Loi sur l'Instruction pri- 
maire, laïque et obligatoire ! 

A y Intermédiaire, que diable! nous ne 
sommes pas, comme à la tribune de la 
(ihambre, pour nous contenter de bali- 
vernes. 

Laissons-les aux habitués de la poli- 
tique. 

Ce mot de « portement »- a son sens 
net et précis : la manière dont on se 
porte. Ce n'est nullement là, croyez-m'en, 
du jargon de paysan, dont il faille, à tout 



prix, se défaire. Non ! c'est cjvi |?on et 
honnête vieux français des xvi® et xvii« 
siècles, et du meilleur, car il porte en soi, 
mieux que tant d'autres qui ne le valent 
pas, ses quartiers de noblesse. 

Tous nos vieux écrivains sont là, pour 
le dire : 

J'ay expressément depesché Malicorne, a ce 
que par iuy je sois acertainé de ton porte- 
ment sus les premiers jours de ton voyage. 

(Fr. Rabelais. Pantagruel. - 1546.) 
Pour m'adoulcir vostre trop longue absence, 
Descrivez-moy tost vostre portement. 

(F. Habert. de Berry. Le Temple de 
Chasteté, — I549-) 

Libéral, ayant senty le vent de la venue de 
son compère, ne faillit à l'allei trouver ; et 
Iuy donnant n ille accollade8,remercioit Dieu 
de son heureux retour et bon portement. 

(P. de Larivey. F/" Facétieuse nuict de 
Straparole. — 1595.) 

Silvery, qui hai toit souvent Pisard, et 
voyoit le paisible portement dft sa belle-sœur, 
estoit tout estonné. 

(idem. Vllje Nuict.) 

Tant y a, qu'elle m'a infiniment resjoui 
de m'avoir assuré de votre bon portement. 

(Fr. de Malherbe. Lett. à Peiresc. — 
1607.) 

Si d'autre part, notre contemporaine, 
George Sand^ la « bonne Dame de No- 
hant », maintes fois l'a cité, ce mot, en 
s'en servant, dans ses Ftomans champêtres, 
c'est assurément, qu'il lui revenait, allè- 
gre et clair, à la mémoire, qu'il sonnait 
bien à son oreille et lui disait, nettement, 
ce qu'il veut dire. 

Mais j'y pense ! grave question : Ma- 
dame Sand, tout illustre qu'elle soit avait- 
elle bien seulement, son certificat d'étu- 
des ? 

L'un de nos plus aimables collabora- 
teurs (^toujours au sujet de ce même mot) 
s'illusionne à nous dire que < les jeunes 
gars du Berry qui maintenant gardent 
les vaches ont presque tous dans leur po- 
che un certificat d'études et veulent parler 
correctement. » 

Ah ! le bon billet qu'ils ont là, dans ce 
certificat ! 

Interrogez, pour voir, sur ces jeunes 
savants, l'un quelconque des chefs de 
corps de notre brave Armée française ? 
fous vous diront non sans quelque amer- 
tume que, à l'arrivée des recrues, jamais 
le nombre des llletrés, n'a été plus 
grand. Ulric Richard-Pesaix. 



DBS CHBRCHBUJtS BT CURIEUX 



lo juillet i9i3 



29 



30 



Siffler au disque rouge (LXV, 692). 
— Sur les lignes de chemin de fer, les si- 
gnaux de protection sont constitués par 
des disques, blancs d'un côté, rouges de 
l'autre (Cf. Larousse au mot disque). 

Le mécanicien d'un convoi qui aper- 
çoit la face blanche du disque peut conti- 
nuer sa route ; mais celui qui en voit la 
face rouge est dans l'obligation de s'arrêter 
et de lancer des appels avec le sifflet de 
la locomotive jusqu'à ce que, de la sta- 
tion voisine, on ait fait pivoter le disque 
pour lui donner « voie libre 2>. 

De là est venue l'expression de « siffler 
au disque » pour attendre, se morfondre, 
connue de de l'auteur de la question. 

F. de Nion n'a fîait que f)réciser cette 
expressiop eri lui ajoutant le mot rouge. 

C. R. 



Hautie ou Hautil (LXV, 544, 67 s, 
84b j. — La note de M. H. S. D. règle de 
la façon la plus heureuse la question des 
Authieux, sépare définitivement ce mot 
d'Hautil et montre combien il est bon de 
se reporter au texte des chartes et des au- 
teurs latins pour se rendre compte de 
l'origine de mots plus ou moins sca- 
breux. 

A la note si bien rédigée de nqtrç cpn- 
ffère, je me permets d'ajouter les rensei- 
gnements suivants complémentaires. 

La finale latine — âlts, — aies devient 
(|és les temps les plus anciens le français 
els, et l'on a ialis tels, qualis quels, hospi- 
talis ostels, altalis altels autels, etc. 

Vers le xn* siècle la vocalisation du 
groupe el en eus est la règ|e et l'on a ta- 
lis teus, qualis queus, hospitalis osteus^ 
etc., etc. 

Il arrive parfois que 1'/ tombe, et l'on a 
talis tes tex, hospitalis ostés, annualis an- 
vés. 

Dès le xiii^ siècle se rencontrent la 
l'orme en ieux et lex^ et l'on a ialis ttex 
tieus, qualis qiex, quieif,s, aliahs autieux, 
hospitalis ostieus. 

Plus lard ces formes en ieux, iex tom- 
bent en désuétude et sont remplacées par 
des formes refaites sur le modèle du plu- 
riel de l'accusatif tels, queh\ hôtels, au- 
tels, etc. 

D'après cela, le nom de lieu Authieux 
date au plus tôt du xin^ siècle. Il en ré- 
sulte que la charte dont parle M. H.' S. D, 
datée de iob6 ne peut concerner qu'une 



localité s'appela nt alors J^ltels devenu 
avec le temps Auteiis, Autieus, Authieux. 
L'orthographe Philippe d'Autils, en la- 
tin de Aliaribus me parait sujette à cau- 
tion Rien ne prouve que le latin aies soit 
devenu en normand — ils. On doit croire 
plutôt â une erreur graphique, et qu'il 
serait plus correct d'écrire Philippe d'Aw- 
tels. " ' ' H. La. 

Frotel ou FooteMLXV, 150,67b, 
770). — Topt bien considéré, et après 
lecture de Frotel 770, je renonce à ma 
supposition sur f^rotef 6^6. Voici ce que 
je pense. 

L'abbaye de Malnoue porta d'abord le 
nom de Fautel ou quelque chose d'ap- 
prochant, du reste le choix est assez li- 
mité, Fotel, Fautel ou Foutel. Les gra- 
phies Frotel, Footel sont irrégulières et 
proviennent de mauvaises lectures. 

Mais il faut faire attention que ce nom 
Fautel n'a rien à faire avec les bois de 
hêtre pouvant avoisiner l'abbaye. Fautel 
ne désigne qu'un seul hêtre, auprès du- 
quel se sera passé un événement ayant 
déterminé la fondation de l'abbaye ; telle 
serait (pure supposition de ma part) une 
apparition de la Sainte-Vierge et autres 
saintes, d'où plvJS tard les noms de Bois- 
aux-Dames, Notre Dame de Fautel (le 
nom ne Fauteuil ét;ant une déformation 
populaire de l'ancien nom Fautel cessant 
d'être compris). 

Je crois, comme cela, satisfaire d'une 
façon convenable, la curiosité de M. le 
comte Bizeniont,me mettant d'accord, 014 
à peu près, avec les explications de l'abbé 
Lebeuf. H. Laray. 

Noms français donnés à des rues 
à l'étranger (LXIV, 380,593, 684, 806, 
857 ; LXV, 389). — Il y a à Rio de Ja- 
neiro la rue Sachet. Ce nom est celui du 
machiniste du ballon « I^ax ». dont l'in- 
venteur, Auguste Severo, est mort à P^- 
ris, victime d'un accident terrible. 

II y a à Paris la rue Severo. M. 

Ce qui tonibe dans le fossé (LXV, 
148, 391). -- iVÏ. L. dit en terrni- 
nant, — qu'il a hospitalisé ce dicton dans 
un recueil qu'il vient de publier. 

Ne pourrait-on connaître le titre exact 
de ce recueil avec le nom de l'éditeur ^ 

Thouveni^J. 



N* 1333. Vol. LXVI. 

3, 

Qougainville (Supplément au 
voyage de) (LXV, ^gS, 710). — Le Sup- 
pUitunt an /'ovJ.ijt' Jf Bougaitiville, de 
Diderot, n'est qu'un tissu de calembre- 
daines cyniques et licencieuses, sans grand 
rapport avec la réalité. Diderot, lors 
même qu'il était de bonne foi, s'embal- 
lait facilement sur une question qui l'in- 
téressait et se fabriquait les plus éton- 
nantes chimères. C'est ainsi qu'il s'en- 
thousiasma pour le Parlement anglais, 
dont on venait de lui expliquer le méca- 
nisme, et le regarda, sur-le-champ, comme 
la mode de gouvernement le plus hon- 
nête, à l'heure précisément où il était le 
plus corrompu : qu'on relise sans rire, si 
on le peut, sa lettre du 13 octobre 1760 à 
Mlle VoUand. 

11 existe plusieurs relations inédites ou 
peu connues, du voyage de Bougainville, 
qui permettent d'entrevoir la vérité : celle 
de Fesch, un volontaire de l'expédition - 
à propos duquel une lettre de Bougain- 
ville, que je ne connais pas, a récemment 
été vendue en Angleterre {Cat. Charavay ; 
rïov. 1910: 6 Floréal, An Vlll) et celle 
de Commerson, le naturaliste, toutes les 
deux au Muséum de Paris, mais dont il se 
trouve, je crois, pour le journal de Feseh, 
une copie à la Bibliothèque de l'Arsenal ; 
celle de Caro, le lieutenant de VEioile, 
dans la fameuse bibliothèque de feu Sir 
Thomas Philipps, à Cheltenham, en An- 
gleterre ; celle du Prince de Nassau-Sie- 
gen, au Ministère des AflFaires-Etrangères, 

— que se proposait d'éditer M. Louis 
Farges ; enfin, celle du médecin Vivez, 
imprimée dans le Bulletin de la Société de 
Géographie de Roche fort, en 1*^93, sauf 
quelques coupures nécessitées par les 
convenances. 

Ces relations ne donnent, certes, pas 
l'idée de l'amoralité absolue des Tahitien- 
nes, dont parle Diderot. A Tahiti, comme 
chez la plupart des peuples primitifs, — 
et dans nos grandes villes, maintenant 
que nous retournons à l'incivilisation 
première, — les jeunes fillos jouissaient 
d'une liberté complète, mais non p;is les 
femmes mariées. Ces dernières pouvaient, 
comme nos civilisées, donner des coups de 
canif dans leur contrat de mariage, mais 
elles se savaient en faute et se cachaient 
de leur époux. ^ Celles qui se trouvaient 
le plus à plaindre, c'étaient les femmes >-, 
écrit Vivez « parce que la jalousie qui re- 



L'INTERMBDIAIRB 



32 



gne dans cette partie, tomme ailleurs, 
les oblige à prendre des mesures». 

Cette vue est confirmée par les compa- 
gnons de Cook : « On est bien dans Ter- 
reur, me dit le lieutenant Roberts, lors- 
que l'on croit que ces femmes s'abandon- 
nent toutes au premier venu et qu'elles 
n'ont point de mœurs ni de retenue ». 
(Lescallier, Lecture faite àl'Acad. des Se. 
Morales et polit., le 17 Fructidor, An IX, 
dans les Mém., t. IV; pp. 22-4). Une 
Tahitienne mariée, fort jolie, amoureuse 
d'un bel officier anglais de l'état-major 
de Cook, ne voulut cependant lui rien cé- 
der sur l'essentiel ; il n'en eut que son 
portrait en pied, fait par le peintre de 
l'expédition. 

Cook lui-même, — dont, chose cu- 
rieuse, on n'a publié que récemment le 
journal authentique et complet de son 
premier voyage (édité par le capitaien 
W. J. L. Wharton ; Londres, Elliot Stock 
1893) — me semble avoir assez exacte- 
ment résumé les mœurs tahitiennes : dès 
l'enfance, une extrême indécence de ges- 
tes et de propos, de jeux et de danses, 
mais on citerait aisément des faits ana- 
logues presque partout ailleurs, par exem- 
ple, dans l'Inde, l'Indo-Chine, la Chine 
et le Japon; puis, quand la jeune fille, ar- 
rivant à la nubilité, se choisit un ami, qui 
sera probablement suivi de quelques au- 
tres, elle se retire de ces jeux inconve- 
nants et prend une attitude extérieure 
plus mesurée ; enfin, devenue femme lé- 
gitime, elle doit s'attendre à une bonne 
raclée (a heaiin^), si l'époux constate 
qu'elle manque à ses devoirs. Le seul 
trait spécial à Tahiti est l'existence des 
Aréots, groupe ou club dont les mœurs 
paraissent dépourvues de scrupules, mais 
qui semble plutôt malthusien, car on y 
peut vivre comme mari et femme, pourvu 
qu'on fasse disparaître les rejetons aussi- 
tôt leur naissance (pp. 9^-96) — par où 
ce groupe diflère des autres Tahitiens, qui 
ont toujours eu et conservent encore au- 
jourd'hui, la passion des enfants. 

Bancks, dont sir Joseph Hooker a pu- 
blié de même le journal inédit en 1896 
(Londres, .Macmillan) remarque aussi chez 
les indigènes des Mers du Sud, que la 
femme, en général, ne doit pas manger 
avec les hommes. Elle le faisait, toute- 
fois, volontiers avec les Européens, pour- 
vu qu'on lui promit de n'en rien révéler 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Juillet 1919 



33 



34 



^ ses compatriotes, (pp. 141-2). Il en était 
^insi des autres choses. 

Je dois la communication de ces deux 
journaux, si peu connus en France, à feu 
mon ami, le capitaine S. Pasfield Oliver, 
l'un des critiques de V Atbenceum et de la 
Revue d'Edimbourg. 

11 existait, du reste et il existe encore à 
Tahiti, des prohibitions nombreuses de ma- 
riage, — ce qui prouve bien que la liberté 
des sexes n'est pas absolue. Mais, comme 
en d'autres pays, la femme étant la proprié- 
té du mari, celui-ci peut l'offrir à un ami, 
à un hôte ; la morale consiste à respecter, 
non la chasteté de l'épouse, mais la pro- 
priété de son seigneur et maître, dont on 
ne doit disposer qu'avec sa permission 
(Voir la belle monographie de Paul Hu- 
guenin, Raiatèa la Sacrée ; publiée par 
la Société de Géographie de Neufchâ- 
tel ; éd. de 1902, pp. 173-8). 

Vivez préfère croire que la curiosité 
avait grande part à la facilité des Tahi- 
tiennes, regardant les Européens comme 
plus vigoureux que les hommes du pays. 
La thèse est contestée par d'autres qui 
donnent à tous égards la supériorité de 
force aux Tahitiens. quoique peu labo- 
rieux sous un ciel aussi clément (D"" Jaco- 
bus X... L'Amour aux Colonies, Paris, 
1893 ; pp. 364, 372 : ce dernier auteur 
assure que les indigènes sont d'une ja- 
lousie féroce, et nullement disposés à 
prêter leur propriété féminine). Ce sont 
ici des questions à traiter dans une société 
d'anthropologie. 

En somme, il y avait, ce semble, pres- 
que autant de dévergondage chez les po- 
pulations espagnoles et portugaises, que 
visita l'expédition, qu'à Tahiti même. 
Dans le volume de l'Académie des Scien- 
ces morales où le citoyen Lescallier réta- 
blit l'honneur conjugal des Tahitiennes, 
on peut lire ce que le citoyen Koch ra- 
conte des mœurs alsaciennes à la veille de 
la Réforme, et ce qu'étaient « les hiron- 
delles de la Cathédrale >», qui nichaient 
à Strasbourg dans les tours di: vieux 
Miinster où elles exerçaient leur com- 
merce. 

Quant à l'influence fâcheuse de la cu- 
riosité lancinante sur nos contempo- 
raines, le jour même où j'écris ces lignes, 
Le Temps nous apporte une note piquante. 
En Allemagne, la police est obligée d'in- 
tervenir pour empêcher les femmes de se 



livrer trop passionnément « à des essais 
d'acclimatation imprévus », avec les 
noirs, Catres ou Bédouins, que la maison 
Hagenbeck présente au public dans son 
établissement zoologique de Hambourg. 
La note vaut d'être lue en entier, avec le 
commentaire humilié, qu'elle reproduit 
des journaux allemands (11 juin 1912). 
Voir aussi les Débats du 12 juin). 

On peut ajouter que l'immoralité naïve 
et traditionnelle des Tahitiens n'atteignait 
pas chez eux les sources profondes de la 
vie ; tandis que la race parait condam- 
née à périr depuis que les Blancs et les 
jaunes, les Européens et les Chinois, ont 
importé dans l'Ile leurs vices, raffinés et 
pleins de maléfices. D'" Jacobus X"-, tibi 
supra ; Henri Lebeau, Ôtahiti, Paris, Co- 
lin, 191 i). 

De toutes les histoires Tahitiennes 
d'autrefois, je n'en veux retenir qu'une, 
un peu vive peut-être, mais que l'on me 
pardonnera, je l'espère, tant elle est amu- 
sante et typique. L'art du vol avait at- 
teint chez les Tahitiens un admirable 
degré ; si bien que, raconte Vivez, « ils 
tiraient les draps de lit de dessous un de 
nos messieurs qui était sur son lit en 
compagnie agréable ». Les pick-pockets 
des Deux Mondes doivent, je le crains, 
renoncer à jamais battre ce record de la 
dextérité. Britannicus. 

Belgicismes ("LXV, 12, 187, 288, 
340, ,34, 675. 818;. — Renseigner 
quelque chose à quelqu'un n'est qu'un 
pitoyable belgicisme, les moindres let- 
trés n'en peuvent douter ; mais, vu la 
corruption de la langue, qui fait de si 
rapides progrès et qui est un tel signe 
des temps, il n'est pas impossible que 
nos neveux voyent introduire cette lo- 
cution dans la littérature française, à la 
suite de tant d'autres presque aussi ridi- 
cules. H. DE L. 

Le Pavillon de IHorloge (LXV, 

730). — En venant de la « Concorde », 
le « Café-concert de l'Horloge » était si- 
tué : Avenue des Champs-Elysées, (le 
seul à gauche). Directrice en 1864 : Ma- 
demoiselle Anna. 11 existait encore en 
1893. 

A droite, en bordure de I Avenue Ga- 
briel, les deux autres Cafés-Concert : 
« Les Ambassadeurs > et 1' c Alcazar 



N» 1333. Vol. 



LXVI. 
- 35 



tlNlËRMËDiAlRB 



36 



d'Eté ». C'est dans ce dernier que Thérésa 
chantait la « Femme à Barbe », la « Gar- 
deuse d'Ours )!/, etc. ; etc, 

Jusqu'à la Liberté des Théâtres, ( ? ), 
les chanteuses étaient assises en demi- 
lune, sur la scène. A tour de rôle, elles 
se présentaient devant le chef d'orches- 
tre. 

Le personnel masculin : ténors, bary- 
tons, basses, entraient par une issue sans 
coulisses ; en iiabil, avec des ganfs blancs 
toujours trop longs. Et point de traves- 
tissements pour les comiques : un cha- 
peau cabossé si c'était un pochard ; à 
peine un képi pour le lourlourou. Citons 
Arnaud, Constant, fie s^rand et le petit), 
Joseph Kelm, Pacra, etc. ; etc, 

Philosae. 

Domestiques célèbres et domes- 
tiques d'hommes célèbres (LXV, 54, 
^84, 822). — La vieille servante des frè- 
res Concourt, la célèbre Pélagie, vient 
de mourir. Edmond de Concourt a parlé 
de cette excellente femme en termes déli- 
cieux et touchants. Voici trois courtes 
pages extraites de son journal. Pélagie 
appartenait à la race presque abolie des 
domestiques amies de leurs maîtres. 
C'était Laforêt. C'était Dorine : 

Mardi 18 décem'trc i8jj. — Une na- 
vrante fin d'année, avec mes quatre-vingt 
mille francs dont je n'ai aucune nouvelle, 
avec cette bronchite chronique qui me con- 
fine et me caifeuire des semaines entières 
dans mon intérieur désolé, avec Pélagie, ma- 
lade an lit d'un rhumatisme articulaire. Je 
comptais sur elle pour me fermer les yeux. 
Est-ce que la pauvre fille, la dernière des 
personnes qui me soit sérieusement attachée 
est-ce que je vais la perdre, et rester tout 
seul, tout seul sur la terre, sans une affec- 
tion, sans un dévouement? Ce sont des 
journées toutes noires, en proie à l'angoisse 
du matin, quand je demande à sa fille des 
nouvelles de la nuit, en proie à l'angoisse 
du soir, quand je rentre et que je monte 
chez elle pour savoir comment elle a passé 
la journée. 

Lundi, 1^ janvier l88(). — L'émotion de 
la bataille théâtrale, je la supporte très bien, 
excepté au théâtre ; là, mon moral n'est pas 
maître de mon organisme. Je sentais hier, .î 
rOdéon, mon coeur hnttre plus vite sous un 
gros volume. 

On finira p.ir m exorciser IlI, Lornmc ic 
diable du théâtre. Pélagie rougit à la dérobée 
de me servir, et n'a pu s'empêcher, toute- 
fois, do me dire, aujourd'hui : 



— Vraiment, tout le monde, à Auteuil» 
trouve votre pièce pas une cho.se propre ! 

Et cette phrase, dans sa bouche, est comme 
un reproche de sa propre humiliation. Ah ! 
les pauvres révolutionnaires dans les lettres, 
dans les arts, dans les sciences I 

Jeudi, 75 octobre iSçi, — Une jeune 
Roumaine frappe à ma porte, demandant à 
me voir. Sur la réponse que je suis sorti, des 
pleurs lui montent aux yeux, dans l'impossi- 
bilité qu'elle a de repasser mercredi. Elle re- 
vient quelques minutes aprèset dit a Pélagie : 

— Est-ce que vous ne pourriez pas nie 
donner quelque chose, venant de M. de 
Goncouit ? 

Et Pélagie, qui ne veut pas me déranger, 
lui donne le ciayon avec lequel elle fait ses 
comptes de cuisine. 

Les petits vitriers (LXV, 501, 680, 
824). — Les chasseurs à pied ne doivent 
pas leur surnom à la couleur de leurs 
épaulettes ; sans parler de l'armée d'Afri- 
que, les compagnies du centre dans l'in- 
fanterie de ligne en portaient de presque 
pareilles qui ressorlaient bien davantage. 

Cette dénomination vient de l'aspect 
du paquetage et surtout de la position 
que les chasseurs affectaient de prendre 
dans les posa. Armés de la carabine 
Minié, sensiblement plus courte que le 
fusil d'infanterie, ils la fichaient en 
terre derrière eux, le bout du canon 
placé sous le sac, et soulageaient ainsi 
leurs épaules du poids du barda, en imi- 
tant les vitriers de notre enfance qui de 
même appuyaient leur crochet sur la règle. 

Telle est l'explication qui avait cours 
dans Vanne à l'époque déjà lointaine où 
j'avais l'honneur et le plaisir d'y être 
sous-lieutenant. 

Encore un carreau d'cassé,.. 

Madel. 

Singuliers jetons de présence 
(LXV, 598, 775). — Il est de tradition 
encore aujourd'hui parmi les avoués à la 
Cour d'appel de Montpellier que tout nou- 
veau membre envoie au moment de sa 
nomination 34 kilos de sucre aux mem- 
bres de la chambre des avoués, 17 kilos 
à chacun de ses confrères et 8 kilos et 
demi aux greffiers. Un avoué célibataire 
et qui ne mange pas chez lui peut se trou- 
ver ainsi a la tète de provisions de sucre 
dont il ne sait que faire. J'ignore si la 
même coutume existe chez les avoués de 
r*' instance. S, Ql. L, 




JOSEPHINE FRIDERICHS ET SON FILS P. K. ALEXANDROFF 



Intenuédiairo LXVI, colonae 38. 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Juillet içit 



37 



38 



Strouyatlles ti Ofuriosités 



Aventure romanesque d*un trot- 
tin de Paris : la comtesse Alexan- 
drofl. — Joséphine (on l'appelait Fifme) 
était trottin chez Mme Boudei de Terray, 
la grande marchande de modes du Paris, 
à la fin du xvni»= siècle. 

Elle n'était pas jolie, jolie, mais elle 
avait cet air si affriolant et mutin de la 
grisetle parisienne. Puis elle trottait si 
gentiment, avec ses cartons, dans de sim- 
ples atours, son petit nez légèrement re- 
troussé, ses lèvres souriantes, le flot des 
mèches folles, sur un front ingénu ; avec 
cela l'éloculion rapide et pittoresque de 
la grisette d'hier et d'aujourd'hui. 

Elle était, comme ses compagnes, le 
plaisir de la rue, où sa jeunesse espiègle 
passait... Un Anglais d'âge mûr la re- 
marqua. Avisée et ardente, Fifine fit la 
la coquette. Comme elle n'avait pas qua- 
torze ans, le milord alla trouver son père, 
un modeste artisan, dont on ignore le 
nom, lui proposa de faire élever la fil- 
lette, de lui donner une bonne éducation, 
en tout bien tout honneur, puisqu'il se 
flattait de l'épouser plus tard. 

Après quatre ans passés dans une des 
meilleures pensions de Londres, Fifine 
était rentrée depuis plus de dix-huit mois 
auprès de son protecteur qui allait tout 
simplement lui donner son nom lorsqu'il 
mourut subitement sans avoir pris de 
dispositions testamentaires. La pauvre 
fille se trouva du jour au lendemain, à 
vingt ans, sur le pavé étranger, précipitée 
d'une situation fortunée, habitué au luxe, 
déshabituée du travail. 

Un épouseur se présenta, il se disait 
officier russe habitant Saint-Pétersbourg 
et propriétaire dans les provinces de la 
Baltique; il se faisait appeler von Friderichs. 
Le mariage se fit, mais la lune de miel ne 
dura pas longtemps, l'ofïîcier prétexta 
son service rentra à Pétersbourg et ne 
donna plus de ses nouvelles. Joséphine 
partit le rejoindre, la désillusion l'atten- 
dait à Saint-Pétersbourg où elle apprit 
que le bel officier n'était qu'un simple 
courrier de cabinet chargé de porter les 
dépêches du Ministère des affaires étran- 
gères, qu'il n'avait aucune fortune et 
qu'il n'était point Russe mais Prussien. 
Dans ces conditions, la vie ne pouvait 



être que malheureuse, mais Joséphine 
était d'esprit prompt et de décision rapide. 
Elle alla, dans un baise plaindre au grand 
duc Constantin Pavlowitch leCzarewich, 
des indignes procédés de son mari. Le 
grand duc lui promit sa protection et ja- 
mais protection ne fut couronnée de plus 
de succès. 

Après avoir obtenu le divorce, elle 
alla, en 1807, se fixer à Strela, où Tan- 
née suivante elle donnait le jour à un en- 
fant qui reçut les noms de Paul Constanti- 
nowitch AlexandrotT et pour lequel le 
Czarewitch devait avoir une très vive 
affection. En 1812, il lui fit conférer la 
noblesse ainsi qu'à la mère que dans l'in- 
timité il appelait sa chère Julienne 
Mikhaïlowna. La liaison dura jusqu'au 
mariage du grand duc, en 1820, et se 
continua même jusqu'au jour où l'empe- 
reur irrité exila la maîtresse loin de Var- 
sovie. Entre temps, le grand duc avait 
marié Joséphine , devenue comtesse 
Alexandroff, à un de ses aides-de-camp 
nommé Alexandre Serguewitch Weiss. 

A part quelques personnes, tous ceux 
qui ont parlé d'elle, font son éloge ; ils 
signalent ses mérites, sa bonté, sa com- 
passion pour les malheureux, sa belle âme 
et « son pouvoir de... » modérer les élans 
de la passion déchaînée... Ils dépeignent 
sa beauté « ses grands yeux gris d'une 
bonté souveraine, ombragés de longs cils 
noirs et disent que, dans l'intimité, elle 
avait une 'conversation pleine de bonne 
humeur ». 

Elle est morte à Nice le 5 avril 1824. 
Son fils le comte Paul Alexandroff, géné- 
ral aide-de-camp, épousa la princesse A. 
Chtcherbatoff. 

Nous devons la révélation de ces faits 
au bel ouvrage de S. A. 1. Monseigneur 
le Grand Duc Nicolas Mikhaïlowitch: Les 
poitrails russes. Il a daigné nous autori- 
ser à reproduire celui de notre héroïne, la 
jolie grisette parisienne devenue grande 
dame russe peint par Riesener que nous 
publions ici. 

LÉONCE Grasilier. 

Lettre de Mme d'Argental sur 
"Voltaire. — Dans les papiers de Bérard 
(Auguste-Simon-Louis) député, fondateur 
des forges d'Alais, directeur général des 
Ponts et Chaussées, receveur général du 
Cher, et auteur de publications érudites, 



N» |^J3 Vol. LXVl. 



L'INTERMiDlAIRb 



39 



40 



je trouve ce manuscrit préparé pour l'im- 
pression et qui a peut-être été imprimé. 

L'intérêt de ce manuscrit, c'est qu'il re- 
produit un certain nombre de lettres de 
Voltaire, à ce moment encore inédites : 

J'ai pu vérifier qu'on les retrouve dans 
l'édition des œuvres de Voltaire (édition 
Garnier). 

Mais ce qu'on n'y retrouve pas — ou j'ai 
bien mal cherche — c'est parmi les lettres 
adressées à Voltaire, une lettre de Mme 
d'Argental reproduite par Bérard, qui 
en possédait peut-être l'original. A-t-elle 
disparu r N'a-t-on pas trouvé utile de la 
recueillir ? N'ai-jo pas su la découvrir là 
où elle est imprimée ? Je ne sais. 

Mais cette lettre est si curieuse, elle 
peint si bien le Voltaire de la fin,simiesque 
et fantasque, que je n'hésite pas à la re- 
produire d'après le manuscrit de Bérard 
qui est en ma possession. 11 serait dom- 
mage qu'elle fût ignorée. 

« Cette lettre, observe M. Bérard, doit 
être de 17^6, et avoir rapport à l'Enfant 
prodigue. Elle est fort curieuse, et fait voir 
en quelque sorte, Voltaire vivant et agis- 
sant. » 

Lettre de Maa" D'Argental à son mari qui 
Hait allé souper à la campagne, à minuit 

Voltaire sort d'ici. Il est arrivé à onze 
heures comme un fiirieux. Il m'a conté qu'il 
avait été à Versailles, à Sceaux, chez des no- 
taires depuis qu'il était 'evenu, et cent 
choses avec une volubilité prodij?ieuse et 
toujours criant qu'il était au désespoir. Enfin 
quand il a pu mettre quelqu'ordre dans sesdis- 
cours, il m'a ditquetout cheminfaisautilavait 
fait non seulement les retranchemens que vous 
lui aviez demandés, mais même davantage ; 
et que, comme il ne s'agissait pas seulement 
de retrancher, mais d'avoir le sens commun 
en liant les choses, qu'il avait fait des liai- 
sons. Qu'avant été a dix heures porter à 
Mlle Granval ce qui la regardait, il l'avait 
tiouvée apprenant une leçon que des gens 
qui ne se fiaîtnt j:\mais à lui, lui avaient en- 
voyée. Il m'a deuiandé d'une voix terrible de 
quoi on se mêlait. Q.ue cela était réparé 
pour Mlle Granval, mais qu'il fallait qu'il 
allât réveiller Gianval et Mlle Dangeville qui 
logeaient aux deux bouts de Paris ; qu'il avait 
fait quinze lieues ; qu'il était tué, excédé; 
qu'il fallait qu'il allai demain à Plaisance et 
qu'il mourrait de la fatigue que tout cela 
allait lui causer. Enfin je n'ai jamais vu 
quelqu'un si hors de lui. |e l'ai calmé cepen- 
dant et tout s'est terminé à medemander par- 
don et à me supplier de vous écrire avant de 
me coucher pour vous engager à envoyer de 



bou matin chez Granval et chez Mlle Daug«' 
ville et à leur faire dire de suivre sa leçon ; 
et puis il m'a fait promettre que je vous en- 
gagerais (attendu qu'il ne peut pas être à la 
comédie avant six heures) à faire répéter de- 
vant vous Granval, sa femme, Mlle Dangeville 
et Minet. La fin de tout ce tapage a été qu'il 
s'est mis à mes genoux; qu'il a ri de sa fu- 
reur ; qu'il m'a dit que l'humeur le faisait 
mettre en colère et extravaguer, mais que 
son cœur n'y avait point de part, et qu'il se 
jetterait aux genoux de son ange pour le re- 
mercier de ses seins paternels ; que pour 
moi, il m'aimait à la folie et ne saluerait ja- 
mais un fermier général jusqu'à ce que 
j'eusse soixante mille livres de rente. 

Mort du duc d'Orléans (1842). — 
A la suite de la mort accidentelle du duc 
d'Orléans, la lettre suivante fut envoyée 
à diverses personnalités politiques. Son 
ton angoissé montre dans quelle per- 
plexité jetait la brusque disparition de ce 
prince populaire dont la vie était pour la 
monarchie constitutionnelle une si forte 
garantie de durée. 

La lettre que nous publions était adres- 
sée à un député ministériel. L. G, 
Paris, le 15 juillet 184a 
Cabinet du Ministre 

de rintétteur 

Mon cher collègue, 

La situation est très grave et réclame im- 
périeusement votre présence. Ne manquez pas 
de vous trouver ici le 26. Je vous le de- 
mande au nom du roi, au nom des plus 
chers intérêts du pays. La Fiaiice vient 
d'éprouver un malheur immense ; il y a des 
précautions nécessaires à prendre sur le 
champ pour l'avenir. La consternation est 
universelle mais tout le monde sent la néces- 
sité de se rallier autour de la dynastie sur 
laquelle reposent l'ordre, la prospérité et la 
sécurité de la France. Aucun député ami de 
son pays et dévoué au Roi ne peut déserter 
son poste le 26. C'est pour tous un devoir 
rigoureux de venir contribuer à affermir le 
gouvernement que nous avons fondé il y a 
12 ans. Aucun sacrifice ne doit coûter pour 
cela. Le gouvernement no manquera pas ses 
arais, il compte que ses amis ne lui manque- 
ront pas. 

Tout à vous bien sincèrement, 

UUCHATEL. 



Li Directeur-gérant : 
GEORGES MONTOKGUEIL 



Imp. Danibi-Chamboj», St-Amsnd-Mont-Roni 




ROUSSEAU DANS UN TABLEAU 
{sujet à déterminer) 



Intermédiaire LXVI, colonne 41 , 



LXVI* Volume Paratsiant les lo, 30 et jo éU chaque mois 



20 JnlUet 1912 



48* Année 

81 * '.r. VIctor-Massé 
PARIS (IXM 

Bareaa : de S s6heares 



gUAQCB 



Qhtrchex et 
vou» trouveret 




I It te faut 
a tntr'aider 



N»_i334 

31»',r.Ttctor-ilass 
PARIS (IX>) 

Bareaax : de 3 à 6 heur»» 



€ 3nUxmébxaxxe 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS ET REl'OSSES LITTERAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUE 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



41 



42 



^fous prions nos correspondants de 
vouloir bten répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudofivme, et de n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d', pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, toute 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotei. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauj exception, 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou. réponse 
tendant à mettre en discussion le nom eu le 
titre d'une famille non éteinte. 



(âueôttonô 



Rousseau dans un tableau. — Dans 
la galerie du duc de Portland se trouve 
un tableau signé Duvivier, qui intrigue 
le possesseur et tous ceux qui sont admis 
à voir ce tableau. 

Le paysage est celui d'Ermenonville : 
en voit le tombeau du philosopphe dans 
l'île des Peupliers. 

Un jeune garçon habillé en hussard, 
rouge — et c'est là évidemment un por- 
trait — a le bras gauche appuyé sur un 
piédestal. 

Ce piédestal supporte deux bustes. Au 
dessous de l'un des bustes on lit :/-/.- 
Rouiseau.^z\ c'est en effet le buste de Rous- 



seau par Houdon. Sur l'autre buste, repré- 
sentant une femme, on lit : C. Dantr... 
ou peut-être C. Dania... ; le nom est in- 
complet. 

Sur le socle est inscrite cette devise 
Vixerunt mira concoidia (Ils vécurent en 
admirable harmonie). 

Cette devise s'appliquet elle aux pa- 
rents de l'enfant ? 

Mais pourquoi est-elle placée sur un 
socle qui ré'-nit les images de J.-J. Rous- 
seau et de cette femme appelée C. Dantr... 
ou C. Danta qui ne correspond à aucune 
des femmes qije Rousseau a connues.^ 

Que signifie cette énigme ? 

Richard V. Goulding. 



maréckal de 

- Cette question 
XXll, est restée 



Où est enterré le 
Villars 'T. G. 195). - 
posée dans le volume 
sans réponse : 

« Le maréchal de Villars est mort à Paris 
en 1734, mais où a-t-il «té enterré? Aucun 
de ses historiens ne font mention de sa sé- 
pulture. » 

[Villars est mort à Turin et non à 
Parisj. 

Le papiers de Laurent, — En 1862, 
M. de Beauchesne recevait la lettre sui- 
vante : 

Monsieur de Beauchesne, chef de la section 
historique des Archives de TEmpire, 23, rue 
de Beaune, Paris. 
î^lon.Meur, 

Je vous serais infiniment obligé s"il vous 
était possible de me remettre les papiers que 
j'ai eu l'avantage de vous prêter, et relatifs à 
Laurent, l'un des préposés à la garde de 

ULV- % 



N» 1334. Vol. LXVI 



L'INTERMeDIAlRé 



43 

Louis XVll. Vous savez que je ne suis 
que l'un des propriétjires de ces papiers, c'est 
ce qui me fait persister dans ma demande. 

Veuillez excuser mes importunités et rece- 
voir l'assurance que je me tiens pour heu- 
reux d'avoir pu vous rendre ce bien léger ser- 
vice. 

Votre très humble serviteur, 

Senez . 

Je demeure actuellement avec ma nièce 
Mme de Montravel, rue de l'Ouest [?] 29. 

Paris, le 31 octobre 1862. 

Sait-on ce que sont devenus ces pa 
piers ? Marassin. 

Portraits de Louis X'VII. — Sait 
on où se trouvent actuellement : 

10 La miniature de Louis XVII par Du- 
mont, qui « dessinée et gravée par Re- 
gnault » figure en tête de l'ouvrage de 
M. de Beauchesne ; 

2° Les deux miniatures de Sicardi, re 
présentant le duc de Normandie, prove- 
nant de la duclusse de Polignac et qui fu- 
rent vendues le i®"" février 1877, à l'Hôtel 
Drouot ; 

5° Le portrait du dauphin au pastel, par 
Hoin, qui appartenait en 1867 à M. A, 
Vitu ; 

4" Le tableau que Mme Vigée-Lebrun 
désigne ainsi (Souvenirs, p. ^64) : 

Monsieur 1« Dauphin, Madame et M. le 
duc de Normandie, pour Mme de Polignac 
('787); 

5° Le tableau ainsi désigné par la même 
(ibid. p. 365) : 

«M. le duc de Normandie en pied »(i789) ? 

Marassin. 



L'emprisonnement de Guillotin. 

— On sait que d'après l'assertion de tous 
ses biographes, Guillotin aurait été ar- 
rêté avant la chute de Robespierre et 
n'aurait dû son salut qu'au neuf ther- 
midor. 

Dans une récente étude : le D^ Joseph 
Ignace Guillotin (La Rochelle. Noel- 
Texicr, 1908), M. Edmond Jean Guérin a 
reproduit deux documents contenus dans 
les dossiers de la police générale(Archives 
Nationales F. 7, 5736J desquels il résulte 
d'une manière certaine : l'Que le fameux 
médecin Saintais, alors secrétaire de la 
section de la Halle aux Blés, a été arrêté 
et conduit, le ib Vendémiaire an iV, dans 
la prison dite des Orties, sous l'inculpa- 



44 



tion d'être « rédacteur et signataire de 
[)lusieurs adresses et écrits, contraires 
aux lois » ; 2" que le 13 brumaire an IV, 
il a été remis en liberté. 

Un intermédiairiste pourrait-il me dire : 
\° Quels sont les écrits reprochés à 
Guillotin, dont il n'est pas fait mention 
dans la Bibliographie de l'Histoire de Paris, 
pendant la Révolution, de Maurice Tour- 
neux ? 

2° Où était située la prison des Orties, 
dont il n'est pas question dans l'intéres- 
sant ouvrage de M. G. Dauban : Les Pri- 
sons de Paris boiis la Révolution .? 

P. B. 

Le comte de C. . . , envoyé de Perse 
à la Cour de France. — Je viens de 
lire l'édition si remarquable que M. Etien- 
ne Lamy, l'éminent historien, a publiée, 
il y a quelques années, des Mémoires 
d^ Aimée de Coigny^ duchesse de Fleur y, et 
Je trouve, page 215, la phrase suivante 
dont j'ai été, je l'avoue, assez frappé : 

... un comte de S . . ancien envoyé de Perst 
à la Cour de France^ Piémontais par son 
père^ Polonais par sa mère, cocu allemand 
par sa femme, Anglais par ses alliances, 
Russe par une cousine, Français par con- 
quête et espion, pai goiît, état et habitude... 

Comment, un envoyé de Perse à la 
Cour de France au commencement du 
dix-neuvième siècle ! Il y a ici, évidem- 
ment, une double erreur de texte, échap- 
pée a la perspicacité de l'érudit académi- 
cien, et tout porte à croire qu'il s'agit du 
marquis Girolamo Lucchesini, né en 175 1 
d'une famille patricienne de la princi- 
pauté de Lucca, qui entra en 1780 au ser- 
vice de Frédéric-le-Grand comme cham- 
bellan, fut chargé par les successeurs 
du grand Roi de diverses missions di- 
plomatiques et nommé en 1802 minis- 
tre de Prusse à Paris ; il donna sa démis- 
sion en novembre 1806, lorsque le cabi- 
net prussien rejeta l'armistice qu'il avait 
conclu avec Napoléon, mais il resta à Pa- 
ris et reçut de l'Empereur la clef de 
chambellan de sa sœur, la princesse de 
Lucca, Elisa Bonaparte. Il mourut en 
1825, à Florence. Le marquis Lucchesini 
était détesté du parti guerrier de la Cour 
de Berlin. On y voyait avec extrême mé- 
fiance l'admiration qu'il portait à Napo- 
léon et l'amitié qui l'unissait à Talley- 
rand, et on l'accusait ouvertement de ser- 



DBS CHBRCHBURS HT CURIEUX 



so Juillet 191^ 



45 



46 



vir plutôt les intérêts de la France que 
ceux de son pays adoptif, qui l'avait com- 
blé de bienfaits. Le marquis Lucchesini 
était marié à une demoiselle Tarrach, 
fille du conseiller intime de finances Fré- 
déric-Guillaume Tarrach et sœur du mi- 
nistre de Prusse à Stockholm, Fréiéric- 
François de Tarrach (anobli en 1767), 
ainsi que de la femme du général de Bis- 
choffswerder, le favori tout puissant du 
roi Frédéric-Guillaume de Prusse. 

D"" A. DE WlLKE, 



Régiments Savoya. Wad Ras. — 

En janvier 1910, je posais une question 
sur le nom de ces régiments. Les aimables 
réponses que j'ai reçues n'ont pas pourtant 
satisfait ma curiosité. Voilà que je trouve 
dans VHiitoiia organica de las armas de 
Infanieria y Cahalleria Espanolas desde la 
creacion del Ejercilo permanente hasta el 
dia par le lieutenant général comte Clo- 
nard, de l'Académie royale d'Histoire, 16 
vol. Madrid 1861-1855, l'historique de ce 
régiment. Créé en 16^3 comme « Tercio 
de Savoya » avec la base de quelques 
soldats du « Tercio de Lombardia »* et des 
recrues. Dans la réorganisation de l'ar- 
mée de 1707, l'infanterie fut organisée 
en régiments et « Savoya » garda son 
nom. Mais en 1815 lorsqu'il prend part 
à l'expédition du Mexique, il reçoit le 
nom de régiment < Reina Expediciona- 
rio ». Rentré en Espagne en 182 1, il 
est reformé en 1823 comme toute l'ar- 
mée constitutionnelle. Recréé de nou- 
veau en avril 1824, il reprend son nom 
de « Savoya » et sa vieille devise « El 
terror. » 

En 1724, son colonel, Antonio Sales, 
prétend faire remonter l'origine du régi- 
ment aux bandes du roi Ferdinand le 
Catholique, mais sa vraie origine ne re- 
remonte pas au delà des troupes qui allè- 
rent en Italie, et qui ont formé le « Ter- 
cio Lombardia ». Une partie de ces trou- 
pes furent destinées à protéger les Etats 
du Piémont et de la Savoie, dont le duc 
était l'allié des rois espagnols Charles I et 
Philippe II. 

Voilà, en quelques mots, l'historique de 
ce régiment, mais dans cet ouvrage, où 
l'on trouve tous les régiments exis- 
tants en 1855, on ne trouve rien sur le 
< Wad Ras > .Donc il a dû être créé après 



cette date, et peut-être lors de la campa' 
gne du Maroc de 1859. 

le pose de nouveau la question : quels 
chercheurs me diront l'origine du régi- 



ment « Wad Ras » ^ 



America. 



Rue de la Victoire. — On lit dans 
l'Histoire de France populaire de Henri 
Martin, page 443, colonne i du tome IV 
de l'édition Furne, jouvet et C'«, à pro- 
pos du retour de Bonaparte de Rastadt à 
Paris, après le traité de Campo-Formio : 

Bonaparte vint descendre à Paris dans un 
petit hôtel qu'il avait acheté rue Chante- 
reine. La municipalité parisienne changea le 
nom de cette rue en celui de rue de la Vic- 
toire. 

D'autre part, M. le marquis de Roche" 
gude, dans son Guide pratique à traver^ 
le vieux Paris (Hachette et C'% 1903) dit 
à la page 195, à propos de la rue de la 
Victoire : 

Ex-rue Chantereine. — Les religieux de 
la Victoire, établis près de Senlis y possé- 
daient des terrains. Le nom de la Victoire 
était en souvenir de Bouvines. 

Quelle est la vraie origine du nom de 
la rue ? 

Toujours d'après M. de Rochegude, la 
maison habitée par Bonaparte était au 
no 60. 

L'hôtel dit de la Victoire dessiné par Le- 
doux, où habita Talma, puis Joséphine de 
Beauharnais (18 Brumaire); Bonaparte; gé- 
néral Lefévre-Desnouettes ; général Ber- 
trand. Abattu en 1860, pour être transformé 
en maison de rapport ! 

La façade en est très ornée. Mais une 
plaque commémorative devrait, sur cette 
façade, indiquer quels hôtes célèbres ont 
demeuré sur son emplacement. Com- 
ment n'y a-t-on pas pensé, comme on 
l'a fait sur bien d'autres immieubles re- 
construits ? V. A. T. 

"Vienne-le-Château. — Je me met- 
trais volontiers en rapport avec le collè- 
gue A E-, signataire d'une demande de 
renseignements sur Vienne-le-Château 
(Marne). GÉo Richard. 

Comte de Bellevue. -^ ]'ai acheté 
récemment à une vente à Paris, par l'in- 
termédiaire de M. Plat, une médaille en 
argent du diamètre d'une pièce de cinq 
francs. Elle porte : au droit, un écusson 



N** 1334. Vol. LXVl 



L'INTERMEDIAIRE 



47 



48 



d'or au chevron d'azur chargé, an sommet 
d'unecroisette, et accompagné en chef de deux 
étoiles, et en pointe d'une ancre. Couronne 
de comte. — Supports : deux sauvages. 
— devise : *< Spes et virtus » — au bas : 
une croix de saint Louis et une croix de 
la Légion d'honneur ; 

Au revers : »<^ Comte de Bellevue. Sou 
venir. Né le 7 juin 1787, mort le 25 jan- 
vier 1874 ». 

L'un de nos collaborateurs pourrait-il 
rae dire à quelle famille appartenait ce 
comte de Bellevue, qui ne faisait pas par- 
tie de la famille des Fournier de Bellevue, 
qui est la mienne ? 

Marquis de Bhllevùe. 

Comte de Chaléons. — Un collabo- 
rateur pourrait-il fournir une notice bio- 
graphique (avec dates de naissances et de 
mort) sur le comte Charles de Chaléons, 
qui avait pris service en Piémont ? En 
1837, il était lieutenant au régiment de 
cavalerie de Gênes. 

A. L. Berti. 

Eugène de Goulard. — Né et mort 
à Versailles (^1808-1874). Elu député des 
Hautes-Pyrénées en 1847, '849, 1871. 
Fut ministre du Commerce en 1872, des 
Finances cette même année, de l'Intérieur 
en 1872-1873. 

Je serais reconnaissant aux collègues 
qui me feraient connaître si M. de Gou- 
lard a laissé des descendants ; s'il existe 
des biographies de lui^ un recueil de ses 
lettres, des documents l'intéressant. 

De Lomné. 

Jean Léger, dit Legeay. — Venu 
en 1754 h la cour de Frédéric le Grand, 
cet architecte français a su s'assurer la 
grâce et l'approbation entières du roi : 
il reçut plusieurs commandes, entre au- 
tres celle d'ébaucher, avec Knobelsdorflf, 
le plan de l'Eglise Sainte-Edwige à Ber- 
lin ; mais en 1763, il se brouilla avec ie 
roi (voir à ce sujet les Souvenirs de Thié- 
bault) et se retira à Schwerin, puisa Ros- 
tock (Grand-duché de Meklembourg- 
Schweriny. Il parait avoir signé plusieurs 
gravures ; le Catalogue du Cabinet Pat- 
gnon-Dijonral (rédigé par Besnard, p. 
345) en énumère deux. La même collec- 
tion doit avoir renferme plusieurs des- 



sins à la plume de Legeay (ou Le Geay) 
représentant des scènes italiennes (Voir à 
ce sujet G -K. Nagler, Neues allgemeines 
Kunstler lexicon, Munich, 1837, t. V, p. 
çô.t. VII. p. 398). On le croit collaborateur 
de l'album Rottta antica e modema de Ve- 
nuti. Il a gravé trois planches in-folio 
oblong, représentant des intérieurs et la 
façade de l'Eglise Sainte-Edwige, à Ber- 
lin. 

Qye sait-on de ce personnage .? Q.uelle 
est la date, quel est le lieu de sa nais- 
sance et de son décès .'' Les lexicographes 
n'en savent rien. Joachim Kùhn. 

J.-F. Périer, évoque constitu- 
tionnel du Puy-de-Dôme (1791). 

— Le 13 février 17Q1, les Electeurs du 
Puy-de Dôme étaient appelés à donner 
un successeur à Mgr de Bonal, évêque lé- 
gitime de Clermont qui, en pleine séance 
de la Constituante, s'étant prononcé con- 
tre la prestation du serment, avait été 
déclaré démissionnaire. Le 14 Février, dès 
le premier scrutin, une imposante majo- 
rité désigna, pour cette intronisation à 
l'épiscopat, rOratorien Jean-François Pé- 
rier, supérieur de l'Ecole militaire d'Ef- 
fiat, près d'Aigueperse, — école alors di- 
rigée par des prêtres de cet Ordre et dans 
laquelle furent élevés le maréchal Desaix, 
de Marengo, et ses deux frères. 

Né dans le Dauphiné, vers 1740, J.-F, 
Périer mourut en 1824, sous la Restaura- 
tion, devenu d'évêque républicain, évêque 
légitime d'Avignon. 

Ce Prélat, ami du pouvoir, — de tous 
les pouvoirs, — était-il allié à la famille, 
bien connue, du Conseiller à la Cour des 
Aydes de Clermont, Florin Périer [1605 
f 1672], époux de Françoise-Gilbcrte 
Pascal, sœur aînée de l'illustre Bl. Pas- 
cal ? 

Ulric R.-D. 

Seigneurie des Préaux. — Fran- 
çois de joyeuse, fils de Louis de Joyeuse 
et de Jeanne de_ Bourbon-Vendôme (fille 
elle-même de Jean de Bourbon, comte de 
Vendôme et de Isabelle de Beauveau), qui 
épousa, en 1506, Anne de Gaste, est qua- 
lifié dans les documents qui le mention- 
nent, de sire de Bothéon, Grandpré, les 
Préaux. 

On désirerait savoir où se trouvaient 
CCS diverses terres, (provinces — dépar- 



DBS OHBRCHBURS HT CURIBUX 



30 Juillet 191* . 



49 



5'^ 



tements actuels) notamment en ce qui 
concerne les Préaux. Bellechasse. 

Armoiries à déterminer : trois 
fasces échiquetées. — i" De..., à 
trois fasces échiquetées de... et de... 

Armoiries d'un prélat de la Régence, 
Chapeau de cardinal et couronne ducale. 
Fer de reliure, 

2° De gueules au sautoir d'or ; 

3" Parti de gueules au sautoir d'or, et 
d'a:(ur au lion rampant d'argent. 

Ces deux dernières armoiries, peintes 
sur les pages d'un livre d'heures daté de 
1404. XX. 

Armoiries d'un évêque étranger : 
arbre et 2 moutons. — A déterminer 
l'écusson suivant, facture du commence- 
ment du xix« siècle : d'a:(ur à Varhre sur 
une terrasse au pied duquel paissent 2 mou- 
tons affrontés.^ le tout d'argent. 

La CoussiÈRE. 

Armoiries archiépiscopales : sept 
épis et tour d'argent. — Quel est l'ar- 
chevêque étranger, du siècle dernier pro- 
bablement, qui portait : parti : d'a:{ur à 
7 épis de blé de... ; d'a:(ur à la tour d'ar- 
gent surmontée d'une cigogne du même., te- 
nant en son bec un serpent ; au chef sur le 
tout : de gueules semé de fleurdelys d'ar- 
gent au larnbel d'or. St-Saud. 

Fer aux armes des Becdelièvre. 

— Je possède un livre relié, qui porte sur 
le plat, dans un cartouche Louis XIV sur- 
monté d'une couronne comtale, l'écusson, 
sans émaux, de la famille de Becdelièvre 
(2 croix fichées, coquille). Autour l'ms- 
cription suivante : d. d. 1. b. becdelièvre 

DE. la. BVSNELWS. COMP. PROTOP. Ry€. 

A qui pouvait-il appartenir ? Que si- 
gnifient les derniers mots de la légende .'' 
Si D. D. veut dire doctor divinitatis (titre 
qu'on donne de nos jours à des prélats 
surtout anglais ou américains — ustati^ns 
comme on désire qu'il soit dit maintenant) 
il y aurait des attributs prélatices autour 
de l'écu. Saint-Saud. 

Sceau à identifier : J. Pétri 
Prioris de Bries. — A qui attribuer 
un sceau, que je suppose du xv« siècle, 
qui porte comme inscription : 

4- S. PETRI PRIORIS DE BRIES : 



et dans le champ une croix ancrée au 
pied fiché, cantonnée de quatre fleurs-de- 
lis ? Henri de Brion. 

Une estampe d'après Watteau : 
Tobie faisant enterrer les morts. — 

Je lis dans le Catalogue de V Œuvre gravé 
de Watteau (Concourt, L'art au xviii« 51^- 
cle) ce titre : « Tobie faisant enterrer les 
morts » — et je le trouve également 
dans l'ouvrage de Cellier : Antoine IVat- 
teau. 

Un collègue pourrait-il me renseigner 
sur cette estampe que je n'ai jamais ren- 
contrée et qui esi si peu dans le genre de 
Watteau ? Elle aurait été gravée par Hu- 
quier, toujours d'après Concourt et Cellier. 

J. V. P. 

Le sourire de l'âme. — Voltaire. 

— Où Voltaire parle t il de « ce sourire 
de rame préférable au rire de la bouche »? 

Fraval. 

« Les fripons ne savent pas rire ». 
Dumas père. — Où Alex. Dumas a-t-il 
écrit qu'il y a une catégorie d'individus 
qui ne savent pas rire : les fripons ? 

Fraval. 

Tes Te-Deum des rois sont les De 
profundis -es peup es. — Quel est 
l'auteur de cette pensée ^ Est-elle anté- 
rieure à celle de l'abbé Grégoire, qui 
sous une forme différente, exprime la 
même chose : « Les victoires des rois 
sont le martyrologe des nations » ? 

A rapprocher aussi les deux vers sui- 
vants, dont j'ignore l'auteur : 

A vaincre tant de fois, nos forces s'affaibiis- 

[sent, 
Le prince est triomphant, mais les peuples 

[gémissent. 

Aimé Thouvenin. 

Trois pourcent. — Quiroga,(noms 
de vêtements). — Dans le chapitre 263 
de ses Mémoires, Dumas parle des vête- 
ments politiques, et cite parmi d'autres, 
des « trois pour cent > et des « quirogas ». 
Quel est l'intermédiairiste qui aurait la 
bonté de me dire le sens et le pourquoi 
de ces noms ? America. 

Mariage des médecins. — Dans un 
curieux petit ouvrage intitulé : De la 



I 



N» Jj34 Vol. LX'wI. 



L'iNTfiilMBDIAiRÈ 



5» 



52 



Cbarlaianerie des Savants pas M. Menkcn 
(a la Haye. «721) je trouve cette note 
singulière : 

Les Athéniens avaient une loi qui défen- 
dait aux esclaves de faire l'amour. A pro- 
pos.. . il me souvicMit d'avoir lu que ce :,e 
fut que sous le règne d»; Charles Vil que les 
médecins eurent permission en France de se 
marier. 

Quel texte pourrait bien venir à l'appui 
dune semblable assertion ? 

René Villes. 



La Reconstitution des actes de 
rétat-ci\ il parisien. - L'intérêt pra- 
tique de la reconstitution de ces actes est 
trop évident pour qu'il soit nécessaire de 
le démontrer. 

Aussi, une loi du 12 février 1872, or- 
donna telle de procéder d office à cette 
reconstitution rendue nécessaire par suite 
des incendies de 187 i . 

Dans un but louable, dont il est facile 
de comprendre les causes, un délai fut 
fixé pour procéder à cette reconstitution, 
aux intéressés et aux administrations qui 
par leurs fonctions avaient des documents 
suffisants : paroisses, notaires, enregis- 
trement etc.. 

Les authentiques ou les pièces pouvant 
en tenir lieu devaient être examinées, ac- 
ceptées ou rejetées, le tout gratuitement, 
par une commission spéciale attachée aux 
archives départementales. Ces archives 
conservaient les documents et en en- 
voyaient des copies certifiées au greffe du 
Tribunal de la Seine. 

Cette commission fonctionna régulière- 
ment, et si son travail n'est pas plus 
complet qu'il ne l'est, ce n'est certaine- 
ment pas elle qui en est responsable. 

Ce travail colossal, concentré et classé 
au quai Henri IV, est confié à la garde 
d'un personnel particulièrement compé- 
tent. 

Les délais assignés par la loi de 1872 
étant expirés, la loi du ^ juin iSçj indiqua 
un nouveau mode d'opérations à suivre 
pour continuer ces reconstitutions. 

Depuis la promulgation de cette loi ij a 
été fait Une distinction : 

Entre les extraits authentiques qui doi- 
vent être déposés directement au greffe du 
Tribunal de la Seine pour y être conser- 
ves et dont le Tribunal n'envoie qu'une 



copie aux archives départementales, le 
tout sans frais ; 

Et les preuves autres que la production 
d'un extrait authentique pour lesquelles il 
faut s'adresser au Procureur de la Répu- 
blique afin d'obtenir un jugement dont 
les irais s'élèvent au minimum à 200 fr. 

On se demande pourquoi on confie à un 
gretfier. qui, quel que soit son mérite pro- 
fessionnel n'a peut-être pas toutes les 
qualités requises pour examiner et rece- 
voir des documents, alors qu'il y a tou- 
jours aux archives départementales le 
même personnel particulièrement compé- 
tent. 

On se demande aussi pourquoi les au- 
thentiques déposés avant 1893 se trou- 
vant aux Archives départementales, on ne 
donne plus à ce dépôt que des copies de- 
puis cette date. 

On se demande enfin pourquoi on met 
un obstacle grave à des reconstitutions si 
essentielles en exigeant un acte judiciaire 
long et coûteux, alors que le personnel 
actuel des Archives départementales 
pouriait constituer une commission char- 
gée de faire ce travail, rapidement, sûre- 
ment et sans frais. 

C'est à tort qu'on a voulu assimiler la 
situation de l'Êtat-civil parisie 1 à celles 
de l'Etat civil de cités beaucoup moins 
importantes auxquelles il manque seule- 
ment quelques registres. 

La situation de Paris est exceptionnelle 
et doit être exceptionnellement traitée. 

Q.ue pourrait-on faire? I.-G. Bord. 

La faute à Rousseau. — Où pour- 
rais-je trouver le texte complet de la 
chanson : 

C'est la faute à Voltaire. 
C'est la faute à Rousseau... 

Quel en est l'auteur ? Sur quel air 
cela se chantait-il ? Dans quelles circons- 
tances la chanson fut-elle composée ^ 

Nhpt. 

L'encre rouge des vérifications 
de mémoires. — J'ai sous les yeux un 
mémoire d ouvrages de peinture qui a été 
vérifié et modéré par Capron, architecte 
expert à Paris, le 1^ décembre 1782. Il 
porte des rectifications à l'encre rouge 

L'usage de cette encre par les vérifica- 
teurs de mémoire est-il beaucoup plus 
ancien ? Sy 



DBS CHBRCHMURS EX CUkIJaUX 



2 Juillet 191» 



53 



54 



Îlep0n$c6 



Le siège de Paris de 886 : laplaque 

du Petit-Pont (LXVI, 3). — M. André 
Mesureur veut bien prendre la peine de 
nous adresser la note suivante : 

La plaque du Petit Pont, iors de la démoli 
tion de l'annexe de rHôtel-Dieu, a été déposée 
au service des . ravaux historiques de la ville 
de Paris (Hôtel Le Pelletier de Saint-Far- 
geau, rue de Sévigné) où elle attendra la fin 
de l'opération de voirie, à faire en cet en- 
droit, et la reconstruction d'un immeuble 
permettant de la réinstaller. 

Marie-Antoinette : Son protégé 
Armand. Etait-ce le pauvre Jac- 
ques? (LXV, 829). — Il ne semble pas 
qu'il puisse y avoir de rapport entre le 
petil Jacques de Mme de Campan et le 
pauvre Jacques de Mme Elisabeth. Celui- 
ci est arrivé en effet de Fribourg, directe- 
ment, en âge d'être fiancé et capable de 
mériter toute la confiance de Mme Elisa- 
beth pour la distribution du lait aux pau- 
vres de Montreuil (Cf. M. Antoine Fer- 
rand {Eloge historique de Mme Elhabeth de 
France ?Ans, Dessenne, 1814 p. 4^ et sur- 
tout p. 155 une note de Mme de Bombel 
datée de 179^). 

Cet Armand serait-il l'enfant dont parle 
Montjoye sans le nommer [Hiiioire de 
Marie- AntoineUe de France Paris, V« Le- 
petit_, 1814, T. 1. p 78)? llavait troisanset 
était orphelin de père et de mère quand 
Marie-Antoinette le recueillit au village 
de St-Michel, près Versailles. 

La reine permettait, dit Montjoye, qu'il 
vint tous les jours dans son appartement se 
livrer sans contrainte à tous les divertisse 
ments de son âge... Ce même enfant de 
trois ans ayant été pris d'un accès de fièvre, 
qu'on supposa lui avoir été communiqué par 
une des caresses de son auguste bienfaitrice 
qui, dans ce moment, était elle-mèrae léjjjère- 
ment incommodée, les poètes s'attachèrent 
à cette circonstance pour dire à la reine de 
ces riens agréables, dont sa vanité seule, si 
elle eût connu cette passion, eût pu être 
flattée (suivent quelques vers). 

A ces enfants qui auraient été recueillis 
pour être élevés près d'elle, par la bien- 
faisante Marie-Antoinette, on peut ajouter 
<;< le Chevalier Fortuné, jeune enfant que 
Sa Majesté avait daigné élever jusqu'à 
l'époque de sa première grossesse » et 



qui présenta à la Reine, lors de la nais- 
sance du Dauphin, des vers écrits par M. 
D'Aumaîe de Corsen^ ille {Cf. Almanach 
littéraire ou Etrennes d'Apollon, 1787 
p. XVI). C. Dehais. 

Santerre et la mort de Louis XVI 

(LXV, 741). — Les témoignages concer- 
nant la personnalité qui aurait ordonné le 
roulement de tambours du 21 janvier 
étant absolument contradictoires, et la 
réalité de cet épisode étant même contes- 
tée, nous ne tenterons pas, après tant 
d'autres, d'élucider une question sur la- 
quelle on a déjà tant écrit, sans ea faire 
avancer la solution d'un pas. 

Nous nous bornerons à exposer cer- 
taines réflexions que nous a suggérées la 
lecture de l'article inséré dans \ Intermé>- 
diaire du 10 juin. 

L'auteur, M. Camille Pitollet, conclut 
de ce que l'abbé Edgeworth désigne 
comme ayant ordonné le roulement de 
tambours \< un homme à cheval en uni- 
forme national » que cet homme ne pou- 
vait être Santerre, pour cette raison qu'il 
devait le connaître, et que, le connaissant, 
il l'eût nommé si c'eût été lui. D'abord, 
rien ne prouve que l'abbé Edgeworth 
connaissaitSanterre,etselon nous, cette ex- 
pression «,< uniforme national > désigne 
très clairement l'uniforme de la garde na- 
tionale, dont, parmi les généraux pré- 
sents, Santerre seul pouvait être revêtu, 
les deux autres mis en cause, Berruyer 
et Beaufranchet, appartenant à l'armée 
régulière, ce dernier en qualité de chef 
d'F.tat-major général de l'armée campée 
sous Paris. 

En tout état de cause, il semble tout au 
moins étrange, et contraire aux règle- 
ments militaires, qu'un chef d'Etat-major, 
en présence et aux côtés de son supérieur 
hiérarchique, ait donné un ordre. A notre 
avis, si l'ordre a été réellement donné, il 
a dû l'être par le commandant en chef, et 
non par son chef d'Etat-major, qui n'a pu 
que le transmettre, ce qui est bien diffé- 
rent. 

Mais voici qui est plus grave. 

M. Pitollet affirme qu'étant professeur 
au Collège d'Aurillac, il s'est livré à une 
enquête fructueuse, appuyée sur un « ma- 
tériel documentaire irréfutable». Nous al- 
lons voir que les fruits de cette enquête 
sont absolument contredits par la réalité 



N» 1334 Vol. LXVI. 



L'JNTSRMBDIAIK» 



55 



56 



des faits, et ce que vaut ce susdit « ma- 
tériel documentrure irréfutable. » 

L'honorable professeur nous dit que le 
Général de Beaufranchet (qu'il appelle 
« le sieur Beaufranchet >», on se demande 
pourquoi) se retira au commencement de 
la Restauration au village d'Ayat, où il 
termina ses jours, — dans une continuelle 
terreur de représailles, et que « le bruit 
des pas d'un cheval, affirme un témoin 
bien renseigné, éiait pour lui l'annonce 
de l'irruption de la gendarmerie, et il finit 
par succomber de frayeur. » 

Or, i" Ce n'est pas au village d'Ayat, 
mais au château de ce nom, situé com- 
mune de Blot-l'Eglise, qu'habitait le gé- 
néral. 

2° Les gendarmes de la Restauration 
auraient eu grand'peine à l'effrayer, car 
lorsque Louis XVlll remonta sur le trône, 
le général dormait depuis longtemps déjà 
son dernier sommeil, étant mort le 2 
juillet i8i2. 

3° enfin, ce n'est pas à Ayat, mais à 
Vichy que le général de Beaufranchet 
termina ses jours. Son acte de décès, en 
date du 2 juillet 1812, est signé de M. de 
Bardon, alors maire de cette localité. Il 
résidait dans une maison appartenant au 
sieur François Charles, et située dans la 
Section des Bains. 

En présence de preuves et de faits aussi 
précis, il nous semble inutile d'insister. 

F. Arverne. 



Extrait du Registre des Actes de décès 
de la Commune de Vichy pour l'année 
1 812 : 

L'an mil huit cent douze, le 2 juillet, par 
devant nous, Godefroy de Bardon, maire, of- 
ficier de l'Etat-civil de la commune de Vichy 
canton de Cusset, département de l'Allier, 
sont comparus Antoine Guionnet, âgé de 60 
ans, cultivateur, et Jacques Sarayer. journa- 
lier, âgé de so ans, tous deux domiciliés eu 
cette commune, lesquels nous ont déclaré 
que le deux du présent mois, à 4 heures du 
matin, Louis Charles Antoine de Beaufran- 
chet d'Ayat, général de brigade. Inspecteur 
gêné al du Haras de l'tmpire, âgé de SS ans, 
demeurant en son château situé commune 
de Blol rtglise, D' du Puy-de-Dôme, époux 
de Dame Charlotte Josephme Kempter de 
Plobscm, demeurant avec lui, est décédé en 
la maison du sieur François Charles. Sec- 
lion des Bains, de cette commune de Vichy, 



et les liéclarants, après lecture faite, ont dit 
ne savoir signer. 

Signé au Registre, 

De Bardon. 

* 

Un nommé Rozambeau fut arrêté à 
Tarbes le 4 janvier 1815 et dirigé sur Pa- 
ris ou il arriva le 31. Une lettre du mar- 
quis de Villeneuve, préfet des Hautes-Py- 
rénées, envoya sur cet individu la note 
suivante : 

Rozambeau a été tambour maître en 1795 
et dans la journée fatale du 21 janvier de la 
même année, il donna en cette qualité le si- 
gnal du roulement des tambours au moment 
où Louis XVI voulut manifester sa dernière 
volonté à son peuple. 

Il passa du grade de Tambour-maître à ce- 
lui de sergent-major du bataillon des sans- 
culottes, il abandonna le service militaire 
pour suivre la partie dramatique dans la- 
quelle il n'a pu obtenir l'approbation publi- 
que et à laquelle il a été contraint de renon- 
cer. 

J.-G. Bord. 

La condamnation de Louis XVI 
et 1a franc-maçonnerie (LXll à LXV, 
106, 209, 265, 413. 609, 653, 6q8, 837; 
LXVI, 11). — Je n'ai échangé que deux 
ou trois lettres avec le père Abel, au su- 
jet du document en question et, ne le 
connaissant pas autrement, je trouverais 
indiscret de lui adresser le questionnaire 
formulé par M. Zan. 

Mais, des trois personnages mis en 
scène, le premier est un prédicateur cé- 
lèbre en Autriche, le second (son père) a 
été premier ministre de Bavière et le troi- 
sième (son grand-père) est un franc-ma- 
çon notoire, un des premiers disciples de 
Weishaupt. Ainsi tous les trois ont eu 
leur vie publique et, à ce point de vue, 
relèvent plus ou moins de l'histoire. Il 
sera donc facile à notre confrère Zan, s'il 
tient à être renseigné sur les questions 
qu'il pose, de retrouver leur biographie, 
je regrette, quant à moi, de ne pouvoir la 
lui fournir. Gal. 

Napoléon a-t-il été à Londres ? 

''LXV, 6}2). — Beaucoup d'Anglais pré- 
tendent que Napoléon, alors qu'il n'était 
encore que lieutenant d'artillerie, vint à 
Londres... 

A cette époque, on le sait. Bonaparte 
était Corse bien plus que Français. Et 



DES CHBRCHBURS ET CURIEUX 



90 Juillet 1919 



57 



58 



c'est pour s'entretenir avec Paoli, le grand 
patriote de son île natale, alors réfugié 
à Londres, qu'il se serait rendu dans cette 
ville. 

Malheureusement pour les « tenants » 
de cette historiette, il existe une lettre de 
Napoléon à Paoli, datée d'Auxonne 12 
juin 178Q, qu'a publiée autrefois M. Fré- 
déric Masson (Napoléon inconnu, tome II, 
pages 64 à 6b) et qui renferme ce pas- 
sage : 

J'espérai quelque temps pouvoir aller à 
Londres vous exprimer les sentiments que 
vous m'avez fait naître et causer ensemble 
des malheurs de la patrie ; mais l'éloigne- 
ment y met obstacle. Il viendra peut-être un 
jour où je me trouverai à même de le fran- 
chir. 

Or, l'ensemble de cette lettre (avec 
bien d'autres documents) prouve que Na- 
poléon n'avait jamais vu jusque-là ni 
Londres ni Paoli. D'autre part, le vérita- 
ble obstacle, pour lui, à un voyage à 
Londres, en 1789, c'était son extrême 
pauvreté — et elle n'avait pas cessé 
lorsque, en 1790, Paoli revint en Corse, 
Dès ce moment, le voyage n'aurait plus 
eu de raison, et, au surplus, à partir de 
cette année 1790, on connaît pour ainsi 
dire jour par jour l'emploi du temps de 
Napoléon. 

La légende anglaise, on peut en être 
certain, n'est donc . . qu'une légende ! 
A. Boghaert-Vaché. 



Les blessures de Napoléon (LXIV ; 
LXV, 110, 557;. — M. de Mortagne. col. 
1507, parle du danger où se trouva Napo- 
léon au combat de Brienne, selon OMea- 
ra, dans Napoléon en exil. On trouve ce 
fait confirmé à peu près dans Der Impe- 
rator-Napoléon 7814, par Charles Bleib- 
treu, Berlin, s. d. Malheureusement M. 
Bleibtreu ne donne pas les sources où il a 
puisé. 

Page 21 (le soir du 29 janvier') 

...déjà Napoléon se vit obligé devant les 
cavaliers ennemis de se réfugier chez l'inf.in- 
terie de Meuniers. L'officier d'ordonnance 
Gourgaud tua d'un coup de pistolet bien k 
temps, un cosaque qui menaçait Napoléon 
de sa lance, l'adjudant général Dejean en 
tua un autre. 

Page 23 (le matin du 30) 

... Napoléon même s'était hasardé si loin, 
que deux fois il fut en d,inger de tombât au 



pouvoir de l'ennemi et dut tirer son épée- 
Bertier mêrr.e reçut d'un cosaquî un coup de 
lance à la tète. 

Page 55 fio février, bataille de Cham- 
paubert) 

...Et aussi cette fois l'Empereur se trouva 
en danger. S'étant hasardé trop loin, avec le 
maréchal Lefebvre, qui se trouvait sans com- 
mandement au quartier général, ils se virent 
attaqués par les cosaques(?) Le vieux maréchal 
se battit comme un lion, car les escadrons de 
service ne se trouvaient pas à leur place 
comme ils auraient dû. 

Comme on voit, M. Bleibtreu ne sem- 
ble pas très persuadé qu'il s'agissait des 
cosaques. Plus loin, page 87, on trouve 
une scène que Napoléon fait à Guvot, 
commandant les encadrons de service, 
pour l'avoir laissé sans sa garde, et pour 
avoir laissé tomber au pouvoir de l'enne- 
mi une batterie qu'il était chargé de cou- 
vrir. 

America. 

NapoléonpoèteT.G. 628.(LXV,832). 
— On peut hardiment affirmer que les vers 

Je suis tiès las et je voudrais 
Un repos champêtre... 

ces vers qui font, en ce moment, le tour 
de la presse, ne sont point de Napoléon. 

Pas plus que n'est de lui la fable Le 
Chien, le Lapin et le Chasseur, publiée au- 
trefois par le baron de Coston ! 

Pas plus que n'est de lui le madrigal à 
la Saint-Huberti, reproduit partout d'après 
un texte donné par la duchesse d'Abran- 
tès ! 

Nous possédons de Bonaparte, alors 
élève de l'Ecole militaire de Paris (il 
allait avoir seize ans), des « vers » au- 
thentiques, signés fièrement de l'initiale 
N. et inscrits sur son exemplaire du Cours 
de mathématiques de Bezout. Les voici: 

Grand Bezout, achève ton cours, 
Mais avant permets-moi de dire 
Qu'aux aspirants tu donnes secours. 
Cela est parfaitement vrai 
Mais je ne cesserai pas de rire 
Lorsque je l'aurai achevé 
Pour le plus tard au mois de mai ; 
Je ferai alors^lc conseiller. 

Que l'on compare ceci à cela 1... 

M. Frédéric Masson, à qui il faut re- 
courir sans cesse lorsqu'il s'agit de Napo- 
léon, a publié une lettre écrite en 1784, 



N* 



'334- 



Vo;. LXVI, 
^9 



TBKM£DiAiKli 



60 



Par Bonaparte à un de ses oncles et où se 
trouvent cinq vers dont l'orthographe, 
suivant la remarque de l'éminent histo- 
rien, suffirait à montrer « qu'il ignorait 
totalement la prosodie». « Napoléon a 
toujours ignoré la prosodie française », 
répète-t-il ailleurs. 

Alors ? A. Boghaert-Vache. 

Les affaires de Parme (LXV, 733, 
794). -- Les conclusions de l'acte final 
du congrès de Vienne, que M. Fromm, de 
VUnivers, a eu l'obligeance de résumer 
pour ce qui a rapport avec le Duché de Par- 
me, ne représentaient plus guère iQsvriilcs 
intentions du prince de Malternich 2^ ans 
plus tard. Nous avons raison de croire 
que l'Autriche ait tenté de prendre pos- 
session du Duché dès la mort de Marie- 
Louise et sans attendre ^ue ce droit lui 
échût dans le cas que Cliarles-Louis n'eût 
pas laissé d'héritier mâle. Au cours de 
ces intrigues, la diplomatie autrichienne 
aurait même tenté de méconnaître les 
droits du roi de Sardaigne sur Plaisance. 
C'est donc sur ces intrigues, qui repré- 
sentent les vraies intentions de l'Autri- 
che, que je désire quelques renseigne- 
ments. A. L. Berti. 

Châte'-u-Villain (LXV, 833). — 
C'est a l'époque de la Révolution que 
Châteauvillain prit le n m de Ville-sur- 
l'Aujon. 

Nauticl's. 

Condé Folie (LXV, 786 ; LXV, 117). 
- — Colonne 18. ligne 14, lire Longnuru 
ligne 19, lire Stullicia. 

Famille du Bois de Fiennes (LXV, 
49, 323, 003, 854J. — Je complète une 
partie des renseignements fournis sur 
cette question par M. V. A. T., dans le 
numéro 1332, col. 8^4 du ^ojuin 1912 ; 
les prénoms des frères de Wissant étaient : 
Jacques et Pierre. 

Alexandre Rky. 

• • 
Dans une réponse antérieure, j'ai donné 
les noms des six bourgeois de Calais, mais 
sans les prénoms, que voici : Eustache de 
Saint-Pierre, Jean d'Aire, Jean de Fionnes, 
Andrieux d'Ardres, Pierre de Wissaît, 
Jacques de Wissant. V. A. T. 



Cavaignac (Les), sous-préfets de 

Lesparei^LXILLXV, 757 ; LXVI, 18).— Je 
crji6iicpasi;";etromperen assurant que les 
noms des enfants de ces deux personnages 
sont aux Archives nationales^ dans le dos- 
sier que j'ai consulté. On trouvera la cote 
de ce dossier dans V Intermédiaire, LXII, 
629-630. P. Darbly. 

Darance-Navarrot(LXV, 640, 853), 
— La belle ode sur Roland publiée par 
Napoléon Peyrat, sous le pseudonyme Na- 
pol le Pyrénéen, fut d'abord attribuée par 
Ch. Asselineau, selon son témoignage, à 
*< un certain Xavier Navarrot, né à Pau, 
et que l'on vit à Paris après 1S30, faisant 
le coup de feu dans les journaux libé- 
raux >v L'un des noms qui intéressent 
M. A. B. était donc encore porté, vers 
18^0, par une famille de Pau. 

Ibère. 

L'épitaphe de Madame Favart 

(LXlllj. — Sous cette rubrique, ou sous 
toute autre rubrique concernant cette ar- 
tiste, nous nous devons déconsigner l'ap- 
parition de cette nouvelle œuvre de M. Ar- 
thur Pougin : Madame Favart. étude 
théâtrale 1727-1772. Quatorze illustra- 
tions documentaires (Fischbache«-, 1912). 

Cette remarquable étude, si bien pré- 
sentée au point de vue bibliographique, 
est de celles qu'il faut consulter quand on 
veut connaître ce que fut cette reine de 
l'opéra-comique, l'accueil qu'elle reçut de 
ses contemporains, la carrière qu'elle 
poursuivit dans tant de rôles, et ce qu'elle 
y fut, son talent de composition, son ad- 
mirable intelligence de la scène, la va- 
riété de ses moyens, la souplesse de son 
talent, et tout ce qui assure à Madame 
Favart une immortalité si légitime 

Mais nous ne savons pas toujours pour- 
quoi .'' C'est à un historien du théâtre tel 
que M. Arthur Pougin qu'il laut le de- 
mander. 11 est l'un des maîtres en l'art de 
dessiner ces vies illustres : maître par la 
netteté du style et par la loyauté et la 
richesse de sa documentation. 



D'Harcourt (LXV, 641. 806). — Il 
existe une Histoire généalogique de la 
maison de Harcourt, par Messire Gilles An- 
dré de la Roque, Paris, 1662, 4 vol. 
in (*". De Mortagne. 



DES CHBRCHfiURS fiï UURiiiUX 



90 Juillet i9i> 



6i 



62 



Le général baron Humbert (Jean 
Nicolas; (LXV. 547, 807^. — Le géné- 
ral baron Humbert était issu d'une vieille 
famille messine. Son aïeul, Abraham 
Humbert, fut « aman de Metz », et son 
père François-Philippe H., * conseiller du 
Roi au bailliage » et « échevin de l'Hôtel 
commun de cette ville ». Du mariage de 
ce dernier avec Catherine Rose Vaillant 
naquirent sept enfants, dont Jean-Baptisle- 
Nicolas, baptisé à l'église St Sirnplice de 
Metz, le 10 août 17s i, fut le cinquième. 

Le 1 1 avril 1780, celui-ci assiste, dans 
cette même église St-Simplice,au mariage 
de sa sœur .Madeleine avec Jean Louis- 
François-Philippe de Cailloux, avocat au 
Parlement de Metz ; il s'appelle alors 
Humbert de Fercourt et il est « officier 
pour le service de la France». De ce ma- 
riage naquirent sept enfants, dont le qua- 
trième, Marie-Laurette, né le 8 septembre 
1786, eut pour parrain son oncle maternel 
«Jean-Baptiste-Nicolas Humbert de Fer- 
court, lieutenant au régiment de Gr no- 
ble du Corps royal de l'artillerie ». 

Un de ses frères, Cteude-Etienne, né en 
1765, mort en 1843, ^"^ avocat au Parle- 
pientde Metz, puis président de chambre 
à la Cour royale de Metz : il s'appelait 
Humbert de Pommecourt. 

Cf. Met^ : documents généalogiques, par 
l'abbé F.-J. Poirier, p, 119 et 332 (Paris, 
1899) ; Biographie du Parlement de Met^ 
par Emmanuel Michel, p. 232 (Metz, 

•8S3). 

Voici l'état des services du général 
Humbert, d'après le Contrôle de l'ar- 
tillerie: 

Humbert (Jean-Baptiste-Nicolas), né à 
Metz le 10 août 1751. 

Enseigne au régirhent provincial d^ 
Metz, 4 août 177 1. 

Lieutenant au régiment provincial de 
Metz, 5 mai 1772. 

Réformé, 115 décembre i77'5. 

Sous-lieutenant au régiment provisoire 
de Verdun, 10 mai 177S. 

Lieutenant en 2^ au régiment de Gre- 
noble, 20 juillet 1780. 

Lieutenant en i*'' au régiment de Gre- 
noble, 6 janvier 1785. 

Capitaine au 2' régiment à pied, 27 jan- 
vier 1788. 

Chef de bataillon, 26 août 1793. 

Chef de brigade, 20 pluviôse an 2. 



Directeur de l'artillerie à Grenoble, 
20 pluviôse an 2. 

Commandant le 7« régiment, 21 floréal 
an 3. 

Directeur de l'artillerie à Mayence, 
22 ventosc an 8. 

Général de brigade commandant l'Ecole 
d'artillerie a Mayence, 6 novembre 1813. 

Admis à la retraite 2806 fr. par or- 
donnance royale du 12 août 1814. 

A été aide de camp du général de Bro- 
glie de 1777 à 1780. 

Aux armées des côtes de La Rochelle, 
des /Mpcs et d'Italie ; à l'armée du Nord ; 
à l'armée du Rhin ; a commandé l'ar- 
tillerie Gallo-batave et a conduit les opé- 
rations du blocus de la forteresse de 
Wurtzbourg ; à l'armée de Hanovre (ans 
12 et 13) était enfermé dans la citadelle 
de Hameln ; à la Grande Armée (1806) ; 
à l'armée du Rhin (1808); à l'armée 
d'Espagne (1809) ; à Mayence (1814), 

D'après les Fastes de la Légion d'honneur, 
par Lievyns (t. III, Paris, 1844), le géné- 
ral hum.bert fut chevalier de la Légion 
d'honneur le 19 frimaire an 12, et officier 
le 15 prairial suivant. 

Mettensis. 

Momigny (Gaspard- Joseph de) 



(LXV, 249, 375,427,478, 851). 
recevons la lettre suivante : 



Nous 



Caen, 9 juillet 1912. 
Monsieur le Pirecteur, 

Par l'intermédiaire AqV Argus de la Fr^ss^ 
j'ai eu connaissance d'une demande de ren- 
seignements sur le compositeur Georges de 
Momigny, formulée par M. E. B et insérée 
dans \'!n'er>iié-.'iaire da chercheurs et cu- 
rieux. A la date du 30 juin, M. A. P. (ini- 
tiales transparentes) conseillait au solliciteur 
des dits renseignements de s'adresser à moi 
pour en obtenir. Je n'ui reçu aucune demande 
de la part de M. E. B., qui, sans doute, se 
sera renseigné ai leurs. Autrement, je lui 
aurais signalé une erreur p^l- moi commise 
dans l'article : gforges de momigny, du Sup- 
plément à la Biographie universellt^ des 
Musiciens, j'ai présenté cet artiste comme 
étant le fils du théoricien musical Jérôme de 
Momigny, alors qu'il n'en était que le petit 
neveu. 

Peut-être M. E. B. a-t-il été exactement 
informé sur ce point; rnaiSj dans la crainte 
que l'erreur ne se renouvellit, j'ai cru devoir 
vous la signaler, en vous priant d'en faire 
part à vos lecteurs, si vous le jugez utile. 

Veuillez agréer, Monsieur Directeur, l'ex- 



N' 1334 Vol. LXVI. 



L'INTERMEDIAIRb 



64 



pretsion d«mes sentiments les plus distin- 
gués. 

Jules Carlez. 
directeur honoraire 
de l'Ecole nationale de musique 
de Caen. 

Orlan de Polignac (LXV. 739,857). 
— M. A. Varloy pourrait peut-être obtenir 
les renseignements qu'il désire, en s'adres- 
sant à M. dOrlan de Polignac qui habite 
Pompey (Meurthe-et-Moselle). 

AiMF Thouvenin. 

Philibert de Chalon, Prince d'O- 
range (LXV, 831). — Henry de Nassau, 
né le 12 juin 1483, épousa en 151c, en se- 
condes noces Claude, fillede Jean Gabillon, 
Prince d'Orange, celle-ci étant morte en 
1521, Henry se maria en troisièmes 
noces avec la fille d'un Mendoza, mar- 
quis de Ginetti. De Claude seulement il eut 
un rejeton, René de Nassau, que son oncle 
Philibert, sanspostérité, adopta. Il devinlen 
1530 héritier de la Principauté d'Orange. 
René, mort en 1544, sans enfants, Guil- 
laume de Nassau lui succéda par testa- 
ment. Ce dernier se contenta de ses pos- 
sessions dans les Pays-Bas et de la Princi- 
pauté d'Orange, céda à son frère Jean de 
Nassau ses possessions rhénanes. 

Fromm, de ï Univers. 

* • 
Ce n'est pas Claude de Chalon, morte 

en 1 521, qui a hérité de Philibert, son 
frère, mort en 1530, mais bien le fils de 
Claude de Chalon, René de Chalon né de 
son mariage avec Henri de Nassau, et 
comme René de Nassau-Chalon est mort, 
tué à St-Dizier en 1544. sans enfant, les 
biens de Philibert et ses titres ont passé à 
Guillaume de Nassau, cousin de René, 
qui a épousé Louise de Coligny. Ces 
époux ont laissé pour héritier Henri-Fré- 
déric de Nassau, lequel a épousé Marie, 
fille de Charles I" roi d'Angleterre, lequel 
a laisse pour héritiers deux enfants : 

I" Guillaume de Nassau, roi d'Angle- 
terre et prince d'Orange, lequel s'est ma- 
rié à Marie, fille de Jacques II roi d'Angle- 
terre, mort sans enfant ; 

2" Louise-Henriette de Nassau qui a 
épousé Frédéric Guillaume, électeur de 
Brandebourg, élu roi de Prusse en ijot;. 

Jules Dukay. 

C« ne fut pas Claude de Chalon, soeur 



de Philibert, et seconde femme de Henry 
comte de Nassau, qui fut l'héritière de 
son frère, mais son fils unique René de 
Nassau qui succéda, en 1530,3 la Princi- 
pauté d'Orange et à tous les biens de la 
maison de Chalon, en vertu du testament 
de son oncle maternel (Philibert) qui 
l'avait adopté, à condition de prendre son 
nom et ses armes. Les généalogies ne di- 
sent pas que Philibert ait eu une fille. 
Henry de Nassau eut trois femmes : 
Franç-^ise de Savoie, Claude de Chalon 
(fille de Jean de Chalon, prince d'Orange) 
et Marie Mendoza. Elles n'indiquent pas 
de mariage pour Philibert qui fut tué au 
Siège de Florence le 3 août 1530, à l'âge 
de 28 ans. Nisiar. 

• * 

Les Tabelles de Hubfier ^Hambourg 1737 
disent : La Principauté d'Orange passa 
à la maison de Chalon par le mariage de 
Marie des Beaux, fille, et héritière de 
Raymond V, dernier prince d'Orange, 
avec Jean IV de Chalon •{- 1418 
dont 

Louis de Ch. Prince d'Orange ■{■ 1463 
dont 

Guillaume de Chalon » f 1475 
dont 

Jean de Chalon » f 1502 

dont 

Philibert de Chalon, prince d'Orange, 
mort sans postérité en 1530, n'ayant 
pas été marié. 

De ce fait il institua pour son héritier 
René de Nassau, fils de sa sœur Claude^ 
(f 1521), laquelle avait épousé Henri, 
comte de Nassau f 1538. 

Cet héritier de Philibert, (René de Nas- 
sau) devenu prince d'Orange mourut en 
1544 ne laissant également aucune des- 
cendance : Nassau et Orange passèrent 
alors à son cousin Guillaume 1", comte d". 
Nassau. H. de B. 

* « 

Philibert de Chalon, né en 1502, fut 
tué le 3 août IS30, dans un combat de- 
vant Florence. N'ayant pas d'enfants, il 
avait institué pour héritier, non pas sa 
sœur, Claude ou Claudie de Chalon, 
épouse d'Henri de Nassau-Dillembourg, 
mais le fils de cette dernière, — son ne- 
veu — , René de Nassau, sous cette con- 
dition qu'il portât son nom et ses armes. 

C'est ainsi que René de Nassau, né en 



DES CHERCHEURS ET CURiBUA 



20 Juillet ïQia 



65 



b6 



* 518, devint, en 1530. René de Chalon, 
prince d'Orange. Il mourut lui-même 
sans enfants, le 15 ouïe 18 juillet 1544, 
au siège de Saint-Dizier, en combattant 
dans les armées de Charles-Quint, contre 
François P'. 11 avait, à son tour, institué 
pour son héritier son cousin germain, 
Guillaume?'' de Nassau, dit le Taciturne, 
né à Dillembourg, le 25 avril 1533, '^" 
quel devint ainsi prince d'Orange en 
1544. Elu Stathouder de Hollande en 
1572, il fut assassiné à Delft le 10 juillet 
1584. C'est par lui que le titre de prince 
d'Orange sortit de la famille de Chalon, 
pour passer dans celle de Nassau, qui se 
trouve actuellement représentée par la 
Reine Wilhelmine de Hollande. 

René de Chalon fut, comme on le voit, 
le trait d'union entre les familles de Cha- 
lon et de Nassau. La femme de ce prince, 
Anne de Lorraine, lui fit élever le monu- 
ment remarquable, mais peu banal, connu 
sous le nom de « Squelette de Bar-le- 
Duc » et se trouvant dans l'église Saint- 
Pierre de cette ville. Ce monument est du 
au ciseau du sculpteur Ligier-Richier ; 
suivant le désir exprimé par René de 
Chalon rvant sa mort, il donne « sa por- 
« Iraicture fidèle, non pas comme il était 
€ en ce moment, car on flatte toujours 
« les grands, mais comme il serait après 
« son trépas ». 

Voir : La Pise, Tableau de V Histoire des 
Princes et Principauté d'Orange. La Haye 
1639, et {'Intermédiaire des Chercheurs et 
Curieux, Vol. LX, col. 81. 

A. W. 

Même réponse : Nauticus. 

Ida Saint- Elme ; son origine 

(LXlll). — M. V. A. T. demande si la fa- 
mille Tolstoy, dont la «Contemporaine», 
dans ses Mémoires, se dit issue, avait 
une parenté avec la famille du célèbre au- 
teur russe. 

Voici ce qu'on lit dans une notice jointe 
à une lettre, du 24 nov. 1841, du préfet 
de police, M. Delessert, au ministre des 
affaires étrangères : 

Nous ne savons pas si ce Tolstoy (son père) 
appartenait à la famille russe dont plusieurs 
membres exercent, en ce moment, à Paris, 
des fonctions plus ou moins diplomatiques ; 
mais ce dont nous sommes assurés, c'est 
que cette famille repousse énergiquement 
toute parenté avec la < Contemporaine » et 



n'a jamais répondu aux lettres dont celle-ci 
a bien voulu l'honorer. 

C. R. 

Cf. Intermédiaire. Vol XXXV, p. 735. 

Peu de questions ont été aussi souvent 
traitées dans le journal que celles relati- 
ves à Ida St-EIme, (vol. 11, VIII, IX, XIV, 
XVill, XIX, XXXll, XXXV, XXXVI ..) 

Famille de la Sudrie (LXV, 783). — 
En Périgord.la famille de Cosson a formé 
la branche de la Sudrie. qui est générale- 
ment connue seulement sous ce dernier 
nom. 

On m'a dit que le baron Ludovic de la 
Sudrie, décédé à Bordeaux le 20 avril 
1902, père d'Albert (décédé avant lui) et 
père ou grand-père du baron Jean de la 
Sudrie, n'était pas un Cosson et appar- 
tiendrait à une famille des confins du Lot 
et du Lot-ei-Garonne. 

Les Archives Départementales du Lot-et- 
Garonne (B, 639) ne citent qu'un Jean de 
la Suderie en 1606. 

Le baron Jean de la Sudrie habite au 
château de Bellefontaine, par Langon (Gi- 
ronde), On pourrait s'adresser à lui. 

Garumnus. 

. * 

Barons de la Sudrie ; seigneurs de 
Puechguisel, Brocart, Calvairac, Glatens, 
Campanes. Ancienne famille du Quercy. 
Filiation 14^1. Preuves pour Saint-Cyr 
1725. Maintenue 1700. Noblesse de Quercy 
1789. Emplois : un capitaine au régiment 
Bourbonnais, des chevaliers de Saint- 
Louis. Alliance : de Cadrieu 11498, de 
Vielcastel 1626, de Durfort, de Bonnefons 
16:57, de la Raumiguiére, de Captan, de 
Touchebœuf-Beaumond, de Spens d'Esti- 
gnols, de Brons 1716, de Giscard 1582, 
de Carrère 1772, d'Aymer, Chanterre, 
Delage de Luget 1896, de Faudoas 1592, 
de Saint-Gresse 1644. 

Armes : d'a:^ur à un lion d'or accompa- 
gné de 12 hesans de même posés en orle. 
(Pierre Meller, Armoriai du Bordelais, 
Paris, Champion 190b.') 

P. c. c. NlSlAR. 



Une famille de la Sudrie, originaire du 
Limousin et répandue au xvii'' siècle dans 
le Confolentais, a fourni les branches de 
Gamory et de Puyrichard, aujourd'hui 
éteintes, Nou» ne ssivons si c'est de cette 



N« 



'334 



Voi. LXVI 



L'iNXhKMfiDiAlR^ 



que 



V3ut 



67 - 
parler 



68 



M. de la Vé- 



famille 
ronne. 

Elle portait : Ecartelé an i d'argent à 
deux rocs d' échiquier iVa:(ur ; au 2 d'azur 
à un croissant d'argent ; au ? d'a:(ur à une 
coquiUe d'or ; ait 4 d'or à une branche de 
suriette de sinople posée en pal. 

Alliances : Meaudre de la Pouyade 
(isjoet 179SI. Barbarin d- Fonteyroux 
(16^8), More l de Fromenthal (170s), de 
Cambourg (17 1 1 1. de Rousiers (1772^, de 
Labrouhe de Vareilles (1802), etc.. 

Cette famille est aujourd'hui représentée 
par les : Périgord de Villechenon, de 
Bonnegens, de la Bardonnie. de Com- 
preïgnac. de la Guérivière, de Lichy, etc. 

Une autre famille de la Sudrie existait à 
Bordeaux il )' a quelques années, mais qui 
n'avait, a notre connaissance, aucune pa- 
renté avec la précédente. XX. 



* * 



Marie-Anne de la Sudrie avait épousé, 
ver» i72T,le comte Jehan de Cambourg 
ou du Cambout, seigneur de Genouillé 
de la famille du Cambout de Coislin. — 
Elle habitait la paroisse d'Esse au diocèse 
de Limoges. Elle eut pour fils jean-Bar- 
thélemy, comte de Cambourg, seigneur 
de Genouillé. capitaine au régiment de 
Bourgogne-Infanterie, qui épousa, le 21 
septembre 17^6, Mane-Anne-Renée de 
Brissac, dame du Marais Sur l'acte de 
mariage célébré à Faveraye TMaineet- 
Loire), on voit figurer |ean de la Sudrie, 
écuyer. seigneur du Chambon, capitaine 
au régiment de Bourgogne-Infanterie, 
qui doit être vraisemblablement neveu 
de la mère de l'époux. — Le portrait de 
Marie-Anne de la Sudrie. comtesse de 
Cambourg, peint par Largilliere, se trouve 
au château de Vic-sur-Aisne, (Aisne), Il 
appartient à la Vicomtesse de Reiset, née 
Cambourg. dont elle est la quadrisaieule. 
Ce portrait provient du château du Ma- 
rais et fut sauvé de l'incendie du château, 
brûlé pendant la terreur. 

Vicomte df Reiset. 

Chevalier Tousard LXV, 203, 331. 
429, s 14. Hi i). — Voici ce que je trouve 
dans Ht\torical Re/^ister and Dictionary 
of tbe United States Army, 1789 1903. 
Heitman. Washington, 1903 : 

T.'"sard, Louis. France, Joined the Con- 
tinenu ^rmy as a volunteer in the siimner 
of 1777. t.y tha act of 97 October 1778 it 



was « Resolved, that the gallantry of Mon- 
sieur Tousard in the late sction on Rhode 
Island (when he was wounded and lost an 
arm) is deserving of the highest applause, 
and that Congress, in considération of his 
zeal and niisloitune, do promote the said 
Monsieur Tousard to tbe rank of Lieutenant- 
colonel in the service of ihe United States, 
bv brevet, and that he do receive a pension 
of 30 .lollards per mont, out of the Treasury 
of the United States, during life ». 

Major Ist Artillerists and Engineers, U. S. 
Army, 36 Fehruary 1795; lieutenant-colo- 
nel 2nd Artillerists and Engineers, 26 May, 
1800. Honorably discharged Ist June 1802, 
Died 18 September 1821. 

Tel est l'état des services de M. Tou- 
sard en Amérique. Les dates ci dessus ne 
s'accordent pas toutes avec celles données 
dans les réponses antérieures 

Lou's Tousard s'est engagé comme vo- 
lontaire en 1777 ; perdit un bras en 1778 
et reçut la même année, avec le grade de 
lieutenant-colonel par brevet, une pen 
sion mensuelle de 30 dollars. 

Il reprit du service en 1795, avec le 
grade de major du i" régiment d'artil- 
leurs et d'ingénieurs. Le 26 mai 1800, il 
est nommé lieutenant colonel du 2« régi- 
ment d'artilleurs et d'ingénieurs, et con- 
gédié le i*"" juin 1802, Il mourut le 8 sep- 
tembre 1821. D' P. 

Jardins dessinés par Le Nôtre 

(LXV, 448, ^60, 6,4, 7 14. 819; LXVI, 23). 
— je copie dans le Voyage pittoresque des 
environs de Paris, ou des maisons royales, 
châteaux ou autres lieux de plaisance, situés 
aux environs de cette ville, par M. D"*, 
3« édition, corrigée et augmentée, à Pa- 
ris, chez De Bure, père, libraire, quai des 
Augustins. du côté du pont Saint-Michel, 
à Saint-Paul, 1768, avec approbation et 
privilège du roi, les renseignements qui 
suivent : 

Château, situé à Issy, de Madame la Prin" 
cesse douairière de Conty. Le jardin , don^ 
l'étendue est de 96 arpents, et qui est planté 
sur la croupe d'un coteau, fait admirer le 
beau génie de Le Notre (1). 

Les jardins du château de Meudon, dont 
Le Notre a replanté le parc, offrent de belles 
productions de son art, tant dans les bas que 



(i) En 1787, le château d'Issy appartenait 
à Madame la Princesse de Chimay, (Nauti- 
cus) 



OfiS GHBRGHHURÏ ET CURIEUX 



20 Juillet lui a 



6û 



dans les hauts. C'est ce fameux génie que le 
P, Rapin peignait dans ces vers : ' 

Augustis umis qui praesidet hortis, 

Ortiandi ruris maonui monsfrator, et omnis 
Egregius ciiltiirae hortorum, artisque ma- 

gishr. 
HoRj. Liv. I. 

C'est ainsi qu'entre les mains de Le Nôtre, 
les jardins de Trianon se sont agrandis, et 
ont insensiblement formé un parc considéra- 
ble. 

Les jardins de la maison royale de Clagny 
ont été plantés par Le Nôtre. 

Le château de Sceaux est l'ouvrage du 
grand Colbert, qui chargea Le Brun de tous 
les embellissements de ce lieu, et Le Nôtre 
de la conduite des jardins. 

C'est donner une idée avintageuse du parc 
du château de Juvisy, que de dire qu'il a été 
planté par Le Nôtre. 

La maison de Beaurepaire, qui n'est qu'à 
une demi-lieue de Juvisy, est renommée pour 
ses Jardins plantés par Le Nôtre. 

Le château d'Athis renferme aussi la mai- 
son de plaisance de Madame la duchesse de 

Rohan, nommée Les Carneaux Dn même 

côté (du parterre) s'élève un bois de haute 
futaie, dont les labyrinthes et bosquets dé- 
cèlent la manière de Le Nôtre. 



Roule dressées par 
sur les dessins de 



L'Etoile, les ailées du 
ordre du grand Colbert 
Le Nôtre. 

La préface du Voyage pittoresque débute 
ainsi : 

Ce n'est pas un paradoxe, d'avancer que 
les plus beaux jardins de lEurope sont ceux 
de France. On sait que le bel art qui ap- 
prend à les former, y prit naissance sous le 
règne de Louis XIV. Ce Prii.ce trouvant dans 
Le Nôtre un génie capable d'exécuter ses 
grandes idées, l'envoya en Italie pour se per- 
fectionner. Le voyage que Le Nôtre y fit en 
167S lui fut cependant peu utile. La vue des 
Jardins de Tivoli, de Frascati, de Colorno, 
de Sassuolo et de Pratolino, qui passent 
pour les plus beaux d'Italie, échauffa faible- 
ment l'imagination de ce grand homme. La 
plupart de leurs fontaines ne sont que de 
petites grottes, ou des bassins ornés de figures 
qui jettent des filets d'eau. )l faut en excepter 
la Vénerie appartenant au roi de Sardaigne, 
qui a été plantée par un architecte français 
dans le goût des jardins de Marly. Loin de 
trouver des modèles en Italie, Le Nôtre y en 
laissa qu'on ne peut trop étudier ; tels sont 
Jes dessins de la Vigne Pamphile, et ceux des 
jardins du palais Ludovisi à Rome. 

Nauticus. 



70 

nuUius (T. 



Abbés nuUius (T. G. 19 ; XLV ; 
LVIII ; LXIX ; LXV, 737, 842). — Il 
s'est glissé une erreur dans l'article du 
savant D' A. B. (LXV, 845). 

Ce n'est pas « l'abbé bénédictin de 
l'abbaye nuUius de Notre-Dame des Er- 
mites », en Suisse, qui est « toujours, de- 
puis Grégoire XVI, nommé évêque titu- 
laire de Bethléem », mais bien l'abbé des 
chanoines réguliers de Saint-Maurice 
d'Agaune, en Vallais. 

H. DE L. 

Chère Madame (LXV, 206, 388, 
487). — Chère Madame suppose un cer- 
tain degré d'intimité, ou une supériorité 
quelconque du côté de celui qui s'en sert. 
C'est alors une expression affectueuse, 
mais qui serait «déplacée en toute autre cir- 
constance. Ma chère Madame serait aussi 
incorrect que Mon cher Monsieur, sinon 
plus. 

O. D. 



Petra quadrata (LXV, 691). — Le 
minéral dont il s'agit est vraisemblable- 
ment le Protosulfure de fer, que Ton 
trouve fréquemment dans la nature, en 
cristaux isolés cubiques à reflets métalli- 
ques. 

Le poids n'est pas tout à fait celui du 
plomb. Un centimètre cube pesé environ 
7 grammes, tandis qu'en plomb il pèse- 
rait 10 grammes. Mais il est possible que 
M. Nauticus ait indiqué ce poids au jugé 
et sans recourir à la balance. 

Philippe Leroy. 

L'auteur de ).' « Imitation de Jésus 
Christ » (T. G 441 ; LXV, 78s). — Ne 
craint-on pas d'encombrer nos colonnes 
au sujet de cette question, une des plus 
connues et... une des plus controversées .? 
Il y a six ans. Dom Vuillemain, chanoine 
régulier de Latran, supérieur de la mai- 
son de cet Ordre à Liège, a publié une 
traduction de V Imitation, conçue sur un 
plan nouveau. Son introduction résume 
et précise la question de l'auteur de ce li- 
vre admirable. Ce petit volume a été 
édité, je crois, chez Desclées. On peut, en 
tout cas, se le procurer dans la première 
librairie catholique venue. 

La CoussiÈRE. 

Sur ce sujet, le chapitre intitulé : L'In- 



N» 1334. Vol. LXVI. 



L'INTERMÉDIAIKB 



72 



terttflle Consolation du livre de Barbey 
d'Aurevilly {Philosophes et Ecrivains reli- 
gieux, i' série; qui vient de paraître est 
intéressant à consulter. 

L. R. 



La Bibliothèque de Valenciennes pos- 
sède un manuscrit de V Imitation qui est 
décrit dans le Catalogue général des tnamis- 
crtts des Bibliothèques publiques. Départe- 
ments. Tome XXV. Valenciennes, p. 532. 

Martène et Durand, dans le récit de 
leur visite à l'abbaye de Saint Tron 
{Voyage littéraire de deux religieux Béné- 
dictins de la Congrégation de Saint Maur, 
2" partie, p. 199), citent ce manuscrit et 
en donnent Vexplicit : 

Hune libellum fecit fieri Walterus de Sta- 
pel, prior monasterii S.Trudonis, qui perfec- 
tus fuit anno Domini MCCCCXXVH (c'est 
I437et non 1437) ; ils ajoutent : Ce qui dé- 
cide la question touchant Thomas à Kempis, 
qu'on i fait auteur de cet admirable livre, 
puisque son prétendu original n'a été écrit 
qu'en 1443. 

J. Lt. 



Voilà une question que je n'aime pas 
voir apparaître dans la rubrique de Vin- 
termédiaire, car une fois posée, il n'y a 
pas de motif pour qu'elle finisse. Si en 
effet nous prenons dans Ulysse Chevalier 
la bibliographie de cette question, nous 
voyons près de quatre colonnes employées 
à énumérer les ditTérenls travaux histori- 
ques faits sur ce livre. Et je ne tiens pas 
compte des diverses traductions ou édi- 
tions du texte. On voit donc que la ma- 
tière ne sera pas de longtemps épuisée. 
Parmi tous les travaux faits récemment, le 
plus important est celui de Mgr Puyol, 
ancien supérieur de Saint-Louis des Fran- 
çais, qui a consacré, on peut dire, sa vie 
entière à l'étude de l'Imitation^ et à celle 
de son auteur. Huit volumes, dont un de 
planches représentant tous les plus an- 
ciens manuscrits, sont consacrés à ce tra- 
vail, et je crois qu'on peut affirmer que le 
docte prélat a complètement épuisé la 
matière. 

Toutes les opinions sur l'auteur de 
{'Imitation . peuvent se réduire à trois, en 
ne tenant compte que des princi[)ales. 

I» Thomas a Kempis, né en 1380, cha- 
noine régulier »u monastère d« Mont 



Sainte-Agnès près de Zwol, où il mouru* 
à l'âge de 91 ans, en 147 1. 

2° Le chancelier Gerson, de son nom 
Jean Charlier, né en i 363 et mort en 1429. 

30 Un abbé bénédictin de Verceil, Jean 
Gersen, ami de saint François et qui aurait 
vécu dans le xiii- siècle. Ajoutons que les 
tenants de Thomas a Kempis soutiennent 
que cet auteur n'a jamais existé, bien que 
son nom soit dans des manuscrits très 
anciens. 

Causant de cette question avec le sa- 
vant prélat dont j'ai parlé à propos 
d'études faites sur ce sujet, je lui déve- 
loppais cette opinion : l'auteur de V Imita- 
tion est un homme qui a mis en pratique 
la devise qui se trouve à la fin du premier 
livre Ama nesciri et pro nihilo reputari. 
Aime à être ignoré et traité de rien. Et 
Mgr Puyol ajoutait que toutes ses études 
l'amenaient à la même conclusion. Les 
noms mis successivement .en avant dispa- 
raissent les uns après les autres devant 
les l'imières de l'histoire, et \z vrai auteur 
de limitation restera toujours enveloppé 
dans les ténèbres du passé. 11 suffit à sa 
gloire devant Dieu et devant les hommes 
d'avoir produit le plus beau livre qui soit 
au monde, et il a voulu lui-même s'abri- 
ter sous cette obscurité qui met encore 
plus en relief l'action de Dieu dans 
Y Imitation de Jésus-Christ. D^ A.-B. 

Une clef des « Liaisons dange- 
reuses » (T. G. ; LXV, b4!^, 765, 864). 
— Dans la Vie Je Henri B/ ularJ, p. 65, 
Stendhal prétend avoir connu dans son 
enfance, l'original de Mme de Merteuil : 
ce serait Mme de Montmort, femme boi- 
teuse, riche et spirituelle, qui était liée 
avec les Beyle et les Gagnon. Elle tomba 
dans la dévotion sur ses vieux jours, et 
mourut en 1822,3 quatre-vingt-cinq ans. 
Cécile Volanges serait une demoiselle de 
Blacons , native de Voreppe , que ses 
aventures conduisirent au couvent. (Cf. 
Dard. Le général Choderlos de Laclos., Per- 
rin, 1905, p. 49). D'autre part, dans une 
note de V Amour, p. 216, Stendhal dit 
avoir lu à Naples, chez le marquis Berio 
'f uii manuscrit de trois cents pages du 
général Laclos, bien scandaleux » don- 
nant la liste de tous les grands seigneurs 
de 1778, avec des notes prises sur leurs 
mœurs. M. Dard, en citant cette note, 
ajout* ; %< ce précieux manuscrit, qu'on 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Juillet 19 13 



73 



74 



regrette de ne pas connaître^ c'est le dos- 
sier des Liaisons dangereuses. » (La ques- 
tion a déjà été étudiée dans V Intermédiaire., 
au moins en ce qui concerne les Mémoires 
de Tilly. Voir 111, p. 168.) 

Ad. Paupe. 

Moabit (LXII, — 11 me semble qu'il 
serait utile de signaler ici l'intéressante 
étymologie donnée par M. Maurice 
Charpentier sous la rubrique « Mots 
allemands dérivés du français » (LXV. 
867). 

dUlSETTl. 

Kerr (LXV, 646). — Le kerr est un 
phénomène découvert en 1875, par le 
docteur Kerr de Glascow, 

Il se produit lorsqu'on électrise un 
corps isosant, et consiste en ce que ce 
corps isolant devient biréfringent, lente- 
ment s'il est solide, et brusquement s'il 
est liquide. 

P. CORMAN. 

Patagon (LXV, 740, 875). — Autre 
exemple, que ne je vois cité dans aucun 
Dictionnaire : « Leur désintéressement fut 
si complet que dans tout le voyage je n'ai 
pu trouver à placer un patagon. » J.-J. 
Rousseau. Nouvelle Héloïse. Lettre XXlll. 

J. P. 

Huque ou Hugne (LXV, 99, 786. 
864). — Le huge, le hugon, le huguenot, 
où l'huguenoterie, est une sorte de fantôme 
qui au dire des habitants de Tours, et de 
toute la région, parcourait nuitamment 
toute la campagne, et les remparts, mal- 
traitant tous ceux qu'il rencontrait : on 
l'appelait aussi le roi Hugon, ou le roi 
Huguet. P. CoRMAN. 

Hautie ou Hautil (LXV, 544, 675, 
81 81 ; LXV. 29). — Leglay, dans son Glos- 
saife topographtque de l'ancien Camhrésis, 
définit dans les remarques sur les titres 
énoncés dans ce volume (Chartes des x* et 
xi^ siècles), un auîïl : une cure ou église 
(concédée à un chapitre ou à un monas- 
tère) ; ces églises étaient libres ou sou- 
mises au personnat, c'est-à dire concédées 
à perpétuité ou soumises à une prestation 
ou rachat lors de chaque vacance de la 
cure, E. RouzÉ. 



Saint-Frusquin (LXV, 1596, 724,772, 
876). — Parmi les 22 bans qui formaient 
« le Val de Metz » du pays messin, figu- 
rait celui d'Hauconcourt, village de la rive 
gauche de la Moselle, ancienne terre de 
la famille Remiatte de Raigecourt. Sur ce 
ban se trouvait la ferme d'Amelange, an- 
cien bien ecclésiastique de l'abbaye de 
Justemont. Or, près de cette ferme il y 
avait une chapelle, dite chapelle de Saint- 
Frusquin^ citée dans des actes publiés en- 
core au xvii» siècle. 

Les Statistische Mittheilungen sur l'AI- 
sace-Lorraine, cahier XXX, page 733 
mentionnent cette chapelle de Saint- 
Frusquin sur le ban de Hauconcourt. 

Fromm, de V Univers. 

Donjon, étymologie (LXV, 359, 
574, 674. 820, 870). — Je ne vou- 
drais pas intervenir dans la question de 
l'origine d'un mot d'origine certainement 
française, donc probablement de langue 
d'Oil. Mais je ne puis que protester con- 
tre une phrase de M. H. La, disant « le 
gaulois «Dunon» était une ex pression mi- 
litaire, etc.. » Il y a un trop grand nom- 
bre de villes ou de villages gaulois por- 
tant le nom de Dun, Verdun, Melun, 
Lyon, Yverdon (en Suisse) Londres (en 
Angleterre), etc. etc. pour que le mot 
traduit en latin par dimium ou dinum ne 
fût pas aussi populaire que bourg ou 
ville. . . La terminaison on ou ion est un di- 
minutif qui provient vraisemblablement 
de ce que j'appellerai, à côté du singulier 
et du pluriel, l'individuel Kymrique en 
ou vn (On dit parfois sinoularissime). Ce 
diminutif se retrouve couramment en 
français : aigloii, poisson, pigeon, cotillon 
etc. Le mot gaulois a donné en français : 
dune, hauteur ; en gallois : din, forte- 
resse ou ville ; en anglais : town (peut- 
être) donjon signifierait : petite forte- 
resse. E. L. E. A. 

)V:on colonel (LXl ; LXIin. - Il a été 
demandé, il y a quelque temps, si, dans 
cette expression, le mot « mon » est une 
abréviation de monsieur, ou s'il est pos- 
sessif. 

Je transcris le passage suivant d'un ar- 
ticle de tète du ']Ournd\\' Eclair (25 avril 
1911) paru sous la signature du général 
Cnerfils, l'écrivain militaire bien connu : 

Sous l'ancien régime, l'ofificier était encore 



N» 1334. Vo. LXVI. 



L'INTERMEDIAIRE 



1^ 



76 



pour ses inférieurs un monsieur, sinon même 
un seigneur. 11 a fallu les guerres de la Ré- 
volution et de l'Empire avec l'iimaîgame 
réalisé par la conscription nationale pour en 
faire, aux yeux de ceux qui le regardaient 
d'en bas, € leur officier». 

Maintenant, un usage séculaire fait que le 
litre que l'inférieur ionne à un de ses supé- 
rieurs est précédé de l'adjectif doucement 
possessif « mon > et que cet inférieur dit : 
mon capitaine, mon général avec un air de 
respect presque filial... avec la tendresse qui 
fait dire : « mon père ». 

Le général Cherfils ne donne aucune 
référence, et aucun texte ancien n'a été 
apporté a l'appui des réponses précéden- 
tes, peu nombreuses, d'ailleurs. Cette 
question seraii-elle donc dépourvue d'in 
térêt pour les savants chercheurs de 17>i- 
teiniédidire ? 






Dans Tune des réponses parues, l'au- 
teur cite le dialogue de Chevert et du 
sergent Pascal, avant l'assaut de Prague 
(26 nov. 1741). Le sergent ponctue cha- 
que Indication de son chef de : « Oui, mon 
colonel. > 

MM Chadenet et JoUy, dans leur his- 
toire de Chevert (i ), rapportent avec les 
mêmes termes cette anecdote 

Le journal La France Militaire repro- 
duisait, ces jours derniers, le même récit 
qui avait servi de sujet de composition à 
l'exam-în d'admission d'une école mili- 
taire. Ici, Pascal répond : « Bien, mon 
colonel. > 

Mais un autre historien de Chevert, 
Mlle Buvignier-Clouet, (2) donne, en mo- 
nologue, les instructions de Chevert au 
grenadier Pascal. 

Un collaborateur complaisant voudrait- 
il vérifier la forme exacte du récit dans 
les Mémoires du chanoine de Lacombe 
qui le premier, croyons nous, l'a raconté 
et ^* assure tenir ces détails de Chevert 
lui-même >>. C. R. 

Sous la corde des saints (LXV, 42, 

2^S. V^4. 474, S34,724<77'. 8t)9)- — '^• 
Daron. certainement, ne m'a pas com- 
pris ; je vais essayer d'être plus clair. 
Il est absolument impossible qu'un 



(1) Chevert par MM. Camille Chadenet et 
Jolly. Verdun, 1888, chez Laurent. 

(2) Chevert par Mlle Bjvignicr-Clouet, 
Verdun. id8K, chez Kcné-Laliomant. 



grec <î'î;-^«, puisse devenir le français sine 
par l'intermédiaire d'une forme sem qui 
n'a jamais existé, et cela d'autant plus 
que afl[xa n'a jamais signifié cloche ; soit 
en grec ancien, soit en grec moderne et 
n'a pas de dérivés rappelant le sens de 
cloche. 

Au préalable, je tiens à relever l'asser- 
tion purement fantaisiste de notre collè- 
gue qui dit : j'ai fait remarquer que Va 
final de sema^ non accentué tombait... 11 
oublie qu'en grec et en latin, Va final, 
bref ou long, est toujours non accentué, 
et que, néamoins, il ne tombe jamais. Il 
se maintient dans les langues italienne, 
provençale, espagnole et portugaise tel 
qu'il est ; il devient en provençal mo- 
derne, et e en français. Cette règle est 
ab>olue et ne souffre aucune exception, 
quelle que soit la déformation que peut 
subir le mot avec le temps. 

Donc aTJax ne peut devenir sem. 

Ceci acquis, je vais montrer, par des 
exemples, ce que devient le suffixe grec 
neutre ixa dans le latin et les langues ro- 
manes. 

Les mots grecs entrent dans le latin et 
les langues romanes, par deux voies, la 
voie savante ou la voie populaire. 

Dans le premier cas, pour les mots en 
[la, le latin conserve le mot grec tel qu'il 
est ; il suit la 3® déclinaison, reste neutre, 
et a une tendance au pluriel, a prendre 1^ 
2" déclinaison neutre, — mata, orum^ is. 

Dans le second cas, le rnot en (xa, de- 
vient féminin et suit la r" déclinaison, 
m<7, mae. 

Dans les langues romanes, les mots 
grecs en ma deviennent uniformément 
ma en italien, provençal, espagnol et por- 
tugais, et VIS en français ; mais dans le 
premier cas, le mot prend le genre mas- 
culin, dans le second il devient féminin 

Ces règles sont absolues et ne souffrent 
aucune exception. Ex. : £ii6XT|;Aa — latin 
emhléma, a fis et emblêmà, œ — sont trtas- 
ciilins, ital. esp. port, emhlema, français 
emblème ; est (eminin l'espagnol euihlema. 

i/r^iia. — latin schéma, atis et schéma a 
— sont masculins l'italien schéma, le ïr-AVi- 
çMs schème ; soni féminins l'espagnol es- 
quema, le portugais schéma. 

a7toaTr|[i.a latin aposlêma atis et apostêma\ 
o! sont masculins le portugais apostema^ 
le français apostcme : sont féminins l'itat- 
l lien et l'espagnol apostema. 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



so Juillet 191a 



77 



78 



(e ne pousse pas plus loin — il «n ré- 
sulte que le grec crri;-La, s'il était entré dans 
les langues romanes avec le sens de clo- 
che, devait devenir en italien, espagnol, 
portugais sema, en français sètne. soit 
masculin ou féminin. C'est ce qui n'a 
pas eu lieu : donc le grec sema n'est pas 
le générateur du nom de la cloche dans 
les langues romanes. Suis-je assez clair? 

Je dis maintenant que c"' st du latin 
signum que viennent le français sein^ et 
les mots de même sens et de même forme 
dans les autres langues romanes. 

Je décompose signum en s -\- ignu -(- m 
et Vou sait que le latin igmi devient en 
italien egtw, en provençal enh, en fran- 
çais ein, in, ain Et alors 
le latin signum cloche devient l'italien 
segno cloche, de la même manière que le 
latin dignus digne est devenu degno, le 
latin ligniim bois est devenu legno, le la- 
tin pignus gage est devenu pegno 
le latin signum cloche devient le proven- 
çal senh cloche, de la même manière que 
le latin dignus digne est devenu denh, le 
latin ligmwi bois est devenu lenh. 
le latin signum cloche devient le français 
sein, sin, sain de la même manière que le 
bas latin designum verbal de designare 
désigner, dessiner est devenu dessein, 
dessin, le bas-latin disdignum verbal de 
disdignare dédaigner est devenu dédain. 

Enfin, le portugais sino cloche a pris 
cette forme à une époque relativement 
récente où le groupe gn est devenu /w, 
c'est-à-dire « précédé du jod, lequel dis- 
parut plus tard en donnant le timbre i à 
la voyelle le précédant ; donc là, et d'une 
façon évidente, le portugais stno cloche 
se ramène au latin signwn cloche 

Suis-je assez clair? Notre collègue M. 
Daron fera bien d'accepter ces explica- 
tions sans y contredire. D'après ce que 
j'ai lu dans notre publication, c'est l'opi- 
nion de nous tous. C'est l'opinion aussi 
de tous les savants dont la science lin- 
guistique s'honore depuis Diez, le réno- 
vateur de la science moderne jusqu'aux 
plus jeunes de nos jours, qu'ils soient 
français, allemands, anglais, italiens ou 
d'ailleurs. H. La. 

P. -S. — Le latin signum a le sens de 
cloche dans les textes mérovingiens : fJLui 
dum per plateam praeterirent^ signum ad 
matutinas moturn est : erat enim dies 
dominica... dit Grégoire de Tours (3, 15). 



Dictionnaire de Brachet, page 527. — 
Que pense M. Daron de ce signum motum. 
11 n'osera pas, je pense, prétendre que ce 
signum confirme sa théorie. Dans tous les 
cas, il saura qu'au 6' s. on se servait du 
signum, on le mettait en branle motum 
est pour sonner matines. H. La. 

[M. Daron répondra peut-être à cette 
note : mais nous croyons que ce sera en 
ce cas la dernière sur une polémique très 
intéressante, mais qui, désormais a at- 
teint son maximum de développement]. 

Midi et demi (LXIV ; LXV, 39, 290, 
340, 438). — Je viens mettre aussi mon 
grain de sel, dans l'histoire de midi et 
demi ; ceci pour répondre à l'article de 
M. Daron. 

Je vois tout d'abord que M. Daron at- 
tribue une énormité à M. Littré. jamais 
ce savant n'a pu écrire que midi fût formé 
du latin dimidius diès. Il n'y a qu'à ou- 
vrir son dictionnaire, volume 3, pages 
5154 et 551 pour y lire que midi vient de 
mi et diês, et que mi vient de médius. 

Donc Littré admet, et avec raison que 
f,:idi = mi -\- di = médius diês . 

C'est ensuite, à tort, que M. Daron 
critique l'étymologie donnée par Littré, 
de demi. Rien n'est plus régulier et 
plus conforme aux lois phoniques de 
notre langue En effet, la voyelle i, brève 
ou longue, dans la syllabe protonique, 
tend régulièrement à devenir e en fran- 
çais, ex. : divinus devin., divisum devis., 
jînîre fenir, pnmârius premier, etc. donc 
dimidius demi . 

Le français mi vient aussi très réguliè- 
rement de médius, par l'intermédiaire 
d''une forme iniei. En effet me donne mie^ 
comme dans merum mier, mel miel, gelu 
giel, pedem pie, etc. Quant à di intervoca- 
lique, il perd son élément dental et de- 
vient/, comme dans gaudia joie, appodiare 
apnier, etc. Um final, devenu atone, 
tombe comme ds.ns murum mui\ colapum 
co^p, etc. 

Donc w^^iHm devient miei ; mais comme 
la triphthongue iei était difficile à pro- 
noncer, elle s'est réduite, par la chute, de 
la voyelle médiale e, à la voyelle t. On 
peut faire la même remarque dans les 
exemples suivants : legit il lieit, il lit, 
ptetium priais pris prix, ceresia cerieise ce- 
rise, eclèsiam eglicise église, etc. En consé- 
quence médium miei aboutit à mi. 



H- 



'334. 



Vol. LXVI. 



L'INTERMÉDIAIRE 



79 



80 



A mon avis, rien n'est plus faux que le 
raisonnement de M. Daron pour établir 
que </; n'a rien a faire avec Jiés. M. Da- 
ron dit que di dans diés est une syllabe 
brève et ^s une syllabe longue ; or, la 
syllabe longue d'un mot ne tombe ja- 
ïr.ais, car elle est l'àme du mot. M. Daron 
oublie que dans diês, la syllabe radicale 
est di, syllabe qui ne bouge pas, et que 
es est une syllabe casuelle, essentielle 
ment variable et qui devient brève à l'ac- 
cusatif. 

Or, la plupart du temps, les substan- 
tifs de notre langue proviennent de l'ac- 
cusatif, et dans ce cas, le cas sujet se forme 
par l'adjonction de 5, Exemple fil fils qui 
fait au cas sujet fils, dirtérent de fi^us = 
films. Et c'est aussi ce qui se présente pour 
di qui devient dis au cas sujet. 

Le latin dii-s n'a laissé aucune trace 
dans les langues romanes, et c'est de 
l'accusatif dieni qu'elles ont tiré le subs- 
tantif di, le latin ie se contractant en i, 
de même que le latin ue se contracte en 
u, ex. : fuerent fttteni, etc. 

Cette contraction te en t se présente 
dans le roumain ^j, l'italien, l'engadi- 
nois, le frioulan, le provençal et le fran- 
çais di : dans un seul dialecte, le lo- 
goudorien, la contraction ne se produit 
pas et l'on a die. 

Plus tard, dans plusieurs dialectes, la 
forme di ayant un aspect masculin, on 
la fit passer à la première déclinaison 
pour lui donner un aspect vraiment fémi- 
nin, et l'on eut le français die, et dans 
les autres dialectes dia. Un exemple 
identique existe ; le latin gruem grue, de- 
venu gru dans les langues romaines, prit 
la forme grue en français etgrua dans les 
autres langues. 

Donc le français a di ■= die c?s régime^ 
di = die -}- s cas sujet, et die = die 
-\- a = dia forme féminisée. 

La seule concession que je puisse faire 
à M. Daron est celle-ci. 

Au fond, lé latin diés et le grec Z^m5 
sont à peu près le même mol. Dans la 
langue indo-européenne le nom du dieu du 
jour, le jour naturel ou divinisé sedéclinait 
ainsi : nominatif singulier Dicus, vocatif 
Dteu, accusatif Dit' m, locatif Dievi. génitif 
Dtvo<. ou Dives, etc. Dans la langue ita- 
liote. l'accusatif diém devenu réguliè- 
rement diem en latin, donna lieu à la 
création d'un nominatif diis : le même 



fait se produit dans certains dialectes 
grecs où l'on eut Zcs. C'est la même rai- 
son qui a fait que l'indo-européen occi- 
dental hÔHS est devenu en latin et en 
dorien bos. 

Kevenons n mi =: médius ; ce mot 
est absolument difïérent du grec hémi et 
les langues romanes en font bien la dis- 
tinction : ce qui est évident par le tableau 
ci-dessous. 

latin hêmigrânia ; médius dies. 

italien emigrania ; me:^:^odi. 

français migraine ; midi. 

espagnol migrana; mediodia. 

portugais /i^w/rranja; meiodia ; 

provençal migrano ; me^dta. 

Catalan migrant ja ; mitjorn. 

Pardi n'a jamais voulu dire par Ju- 
piter. \c\,di est une variante de (iïVw qui 
se présente chez les auteurs sous les 
formes variées di, deu, dé, dié, diu etc. 

Enfin les mots suivants'mmwi'/, mijout , 
milieu ne sont nullement du grec 

Tout le monde sait que nuit ■=. latin 
tioctem cf. cuit z= coctum, mauduit = 
maie doctum, etc . 

Que jour ;= latin diuinutn cf. Au- 
boiir = alburnum^four T=z furniim Qtc. 

Que lieu = latin locus, cf. jeu = j'o- 
eus, feu =: focus etc 

On voit, en conséquence, et d'une fa 
çon très certaine, que dans ce groupe de 
mots mi, midi, demi, le grec n'a rien 
à faire. Dans la très forte majorité des 
mots de notre langue, on n'a qu'à re- 
monter au latin pour en trouver la 
source Certes, dans notre langue, exis- 
tent des mots grecs venus, soit par la 
voie populaire ou la voie savante, mais 
traiter c-^ttc question augmenterait la 
longueur de cette note, question, du reste, 
connue de tous ceux qui ont fait leurs 
études classiques, c'est dire de tous les 
lecteurs de V Intermédiaire. 

H. La. 

« 
* » 

Il est inutile, je crois, d'ergoter plus 
longtemps sur la question de savoir s'il 
faut écrire midi et demi ou midi etdemie : 
cette expression est inexacte et incorrecte, 
car le terme midi, employé comme me- 
sure du temps, ne^saurait, ainsi que l'heure, 
supporter de divisions ;midi et demi signi- 
fie, à mon avis, midi plus la moitié de 
midi, soit 6 heures du soir ou 18 heures 
(nouveau style). On devrait dire tout 



ÙES CHERCHEURS ET CURIEUX 



8i 



aojoillet 191a 



82 



simplement, en suivant l'énumération des 
heures du cadran, 1 2 heures et demie pour 
le milieu du jour et 30 minutes pour 
l'heure correspondante de la nuit A l'état 
civil, par exemple, il est de règle de men- 
tionner : « cet enfant est né aujourd'hui à 
30 minutes », expression très juste et 
plus logique que minuit et demi, qui est 
un véritable non-sens. Gelidus. 

Jeux aux XVI* et XVII' siècles 

(LXl). — Peut-être trouverait-on quel- 
ques renseignements utiles dans : 

— U Académie universelle des Jeux ^ '737> 
1763 et 1777. 

— L'arbitre des Jeux ^ par Mery, Paris 
Gonet 1847. 

— Les jeux publics en France^ par G. 
Driolle. Paris, Amyot. 

— Dictionnaire des jeux de V enfance, 
parj. F. — AY. Paris, Barbon, 1807. 

Les jeux de quadrille et de piquet, 



Manille, r 



'37. 



— Académie des jeux, par Van Tenao, 
Paris, Garnier. 

— Les jeux et les joueurs, par Ch . Vir- 
maitre. Paris, 1872. j. G. 

Le bien qui a été dit du pélican 

(LXI ; LXIIl, 481, 771). — Je me rappelle 
avoir, il y a 56 ans, entendu réciter le 
curieux boniment que voici : 

« Venez voir, messieurs et dames, le 
grand pélican blanc, qui tous les dix ans, 
se perce les flancs, pour nourrir ses petits 
enfants ! L'animal est Carnivore — et 
dévore — les petits enfants ! Mais, pères 
et mères sensibles, ne craignez rien ' 
L'animal a déjeûné, et de plus, il est em- 
paillé 1 » V. A. T. 

Orgue des saveurs (LXV, 694,823). 
— Il s'agit de parfums, mais il s'agit aussi 
de la gamme et c'est pour rapprocher de 
la question. La doctoresse Hélina Gabo- 
riau, dans le Journal de la Beauté, écrit : 

De même que pour la musique, il y a des 
accords parfaits et des fausses rotes ; le sa- 
vant chimiste anglais Piessé disait que cha- 
que parfum correspondait à une note de 
musique, c'est-à-dire qu'une odeur produi- 
sait une sensation analogue sur l'organisme, 
à un son musical. 

11 a ainsi composé des bouquets harmo- 
nieux formant des accords dont voici quel- 
ques exemples : 

Bouquet, accord de do 



D» 

Do : 
Mi 
Sol 
Do ; 

Fa ; 
Do 
Fa : 
La : 
Do 



santal ; 

géranium ; 
: acacia ; 
: fleur d'oranger ; 

camphre. 

Bouquet, accord de fa 

musc ; 

rose ; 

tubéreuse ; 

fève Tinka ; 

camphre ; 



Femmes. Conquête des diplômes 
masculins (LIV à LXV, 774]. — La 
première femme député en Autriche. 

De la Correspondance Tchèque : 

La première femme-débutê en Autriche , 
La première en Autriche, et, à la seule ex- 
ception de la Finlande, la première dans 
toute l'Europe, Madame Vikovà-Kunètickà 
(Vikovà-Kongnetitskà) a été élue député 
dans un des arrondissements du parti jeune- 
tchèque, à Mladà Boleslav en Bohême. Déjà 
cette première candidature féminine avait 
soulevé de nombreuses objections et contro- 
versfs, et l'élection de Madame Vikova-Ku- 
nèticka ne veut pas encore dire qu'elle sera 
réellement autorisée à occuper son tiège de 
député à la Diète de Bohême, car c'est une 
question encore à trancher, selon l'interpré- 
tation de la loi électorale qui n'est pas abso- 
lument claire sur ce point. Mais en tout cas, 
cette proclamation éclatante de l'égalité des 
droits de l'homme et de la femme est une 
victoire des idées progressistes, et les Alle- 
mands de l'Autriche, qui se vantent tant de 
leur libéralisme, en sont tout penauds. 

Une Tchèque a été la première étudiante 
de lycée en Autriche, une Tchèque a été la 
première femme-docteur en médecine en 
Autriche, une Tchèque a la première été 
élue comme député en Autriche — vraiment 
et incontestablement, la Bohème marche en 
tête du progrès en Autriche ! 

Le cor de Roland (LXV, 783). 
— J'ignore si Roland eut un cornet 
d'ivoire et un oliphant ; ou seulement un 
oliphant dont il sonna avant d'expirer. 

Dans le cas où ces deux appellations 
ne s'adresseraient qu'à un objet unique, 
j'informerai D. A. qu'on peut le voir au 
Musée Saint-Raymond à Toulouse, et que 
le gardien nous le donne comme authen- 
tique, cela va sans dire. 

H. T. 

« » 
Les renseignements suivants sont 

tirés de V Histoire de l'Ile Barbe de Lyon, 

par Niepce, 1890. 



N» i|34. Vol. LXVI. 



L'iNTBRMEDIAlRB 



83 



84 



Le Cor de Roland appartint longtemps 
à l'abbaye de l'Ile Barbe. En 1745, lors 
de la suppression de cette abbaye, le cor 
fut transporté à l'archevêché. En 1791, il 
fut restitué à la famille du Mont-d'Or, 
qui prétendait descendre de Roland. En 
1829, cette famille en fit hommage au 
Comte de Chambord. Le Comte de Bardi, 
son neveu et héritier, le conserve sans 
doute. 

Le cor était en ivoire ; il portail di- 
verses inscriptions et la date 1491. 

FXT. 



Le cornet (olifant de Roland) doit être 
encore dans une vitrine du salon rouge à 
Frohsdorf. C'est une belle pièce d'ivoire 
massif très sculpté à l'extérieur ; elle est 
lourde ; l'extrémité la plus petite, celle 
par laquelle on devait soufner,a une sec- 
tion très nettement faite. Dans le milieu 
du rond d'ivoire ainsi produit, se trouve 
une ouverture carrée de 0,02 de côté, en- 
viron. Vu la forte épaisseur de l'ivoire, un 
soutTîe humain, si puissant qu'il fût, ne 
pouvait obtenir des vibrations sonores ; 
il devait donc y avoir une monture inté- 
rieure en métal facilitant la production 
du son. 

La présence de cette pièce dans la vi- 
trine ou figurent de précieuses reliques 
de la famille royale, — entr'autres les 
souliers du sacre de Louis XIV dont les 
talons sont peints par Mi^nard, — indi- 
que bien une origine sérieuse. Tout cela, 
comme le château de Frohsdorf, appar- 
tient aujourd'hui à Don |aime de Bour- 
bon, Saint-Perdoux. 



Le cor d'ivoire de Roland qui avait été 
légué au comte de Chambord, se trouve 
encore à Frohsdorf où il est soigneuse- 
ment conservé par S. A R. Mgr le Duc 
de Madrid, à coté d'autres précieux souve- 
nirs historiques : le panache blanc de 
Henri IV, le livre d'heures des rois de 
France, les souliers portés par Louis XIV 
à son sacre, Tépée du Duc de Bcrry, etc. 
Ces intéressantes reliques qui n'ont ja- 
mais été reproduites en photographie ou 
en gravure, sont placées dans une vitrine 
du cabinet de travail faisant suite au sa- 
lon gris, ou le comte de Chambord ren- 
dit le dernier soupir au rez de chausiée 
du château. Vicomte de Reiset. 



Cinéma : origine ';u mot (LVI ; 
LVIl). — Le mot cinématographe, dont 
le peuple, toujours abréviateur en vertu 
de la loi du moindre effort, a fait cinéma, 
a été inventé par les inventeurs du pro- 
cédé MM. Lumière, de Lyon. La lettre 
suivante que leurs successeurs nous 
adressent le confirme. 

Lyon le 10 juillet 1912. 

M. Georges Mont >rgueil, directeur de V In- 
termédiaire dis Cherckeu' s . 
Monsieur, 

Messieurs Auguste et Louis Lumière ont 
eu connnissance de votre honorée d'hier par 
laquelle vous leur demandez l'oiigine du 
mot « cinématographe » et nous nous em- 
pressons de V0U5 répondre. Ce néologisme 
a été employé par MM. Lumière au moment 
où ils ont inventé les premiers appareils de 
projecuon animée et a été composé par eux- 
mêmes en 1895. 

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de 
nies sentiments distingués. 

P. l'un des admistrateurs-directeurs. 



S^rouoatKes et (IJuriaaUéa 



Ouvriers et patrons. La Saint- 
Lundi en l'an 13. — Le document 
qu'on va lire fera sourire par ce temps 
di'. syndicalisme outrancier, de grève per- 
lée et de sabotage. Il y a un siècle, ces 
moyens, devenus depuis les armes des 
travailleurs conscients, étaient inconnus 
dans les métiers. D'ailleurs, une législa- 
tion sévère les régissait. Elle condamnait 
le débauchage ; elle condamnait, sinon 
la Saint-Lundi, du moins les troubles qui 
pouvaient en résulter. 

C'était un saint très chômé par ceux 
que Denis Poulot devait nommer les « su- 
blimes ». C'est pour nous rappeler une 
chanson célèbre au faubourg : 

Vive le bon Dieu qui créi le lundi 
Pour cuver les cuites du dimanche. 
Vive le bon Dieu qui créa le mardi 
Pour cuver les cuites du lundi. 

Mais M. Leclerc, le célèbre entrepre- 
neur de peinture, ne l'entendait pas de 
cette oreille. Contre les mauvais ouvriers 
qui faisaient le lundi et chômaient encore 
le mardi, et prétendaient imposer ces fa- 
çons a l'atelier, il demandait le secours 
des pouvoirs publics, qui le lui prêtaient. 



( 



DBS CHERCHEURS El CURIEUX 



90 laîilet 19 12 



8: 



86 



Ce trait de mœurs ouvrières, en l'an 13, 
est à rapprocher de ce qiJe nous voyons ; 
il est bien propre à montrer quel chemin, 
le socialisme, qui n'est pas au bout de ses 
conquêtes, a, depuis ce temps, parcouru. 
LÉONCE Grasilier. 

23 Fiuctidor An 13. 
{10 septembre 1805). 

Il résulted'une plainte faite par M. Leclerc, 
imprimeur rue de la Parcheminerie n" 2 
que depuis quelque tems, n'ayant pu obte- 
nir de ses ouvriers qu'ils travaillassent le 
Lundi, il avait pris le parti, le 8 de ce mois, 
de supprimer une presse afin de les intimi- 
der. Que les ouvriers de trois autres presses 
voyant que deux de leurs camarades ve- 
naient d'être renvoyés, avaient, sur le 
champ, abandonné l'atelier ; Qiie le lende- 
main il se pourvut de 8 autres ouvrier?, 
mais que ceux qu'il avait renvoyés la veille, 
réunis à plusieurs autres, s'étaient permis 
de rentrer dans son atelier et de forcer ces 
8 nouveaux ouvriers à cesser le travail. En- 
fin que le sieur Leclerc a signalé comme les 
plus coupables, dans cette circonstance les 
nommés Amblard, Florentin, Gauthier, Le- 
brun fils, Bertrand et Berthé. 

Deux d'entre eux ont été arrêtés savoir : 
François Amblard, âgé de 20 ans, né à 
Ciermont département du Puy-de-Dôme, 
demeurant rue Charretière n» 19 et François 
Gauthier, âgé de 35 ans, né à Orléans, dépt 
du Loiret, demeurant rue de l'Hirondelle, 
tous deux porteurs de livrets Ces deux ou- 
vriers sont convenus que M. Leclerc les 
avait renvoyés parce qu'ils n'avaient pas 
voulu travailler le lundi ; ils ont avoué 
aussi que le lendemain, ils avaient bu avec 
plusieurs autres imprimeurs, mais ils ont con- 
testé s'être rendus chez M. Leclerc et avoir 
forcé ses nouveauxouvriers à cesser ie travail. 

Attendu qu'il est constant d'après les rap- 
ports du commissaire de Police de la divi- 
sion des Thermes, que les 6 ouvriers susnom- 
més ont bu pendant toute la journée du 
mardi 9 du courant, qu'ils ont réuni avec 
eux seize autres compagnons imprimeurs 
pour soutenir leur entreprise et empêcher 
de travailler tous autres ouvriers à leur place, 
ma'gré qu'ils fussent convaincus qu'il y 
avait urgence, puisque le papier trempait de- 
puis le vendredi précédent, 

Attendu que le commissaire affirme que, 
pendant leur réunion au cabaret, ils en sont 
sortis succesivement en gesticulant et s'agitant 
et qu'ils n'ont cessé de s'occuper de leur 
coupable entreprise, 

Attendu enfin que Gauthier est connu à 
la préfecture de Police pour un perturbateur 
qui a déjà été envoyé à Bicêtre pour ce 
fait, 



j'ai décidé que les nommés Amblard et 
Gauthier seraient envoyés à Bicêtre pour 15 
jours J'ai jugé que cette mesure était né- 
cessaire et qu'elle ne pouvait produire qu'un 
bon eftet. 

Je prie S. E. le Sénateur, Ministre de la 
police générale, de vouloir bien l'approuver. 

Le conseiller d'Etat chargé, etc. 

Dubois. 

{Rapport du préfet de police au minisire. 
Aichives nationale F'' ^122). 



Lettre de Proudhon à Adolphe 
Blanqui. Le différend Barbès-Blan- 

qui — Les lettres de Proudhon sont tou- 
jours intéressantes. La plume du terrible 
polémiste a le don de la vie. Dans tout ce 
qu'il écrit, il mêle la caresse à la rudesse, 
la douceur à la brutalité : et ce n'est pas 
le moindre de son charme ardu. Sa fi- 
nesse de dialectique est d'une extraordi- 
naire puissance ensorceleuse, mais on y 
sent toujours, quand on échappe au sorti- 
lège, cette contradiction qui déroute et 
irrite. 

Proudhon, dans la lettre qu'on va 
lire et qui est adressée à l'économiste 
Blanqui, accepte d'être à la fois ce qu'on 
lui reproche d'être « athée, anarchiste et 
socialiste » et il se proclame en même 
temps, l'élève de son correspondant, 
Blanqui l'économiste, admirable observa- 
teur de la condition ouvrière, mais de 
principes traditionnels et conservateurs. 

Il y a dans cette lettre un passage particu- 
lièrement piquant : il touche à cette accu- 
sation que le parti de Barbes avait portée 
contre Blanqui, le frère de l'économiste : 
dénoncé comme traître (c'est le propre 
des factions d'avant-garde que ces suspi- 
cions intestines), il fut traduit devant la 
justice des comités révolutionnaires d'où 
la lumière n'est jamais sortie. Nous con- 
naissions mal le rôle qu'avait joué Prou- 
dhon dans cette circonstance. Il fut ce- 
pendant capital. Il laisse entendre, dans 
cette lettre, que son jugement de rappor- 
teur fut moins dicté par la conduite d'Au- 
guste Blanqui n'avait pas grand chose à 
redouter dit-il que par « la considéra- 
tien » qu'il avait pour la personne et le 
nom du frère. 

Qu'en déduire de positif ? C'est la ca- 
ractéristique de Proudhon d'être, quoi 
qu'il fas:e ou dise, déconcertant, 



«• 1334. Vol. 



LXV. 

- 87 



L'INTERMEDIAIRE 



88 -^ 



L'ensemble de la lettre, en dépit ou à 
cause de ces contradictions, est un docu- 
ment du plus haut intérêt pour la con- 
naissance intime de Proudhon. 

Monsieur Blanqui. 
Votre lettre m'a été extrêmement sensible. 
Ce que vous me reprochez, est, en bon fran- 
çai«, de l'ingratitude : ta contradiction que 
vous ri'f"^^ '^ peine d'établir entre une 
phrase de journal et celles de la 3' préface de 
mon livre sur la Propriété ne signifie pas 
autre chose. 

Si j'étais ce que vous paraissez craindre, 
car je ne veux pas encore dire ce que vous 
paraissez croire, un ingrat, je me bornerais à 
vous répondre, avec le rédacteur en chef du 
Reprisenlant du peuple, àox\i je vous adresse 
inclus la lettre, que je ne suis que le colla- 
borateur du Représentant du peuple, que 
tout ce qui vient de moi dans ce journal est 
signé de mon nom ou de mes initiales, que 
je suis quelquefois trois jours s.ins paraître 
au bureau de la rédaction, et sans prendre 
connaissance des articles, qu'enfin je n'ai au- 
cun titre de censure sur la rédaction géné- 
rale. 

Mais, à vous que j'ai reconnu pour mon 
maître, à vous à qui j'ai voué à Is fois recon- 
naissance, admiration et estime, je dois dire 
quelque chose de plus. 

L'article dont vous vous plaignez a passé, 
à mon grand regret, dans l'un de ces inter- 
valles, où, absent du bureau, je ne pouvais 
réclamer pour votre personne le privilège 
d'un peu plus de bienveillance. L'auteur de 
cet article, à qui je me suis plaint immédia- 
tement et qui m'autorise à le nommer ici, 
est M. Jules Lechevalier, qui, d'ailleurs, se 
propose de vous écrire à cet égard. 

J'ai si peu oublié depuis 1842, mes senti- 
mei'.ts pour vous. Monsieur, qu'en 1846, 
dans l'ouvrage intitulé : Système des con- 
Iradiciions économiques, chaque fois que 
j'ai eu à vous citer, je l'ai fait avec une telle 
prédilection pour votre personne, qu'il m'en 
est venu des reproches. Ces reproches m'ont 
été précieux, car ils m'ont prouvé à moi- 
même que mes sentiments pour vous, au 
milieu liiéme de la critique, n'avaient pas 
changé. 

En dernier lieu (pernicttez-moi, Monsieur, 
pour ma justification, de vous rappeler ici 
des faits désagréables) membre du club Bar- 
bes, l'j;£.T:it partie d'une commission chargée 
de faire une enquête sur la fameuse pièce 
apocrvphc attribuée à votre frère, et chargé 
moi-iTiéme de présenter un rapport, j'ai réussi 
à empêcher la commission de publier les ré- 
sultats de son enquête, non que votre frère 
eût grand chose à redouter de cette enquête, 
mais afin d'arrêter le scandale. Votie nom, 
I cons'déi-ation de votre personne, ont été 



un motif grave pour moi, et qui m'a fait in- 
sister avec plus d'énergie que je n'eusse fait 
peut-être, sur la nécessité de renoncer à une 
publicité d'ailleurs imprudente et injuste. 

Vous affectez de dire que je suis quelque 
chose ti que vous n'êtes rien. Hélas, Mon- 
sieur, vous n'êtes point si ignorant de la 
triste situation où nous sommes pour ne pas 
voir que ce titre de représentant du peuple 
que je porte aujourd'hui n'est guère autre 
chos; pour moi qu'un asile contre la pros- 
cription. Vos amis sont à peu près les maî- 
tres de la République, et seront bientôt au 
pouvoir, moi, au contraire, calomnié à ou- 
trance, chargé de tous les péchés d'Israël, 
athée, anarchiste, ennemi de la propriété et 
du propriétaire, si, après avoir été traduit à 
lu barre, je ne suis pas placé sous la sauve- 
garde de la prison, le moins qui m'attende 
est d'être massacré par vos gardes nationaux. 
Ah 1 Monsieur, si l'un de nous deux devait 
en ce moment solliciter la recommandation 
de l'autre, certes ce ne serait pas vous. 

Pour vous prouver avec quelle franchise je 
voulais faire droit à vos plaintes, je vous di- 
rai en finissant que j'eusse fait insérer, sans 
hésiter, votre lettre dans le Représentant du 
peuple, si vous n'aviez point mêlé à une 
question personnelle la question sociale, de- 
venue depuis dix jouis la question des in- 
surgés. 

Je n'accepte pas plus que vous la respon- 
sabilité des massacres : les raisons que vous 
me donnez ont été jadis celles des payens 
contre les chiétiens, des papistes contre les 
réformés, des nobles contre les bourgeois. Il 
n'y a pas eu de réforme qui n'ait eu son 
baptême de sang : je soutiens que la vieille 
économie politique est seule coupable, vous 
affirmez que c'est le socialisme : rien que 
cette opposition doit vous avertir que le dé- 
bat ainsi posé, est impossible. 

Daignez, Monsieur, m'accuser réception 
de la présente, et me dire que vous me ren- 
drez votre ancienne estime, que vous me 
pardonnerez la funeste méprise qui a con- 
tristé votre âme. C'est l'effet des révolutions : 
et si vous me connaissiez ou me jugiez mieux, 
vous sauriez que je ne les aime pas plus que 
vous. 

je suis, Monsieur, malgré tout, votre tou- 
jours obligé et reconnaissant. 

P. J. Proudhon. 
9 juillet 1848. 



Le Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 

lii.ï DANUL-CvuMiir.!', Sl-An;ar.d-Motît-P -nd 



LXVI* Tolnma Paraissant ta to, ao et fo ie chaque fmis 



39 JuiUet 191 S 



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DES 



CHERCHEURS 

Fondé en 



ET CURIEUX 

1864 



QfJKSTIONS ET RKPONSKS LITTÉRAIRES. HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



ET A RUSTIQUE 



— 89 

Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme , et de n'écrire que 
d'un côté de lafeuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d? pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, toute 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauf exception, 
n'est pas insérée., mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdît toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



<!&i?e6tî0îB 



Député ou députée. — Une femme 
député : comment doit-on écrire députée ? 
avec ou sans e muet? Et par extension, 
peut-on dire une Jé/>M/«^ ? V. 

L'Eugénique. — C'est l'expression 
que désigne la science tendant à l'amélio- 
ration de l'espèce humaine par la sélec- 
tion scientifique. 

Quelle est l'explication de ce mot et 
l'origine de cette science? V. 

Les enseignes de la Rue de Ri- 
▼oli. — Il n'est pas douteux que la rue 
de Rivoli est astreinte à diverses servi- 
tudes. La commission du Vieux-Paris l'a 



90 



établi victorieusement sur tous les points. 
Reste la question des enseignes qui fut 
si aiguë sous la Restauration, que les 
commerçants se plaignirent de ne pouvoir 
s'annoncer. 

Quels sont les textes précis à ce sujet, 
où les trouver : au Domaine, aux Beaux- 
Arts, aux Archives nationales ? V. 

Les portraits de La Bruyère. — 

M. Monmerqué, nous apprend Edouard 
Fournier {Comédie de J. de la Bruyère, 
2* édition, 1872, p. 599, note I), possé- 
dait un portrait de La Bruyère^qu'à tort, bien 
évidemment, il attribuait à Philippe de 
Champagne. « L'auteur des Caractères 
disait, en parlant de ce portrait, Mme de 
Saint-Surin, plus tard Mme Monmerqué, 
est représenté écrivant un passage de 
son livre ; son regard respire un dédain 
plein de finesse et de malice. » {Miroir 
des Salons, p. 88), Sait-on ce qu'est devenu 
ce portrait ? 

A. de Boislile, d'autre part {Mémoires 
da Saint-Simon, tome III. p. 84J a vu au 
château de Mouchy une toile qui, dit-on, 
représente La Bruyère. A-t-il été question 
de ce portrait ailleurs que dans une note 
d'A. de Boislisle? S. G. 



Diamants et bijoux de Marie-An- 
toinette (XV, 74). — M. Germain Bapst 
a posé cette question dans le n° du 10 fé- 
vrier 1882 : 

La reine Marie-Antoinelte possédait de 
nombreuses parures de diamants. Au dire 
de Mme Campan, elle avait une paire de 
Girandoles, payées en 1774, 360.800 francs. 

LXY- 3 



N« 1335. Vol. LXV. 



9» 



L'INTERMEDIAIRE 



92 



En plus le Roi lui avait donné une parure 
rubis et diamants et deux bracelets de 
200,000 francs. 

Que sont devenus ces différents diamants 
lors de la Révolution ? 

11 n'a pas été répondu à cette intéres- 
sante question Depuis, l'historien des 
diamants de la couronne, n'a-t-il rien 
appris lui-même concernant le petit pro- 
blème qu'il cherchait à résoudre? 

Textes de traités franco-espa- 
gnols. — De 185b à 1860 ou 1862, une 
série Je traités lurent passés entre le gou- 
vernement impérial et celui de la reine 
Isabelle, concernant la délimitation de la 
Groutière dans les Pyrénées. Des bornes 
furent plantées là où on le jugea néces- 
saire. 

Ces traités ont-ils été imprimés sous 
forme de brochure .? Si oui, quel est leur 
titre ? Où se les procurer ? Sinon, peut- 
on indiquer les numéros ou dates du Mo- 
niteur ojficiel, où ces accords ont paru ? 

Un Pyrénéiste. 

Pont d'Austerlitz : les noms des 
officiers. — M. de l^ocheguidenous ap- 
prend, à la page 228 de son GiiiJc à tra- 
vers Paris, que le pont d'Austerlitz, cons- 
truit en 1802 et rebâti en pierre en 1805 
(ouvert aux piétons en 1806, au.\ voi- 
tures en 1807) conserve dans ses orne- 
ments l'inscription des noms des cfficiers 
tués à Austerlitz. 

Dans quels ornements ? Combien de 
noms r Quels sont-ils ? 

Le colonel Valhubert, tué à Austerlit/., 
a donné son nom à la place où le pont se 
termine. Mais quels sont lesautres, et où ? 
Je n'ai rien vu sur le pont, qui n'a pas 
d'ornements. V. A. T. 

Un Conseiller, Secrétaire du ^oy, 
de CUrii ont-Ferrand, du nom de 
Biaise Pascal (1666). — )ai sous les 
yeux, un reçu autographe, signé, pour 
« le premier quartier de ses gages ("année 
1666) y délivré à Clermont, par '< Je, 
Biaise Pascal, Conseiller, Secrétaire du 
Roy, Maison, Couronne de France et de 
ses Finances, du Collège des Soixante-six 
soussigné >♦, lequel est daté du 1 sixiesme 
jour de septembre mil-six-cent-soixante- 
six. » 

Ce reçu, très détaillé, entièrement im 



I primé, en largeur, sur une petite feuille 
de peau de vélin, petit in 8", est composé 
de dix-huit lignes, imprimées en petit 
texte Des blancs, laissés à cet effet dans 
le corps de l'impression, ont permis au 
signataire du reçu, d'y ajouter ses nom et 
prénom et d'y préciser exactement la dé- 
signation des dates. 

De plus, tout à la fin de la pièce, le 
CÀmseiller Biaise Pascal, pour compléter 
encore la garantie de l'acte, avant de le 
signer, a reproduit de sa main, en deux 
lignes, écrites à l'encre noire comme l'est 
la signature, l'énoncé complet de la 
somme dont il donne ainsi la quittance. 

Le Père de l'illustre auteur des Provin- 
ciales^ Biaise Pascal [juin 1632 y Septem- 
bre 1662 1, se nommait, lui, Estienne Pas- 
cal, et sa mère, Antoinette Begon, — 
Quel degré exact de parenté peut donc 
avoir existé entre les deux v< Biaise Pas- 
cal », de Clermont-Ferrand, en question, 
le grand écrivain et le Conseiller du Roy, 
de 1666.'' Ulric Richard-Desaix. 

Le sculpteur Dumont. - Il fut 
l'nuteur d'une statue de Pichegru, statue 
de marbre brisée en 1830 sur la place de 
Lons-le-Saunier. Peut-on en retrouver une 
reproduction .? Existe-il une lithographie 
de Dumont ? Led. 

Hue de Miromesnil. — Connait-on 
une bonne source d'informations sur le 
garde des sceauxHùe de Miromesnil, qui 
recueillit le duc de Penthièvre pendant la 
Révolution ^ 

Sait-on s'il a laissé des descendants? 
Le nom est éteint, mais la postérité fémi- 
nine peut subsister. 

Renaud d'Escles. 

Philippe Charles de La Fare — 

Maréchal de France mort le 4 septembre 
1752. On désire connaître le lieu et la 
date de sa naissance ainsi que ses états 
de service. B. F. 

Famille et papiers de l'abbé 

Sieyès. — 11 vient de mourir à Lau- 
sanne, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, 
une petite-nièce de Sieyès. Existe-t-il en- 
core des membres de la famille du célèbre 
conventionnel ? 

Les papiers ont ils été détruits ? 

Templi. 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Juillet 191a 



Q3 



94 



Titrei sous l'ancien régime. — 
Dans un article paru dan? V Intertnédtaire 
du 30 novembre 1905, je lis la phrase sui- 
vante : 

Beaucoup de gentilshommes d'ancien ne no- 
blesse poitaient des titres de marquis et de 
comte, sous lesquels ils étaient connus à la 
Cour, bien que sans érection régulière, lais- 
sant aux anoblis de fraîche date le soin de 
provoquer des concessions régulières de 
marquisat ou de comté — signé : A. E. 

11 serait intéressant de savoir si cette 
assertion repose sur des fondements so- 
lides ; trouve-t-on notammei^t dans les 
Mémoires^ souvenirs, correspondances du 
temps, des preuves ou indications de ce 
dédain des anciennes familles pour la ré- 
gularisation des titres qu'ils portaient. 

C'est une question fort importante, elle 
expliquerait pourquoi beaucoup de fa- 
milles très anciennes, très considérables, 
très bien en cour, très influentes et qui, 
par suite, auraient facilement obtenu des 
concess'ons régulières de titres, n'ont 
rien demandé, se contentant de porter les 
titres qu'elles avaientdepuis longtemps et 
que personne, pas même le roi, ne son- 
geait à leur contester. Bellechasse. 

Armoiries octroyées par le Pre- 
mier Empire. — La composition des 
armoiries octroyées par le premier Empire 
ne paraît pas avoir été assujettie, en de- 
hors des francs quartiers divers, à des 
règles définies. Il semble que les unes 
aient été déterminées d'office, les autres 
au gré des intéressés. 

11 serait curieux, aujourd'hui, que la 
prescription centenaire va être atteinte, 
de connaître les détails de l'organisation 
d'un service qui a dû avoir son impor- 
tance, et qui a nécessairement donné 
lieu à une correspondance intéressante, 
d'autant que les hasards de la guerre 
tenaient souvent fort éloignées de Pa- 
ris ceux qui étaient l'objet des faveurs 
impériales. N'existe-t-il pas , aux ar- 
chives du sceau, des documents qui pour- 
raient être intéressants à consulter à ce 
sujet? M. S. 

Ruban d'une croix de Saint-Louis 
avec nœud. — A quel grade correspon- 
dait, à l'époque de la Restauration, une 
croix de Saint-Louis accompagnée sur le 
ruban d'un nœud étroit semblable à celui 



que portent actuellement les légionnaires 
d'un ordre ? 

On croit que cet insigne devait appar- 
tenir à Alphonse Louis, comte Gentil de 
saint Alphonse, lieutenant général (12 no- 
vembre 1820), grand officier de la Légion 
d'honneur, né à Versailles le 6 décembre 
'777, ^ox\ à Toulouse le 7 août 1837, 
époux d'Amélie Filleul de Beaugé. 

R. C. 

Ex-libris à déterminer : D'azur à 
lacroix d'argent. —D'a:(ur à la croix 
pâtée d'argent chargée en abîme d' un chevron 
de\gueïilcs, en flancs d'une molette d'éperon 
de..., et en pointe d'une rose au naturel. 

Ecu ovale posé sur un manteau d'her- 
mine, timbré d'une couronne de marquis 
surmontée d'un mortier de magistrat. 

Supports : deux licornes affrontées. 

Geo FiLH. 

Fer de r^-liure à identifier. — Ecar- 
telc aux I et 4 de... à trois bandes de... ; 
aux 2 et ^ de... à la h nre de sanglier de...k 
quellefamille appartient cet écusson frappé 
sur une reliure du XVII» siècle ? D. A. 

Bague avec portraits. ~ J'ai vu, il 

y a peu de temps, une petite bague en or, 
formée d'un simple jonc dont le chaton 
rond mesurant environ quatorze millimè- 
tres de diamètre, représente quatre têtes 
opposées les unes aux autres en sautoir ; 
ces têtes sont finement peintes et protégées 
par une glace. Le chaton est relié au jonc 
de chaque côté par une petite fleur de lys 
d'or. 

Une de ces têtes paraît représenter le 
profil de Louis XVIII, les autres pourraient 
être celles de membres de la famille Royale, 
le duc et la duchesse d'Angoulème, et le 
duc de Berry. 

Connaît-on d'autres bagues semblables 
à celle-là ? Saint-Clément. 

Membres de trois académies de 
l'Institut. — Un grand nombre de mem- 
bres de l'Institut ont appartenu ou appartien- 
nent à deux académies. Ceux qui ont ap- 
partenu à trois académies sont plus rares. 

jeciterai Guizot, Duruy, Biot,le ducd'Au- 
male, et encore ces trois derniers n'étaient 
que membres libres d'une des trois. Se- 
rait-il possible à quelque aimable collabo- 
rateur de compléter cette liste.'' A. E. 



N» 133s. Vol. LXVI 



L' INTERMÉDIAIRE 



95 



96 



Les Mémoires de Russ. — M. Joa- 
chim Kuhn dit (LXV. 840) que Russ a 
laissé des mémoires fort intéressants. Ces 
mémoires n'ont assurément jamais été 
imprimés. Qyi possède le manuscrit ? je 
doute du reste que M. Kuhn soit exacte- 
ment renseigné. |'ai fréquenté Mathias 
Duval, l'éminent professeur d'histologie 
de la Faculté de médecine de Paris. Il 
avait fait ses études à Strasbourg, y avait 
été reçu docteur. C'est lui qui 1 rédigé et 
publié, en 1872, le cours de physiologie 
de son maitre Strasbourgeois Russ. Je me 
rappelle parfaitement l'avoir entendu dé- 
clarer que Russ n'avait livré à l'impres- 
.-.ion que deux thèseset un travail sur l'In- 
flammation. Russ avait dirigé le parti 
rouge dans le Bas Rhin de 1848 a 1852; 
il avait été poursuivi et acquitté à propos 
du 13 juin 1849. Après le 4 septembre, 
il devint maire de Strasbourg, fut élu le 
8 février 1871 à l'Assemblée nationale. 
Il se rendit à Bordeaux quoique malade, 
s'y alita, et y mourut le i"" mars. Ses mé- 
moires offriraient de l'iniérèt au point de 
vue de l'histoire de l'Alsace ; mais assu- 
ment, de septembre 1870 a fin février 
1871, il n'a pas eu le temps de rédiger 
quoi que ce soit . P. M. 

Prévoyable ? —l'ai eu quelque sur- 
saut, l'autre jour, en lisant, dans un 
livre d'un écrivain distingué, le mot 
<i prévoyable » accolé comme qualificatif 
au mot malheur : « un malheur pré- 
voyable 7j . 

J'aurais préféré : « malheur prévisi- 
ble ». Mais ni prévisible, ni prévoyable 
ne se trouve dans les dictionnaires fran- 
çais, ce qui oblige à la circonlocution : 
malheur à prévoir » ou « qu'on pouvait 
prévoir >y. 

11 semble bien que le génie de la lan- 
gue voudrait « prévisible ». Q.u'en pen- 
sent les grammairiens professionnels ? 

RUSTICUS. 

Rampeau. — Quelle explication éty- 
mologique de ce mot, de l'expression : 
fairr lampeau, signifiant, point égal au 
jeu, coup nul .'' Simon. 



Quelle est 
*< Ouilhen n ? - 
vient ce nom ? 



1 étymologie de : 
- De quelle région pro- 

FeRNAND R. de LlSLE. 



Du port de l'alliance en Allema- 
gne. — Menacé de perdre mon alliance 
à la suite d'une longue indisposition, 
force me fut de la changer de mam, et 
cela fit dire dans mon entourage que je 
la portais à droite comme en Allemagne. 

Serait-il donc vrai que la bague de 
mariage se voit à l'annulaire de la main 
droite de l'autre côté du Rhin, et non à 
celui de la main gauche comme chez 
nous ?, Si cette différence existe, saurait-on 
en donner la raison ? Léda . 

Le mai (T. G., 547). — A Pont-Aven 
(arrondissement de Quimperlé) pendant 
le mois de mai, jeunes gens et jeunes 
filles tressent avec des feuillages et des 
fleurs un « mai » couronné qu'ils sus- 
pendent ensuite sur la place publique. 

Le soir venu, réunis sous le mai, ils 
forment, en se donnant la main, un grand 
cercle, puis, chantant de vieux airs, et 
malheureusement, aussi de nouveaux, ils 
exécutent suivant la cadence, tantôt une 
ronde, tantôt un mouvement qui consiste 
à faire alternativement deux pas à droite 
et deux pas à gauche accompagnés d'un 
balancement des bras en avant et en 
arriére. 

Il m'a été certifié que cet usage n'exis- 
tait en Bretagne qu'à Pont-Aven où on 
considère cette coutume comme un res- 
tant de paganisme et les jours de fête reli- 
gieuse (notamment le 19 mai, fête de 
Jeanne d'Arc) le recteur interdit cette 
innocente réjouissance. 

Pcuton dire l'origine de cette char- 
mante coutume ? 

Y a-t-il en France ou à l'étranger 
d'autres villes où elle se pratique ? 

Gaston Hellevé. 

L'Ermitage. — Je possède la photo- 
graphie d'une charmante petite construc- 
tion Louis XV dont j'ai souvent admiré 
l'élégante architecture. Au-dessous se lit 
cette indication : Fondation Debrousse. 
Pavillon de l'Ermitage (Ancien château de 
Bagnolet). 

Or, d'Argen ville, dans s^l Description des 
environs dcParis,\y68 ,^3.r\c d'un rendez- 
vous de chasse élevé en cet endroit. Dans 
lesalon se trouvaient des peintures repré- 
sentante Lavied'Abraham etdes différents 
saints et saintes du désert >, ce qui valut 
à ce pavillond'étre dénommé l'Hcrmitage. 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Juillet i^i* 



97 



98 



N'est-ce pas cette propriété que posséda 
le baron de Batz en 1793 et qu'il habita ? 
ou bien demeurait-il dans une maison 
toute voisine et englobée, je crois, comme 
le pavillon, dans l'ancien parc de Bagno- 
let ? 

Cette dernière existe-t-elle encore ? En- 
fin les peintures, dont il est fait mention 
plus haut, i.ont-elles toujours en place 
dans le salon du pavillon et y voit-on 
quelques vestiges de l'ancien temps ? A 
quoi sert cette jolie construction, de nos 
jours ? 

Devant la façade se trouve une grille, 
est-elle ou non de l'époque ? il est diffi- 
cile de s'en rendre compte sur la photo- 
graphie, 

C. DE LA BenOTTE. 

Le Cubisme. — C'est une mode en 
peinture, un peu surprenante. Ne con- 
vient-il pas que Ylnteimcdiaire en garde, 
dans ses colonnes, le témoignage, par 
quelques textes authentiques qui seront 
de l'histoire, un jour ? 

Dr L. 

Le Futurisme. — je pose la même 
question pour le futurisme. Nous savons 
tous aujourd'hui ce quec'est. Nos arrière- 
neveux se le demanderont. Publions son 
état civil pendant que ses pères vivent 
encore. 

D^L. 

La défense héroïque du fort de 
Brusco. — Mon grand-père paternel, né 
en 1789 a Montreuil-sous-Bois, accomplit 
son service militaire de 1809 à 1815, et 
comptait au nombre de ses campagnes 
celle d'Espagne. 

Comme tous les soldats de Napoléon, il 
aimait à rappeler les vieux souvenirs des 
misères endurées, et à raconter d'abon- 
dantes anecdotes relatives aux combats 
aux quels il avait pris part. Au nombre 
des épisodes se rattachant à cette campa- 
gne d'Espagne, la défense héroïque du 
foft de Brusco, près de Santander, je 
crois, est des plus émouvantes. 

Occupé par un détachement de soixante 
Français, ce fort essuya plusieurs assauts 
qui furent repousses. Les Espagnols qui 
l'entouraient étaientau nombrede 5000. Le 
cinquième jour de grand matin, torturés 
par la faim et manquant de munitions, les 



Français, au nombre de vingt-deux survi- 
vants, parmi lesquels quelques blessés, se 
résignèrent à abandonner leur position. 

Ces vingt-deux héros sortirent par une 
brèche faite par les bouleis ennemis et ce, 
en surprenant un poste de 25 soldats es- 
pagnols qu'ils massacrèrent. 

En arrivant au camp du général Bon- 
net, ils reprochèrent a cet officier supé- 
rieur de n'avoir rien tenté pour les déli- 
vrer. — « Mes braves, leur répondit-il, 
vous étiez sacrifiés ; nous ne pouvions 
vous secourir. Infailliblement c'était nous 
exposer à perdre trop de monde. A votre 
retour en France vous serez tous déco- 
rés ! » Les événements se succédèrent : la 
désastreuse campagne de Russie amena 
la chute de l'Empire. Louis XVIU, monta 
alors sur le trône et ces braves furent 
oubliés. 

Ce récit, avec plu-- de détails, est-il 
confirmé par quelques historiens s'étant 
spécialisés dans l'histoire delà campagne 
d'Espagne ? Leurs noms sont-ils cités ? 
Lequel consulter de préférence ? 

Etait-ce bien sous les ordres du géné- 
ral Bonnet que servaient ces vaillants 
soldats ? 

L. Capet. 



Ministre® de Pancienne monar- 
chie appartenant à des familles 
d'ancienne noblesse, — Je crois que 

les ministres appartenant à des familles 
nobles d'origine chevaleresque (c'est-à- 
dire dont la noblesse était considérée 
comme remontant avant 1399) ont été 
extrêmement rares sous l'ancienne mo- 
narchie. 

Pourrait-on en dresser la liste depuis 
Henri IV par exemple (ou même plus 
haut) jusqu'à la Révolution ? 

C'est un travail qui, je crois, n'a ja- 
mais dû être fait. 

UssoN. 

La cour de Philippe Egalité. — 

Pourrait-on, en dehors de Vatout, de 
Mme de Genlis, des ouvrages sur Cho- 
derlos de Laclos et des pamphlets révo- 
lutionnaires, m'indiquer un bon ouvrage 
sur la Cour de Philippe-Egalité et de L. 
Adélaïde de Penthicvre au Palais Royal, 
à Villers Cotterets et au Raincy ? 

Renault d'Escles. 



:N» I 



}}^' 



Vol. 



LXVI. 

— 99 



LINTBRWeDIAlRi 



100 



&Cp0lt9Cd 



Contrats de mariage signés par le 
Roi, avant la Révolution (LXV, 450, 
î^S, 701). — li y a jicut être, en réalité, 
moins de contradiction qu'on ne ie pense 
entre les deux réponses qui ont été don- 
nées pour les contrats de mariage — ou, 
plus généralement, pour les honneurs de 
la Cour, c'est-à-dire, aussi pour la pré- 
sentation, avec le droit de monter dans 
les carrosses du Roi, ^- et les preuves de 
noblesse. L'une se rapporte au temps de 
Louis XIV ; l'autre, à la fin du règne de 
Louis XVI. Entre les deux époques, il 
avait passé presque autant d'idées dans le 
cerveau des Fiançais que d'eau sous le 
Pont-Neuf. 

Une chose me parait assez probable, 
cest que les réformations de noblesse, au 
xvu' siècle, entreprises dans un but fiscal, 
aboutirent à rendre le second ordre de 
l'Etat plus distant et plus rigoriste, en lui 
donnant lieu de mieux connaître ses ti- 
trer. Peut-être, d'ailleurs, le développe- 
ment de la bourgeoisie contribua-t-ii à 
cet éloignement, — on trouverait là des- 
sus des observations piquantes et judi- 
cieuses de M. d'Estourmel dans ses Sou- 
venin. Le phénomène se reproduit im- 
manquablement toutes les fois que deux 
groupes peu sympathiques de nature — ' 
castes, classes, ou races, — se trouvent 
en contact forcé. On l'observe aujourd'hui 
sur toute la ligne : dans l'aristocratique 
Allemagne pour le recrutement des otTi- 
ciers ; en Angleterre, dans la fermeture 
des milieux mondains, où il devient, pour 
le jeune homme « talentueux », plus diffi- 
cile qu'autrefois de pénétrer (Le Tîntes^ 
éd.hebd..26 janvier 1912 ; p. 69) : aux 
Etats-Unis, dans la raideur des castes qui 
se multiplient (André Tardieu, Notes sur 
la J^tiit'i Unis; ch. 111); enfin, jusque 
dans les démocraties populaires, en Amé- 
rique, en Australie, dans le Sud-Afrique, 
aussitôt que blancs, noirs et jaunes se 
heurtent en masses hostiles, — l'ouvrier 
blanc n'acceptant même pas que, à tra- 
vail égal^ l'ouvrier de couleur reçoive un 
salaire égal au sien. On scrute jusqu'aux 
généalogies, pour écarter des école.'; blan- 
ches les enfants q i ont la moindre goutte 
lointaine de sang étranger. (Le Tîma, 



Ibid, 8 septembre 1911; pp. 721-3). Ces 
ainsi que, durant le xvni« siècle, la no- 
blesse tendit de plus en plus à se retran- 
cher dans ses privilèges de naissance. On 
peut se rappeler ici, pour l'armée, les 
règlements du maréchal de Ségur ; dans la 
marme, l'exclusivisme du corps rouge ; 
et les Parlementaires ne demandaient qu'à 
suivre le mouvement, déjà très sensible 
chez celui de Rennes (Le conseiller Saul- 
nier, Le Pathmeni de Bretagne.^ pp. LIX- 
LXIl). 

11 y eut du reste, quelque peu de ce 
phénomène en Angleterre, où les classes 
inférieures ne furent jamais plus dédai- 
gnées qu'au milieu de ce même siècle 
(Rev. d'Edimbourg, janv. 1909, p. 15). 
L'Angleterre, dès cette époque, était mûre 
pour une révolution ; elle en fit l'écono- 
mie, parce que la nôtre, éclatant la pre- 
mière, décontenança vraiment les ama- 
teurs. 

Voilà comment, tandis que d'Hozier, 
au xvM® siècle, se contentait, comme 
preuves de noblesse, de copies plus ou 
moins authentiques, plus ou moins légali- 
sées, (A. de Boislisle, Revue des Questions 
Historiques^ oct. 1897 ; p. 446), on va 
voir que Ghérin professait des scrupules 
bien plus sévères, pour ne pas dire jan- 
sénistes. 

Donc, en 1784, le Comte du Botdéru 
s'occupait à faire établir sa noblesse en 
France, — en Bretagne, elle était incon- 
testée, — pour entrer dans l'ordre de 
Saint-Lazare. Il s'efforçait en même temps 
d'obtenir, pour son fils Victor, une com- 
mission de capitaine, par l'intermédiaire 
de son ami, M. de (3uichen, le célèbre 
chef d'escadre ; après quoi l'on produirait 
le jeune homme à la Cour. 

Le2Î juillet, Bougainville. devenu son 
neveu par alliance, lui écrit : 

J'ai eu ilimatiche dernier, une fort longue 
explica'.ion avec M. de Saint-Paul. Je ne lui 
ai pas laissé ignorer combien la noblesse des 
pioviiices était mécoiileiite «t dégoiUée, et 
combien tout ce qu'on faisait paraissait fait 
exprès pour produire leur dtfgoût (51V)... J'ai 
reçu, ces jours-çi, une lettre de M.Wasington, 
[sic] confumant, au nom de la Société des 
Ciiicinrati, mon admission. La lettre est fort 
honorable. Je vais m'occuper de voir M, Ghé- 
rin et des démarches pour Saint-Lazare. Il y 
a aussi pour cet objet un bien grand nombre 
de concurrents : mais il faut toujours de- 
mander,.. 



OHS CHjBRCHHURS BT CURiEUX 



3o|tiillet 191a 



lOI 



102 



Le 23 juillet, le chevalier de Silans, 
beau-frère du comte du Botdéru (il avait 
épousé en secondes noces sa sœur, Mme 
de Montendre, la belle-mère de Bougain- 
ville) lui écrit de même : 

Je joins ici la note de M Chérin relative à 
la nature des titres à produire pour être admis 
dans l'ordre de Suint-Lazare, où le généalo- 
giste convient que vous avez de beaux droits. 

Suit, en annexe, la note écrite d'ailleurs 
par M de Silans. 

M. Chérin m'a montré, sur le registre de 
Bretagne, la suite des Botdéru pendant douze 
degrés. Il m'a même dit que, par Mme la 
comtesse du Botdéru, votre très honorée 
femme, vous étiez parent du duc de Riche- 
mond au degré nécessaire pour en porter le 
deuil ; mais la pièce que vous m'avez confiée 
ne peut servir que comme une seule pièce, 
pour entrer dans l'ordre de Saint-Lazare. Il 
ne peut faire les preuves que de neuf degrés ; 
mais chaque degré doit être prouvé par trois 
titres originaux, savoir : contrats de ma- 
riage, partage, foy et hommage, testament, 
aveux, minute, vente, achat, échange, tran- 
saction, procuration, etc. Il sera bon d'y 
joindre les commissions, brevets, provisions 
de charges, s'il y en a. D'ailleurs, il vaut tou- 
jours mieux mettre tous les degrés que l'on 
a. 11 faut être colonel pour être admis dans 
l'ordre, et il y a grande presse. Bougain- 
ville vous prie de communiquer cette note 
au chevalier du Botdéru, [le frère puiné 
du comte, capitaine de vaisseau], dès que 
l'on commencera à se mettie en règle, les 
démarches s'en suivront auprès de Monsieur. 

Pour comprendre le début de cette note 
qui expose les principes de Chérm, il faut 
savoir que Mme du Botdéru était née 
Thomase de Plœuc. Or, les Ducs de Rich- 
mond descendent de Louise de Keroualle^ 
duchesse de Portsmouth, dont la r^>ère 
était Plœuc. (Cf. Denis de Thézan, Hisi. 
Gén. de la Maison de Plœuc : Beauvais, 
Laffineur, 1873, pp. 29s et suiv.) — 
Les Richmond d'Angleterre reconnaissent 
la parenté ; il y a deux ou trois ans, un 
membre de leur famille a fait des recher- 
ches en Bretagne pour établir la filiation. 

J'ignore ce qu'il advint de la négocia- 
tion pour l'ordre de St-Lazare, la corres- 
pondance ayant été fort éprouvée par un 
long séjour d'abandon, dans un vieux 
grenier de château. Mais, pour ia présen- 
tatien à la Cour, nous allons retrouver 
Chérin, et son acolyte Berthier, tout aussi 
inflexibles, si bien que M. du Botdéru est 
obligé d'attacher à sa cause un bénédic- 



tin, historiographe de France, Dom Berry> 
— ce qui ne sera pas, pour ce dernier^ 
une sinécure. 

D'abord, le bon religieux dut se lancer 
dans un voyage de découverte, à travers 
l'actuel Morbihan, pour retrouver l'an- 
cienne terre patronymique de la famille, 
Boterf — Boterf et Bodéru, deux mots 
identiques, signifiante buisson de chênes » 
(CL Kerviler, Bio-bibliographie Bretonne, 
a ces deux noms). On le renvoyait de 
Caïphe à Pilate, et <\ ce n'est pas sans 
peine » qu'il parvint au but, comme il le 
raconte dans une lettre datée de Rennes, 
le 10 avril 1785, que je regrette de ne 
pouvoir, faute de place, imprimer ici : la 
terre « était dans la frérie de Locmaria en 
Plumelin, et relève de la seigneurie et 
fief de Camors, qui relève prochainement 
du Duché de Rohan. » D'où nécessité de 
nouvelles recherches dans les archives 
des Rohan, soit en Bretagne, soit à la 
Tour du Louvre, et dans celles de la du- 
chesse de Liancourt, en son château de 
Quinipilly Enfin, le 8 mai 1786, Bou- 
gainville écrit de Paris : 

Samedi dernier, j'ai été, avec l'abbé Beri, 
porter aux Grands-Augustins vos titres mis en 
ordre et la table correspondante. J'ai de mon 
mieux harangué MM. Chérin et Bertier pour 
les engager à expédier. Ils se disent accablés 
de besogne et me paraissent se faire beau- 
coup valoir. Nous les presserons autant qu'il 
sera possible. Il n'y a plus de présentation 
pour monter dans les carrosses que jusqu'au 
15 de ce mois, et, après cette époque, il faut 
attendre le voyage de Fontainebleau. J'es- 
père que notre affaire sera prête pour ce 
temps-là ; mais il ne faudra pas perdre ces 
Messieurs de viie. 

Et le 17 mai, le chevalier de Silans re- 
prend : 

Toute notre humeur naturelle doit regar- 
der le ministre très lent à graduer votre fils. 
Bougainville qui m'écrit du 8 de ce mois, ne 
me dit mot de ce travail, mais bien de celui 
du généalogiste auquel il a remis, le 6, les 
parchats (s/c' relatifs à la présentation. Il 
m'ajoute que, quoique l'objet paraisse sans 
difficultés, et d'une classe pure et claire, on 
ne peut que suivre son tour et rang pour être 
expédié. 

Des difficultés, tout de même, il y en 
avait. D'abord, la lenteur causée par l'en- 
combrement. Bougainville, le 7 septembre 
1786. écrit, de sa terre de La Bresse (à 
Fourches, entre Brie et Melun) qu'il va se 



M» 1^35 Vol. LXVI. 
103 

rendre à Paris et y rencontrer son jeune 
cousin, « afin de pouvoir raisonner avec 
lui sur les démarches qu'il doit faire. Les 
premières de toutes sont vis-à-vis de 
M, Berthier, qu'il faut absolument décider 
à terminer, et qui est tellement chargé de 
demandes pareilles qu'il ne manque pas 
de prétextes pour les délais auxquels il 
condamne souvent ses clients. Sans ce 
travail fmi et son certificat expédié, il n'y 
a rien à faire. Je l'ai déjà vu et sollicité, et 
assurément, je recommencerai et presserai 
de mon mieux. Si cette besogne était 
finie, le reste irait tout seul^ et je verrais 
M. le duc de Coigny de qui je crois que 
les arrangements subséquents dépen- 
dent. » 

« J'ai écrit à M. Berthier », dit aussi M. de 
Silans, le 27 septembre, et <\ j'ai passé plu- 
sieurs fois moi-même aux Grands-Augustins, 
pour presser le travail d^ la généalogie de 
Victor. Rien n'est encore commencé, et j'ai 
vu sa liasse, avec deux cents autres dont il y 
en a qui y sont depuis trois ou quatre ans. 
Le juge d'armes est écrasé de travail et je 
doute fort que celui q,ui nous intéresse soit 
fini dans l'année.. . 

Ce n'est pas tout. Une fois l'examen 
commencé, Berthier regimbait sur certains 
points. 

Bougainville, en quittant Paris me mandait 
que le généalogiste avait rebuté un titre, 
quoique admis en Bretagne, ce qui avait né- 
cessité le voyage du Dom Béri à.Kerdréau., 

(Chevalier de Silans, 5 décembre 1786), 
C'est probablement à celte pièce que fait 
allusion la lettre suivante, la dernière que 
je veuille citer ici, — encore ne puis-je la 
donner en entier. 

Le château de Kerdréno, dont on vient 
de parler, appartenant aux Botdéru, se 
trouve au nord de Lorient et d'Henne- 
bont, à 1 5 ou 1800 mètres environ, vers 
l'est du bourg de Plouay. Vers l'ouest, à 
la même distance, on rencontre le château 
de Ménéhouarn (en français Fenuoiit) qui 
appartient aux comtes de Pluvié. Les deux 
chàtellenies, encerclant le bourg, sont, 
depuis des siècles, dans les mêmes fa- 
milles, plus d'une fois alliées. Kcrdrého 
même est entré dans la famille des Botdéru 
par le mariage de Louis du Botdéru avec 
Catherine de Pluvié en ! =,6-] ; et les Pluvié 
le possédaient eux-mêmes par échange, 
depuis 1456. La lettre est adressée à IVL le 
comte de Pluvié, capitaine de Dragons, I 



L'iNTliRMQDiAiKM 



104 



chez M. le comte de Guibert, rue de 
Grammont : 

je serais indiscret, Monsieur, de réclamer 
sans cesse la bonté de vos procédés et vos 
bons offices, si vous ne m'y aviez pas autorisé 
par les témoignages d'intérêt que vous voulez 
bien me donner, pour la réussite de l'affaire 
qui m'occupe, et pour laquelle M. Berthier 
est pour moi bien strict et bien sévère. Je 
dois vous informer de l'état actuel des choses. 
En attendant la permission de M. le Duc de 
Liancourl pour voir s'il se trouvera dans ses 
archives la pièce que M. Berthier exige, j'ai 
fait, dans les titres que j'ai, de nouvelles re- 
cherches je savais bien que je n'y trouverais 
que des titres regardant Yvon du Botdéru, 
mort le 14 janvier 1552, qui a formé ma 
branche, et que les anciens avaient suivi la 
blanche aînée ; mais je me suis flatté que je 
trouverais quelques renseignements qui pour- 
raient indiquer où on les pourra trouver. 

Suit une longue dissertation généalo- 
gique. Et l'auteur termine ainsi : 

Auriez vous la bonté de voir l'abbé Béri, et 
de lui demander s'il ne croit pas avantageux 
de changer de plan et de prendre pour tige, 
ce Jean qui a signé le partage de 1425, qui 
est maintenu à la réformation de 1448, qui 
laisse sa veuve qui fournit aveu en 1409, et 
dont le fils figure en 1 479, et sur le degré du- 
quel il y a nombre de titres, et le reste va de 
suite? Qu'importe que ce soit Alain, Syl- 
vestre, ou Jean qui soit la tige? C'est tou- 
jours la même famille, et, pour des temps 
aussi reculés, il faut bien s'accrocher où l'on 
peut ; car on ne saurait trouver tous les pa- 
piers, dont un grand nombre a passé dans 
d'autres maisons par partage et par extinc- 
tion des branches tombées en quenouille... 

Evidemment. 

Victor du Botdéru se maria l'année sui- 
vante, au printemps de 1788. avec Mlle 
de Çoislin. Le contrat fut-il signé par le 
Rot P Je le crois, mais je n'en ai point la 
preuve dans mes notes. En tout cas, si 
cette petite promenade dans les coulisses 
dune présentation à la Cour intéresse le 
lecteur, peut-être m'accordera-t-il que 
mon opinion est plausible. Vers la fin de 
l'Ancien Régime, le noble tendait à se se 
parer de plus en plus du bourgeois ; et le 
bourgeois, Chérin ou Berthier. exigeait 
de plus en plus que le noblejustifiât de ses 
prétentions. C'était logique. 

Cependant, quand il s'agit d'autrefois, 
— comme d'aujourd'hui, — il convipnt 
d'éviter les affirmations trop générales. 
La noblesse d'Alsace, par exemple, prou- 
vait ses litres avec une facilité spéciale, à 



DBS CHERCHEURS BT CURIEUX 



^o Juillet 191 s 



105 



106 



cause des chapitres et des Abbayes nobles. 
« Il ne se passe pas cinquante ans, » dit 
un mémoire manuscrit, « sans que quel- 
qu'un de chaque famille ne soit reçu d ins 
les uns ou les autres », avec procès-verbal 
de la production de ses titres. Aussi, 
« communément, un simple gentilhomme, 
en un mois de temps, fera plus aisément 
une production de 4 ou 500 années, en 
Alsace, qu'un gentilhomme d'une autre 
province ou royaume ne Is ferait de 1^0 
ans ». On se contentait d'ailleurs, comme 
en Allemagne, de certificats ou actes de 
notoriété en forme authentique, délivrés 
par les Directoires de noblesse, « ce qui 
serait fort suspect dans des pays moins 
jaloux de la distinction de la vraie no- 
blesse et plus faciles pour l'expédition de 
pareilles déclarations ■>». (Arch. Nat., 
Mém. concernant la Province d' Alsace^ 
dressé en 1701, K. 1142, n°* 5 et 4). 

Les lettres que nous avons publiées ici 
appartiennent aux archives du château de 
Kerdrého, qu'habite la dernière petite-fiUe 
de Bougainville, veuve du général comte 
des Plas. Britannicus. 

La manufacturé de Réveillon au 
faubourg Saint- Antoine iLXV, 589, 
695, 745 ; LXVl, n). — Le marteau de 
porte-cochère de la Folie-Ticon a été ache- 
té autrefois par M. Délicourt, fabricant de 
papiers peints. 11 en avait orné la porte de 
son hôtel, au faubourg Saint-Honoré, et 
non aux Champs-Elysées. Cet hôtel est 
remplacé aujourd'hui par une maison de 
rapport, et le marteau n'y est plus. Peut 
être la famille Délicourt l'a-t elle conservé. 
Quant aux boiseries et à la rampe, on 
ignore ce qu'elles sont devenues. Je tiens 
ces renseignements de M. Charles Foîfot, 
très documenté sur tout ce qui concerne 
l'histoire du papier peint. Noël. 

Une lettre de marque signée 
«Louis XVI » en 1793 (LXVl, 2) - 
Il me serait utile, pour les recherches re- 
latives à la question posée, de connaître le 
nom du ministre qui figure, sous forme 
de griffe, dans le document mentionné 
par V. 

Nauticus. 

Clément Thomas : Son rôle en 
juin 1848 (LXV. 543, 6^4, 858). ™ De 
V Echo de Lorraine, 6 juillet 1912 : 



Il n'y a pas de discussion au sujet d u 
complot de Lunéville, de 1834, fomenté 
contre le gouvernement de Louis-Philippe. Il 
s'agit simplement du rôle joué par Clément 
Thomas en juin 1848. 

Maxime Du Camp peut en parler en con- 
naissance de cause, car il fut un des combat- 
tants d'alor? et reçut même la croix pour ce 
fait d'armes. Mais la citation de Vlnlermé- 
diaire, forcément sommaiie, prend un peu 
fîo;ure Je boutade. Je n"ai pas sous la main 
le texte même de Du Camp, qu'il serait in- 
téressant de connaître. 

U est certain que Clément Thomas n'a pas 
commandé de « charger la canaille » ; ce 
n'est pas ainsi que se formule un comman- 
dement militaire, et c'est Du Camp qui in- 
terprète de cette façon l'état d'âme du com- 
mandant gént^ral des Garde.s Nationales, 

Qu'il eût agi en cette circonstance comme 
le plus « âpre ré£.ctionnaire ^>, Clément Tho- 
mas y fut bien forcé par les événements, 
puisqu'il avait mission de rétablir l'ordre, et 
c'était un gouvernement républicain qui l'en 
avait chargé. Il agit comme Hoche en Ven- 
dée, comme Marmont en 1830, comme, 
plus tard, Galliffet en 187 i, comme le com- 
manderait demain M. Jaurès, si les hasards 
de la politique en faisaient un président du 
Conseil. Car il n'y a pas deux manières de 
rétablir l'ordre. 

Comme l'a dit Clemenceau, il faut bien 
que le pays puisse vivre, et nulle nation ne 
pourrait vivre sans ordre. 

Ce sont des événements regrettables, tou- 
jours pénibles, mais qui s'mposent aux plus 
pacifiques, quand ils ont la responsabilité du 
pouvoir ou sont commandés par lui. 

Et je ne vois toujours pas en cela comment 
Clément Thomas — et c'est là qu'est toute 
la discussion — aurait « fait massacrer dss 
centaines d'ouvriers ». U commanda l'atta- 
que d'une barricade, fut même blessé pen- 
dant le combat ; mais ce n'est pas là ce 
qu'on peut appeler un massacre. 

Quant à prétendre qu'à un quart de siècle 
de distance, ceux qui l'ont arrêté le 18 mars 
1871, sur la place Pigalle, pour l'assassiner 
avec le général Lscomte, ont voulu venger 
les « massacrés » de 1848, c'est une hypo- 
thèse peu vraisemblable. La Commune pre- 
nait ses otages où elle les trouvait, sans 
trop s'inquiéter de leurs antécédents. 11 suffi- 
sait de porter une soutane ou une tunique 
d'officier pour être fusMlé dans letas. Même 
si Ton avait été toute sa vie, comme Clé- 
ment Thomas, un très sincère républicain. 
Car s'il est parvenu à s'évader après le com- 
plot de Lunéville, il n'a pas « renié », que 
je sache, ses co-a~cusés, et ce n'est évidem- 
ment pas « l'insurrection militaire » qui prit 
« sa revanche contre lui » en l'adossant au 
mur de la rue des Rosiers, 



N» 1335. Vo. LXVI 



L'INTERMEDIAIRE 



107 



108 



Nous savons, jusqu'alors, que Clément 
Thomas commanda la prise d'une barricade, 
en juin 1S48, mais le « massacre > dont on 
l'accuse reste à prouver 

Vlntermidiaixc des Chercheurs nous don- 
nera sans doute d'autres réponses que je 
m'empresserai de publier ici, quelles qu'elles 
soient. Car lorsqu'on recherche la vérité his- 
torique, il faut se résigner d'avance à n'avoir 
peut-être pas raison. 

Emile Deshays. 



Par qui fut tué Monseigneu^ 
Affre (LXIV ; LXV, 22, 1 1 1 ; LXVI, 13). 
— D'après un article du BulLtin de Saint- 
André de Montteuil, reproduit dans La 
Semaine religieuse du diocc^se de Lyon 
21 juin tçi2, l'assassin se nommait La- 
force, ouvrier ébéniste, belge d'origine. 
Parti pour la Californie en 1849, il serait 
mort, en 18^5, aux portes de San Fran- 
cisco, assailli par une troupe de voleurs 
et massacré, au moment où il voulait re- 
gagner un port d'embarquement pour 
rentrer en France. Son fils qui l'avait ac- 
compagné serait revenu en France en 
1856 ; « deux mois après son retour il 
entrait dans un hôpital. Il a dû y mourir 
fou ». 

D. A. 



Dessins du Prince Impérial des- 
sinateur LVll ;LX111; LXVI, 15.— AlEx- 
position de l'Enfance qui se tint en 1901, 
au petit Palais, et où je fus chargé d'orga- 
niser la section rétrospective, M. l'Abbé 
Misset prêta et exposa une collection fort 
curieuse et fort complète de dessins du 
Prince Impérial. Il est probable qu'il les 
possède encore. A cette collection étaient 
venus s'adjoindre quelques spécimens de 
provenances diverses ; on en trouvera la 
nomenclature dans le catalogue de cette 
section. 

LÉO Claretie. 

Château de Séverac LXVI, 4. — On 
trouve dans l'ouvragede M. de Barrau : Do- 
cuments généalogiques et bisloiiques sur les 
Ja/nilles du Rouer guc, au tome premier, 
une notice développée sur la famille de 
Scverac et une description détaillée de 
l'ancien ch.îteau avec d'abondants détails 
historiques. 

L'ouvrage de M. de Barrau a été publié 



à Rodez en 185} et complété de nos 
jours d'un volume additionnel. 

A. DE Cabanis. 

Saint Christophe (LXV, 687, 800). 
— Il y avait une statue colossale de saint 
Christophe à Notre-Dame-de-Paris ; j'en 
ai vu de gigantesques et d'un très beau 
xvi" siècle, peints dans les cathédrales de 
Séville et de Cordoue, En France l'église 
abbatiale aujourd'hui paroissiale de Saint- 
Seine l'Abbaye, Côte-d'Or, en montre un 
de grande allure, mais assez dégradé, peint 
sur la clôture méridionale du chœur, parmi 
d'autres sujets datant aussi des premières 
années du xvi* siècle. H. C. M. 

Randon de la Tour, de Pom- 
mery, du Lauloy (LXVI, 5). — Ran- 
don de la Tour (Marc- Antoine-Fran- 
çois Marie), contrôleur général de la 
maison de Mme la comtesse de Pro- 
vence, garde général des meubles de la 
couronne, demeurant à Paris au garde 
meuble de la cour, rue Royale, place 
Louis XV, épousait, dans la chapelle du 
château de Marly, le 22 novembre 1744, 
Marie-Françoise-Marguerite de Lassone, 
fille mineure du médecin du roi. 

Randon de la Tour, 58 ans, ex-noble, 
cultivateur-propriétaire, ancien adminis- 
trateur du trésor public et depuis com- 
mandant de la garde nationale de Creil- 
sur-Oise, fut guillotiné, le 7 juillet, 1794 
(an II, 19 messidor;. 

Si cette note peut servir à M. M. A. 
j'en serai très heureux. Elle a paru dans 
Marly-le-Roi . Son histoire. Paris 1904. 

Piton. 

« » 
En 1706, Randon, receveur général des 

finances, mariait sa fille à Le Pelletier 

de Saint-Fargeau, président du Parlement. 

En 1769, M. et Mme Randon, M. et 
Mme d'Hanneucourt, M. et Mme de Saint- 
Fargeau font part du mariage de M. Ran 
don de Lucenay, leur fils, beau-fils, 
frère et beau frère, avec Mlle Desbrest. 

M . Elic Randon de Massane, écuyer, 
conseiller du roy, seigneur d'Hanneu- 
court, Gargcnville, etc. , meurt place 
Louis-le-Grand (aujourd'hui Vendôme). Il 
est enterré le dimanche 28 juillet 1771, 
service à Saint-Koch. De la part de sa 
veuve, de ses fils, de son gendre le Pelle- 
tier de , Saint-Fargeau. 



DBb CHBRCHHURS 

. 109 

La généalogie des Randon se trouve 
dans Chérin, 168. Bibliothèque natio- 
nale. 

Voir : Dossiers bleus et nouveau 
d'Hozier. Piton. 

Colbert-Beaulisu (XLIV: XLVII; 
LXV, 8^5). — Je relève quelques erreurs 
dans la réponse du ^o juin : 

1° Bellemont, l'acteur, était Jean-Bap- 
tiste et non Louis-Stanislas. 

2" Louis-Stanislas était tapissier, fils de 
Jean-Baptiste. 

3» Mon grand-père, Frédéric-Amédée, 
fils de Louis-Stanislas, était confection- 
neur et non tapissier. 

COLBERT - BeAULIEU . 

Famille Certain (LXV, 783; LXVI, 
19). — Je lis dans le numéro du 10 juillet, 
sous la signature Petracorensis,au sujet de 
la famille Certain, qu' « il ne s'agit ni plus 
ni moins que de la famille Certain de 
Canrobert. à laquelle appartenait le ma- 
réchal ». Ainsi formulée la réponse ne me 
parait pas entièrement exacte. 

Le nom patronymique de la famille 
était Certain auquel les enfants, pour se 
distinguer, ajoutèrent des noms de terres. 
Du mariage contracté en 1768 naquirent 
trois fils qui furent. Certain de Canrobert, 
Certain de l'Isle, Certain de la Côte, et 
une fille, Mlle du Puy. 

Disons en passant que, né en 1792, l'il- 
lustre Maréchal fut inscrit à l'état civil 
sous le nom de Certain Canrobert et qu'il 
fit inutilement des démarches pour obte- 
nir une rectification de son état civil. Il 
n'y a pas de doute que le bon sens, la 
logique et l'équité eussent voulu Certain 
de Canrobert, puisque Canrobert était le 
nom de quelque domaine, et que, comme 
tout nom de terre, et comme seulement 
les noms de terr^, il eût du être précédé 
de la particule, indice de la possession; le 
tribunal en décida autrement, ne trouvant 
pas sans doute assez de documents por- 
tant le nom de Canrobert. Summum ius 
summa injuria. 

G. DE La Véronne. 

Les jambes de Chateaubriand 

(LXV, 402, 1512, 803). —je possède une 
épreuve du portrait de Chateaubriand, 
par Devéria. gravé par Alfred Johan- 



HrCUHiEOX 



30 Juillet 1911 



1 10 



not, (\ut\' konooriphie Bretonne intitule •' 
»< Dans la campagne ». 

L'écrivain y est représenté appuyé con- 
tre un rocher, au milieu d'un joli paysage 
avec une percée sur le lointain, comme à 
l'orée d'un bois. Il tient un livre ouvert 
à la main et semble méditer. Cette image 
donne l'impression d'un long buste, bien 
développé, sur des jambes assez courtes, 
réellement un peu grêles et serrées dans 
un pantalon collant qui vient s'enfermer 
dans des bottes vernies montant à mi- 
mollet. Les jambes sont croisées en bas, 
la droite sur la gauche, dans une attitude 
de repos. L'ensemble est fort gracieux et 
harmonieux et il faut appliquer son atten- 
tion au détail recherché pour s'aperce- 
voir d'une disproportion physix^ue. En- 
core est-elle bien visible ? Les artistes 
sont si adroits ! 

Même remarque au sujet du portrait 
gravé par Gustave Lévy, d'après le ta- 
bleau de Jean Gigoux, et qui se trouve en 
tête du volume La Bretagne par Jules Ja- 
nin. 

Attitude identique de Chateaubriand, 
représenté au sommet d'une éminence, le 
dos appuyé contre un rocher : long buste, 
jambes assez courtes mais tendues et 
étendues par l'effet des bottes vernies, la 
gauche croisée sur la droite, avec le pied 
en pente, stratugème de peintre pour pro- 
duire une illusion de prolongement. Les 
nuages semblent tourbillonner autour du 
front du poète toujours tête nue et les 
cheveux au vent. 

En ce qui concerne la statue de Milieu, 
érigée à Saint-Malo, en 1875. primitive- 
ment sur la place du Château et qui a été 
transportée ensuite extra muros dans le 
jardin du Casino, Chateaubriand est re 
présenté assis, les jambes drapées dans 
les plis d'un ample manteau. On aperçoit 
à peine l'extrémité bottée de l'une d'elles : 
ce qui est insuffisant comme documenta- 
tion. 

Quant à Girodet, dans son tableau si 
souvent reproduit, il a esquivé la difficulté. 
Chateaubriand, toujours appuyé à son ro- 
cher, n'y est représenté que jusqu'à mi- 
jambes ; ce qui ne les raccourcit effecti- 
vement ni ne lêc allonge. 

Qu'importent, d'ailleurs, les jambes ! la 
tête est toujours belle et puissante. 

Gros' Ma Lo. 



N- 1335. Vol. 



LXVI. 

1 1 1 



iNTBRMfiDiAlRË 



112 



Famille du Bois de Fiennes !LXV, 
49, 323, 003, 8s4,l-XVl ; S9) — Dans le 
catalogue 38 des frères Geoffroy, une estam- 
pe est mentionnée qui indique les pré- 
noms souhaités des fameux Bourgeois de 
Calais : 

Jean d'Aire. 

Pierre de Wissant. 

Jacques de Wissant. 

Jean de Fiennes. ^"?^ 

Andrieux d'Ardres. SiMON. 

La Toison de Rocheblanche (de) 
(LXV, 404, SIC, 613, 760). — Dans le 
numéro du 10 mai, Le Lieur d'Avost 
donne à Louis de la Toison, marquis de 
Rocheblanche, époux de Ursule de Cara- 
deuc, huit enfants dont un tlls jean-Bap- 
tiste-Ours-Auguste né en 1774. 

De qui était donc fils Laurent Aimable 
Louis, marquis de la Toison de Roche- 
blanche (que cite sans plus d'indication 
Le Lieur d'Avost) et qui épousa Agathe 
Lucie Musnier de la Converserie, née en 
177s? 

De qui encore était fils Antoine Marie 
de La Toison, mari de Marie-Louise Leca- 
rocer, dont une fille née en 1797 ? 

G. UE La Véronne. 

Saint i-'orre (LXV) — Comme suite 
à ma note (LXV, 543, 714, 770) je relève 
dans le Répertoire des sources historiques de 
M. Ulvsse Chevalier (Bio bibliogtaphie) : 
« Saint-Sore, bénéd. à Genouillé (Geno- 
liacum), ermite et abbé de Terrasson 
{Terracinem) T. v. 580 Février I » 

Ouvrage à consulter : Pergot (A. B.) 
La vie de Saint Sotir,.., i"" ahbé de Ter- 
rasson, avec une notice historique sur 
l'abbaye de Terrasson. Paris, 1857. ^** 

Aimé Thouvenin 

Angel Thouin (LXVI, s). — Angel 
Thouin, tils d'un restaurateur d'Argen- 
tan, a habité cette ville pendant long- 
temps, de 1854 à 1875 environ, et y est 
peut-être mort. 11 a essayé de la peinture, 
mais sans y réussir, se croy.iit incompris 
et était devenu misanthrope. 

je possède ^e lui deux dessins à la 
plume assez bons et trois portraits très 
mauvais. Vidimus. 

*C't stlafauteà Rousseau», (LXVI, 
53). — Le refrain popularise par Victor 



Hugo, qui le mit dans la bouche de Ga- 
vroche est celui d'une chanson qui circu- 
lait sous le manteau vers 1827. 

M. H. Monin en a retrouvé une copie 
manuscrite et l'a imprimée dans la Revue 
historique de la Révolution française (juil- 
let 191 1). C'est donc à cette source qu'il 
faut se reporter. 

La pièce constitue un « mandement de 
carême » satirique en 21 couplets. Et 
dans son numéro du 7 septembre 1911, 
Pouiquoi pas ? la jolie gazette publiée, à 
Bruxelles, par MM. Louis Dumont-Wilden, 
George Garnir et Léon Souguenet, s'est 
spirituellement amusé de ces couplets 
« d'un anticléricalisme archéologique ». 
A. BoghaertVaché. 



Maison habitée par Jean-Jacques 
Rousseau rue Plâtrière (T. G., "790)- 

M. Valère Fanet, dans le Figaro (Supplé- 
ment) du 13 juillet içfa'j'publie un article 
très intéressant sur ce sujet, dont on lira le 
passage suivant qui met complètement au 
poirt la question : 

Où se trouvait, dans la partie septen- 
trionale constituant la ci-devant rue Plâ- 
trière, la maison habitée par Rousseau, 
toujours, hélas ! avec Thérèse, de juillet 
1870 au 27 mai 1778, jour où M. de Gi- 
rardin vient le chercher en voiture pour 
- l'emmener, par subterfuge, sous prétexte 
de promenade, chez lui, à Ermenonville ? 

Très probablement à cause des séjours 
différents que Rousseau fit successive- 
ment à Paris, presque tous dans le même 
quartier, la question n'a pas semblé à 
beaucoup nettement et définitivement ré- 
S'^lue. Bien que tous les historiens s'ac- 
cordent à dire que cette maison était la 
première à droite, en entrant dans la rue 
Plâtrière par la rue Coquillière, donc à 
l'angle de droite de ces deux rues, la ques- 
tion fut remise sur le tapis, vers 1885, 
par V Intermédiaire des Chercheurs. 

Ce trouble, ainsi manifesté alors chez 
les érudits, trouble qui probablement 
subsiste encore, ne peut selon nous avoir 
d'autres causes que les divergences sur 
l'étage, faciles à relever dans les récits 
des rares contemporains admis à pénétrer 
chez Rousseau de 1770 a 1778. 

Conduit chez lui par un ami, en juin 
1772, Bernardin de Saint-Pierre, le pre- 



DES CHERCHEURS BT CURIEUX 



50 Juillet 1911 



ÏI3 



114 



mier, écrit : < Nous montâmes au qua- 
trième étage. Nous frappâmes, etc .. » 

Deux ans plus tard, au mois de mai 
1774, Eymar, de Marseille, le futur 
député de Forcalquier, sur le rapport du- 
quel, nous l'avons dit plus haut, la Cons- 
tituante votera, le 22 décembre 1790, 
l'érection d'une statue à Rousseau, — ra- 
conte dans une lettre que, le 2 dudit mois 
de mai, usant du prétexte à la mode, il 
s'est^ pour la première fois, rendu au 
domicile du philosophe, afin de lui porter 
de la musique à copier. Et c'est bien en- 
core au quatrième étage qu'il va frapper. 
Cet étage est tellement bien le quatrième 
qu'un incident, sur lequel il glisse légè- 
rement, attire deux fois son attention sur 
l'étage au-dessous, le troisième. En mon- 
tant l'escalier, il a croisé et salué une 
femme du monde qui, lorsqu'il redescend, 
lui offre une hospitalité a laquelle, tout 
troublé par l'enthousiasme philosophi- 
que, il croit devoir se dérober. 11 revient 
quinze jours après, le 17, prendre sa mu- 
sique (qu'il paye dix sols la page), en rap- 
porte d'autre qu'il viendra rechercher 
huit jours après et continue, pendant plus 
d'un mois encore, ses ascensions au qua- 
trième, jusqu'à ce que des intérêts de fa- 
mille le rappellent inopinément à Mar- 
seille. 

Près de deux ans encore se passent Un 
jour de février 1776, le 29, Manon Phi- 
lippon, non moins émue qu'Eymar en 
1774, s'achemine, « Mignonne sous le 
bras », vers la sainte demeure : 

« J'entre, — écrit-elle à une de ses 
amies, — dans l'allée d'un cordonnier, 
rue Plâtrière ; je monte au second et je 
frappe à la porte... » i'j'' 

Et cette lettre est écrite le jour Tnême 
de la visite ! 

Que devenir en présence de cette diver- 
gence ? Quel témoin croire ? 

Quarante ans environ après la mort de 
Rousseau, 1' « Ermite de la Guyane », 
Jouv,a donné a ce problème une solution 
inattendue. Prenant la moyenne, — ou 
plutôt le milieu, — il fait loger l'auteur 
à.'' Emile au troisième. 

« Jean-jacques Rousseau, écrit-il en 
1817, H longtemps habité une chambre 
au troisième, dans une maison n" 2 de la 
rue qui a porté pendant trente ans son 
nom et à laquelle on voudrait en vain 
restituer son nom welche de Plâtrière. » 



C'était donc — ici il n'y a divergence» 
pour ainsi dire, nulle part — la première 
maison à droite, en entrant par la rue Co- 
quillière. En ce qui concerne l'étage, au 
lieu d'adopter le moyen ou la moyenne 
de Jouy, nous préférons donner raison 
aussi bien à Bernardin de Saint-Pierre et 
à Eymar qu'à Mme Roland. 

Quoi de plus vraisemblable^ en effet, 
que J. -J. Rousseau, logé au quatrième en 
1772 et 1774, n'ait eu, en 1776, ses très 
modestes pénates descendus au deuxième 
étage ? 

Un mémoire, écrit par lui en 1777 ^* 
que le Journal de Paris inséra dans ses 
colonnes l'année suivante (/ de P , 1778, 
p. 803), vient singulièrement à Tappui 
de cette hypothèse. 

J.-|. Rousseau y expose que depuis 
longtemps sa femme est malade et que, 
ne pouvant lui-même remplir seul tous 
les soins du ménage, il a été forcé, pour 
y pourvoir, d'essayer de lui donner une 
servante. 

De toute évidence, ce grand change- 
ment dans la vie intérieure de Jean-Jac- 
ques et de Thérèse a dû en nécessiter un 
autre dans leur installation. Rien donc 
d'étonnant à ce que. pour adoucir leurs 
fatigues et aussi avoir une chambre pour 
la nouvelle venue, ils n'aient, à un mo- 
ment donné, profité de la vacance d'un 
appartement un peu plus spacieux et 
commode à un étage inférieur et qu'ils 
n'y aient ainsi vécu deux ans, de 1776 
jusqu'au départ pour Ermenonville. 

Les deux termes de leur existence ainsi 
modifiée pourraient bien nous être four- 
nis par le n^ 37 des Révolutions de Pans. 

Prudhomiie, on le sait, avait, le 20 
janvier 1790, ouvert dans son journal 
une souscription d'un écu pour l'érection 
d'une statue à Jean-Jacques. Or, à l'une 
des premières listes, on peut lire : 

Mlle Froment, ancienne seivante de 
Rousseau, che:^ lequel elle a été depuis le 2^ 
mars f/j6 jusqu'au /^ avril ryjS... 
6 livres. 

Si nous nous reportons maintenant au 
mémoire précité, nous lisons : « , . Dix 
mois d'expérience m'ont fait sentir l'in- 
suffisance et les inconvénients, inévitables 
et intolérables, de cette ressource dans 
une position pareille à la nôtre ». 

Ces « dix mois » nous font bien aller 
de février 1777, à peu près à la date du 



N« !335 Voi. LXVI 

■ Ï15 

25 mars 1776, donnée par la fille Fro- 
mont pour son entrée au service de Rous- 
seau et de Thérèse. Seulement, le mal- 
heureux Rousseau est forcé de prolonger 
treize mois encore son existence entre 
Thérèse et ladite Fromont, peut-être, 
après tout, plus lettrée et plus avenante 
que Thérèse. 

On n'a pas, ce nous semble, assez ap- 
profondi toute l'influence que cette coha- 
bitation à trois a pu avoir sur ses derniers 
jours ! On ne l'a pas assez étudié, lui, 
l'homme aux passions célèbres, dont les 
œuvres mirent tant de cervelles — et 
parmi elles, tant de jolies — à l'envers, 
vivant ainsi plus de dix ans entre ces 
deux maritornes ! 

De ce qui précède, on peut facilement 
conclure que le fait des étages différents 
n'infirme en rien celui de la situation de 
la maison sur laquelle il ne semble pas y 
avoir de désaccord sérieux. 

En 1885, une dame Magnant, âgée de 
soixante et un an?, rappelle dans \ Inter- 
médiaire^ un souvenir d'enfance, ou plu- 
tôt une tradition de famille qui semble 
donner à cet égard toutes les précisions 
désirables. En 1825, raconte-t-elle, ses 
parents, logés dans l'ancienne maison, 
encore debout, et au second étage, reçu- 
rent la visite d'un vieillard qui leur de- 
manda « la permission de se reposer un 
moment la où, durant sa jeunesse, il avait 
si souvent vu J.-J. Rousseau ». 

Il est enfin un document, ignoré, sem- 
ble-t-il, de tous ceux qui ont pu croire la 
question susceptible de controverse et 
qui, à nos yeux, suffirait à lui seul à fixer 
les hésitants. 

En 1808, donc trente ans juste après la 
mort de Rousseau, un ingénieur géogra- 
phe, Maire, a dressé de la ville de Paris, 
un plan en 20 feuilles, beaucoup plus 
complet et d'une consultation beaucoup 
plus facile que celui de Verniquet pour 
toute la période révolutionnaire et impé- 
riale. Or. à la planche 7 de ce plan, on 
peut lire, «^ur le tracé de la ci-devant rue 
Plàtriere : * rue Jean-Jacques Rousseau r, 
et, au-dessous, à côté de la figuration 
d'une maison, à l'angle que nous savons : 
et * maison idem » . 

Nous trouvons donc, quant à nous, le 
point définitivement acquis. A l'occasion 
de la statue de la place du Panthéon, le 



L'IiNTliKMBDlAlHI' 



iib 



Monde Illustré a publié, en février 1889 
(tome 64, p. 86), un très curieux croquis 
de la maison de la rue Plàtriere avant sa 
démolition. Telle elle nous est repro- 
duite, avec ses quatre étages et ses deux 
boutiques du rez-de-chaussée (une épice- 
rie et le caféj.-|. Rousseau donnant sur 
les deux rues), telle on peut la reconnaî- 
tre sur le plan de Turgot (1734-1739)- 

Valère Fanet. 

Valdruche A. J. A. CLXV, 686, 
762, 801). — Député de la Haute-Marne 
à la Convention, s'y prononça avec force 
contre Louis XVI dès le mois de décem- 
bre, vota ensuite la mort de ce prince, et 
ne passa point aux Conseils après la ses- 
sion. Hedb. 

Les "Véron, luthiers à Paris (LXVI, 
5). — Malgré les travaux intéressants et 
plus ou moins récents d'Antoine Vistal, 
de Jules Gallay, de M. Constant Pierre, etc. , 
l'histoire de la Ictherie française est en- 
core bien obscure et bien incomplète. Il 
est donc bien difficile de donner des ren- 
seignements précis sur tel ou tel luthier 
d'il y a i so ou 200 ans. En Ce qui con- 
cerne les Véron, je ne connaissais m.ème 
pas, pour ma part, l'existence d'Arsène. 
Mais il y eut un Antoine Véron, qui de- 
meurait, en 1740, rue de 1.^ Juiverie. 
Quant à Pierre-André, tout ce que je puis 
dire, c'est que sa lutherie était faite avec 
soin, et que ses violons, en particulier, 
ont joui d'une certaine vogue. Il me sem- 
ble que ces trois artisans, vivant à la 
même lépoque, devaient être trois frères; 
ils étaient contemporains de Claude Pier- 
ray, de Jacques Bocquav, de Louis Guer- 
san, de Jean Galland,'de Jean et Pierre 
Louvet, etc., qui pour la plupart étaient 
«5; maîtres jurés comptables de la corpora- 
tion des maîtres luthiers feseurs d'instru- 
ments de la ville de Paris >* et ne man- 
quaient point de talent. Ces Véron ne du- 
rent point avoir de successeurs, car je ne 
retrouve leurs noms dans aucune des lis- 
tes de luthiers publiées aux environs àt 
1780. soit dans Y Ahnanachnmsical de Lu- 
neaii de Boisjermain (1783), soit dans les 
Tablettes de renommée des musiciens ( 1 785), 
soit dans le CaUndiier musical de Fra- 
mery('i788). A. P. 



OSS CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 juillet 191 » 



117 



118 



Armoiries à déterminer : à 3 têtes 
de lion (LXVl, 6). — Les armoiries dé- 
couvertes sous l'étiquette de Le Bouyer 
Saint-Gervais, sont bien celles de la fa- 
mille Le Bouyer de Saint-Gervais de Mon- 
houdou, au Maine, qui blasonne : d^or à 
trots iétes de lion arrachées d'août 2 et i , 
au chef Je gueules. Le collaborateur L. Da- 
niquet pourra consulter utilement Lou 
vrage de M. P. de Farny sur \cs Ex-librts 
des Manceaux ; il comprendra la raison 
de ces deux exemplaires. 

Louis Calendini. 

« 

Cet ex-libris est bien aux armes de 
Le Bouyer de Saint-Gervais. 

NlSlAR. 

* * 

L'étiquette est un cachet collé pendant 
la Révolution, pour dissimuler des ar- 
moiries qui pouvaient être dangereuses 
pour leur propriétaire. 

L'ex-libris primitif, aux armes des Le 
Bouyer, a été publié dans les Ex-Lihris 
Maticeaux de M. P. de Farcy et dans les 
Archives de la Scciété des Collectionneurs 
d'Ex-Librts, année 1910. Dans ce dernier 
ouvrage, M. de Brébisson croit devoir 
l'attribuer à l'académicien Fontenelle, 
mort presque centenaire en 1757, ce qui 
me paraît inadmissible. D'après le style 
rocaille de cette gravure, il faudrait ad- 
mettre que Fontenelle attendit d'avoir sa 
centième année pour marquer les livres 
de sa bibliothèque. 

Le cache révolutionnaire indique bien 
que c'est dans la branche de Saint-Ger- 
vais qu'il faut rechercher le propriétaire 
de l'ex-libris collé sur un livre de 1782 et 
l'historique des ex-libris de cette famille 
esta refaire entièrement. 

D. DES E. 

René Gueuble. Armoiries (LXVI, 
6). — M. de Soultrait, dans son A /"wo- 
rial du Nivernais, ne donne pas ce nom. 

NlSIAR. 

Les hérauts d'armes sous Louis 
Xm (LXV, 199, 657). - Le Petit La- 
rousse, au mot Camail, donne le sens 
d'une pièce de mailles armant le cou et 
les épaules, ou d'une pèlerine à capuchon, 
mais ne donne pas ce même mot comme 
s'appliquant à une médaille. 

V. A. T. 



L'auteurdel'« Imitation de Jésus - 
Christ >.- (T. G., 441 : LXV, 309, 482, 
785; LXVI, 70). - Je me permettrai de 
faire remarquer à ceux de nos collabora- 
teurs qui se plaignent avec raison que 
les discussions sur l'auteur de 1' « Imita- 
tion » risquent d'encombrer inutilement 
les colonnes de \' Intermédiaire, que ma 
question se bornait à demander si Ion n'a- 
vait pas retrouvé récemment un manuscrit 
de r« Imitation» dont la date ne permet 
taft pas de l'attribuer à Thomas à Kempis. 

La réponse de M. J. Lt me donne pleine 
satisfaction. 

Je n'en suis pas moins reconnaissant à 
M. La Coussiére et surtout au D"^ A. B. 
des intéressants renseignement qu'ils ont 
bien voulu donner. 11 est plus que proba- 
ble que l'auteur de \\< Imitation », comme 
dans un autre ordre d'idées, les architec- 
tes d'un grand nombre de cathédrales, a 
mis en pratique la devise : ama nesciri et 
pro nihilo reputari. A. E. 



*<H!stoire de ia duche^^se de C*** 
écrite pt.r elle-même » (LXV, 309, 
482, 765). — Me sera-t-il permis d'ap- 
porter mon contingent à cette rubrique ? 
Le 19 mars 1791, la Comédie-Italienne 
(OU théâtre Favart^ ou Opéra- Comique- 
National, comme on voudra) donnait la 
première représentation de Camille ou le 
Souterrain, opéra comique en trois actes, 
paroles de Marsollier des Vivetières, mu- 
sique de d'Alayrac. Le livret de cet ou- 
vrage, dont le succès fut éclatant, était 
tiré du roman de Mme de Genlis, jgnès 
et Tbéodore.tt il ne méritait guère sa quali- 
fication d'opéra-comique, car il était d'un 
dramatique poignant, comme on va le 
voir par ce qu'en disait un critique : 

Quoique nous regardions cet ouviage 
comme le plus intéressant de tous ceux qu'on 
a donnés cette année à la Comédie-Italienne, 
nous n'osons cependant pas. faire un crime 
de leur motif à ceux qui s'en éloignent par 
sensibilité. Nombre de gens ont été voir le 
Souterrain et n'ont pas voulu le revoir. Les 
scènes y sont si attachantes, et les acteurs 
si vrais dans les passions qu'ils expriment, 
qu'on ne peut s'empêcher de frémir à l'as- 
pect de certaines situations, qui serrent le 
cœur du spectateur au point qu'il ne lui est 
pas possible de pleurer. L'auteur a toujours 
l'adresse de peindre les méchants de ma- 
nière à faire détester leur méchanceté, et la 
vertu sous les traits qui la rendent aimable et 
touchante ; bien différent en cela de nos pré- 



N» 1335 Vol. LXVI. 



L'INTERMÊDIAIRB 



119 



120 



tendus philosophes du Théâtre Molière et des ' 
Variétés, qui n'offrent jamais au public que des 
tableaux faiis exprés pour inspirer la haine et 
pour effare uchei les bons cœurs. 

C'est Mme Dugazon, dont le sentiment 
pathétique était si puissant, qui jouait le 
rôle de Camille, où l'on peut dire qu'elle 
fit courir tout Paris àla Comédie-Italienne. 
« Madame Dugazon est sublmie dans son 
rôle ». disait un chroniqueur ; « Et où 
cette femme inconcevable pourrait-elle 
n'être pas parfaite >\ disait un autre. 
Quant à la musique de d'Alayrac. elle 
était empreinte d'un sentiment profondé- 
ment dramatique et d'une émotion qui 
faisait couler les larmes. Un compositeur 
italien, Paèr, qui avait la manie'de remet- 
tre en musique nos opéras français, ainsi 
quil fit pour Sargines, du même d'Alay- 
rac, et pour Léonore ou Y Amoui conjugal, 
de Gaveaux. agit de même avec Camille 
ou le Souteriain. Aidé du librettiste Car- 
pani, il donna à Vienne, en 1801, une 
Camilla qui fut jouée ensuite à notre 
Théâtre Italien le s novembre 1804. La 
compaiaison ici s'imposait, et quoique la 
partition de Paër fût loin d'être sans va- 
leur, de vives discussions s'engagèrent à 
ce sujet, d'autant que les années n'enle- 
vaient rien au succès de l'œuvre de 
d'Alayrac. La preuve en est dans cet ar- 
ticle que publiait le Jour uni de Paris dans 
son numéro du 1 1 janvier 1814. en ré- 
ponse à un dilettante italianisant : 

Un amateur ultramoniain a été fort scan- 
dalisé de lire dans un de nos derniers numé- 
ros que la Camille de Paër n'avait pu 
faire oublier celle de Dalayrac, qui dans la 
lutte avec un Italien avait remporté la vic- 
toire. Nous reconnaissons avec plaisir le ta- 
lent de M. Paër ; nous convenons que. dans 
sa partition de Camille, on trouve de gran- 
des beautés . mais nous pensons, et beau- 
coup de musiciens sont de cet avis, que 
l'opéra de Dalayrac renferme des morceaux 
qui peuviiiit supporter la comparaison avec 
avantage. Nous nous contenterons de citer 
les couplets du premier acte, le trio de la 
cloche, le Juo de la jalousie, le final du pre- 
mier acte, le final du second acte et le grand 
air chanté par Camille au troisième acte. 
Nous n'hésitons pas à le dire, ces morceaux 
sont des chefs-d'œuvre chacun dans leur 
genre, et plus de vingt années de succès ont 
confirmé notre opinion. Le goût n'est pas ex- 
clusif, l'homme qui n'appartient à aucune 
coterie se plaît à reconnaître le talent par- 
tout où il te trouve ; mais si nous nout 



montrons justes envers les étrangers, sachons 
l'être pour nos compatriotes. 

Et j'arrête là ce que j'avais à faire con- 
naître sur ce sujet. 

Arthur Pougin. 

Tatien (LXV, S48. 671, 81 s ; LXVI, 
26). — J'ai été pris, comme bien d'autres, 
sans doute, à l'article sur Tatien publié 
dans la Revue Bleue qui nous a habitués à 
plus de sérieux. Enfin, c'est bon pour 
une fois Mais un point m'intéressa parti- 
culièrement: est-ce que les descriptions de 
tableaux qui m'auraient tant plu seraient 
des fraudes littéraires ? Au lieu de re- 
chercher dans la Revue des Elu Jes grecques, 
que j'aurais difficilement à ma disposition, 
le collaborateur W. D. voudrait-il me 
renseigner sur ce point ? 

H. C. M. 

Frotel ou Foot^!^ (LXV, 150,676, 
770; LXVI, 30) — Foutelow fanlel semble 
assez vraisemblable, sous réserve, bien 
entendu, de documents qui donneraient 
l'ancien nom latin de l'endroit. Mais est- 
il nécessaire de faire !a réserve que fait 
l'érudit H. Laray? Foiitel ou Eiutel est-il 
nécessairement le diminutif de fou ou /au 
ifagus), identique, par conséquent, à fou- 
ieau et ne désignant qu'./n hêtre ? Ne 
pcLit-il se rattacher à l'adjectif latin fagu- 
talis? fagutale, ce serait un lieu planté 
de hêtres ; à Rome, Fagutal était le nom 
du terrain consacré à Jupiter dans le bois 
de hêtres de l'Esquilin ^/lutel, en ce cas, 
serait synonyme dt/ouidaie, qu'on trouve 
dans certains oms de lieu. 

Ibère. 

Bolivar (LXVI, 8). - Le chapeau 
dont parle America fut baptisé, comme il 
l'indique, par les libéraux de l'époque, en 
l'honneur du dictateur sud-américàin Bo- 
livar, dont l'adver.saire, le général espa 
gnol Morillo, servit à son tour de par- 
rain à une autre forme nouvelle de cha- 
peau d'homme. Nauticus. 
• 

On a donné le nom du célèbre liber- 
tador à un chapeau, comme on a appelé 
Garibaldi une blouse de femme, Mackin 
iosch un manteau. Raglan, un pardes- 
sus, Souhise, une sauce à à l'oignon. Ri- 
chelieu, une chaussure. Béchamel, une 
sauce à la crème, etc. etc. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



50 Juillet 191 2 



121 



122 



En 18 19, Bolivar remplissait le monde 
de sa renommée et la mode sut en pro- 
fiter. 

NlSlAR. 






Ce nom donné à une forme de chapeau 
à haute forme (genre tromblon) très 
évasé par le haut et à larges bords re- 
troussés, date de l'émancipation, en 1820, 
des colonies hispano-américaines, éman- 
cipation dont Bolivar fut le protagoniste 
et où il rencontra plusieurs fois, comme 
adversaire, le général espagnol Morillo. 

En France, à Paris surtout, où ces 
luttes avaient eu un grand retentisse- 
ment, les partisans de Bolivar avaient 
adopté le chapeau qui a porté ce nom. 
]'ai entendu encore dans ma jeunesse, 
vers 1860, appliquer souvent cette déno- 
mination aux chapeaux rappelant plus 
ou moins cette forme. 

Les partisans de Morillo avaient par 
contre arboré un chapeau également de 
haute forme, en soie ou en paille tressée, 
tnais à bords plats. 

Je ne crois pas que la lutte entre les 
deux partis ait pris en France un carac- 
tère plus sérieux que cette manifestation 
« bien parisienne », très pacifique et tout 
à l'avantage des chapeliers. 

Je conrvais un Morillo de paille brune 
très bien conservé et retrouvé, il y a 50 
ans à peu près, au fond d'un placard dans 
une vieille gentilhommière bretonne. C'est 
une coiffure qui semble aujourd'hui abso- 
lument grotesque, non moins que le bo- 
livar dont on peut voir une image au 
Larousse illustré à ce nom et sous la ru- 
brique ; \< Homme coiffé du bolivar, « 

Dehermann. 

La date de l'apparition du bolivar et 
l'origine de l'appellation sont données 
par un vaudeville-revue de Dartois et 
Gabriel, Les BoUvars et les Morillos, re 
présenté aux Variétés en 18 19. 

La lutte de Simon Bolivar, le chef des 
insurgés de l'Amérique du Sud, contre 
l'Espagne, avait eu un énorme retentisse- 
ment en France. Et à Paris, l'on avait 
baptisé du nom de Bolivar et de celui de 
son adversaire, le général espagnol Mo- 
rillo. deux nouvelles formes de chapeaux 
d'homme, comme on baptise aujourd'hui 
encore, sans préoccupation de rapports 
quelconques, une foule de fabricants de 



nomsque les événements rendent brusque- 
ment célèbres. A. Boghaert-Vaché. 

♦ » 
<Le mot datejde 1818, époque à laquelle 

Bolivar, le héros de l'Amérique du Sud, 
faisait retentir le monde de ses exploits. 
Les avoués, maintenant, ont des fracs à 
l'anglaise et des bolivars ; on ne sait ja- 
mais à leurs costumes, s'ils vont au bal 
ou au Palais. » (Scribe.) 

« C'était le temps de la lutte des répu- 
bliques méridionales contre le roi d'Espa- 
gne ; de Bolivar contre Morillo. Les cha- 
peaux à petits bords étaient royalistes et 
se nommaient les morillos ; les libéraux 
portaient des chapeaux à larges bords qui 
s'appelaient des bolivars. » 

(V. Hugo, Misérables). 

^< Tous les partis (sous la Restauration) 
eurent leur expression dans ces modes 
bizarres; l'opposition avec ses chapeaux 
à la Bolivar, les royalistes avec leurs cha- 
peaux à la Morillo » 

(Baudrillart, Histoire du luxe). 

« De même qu'en Amérique Morillo com- 
bat Bolivar, de même, à Paris, le chapeau 
Bolivar a bientôt pour antagoniste le cha- 
peau Morillo. » 

{Tableau de Paris, 1852). 

Gustave Fustier. 

Quiroga, nom de vêtement (LXVI, 

70). — Encore une dénomination de vê- 
tement qui. comme le Bolivar, a une ori- 
gine politique et espagnole ^ 

La quiroga était une espèce de redin- 
gote, à plusieurs collets superposés 
comme le carrick,qui doit son nom au gé- 
néral espagnol Antonio Quiroga. Né en 
1784 à Betanços en Galice, Quiroga ser- 
vit quelque temps sur mer, quitta ce ser- 
vice en 1808 pour passer dans l'armée de 
terre, devint colonel en 181; et après plu- 
sieurs aventures politiques, fut nommé gou- 
verneur général de la Galice. Après avoir 
en vain défendu la Corogne contre les 
Français en 1823, il se réfugia en Angle- 
terre. De retour en Espagne, après la mort 
de Ferdinand, il fut d'abord accueilli avec 
enthousiasme. Mais bientoi sa modération 
déplut aux exaltés et il fut oblige de se re- 
tirer en Galice. 11 mourut oublié en 1841. 

La quiroga devait donc battre son 
plein vers 1823, année de notre victoire 
de la Corogne. 



N- »33';. Vol. LXVI. 



L'INTBRMÉDIAIKB 



123 



124 



Je l'ai vue souvent représentée sur des 
gravures de modes masculines de cette 
époque, et le confrère Americ pourra, 
sans grande difficulté, la retrouver 4n 
compulsant les journaux de modes de la 
Restauration. Dehermann. 



Moi aussi j'ai senti ma curiosité éveil- 
lée par ce passage d'une nouvelle de 
G. Sand. 

Mon chapeau à la Bolivar, mes favorisa la 
Bergami et mon manteau à la Quiroga. 

Ces modes devaient se porter vers 
18315, époque de la mort de Quiroga. 

Cet aventurier qui commença par être 
berger et mourut, assassiné, président de 
la République Argentine, après une exis- 
tence plus mouvementée que celle de 
Cartouche et de Mandrin, balança quel- 
que temps la gloire de Bolivar et de Ber- 
gami, favori de la fameuse reine Caroline, 
femme de Georges IV. 

Quant au Trois pour Cent, spirituelle 
allusion à l'abaissement de la Kente qui 
eut lieu à cette époque-là, ce devait 
être, j'imagine, un vêtement passablement 
écourté. M. d'A. 

Cabajoutis (LXV, 695, 818, 875). — 
Ainsi que le disait ici Pertinax, le 30 juin, 
ce mot est employé au Maine, mais le 
plus souvent, sinon toujours, avec cette 
variante, cagibitis. M. de Montenon, dans 
son yocabulaire du Haut-Maine, p. 113, 
indique que ce nom est masculin ; je l'ai 
presque toujours entendu prononcer 
comme étant un substantif féminin. Quoi 
qu'il en soit il indique '< une mauvaise 
baraque, et parfois un mauvais meuble 
ou la partie inférieure d'un bahu ou d'un 
buffet. » Louis Calendini. 

Mots allemands 'érivés du fran- 
çais (LXV, 360, 720, 807;. — L'armée 
prussienne possède des 'c avantageurs ^», 
jeunes soldats qui doivent devenir offi- 
ciers. Les expressions françaises sont du 
reste très usitées dans l'armée ; on dit 
« train y> et on prononce à la française. 
On dit aussi « à la suite «. Le mot alle- 
mand [>our quai est *< sladen » ; à Franc- 
fort et à Mayence j'ai cependant trouvé 
le mot français «< quai i», mais écrit à l'al- 
lemande %» "Kai * ; il se prononce aussi k 



la française. A Paris, on appelle le service 
des irrigations et autres administrations 
agricoles; »< améliorations » agricoles; à 
Berlin on dit méliorations. P .M. 

* 
» «I 

Dans beaucoup de pays germaniques, 
« garde robe » a conservé son sens pri- 
mitif de « vestiaire » : l'autre sens y 
est inconnu. Le Français voyageant dans 
ces contrées y entendra assez souvent ses 
interlocuteurs, parlant même fort correc- 
tement sa langue, se livrer à ce sujet à 
de comiques quiproquos. D' Vogt, 

Ouvrages sérieux mis en vers 

(T. G. 665 ; XXXV a XL ; XLII ; XLIV à 
XLIX ; Ll à LX ; LXI ; LXII ; LXV, 382, 
721). — Je lis dans « Les jouets » par 
Léo Claretie. Paris, anc. mais. Quantin, 
s. d, p. 226 : la Nouvelle arithmétique ap- 
pliquée à la marine et au commerce, mise 
en vers par L. ChaYigTi"Ji"ud, ex-maitre de 
pension, 1852 » et dont on cite ce frag- 
îi-'ent : 

Le multiplicateur d'un seul chiffre se pose 
Sous le multiplicande à la droite, et pour 

[cause.. . 
Or, pour multiplier six mille huit cent deux 
Par six, j'opère ainsi, le fait n'est pas douteux, 
En disant : six fois deux font douze ; il faut 

[écrire 
Deux sous les unités .. 

Il est vraiment fâcheux que Léo Clare- 
tie n'ait pas donné tout le morceau poé- 
tique consacré à cette opération 

Fraval. 



* 
♦ ♦ 



Lfs racines latines, par Joseph Villiers 
de l'Oratoire, chez Joseph Bardou, 1779, 
rue et via-a-vis la grille des Mathurins, 
avec cette épigraphe : 

NISl UTILE EST QUOD FACIMUS 
STULTA EST GLORIA 

(Phèdre, livre 111). 

Un .iutre recueil, également en vers, 
de Racines latine:, en dizains de vers de 
huit syllabes, a été publié par Desuere 
Duplan, et je suis certain de l'avoir fait 
connaître zV Intermédiaire. Je ne me rap- 
pelle {)as si ma note a été imprimée. 

V. A. T. 

Poésie monosyllabique (LXIII; LXIV; 
LXV 816). — « Nous aimions mieux ré- 
citer les vers monosyllabiques de Jules de 



DBS CHBRCHBUftîJ 8T GURIBUX 



30 Juillet i9it . 



125 



ia6 



Rességuier, qui nous semblaient être le 
comble de l'art et de la difficulté vaincue : 

Blonde 
Nuit! 
L'onde 
Fuit ! 
Terre 
Brune 
Lune 
LuitI 
Elle et son page étaient, sur la tour, à minuit ! 

Ces calembredaines nous ravissaient et 
nous rêvions de faire un poème en vers 
d'une seule syllabe. Louis de Cormenin 
s'y essaya et ne tarda pas à reconnaître 
que ce travail de casse-tête chinois était 
bon à servir de devises aux mirlitons de 
la foire de Saint-Cloud.» 

(Maxime du Camp, Souvenirs littéiaires^ 
Tome !■='. Paris, Hachette, 1882, p. 156). 

P. C. C. JOACHIM KiJHN. 

Reliures en peau humaine (T. 

G., 761). — De M. Jean-Bernard dans 
\ Indépendance belge, 15-16 juillet 1912 ; 

J'avais longtemps douté que ces sortes de 
reliure existassent, quand, il y a quelques 
mois, la Galette de Hollande raconta que 
M. Marcellin Pellet, ministre de i rance à 
La Haye, possédait dans sa bibliothèque si 
riche en curiosités historiques un exemplaire 
de V Almanach des Prisons (1793) relié en 
peau humaine. 

Croyant à une plaisanterie lugubre, ou à 
une erreur, j'écrivis à M. Marcellin Pellet, 
qui est un savant et qui a écrit sur la Révo- 
lution des volumes aussi pittoresques qu'in- 
téiessants et qui voulut bien me répondre : 
Mon cher confrère, 

L'article de la < Gazette » est bien exact. 
Voici l'histoire de mon bouquin. Mon ami, 
Iç savant professeur Auguste Reverdin, chi- 
rurgien à Geveve, apprit un jour, non sans 
surprise, qu'un de ses camarades d'enfance, 
mourant sans héritier, lui avait légué une 
petite fortune et, incidemment, %a peau. Je 
crois même que l'acceptation du second legs 
était la condition du premier. Reverdin, 
assez ennuyé, se décida à prélever sur la poi- 
trine du défunt un lambeau de peau grand 
comme la main. Il chercha inutilement à 
le faire tanner à Genève. Aucun ouvriei ne 
voulut s'en charger, et il dui l'envoyer à 
Annecy, où on lui fit payer pour cette mince 
besogne un prix exorbitant, sous le prétexte 
plutôt bizarre que les ouvriers étaient dégoû- 
tés. Reverdin l'était un peu, du reste, quand 
il rentra en possession du morceau de cuir, 
teint en noir, tjrne, huileux et, ce qui est 
surprenant pour un fragment de la peau de 



li, poitrine, fort épais. Mon ami me pria de 
l'en débarrasser, et c'est ainsi que je suis en- 
tré en possession de ce « document humain ». 
J'en ai revêtu un volume de ma collection 
révolutionnaire, en demi-reliure. Vous voyez 
que l'authenticité est absolue. Je pourrais 
donner le non du testateur, bien connu au- 
trefois à Gevève. 

Croyez, mon cher confrère, à mes senti- 
ments dévoués. 

Marcellin Pellet. 

« Mon colonel >^ (LXI ; LXII ; LXVI, 
74) — 11 n'est pas douteux que le mot 
« mon > ne soit ici bien possessif. 

Oserai-je, à ce propos, sans paraître 
trop antimilitariste, faire observer qu'il 
est assez ridicule, au fond, d'entendre les 
gens qui ne sont point au service, et qui 
souvent n'y ont même jamais été, user, en 
pareil cas, de ce « mon »,qui marque la 
subordination ? 

Oserai-je, encore à ce propos, ajouter 
qu'il est aussi ridicule de dire : « Madame 
la générale, la colonelle, etc.. >\ selon 
une mode empruntée à l'Allemagne et 
qui arrive à s'étendre étrangement, de- 
puis 1870, contrairement à la bonne tra- 
dition française ? 

Les femmes n'ont point part au grade de 
leurs maris ; elles avaient part seulement 
à la digyiité de maréchal de France. 

Langoumoisin. 

Soubs la corde di:>s saints (LXIV ; 

LXV, 42, 23=;, 384, 474, 534. 724, 
771, 869; LXVl, 71,). — Toxin. Il 
faut dire Toqnesaint^ car en ancien lan- 
gage français, qui encore est usité en 
quelques provinces, saint signifie une 
cloche, dont sont dits saintiers, les fon- 
deurs de cloches, et de là le proverbe 
quand on dit le bruit si grand^ qu'on noy^ 
rait pas les saints sonner, toquer en lan- 
gage picard, c'est toucher. 

Ordonnances du roy Henri troisième de ce 
nom roy de France et de Pologne sur les 
plaintes et doléances faites par les députés 
des états de son royaume, convoquez et as- 
semblées en la ville de Blois, avec les anno- 
tations sur icelles de Maistre Guy Coquille, 
Sieur de Ronenay. (En date de l'Art. (CCIX). 

De Lo' gchamps de Montendre 

(LXV, 445, 547. 809). — Je ne puis ré- 
pondre complètement à la question posée. 
D'ailleurs, les renseignements sur les 



N* 1355 Vol. LXVI. 

• 137 

Loncha-nips de Montendre ne doivent 
pas être très difficiles à rétablir, quoique 
assez peu clairs jusqu'ici. Ce que j'en 
puis dire aujourd hui procédera du connu 
vers l'inconnu, — le point de départ, 
suivant la question posée dans Vlntermé- 
diairc, ou d'aboutissement, suivant mon 
système, devant toujours être le fils 
d'Edme.ou Edmée JuUiol. 

Flore de Bougainville, qui fut une des 
plus jolies femmes de son temps, d'après 
Walckenaër, ce que confirment ses por- 
traits, mourut a Paris le 6 août ibob, 
ayant langui pendant cinq ans, après 
avt^ir vu l'un de ses fils noyé presque 
sous ses yeux. Sa pierre tombale, au petit 
cimetière de Saint Pierre à Montmartre, 



L'INTERMEDIAIRE 



128 



•i/r- 



lui donne 47 ans [BulU't . de la Soc S 
cbéol. du Xllh arrondissement, juillet-oct. 
1895, pp. iio-i) ce qui la ferait naît» e 
en 1799, et non 176^, comme le dit 
l'Hist. géncal. de la maison de Lantivv, 
(Paris, 1899 ; p. 108). — Elle avait 
épousé, a l'église St-Louis, de Brest, le 25 
janvier 1781, Louis de Bougainville {.'^rcb. 
du Finistère : note communiquée par 
l'Archiviste, M. de La Kogerie) ; et la 
chronique familiale raconte que la jeune 
femme, de 30 ans plus jeune que son 
mari, n'était jusque-li jamais sortie de 
sa ville natale. 

Son père, Charles-Claude, lieutenant de 
vaisseau et d'artillerie, mais non capi- 
taine, comme le dit encore V Histoii c de la 
Maison de Lantivv, — avait épousé, à 
l'Eglise Saint-Gilles d'Hennebont, le 2 
juillet 1754, Yvonne-Guillemette-Adélaide 
du Botdéru, fille de Jacques-René, lieute- 
nant-colonel des Dragons de la Reine et 
d'Agathe du Bois de Brullé. (ij II fut lue 
d'un boulet anglais, le 16 mai 1700, au 
large de Belle Isle, à bord du Diadème, 
commandé par M. de Breugnon, qui con- 
duisait, à Saint-Domingue, un nouvel In- 
tendant, .M. de Clugny, le futur contrô- 
leur-général, successeur de Turgot (Arch. 
d4 la Maiine). De son mariage, Charles- 
Claude avait eu trois filles, dont une mou- 
rut au premier âge. L'ainée, Marie-Eliza- 

(i) Il existe en Bretagne des familles por- 
tant les unes des noms bretons, les a.itresdcs 
noms français, qui ont la même signification : 
Exemples, les Coctiosquet, et les Bois-Brule 
(ou cie Brulle) ; les l'enfentenyo et les Chef- 
fontaines. Cela dit, sans prétendre les ratta- 
cher uecstutrcment les unes aux autres. 



beth-Hyacinthe , (1755 - 14 décembre 
181 15), épousa, en 1778, son cousin ger- 
main Philippe de Montendre, lieutenant 
de vaisseau (17^1-5 sept. 1818). 

Charles-Claude, en effet, fils de Louis 
de Montendre et de Marie-Françoise de 
Lantivy, avait deux frères et trois sœurs. 
D'après un acte aux Archives du Finis- 
terre, relatif à la tutelle de ces enfants 
après la mort de leur père, (7 inai 1721). 
et d'après quelques autres indications, on 
pourrait les classer comme il suit : 

1° Claude Elizabeth, née vers 1707 ; 

2° Françoise-Gabrielle, vers 1709 ; 

3° François-Louis (ou Louis-Emmanuel- 
Clément, d'après V Histoire des Lantivy), 
baptisé à Lorient^ le 13 août 1710 ; 

40 Anne, vers 1714 i 

15,° Charles-Claude, vers 1715 ; 

6" Louis-Jérôme, né en 1716, baptisé 
à Languidic, le 20 octobre 1717. 

Ici je ces^e d'être suc un terrain solide. 
Une note de Flore de Bougainville que 
j'ai eue sous les yeux, mais dont je ne 
retrouve que la copie en ce moment, fait 
de Louis de Montendre, époux de Marie 
de Lantivy, le fils puiné d'tdmée Julliot, 
qui aurait eu cinq enfants : trois fils et 
deux filles. L'aîné des fils, capitaine de 
vaisseau, marié à Toulon, aurait eu un 
fils lieutenant de vaisseau, non marié, et 
une fille morte religieuse à Marseille. Du 
second fils, nous venons de parler. Le 
troisièir.e fils aurait porté le nom de Thot 
de Montendre et se serait marié en Cham- 
pagne; il aurait eu six fils, dont trois tués 
à l'ennemi, en Italie, et qui, tous auraient 
servi dans le même régiment que leur 
père, celui de Poitou-Infanterie. 

Cette note doit se rapprocher de la vé- 
rité ; car il y eut, parmi les Montendre, 
une ou plusieurs victimes, lors de la 
peste de Marseille, et une branche de la 
famille, fondue dans celle des Liniers, 
existe encore en Franche-Comté. 

V.' Histoire de la Maison de Lanlix'y, au 
contraire, prétend que Louis de Monten- 
dre. époux de Marie de Lantivy, eut un 
autre Louis, pour père, qui se trouverait 
alors être le fils d'Edmée Julliot, marié à 
une demoiselle du Plessis, et deux frères, 
dont l'unserait le jeune héros de l'épisode 
du Sainl-Géran, où prit naissance le ro- 
man de Paul et Virginie : attribution 
tout invraisemblable. L'officier en ques- 
tion parait bien avoir appartenu à la fa- 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



[39 



30 Juillet 1911 



mille, d'après une note du fils aîné de 
Flore, le contre-amiral Hyacinthe de 
Bougainville ; mais, des nombreux Mon- 
tendre qui ont servi dans la marine, — 
j'en connais encore un qui prit part à la 
guerre d'Amérique, — je ne sais lequel 
se trouvait sur le Saint-Géran. Ce pour- 
rait, d'ailleurs, bien être le jeune lieute- 
nant de vaisseau, indiqué plus haut 
comme issu du fils aîné d'Edmée Julliot. 
Une chose est certaine : c'est que les 
La Rochefoucauld reconnaissaient la pa- 
renté. Adélaïde du Botdéru, veuve de 
Charles-Claude, avait épousé, le 12 jan- 
vier 1769, en secondes noces, le chevalier 
Augustin de Passerat de Silans, capitaine 
de vaisseau ; et, de ce nouveau mariage, 
elle eut une fille, Olympe, marquise dû 
Vivier de Fay-Solignac, grand'mère du 
cardinal de Cabriéres. La duchesse de 
Liancourt, en 1777, vint à Brest, passer 
quelques jours, descendit chez ses cousins, 
M. et Mme de Silans, et prenant Flore 
de Montendreen affection, déclara qu'elle 
s'occuperait de son mariage. Ses idées 
sur l'établissement qui convenait à la 
jeune fille étaient assez curieuses ; mais 
les choses se disposèrent autrement 
qu'elle ne proposait (Lettre du chevalier 
de Silans à son beau-frère, le comte du 
Botdéru, 2 oct. 1777). En tout cas, on 
n'est pas surpris de retrouver Bougain- 
ville au diner que fit Arthur Young, chez 
le duc de Liancourt, le 15 janvier 1790. 
Adélaïde du Botdéru avait deux frères 
et deux sœurs. De celles-ci, l'une. Féli- 
cité, avait épousé le contre-amiral Blanc 
du Bos ; et l'Histoire des Lantivy (p. 125) 
donne, sans la nommer elle-même, sa 
descendance répartie entre les familles de 
Lantivy, de Colbert, et de La Bourdon- 
naye-Blossac. L'autre sœur, Pauline, eut 
pour fille la marquise de Faudoas — veuve 
en premières noces,du vicomte des Cars — 
et pour petite-fille la Duchesse de Rovi- 
go, sous le Premier Empire. Des deux 
frères, l'ainé, Jean-Baptiste-René, capitaine 
aux Dragons de la Reine, époux de 
Thomase de Plœuc, a vu sa descendance 
s'éteindre avec son fils, le comte du 
Botdéru, pair de France, dont nous avons 
parlé précédemment (LXV, 558). 

Du second frère d'Adélaïde du Botdéru, 
Nicolas-Hyacinthe, capitaine de vaisseau, 
la descendance existe encore très nom - 
breuse. 



130 



'Armes des Longchamps de Montendre : 
D'or, à l'aigle éplojéc de sable. 

Un portrait de Charles-Claude de 
Longchamps de Montendre, ou du moins 
supposé tel, existe chez le vicomte de 
Villiers duTerrage, ancien inspecteur des 
Ponts-et-Chaussées. 

Je désirerais, en terminant, savoir, à 
mon tour, par où Charles de Montendre, 
auteur de cette famille, se rattache aux 
La Rochefoucauld, et ce que l'on peut 
connaître de précis sur dame Edméc Jul- 
liot. Britannicus. 

Orgue des saveurs (LXV , 694, 
823 ; LXVl, Si). — C'est un phénomène 
appelé « Olfactini colorée ». Il consiste en 
ce que deux sens sont simultanément mis 
en activité par une excitation produite 
par un seul de ces sens, dans le cas actuel, 
en ce que le son de la voix ou d'un ins- 
trument se traduit par une odeur carac- 
téristique et constante pour la personne 
possédant cette propriété chrimatique. 

Il en est de même pour l'audition colo- 
rée et la gustation colorée, comme du 
reste on en trouve des exemples dans 
Vlntermédaire det chercheurs et curieux 
dans ses numéros du 25 juin et du 25 sep- 
tembre 1884. 

Théophile Gautier raconte qu'a la suite 
de l'absorption de ha<;chich, il a éprouvé 
les sensations suivantes : 

« Mon ouïe était prodigieusement dé- 
veloppée ; j'entendais le bruit des couleurs ; 
des sons verts, rouges, bleus, jaunes 
rn'arrivaient par ondes parfaitement dis- 
tinctes. » 

Et à ce propos quel est le poète qui a 
commencé un sonnet par ce vers : 
A noir, E blanc, I rouge, O vsrt, U bleu, 

[voyelles... 

D'J. B. 

[C'est Arthur Rimbaud]. 

Les petits vitriers (LXV, 501, 680, 
844 ; LXVI, 36.) 

Bayeux (Calvados) le 19 juillet 1912, 
Monsieur le Directeur, 
J'a lu avec intérêt dans le n" 21 du di- 
manche 30 juin du journal < La Terre de 
France ,•> les réponses à votre curieuse ques- 
tion sur la dénomination de vitriers, appli- 
quée aux chasseurs à pied. 

A mon humble avis aucune de ces répon- 
ses ne résout virtuellement le problème. — 



N» 1335. Vol, LXVI. 

■ 131 

Permettez-moi donc de vous adresser, bien 
que tardivement, celle-ci qui. je crois, en cor- 
roborant l'une d'elles, complète les réponses 
dont il s'agit. 

Autrefois nombre de vitriers ambulants 
parcouraient les villes et les campagnes, chaf-- 
gés d'un crochet supportant des feuilles de 
verre qui généralement arrivaient à compo- 
ser un poids assez respectable. Ces crochets 
chargés de verre ressemblaient sensiblement, 
ou plutôt les sacs encadrés par les piquets 
de terre de nos chasseurs, rappelaient assez 
exactement les crochets des marchands vi- 
triers ; là ne s'arrête pas la ressemblance. Les 
vitriers portaient toujours à la main une 
canne de forme apbtie qui n'était autre chose 
qu'un mètre leur servr>iit en même temps de 
règle, et, lorsqu'ils étaient interpellés par un 
client, la première chose qu'ils faisaient, 
c'était de placer leur mètre sous leur charge 
de verre pour soulager leurs épaules, pen- 
dant le temps bref ou long que duraient les 
pourparlers. 

Or, pendant l'Empire, les chasseurs à pied 
étaient armés de la carabine Minié (dite à 
tige) dont ils se servaient à chaque halte 
pour étaycr leur sac et reposer leurs épaules, 
comme faisaient les vitriers de leur canne, la 
dite carabine était de la longueur voulue 
pour donner ce résultat. Dans cette position 
un chasseur à pied avait de loin h parfaite 
silhouette du vitrier au repos. 

"Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, 
mes meilleures civilités. Robin. 



Généraux manchots (LXIV; LXV, 
68. 223). 

J'ai le plaisir de vous adresser les notes 
sur la blessure du général Boussenard qu'a 
bien voulu me ccmmmuniquer le lieutenant 
colonel de Thuy, son ancien officier d'or- 
donnance ; il en autorise la publicalion sous 
sa signature. 

Baron A. H. 

Les circonstances de la blessure du Gô 
néral Boussenard ont été fidèlement re- 
produites par Détaille sur la toile du Pa- 
norama de Rezonville, 

Le Commandant y est représenté penché 
sur son cheval, qui git étendu, frappe par 
un obus ; il retire de son paquetage les 
cartes d'état-major que le Maréchal Can- 
robert vient — précautio,. bien inutile 
pour qui connaît le commandant — lui 
recommander de ne pas abandonner. C'est 
à ce moment précis qu'un éclat d'obus 
vient fracasser le coude gauche du second 
aide de camp du Maréchal. 

Le blessé est transporté dans une ferme 



L'iNT£RMtDlAiR£ 



132 



de Rezonville transformée en ambulance ; 
il y a encombrement ; on craint que Tac- 
cumulation de l'efîectif hospitalisé à Metz 
n'engendre l'mfection ; la pratique de 
l'aseptie et des pansements anMseptiques 
n'est pas encore courante et l'on manque 
de tout ce que nécessiterait maintenant la 
thérapeutique. D'autre part, l'articulation 
est broyée et comme peut-être on le déci- 
derait encore aujourd'hui, l'amputation 
est reconnue nécessaire et pratiquée sans 
retard ; elle cause au patient une souf- 
france qu'il n'oubliera jamais. 

Dans le mouvement de repli sur Metz, 
l'armée abandonne les ambulances éta- 
blies sur le champ de bataille, qui sont 
bientôt au pouvoir des Allemands, un de 
leurs médecins passe l'inspection des 
blessés, les interroge et probablement, 
sans enlever l'appareil du Commandant 
Boussenard^ exprime, deux jours après 
l'opération, l'avis que les médecins fran- 
çais ont agi trop précipitamment et que le 
membre pouvait être conservé. Il est dif- 
ficile maintenant — il l'était déjà en 1870 
— de dire si réellement l'opération n'était 
pas indispensable ; mais pour le premier 
intéressé le doute était poignant. Comme 
loin de se prévaloir de sa blessure, le 
Général en était honteux, se considérant 
comme un impotent, un homme incom- 
plet, on s'explique la rancune très cer- 
taine qu'il a longtemps vouée au corps 
•médical. 

Il ne faut pas pourtant s'exagérer les 
conséquences de cette rancune. Sans 
doute il faisait la guerre aux officiers du 
corps de santé qui affichaient des préten- 
tions peu justifiées ; il a toujours, au con 
traire, soutenu, encouragé et poussé les 
praticiens esclaves de leur devoir — et 
l'on sait que c'est la majorité chez les 
médecins militaires. 

Certains que je pourrais citer, ont eu 
sur lui une grande influence. Loin de 
« s'exalter avec l'âge et le grade », sa 
' haine » avait tout à fait sombré. Les 
médecins que les opérations du Conseil de 
révision amenaient dans son ermitage de 
Champlitte étaient, tandisque les membres 
civils banquetaient politiquement, appelés 
à sa table et y trouvaient l'accueil le plus 
courtois. 

Lieutenant colonel de Thuy, 
ex officier d'ordonnance du Général 
Boussenard. 




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DBS CfïSRCHBURS ET CXIRIBUX 



30 Juillet 1911 



133 



•34 



Ouvriers et patrons : Le saint 
lundi en l'an 13 (LXVl, 84^ — Leclerc 
était imprimeur, c'était même l'impri- 
meur de l'archevêché. C'est une correc- 
tion mal comprise qui en a fait un entre- 
preneur de peinture, dans le commen- 
taire du document où sa véritable qualité 
est bien établie. 

©roimaillej) et (Curiosités 

La mort de Lamartine. Son por- 
trait après décès. — Une plaque a été 
apposée au n" 109 de l'avenue Henri Mar- 
tin. Elle porte cette inscrif tion : 
LAMARTINE 

EST MORT LE 2$ FÉVRIER 1 869 

DANS UNE V1LL.\ 

SITUÉE SUR CET EMPLACEMENT 

11 habitait alors le petit chalet qui avait 
été mis à sa disposition par l'Empereur. 
Il s'éteignit dans la chambre du premier 
étage, éclairée par deu.x fenêtres, donnant 
sur le balcon extérieur, dans un lit carré 
à colonnes. 

Ce fut M. Adam-Salomon le sculpteur, 
auteur du monument funéraire de Mme de 
Lamartine, à Saint-Point, qui le posa sur 
son lit de parade. Pour garder un souve- 
nir du poète, et l'expression de ses traits, 
il en fit une photographie, dont un artiste 
de beaucoup de talent, M. Penauille, fit un 
dessin. Ce dessin qui mérite d'être tiré de 
l'oubli a paru dans un journal intitulé la 
Chronique illustrée {20 mars 1869). C'est 
un recueil aujourd'hui dispersé et introu- 
vable. On verra cet intéressant portrait 
reproduit dans le présent numéro. 

L'hydropisie de Mme de Staël en 
1812. — Le duc de Rovigo a écrit, par- 
lant de Mme de Staël que « certaines his- 
toires dont on s'égayait à Genève furent 
une des causes de son départ. » Ce n'est 
que très exact. Mme de Staël avait besoin 
de fuir, non un lieu que lui rendait intolé- 
rable la tyrannie de Napoléon, mais où la 
faiblesse tardive de sa chair amoureuse 
venait de l'accuser dans un scandale. Elle 
avait tout fait pour la dissimuler, avec 
des airs penchés de victime ; mais en 
réalité, si elle était victime, c'était de la 
coquetterie de son arrière maison. 

A la fin de l'année i8 10 elle avait fait la 
connaissance, à Genève, d'un officier de 



hussards, nommé |<.ari Rocca. Ily guéris- 
sait une blessure reçue dans une action 
militaire. Il avait vingt trois ans, elle en 
avait trente-six. 

« Comme dit M. Paul Gautier dans son 
bel ouvrage sur Mme de Staél et Napoléon^ 
elle voyait avec terreur venir l'âge redou- 
table où la femme semble n'avoir plus à 
compter sur l'amour. Elle n'avait jamais 
été aimée comme elle eût souhaité l'être : 
qu'était-ce que la sécheresse élégante 
d'un Narbonne,l'égoïsmed'unTalleyrand, 
l'inquiétude perpétuelle d'un Benjamin 
Constant. Elle se disait avec tristesse 
qu'elle était un être à part, que l'on con- 
sidéraitavecétonnement.avec effroi même, 
que l'on n'aimerait jamais. Elle fut sur- 
prise, touchée, ravie, d'être soudaine- 
ment aimée pour elle-^même. Car Rocca 
l'aima éperdument, de la façon la plus 
romanesque. » 

Mais sa présence jeta le trouble dans 
la petite cour de Mme de Staël. Cette in- 
trigue était visible, on en plaisantait. 
Elle tremblait pour elle, tremblait pour 
Rocca. Et quand sa taille décela son en- 
traînement , elle trembla que l'Empe- 
reur qui savait tout, ne l'outrageât publi- 
quement. Elle espérait écarter les soupçons 
en faisant répandre qu'elle devenait hydro- 
pique. 

Le 17 avril 18; 2, l'hydropisie céda et 
l'Empereur qui fut certainement avisé de 
cet événement ne s'en servit pas contre 
son ennemie. La lettre du baron de Me- 
lun au duc de Rovigo, que nous donnons 
ici. nest pas inconnue du biographe de 
Mme de Staël, mais elle n'a jamais été 
publiée. (Archives nationales dossier F'^ 
6331/6991.) 

Genève, 21 avril 1812. 
Le commissaire spécial au Duc de Rovigo. 

Monseigneur, 
Ne doutant pas de l'intérêt que V. E. 
pre .d à la santé de Mme la baronne de 
Staël, j'ai l'honneur de lui apprendre que 
l'hydropisie dont cette dame était très in- 
commodée depuis plusieurs mois, s'est heu- 
reusement dissipée le ly avril au château 
Je Copet, et que le résultat de cette fâ- 
cheuse maladie est un garçon fort bien por- 
tant. On attribue celte cure merveilleuse, à 
un Genevois nommé Rocca, officier de hus- 
sards, très bel hom me, mais boiteux, ce qui ne 
lui ôte rien des qualités nécessaires, est mé- 
decin de Mme de Staël, qui croit avoir si 
grand besoin de ses talents qu'elle ne lui per- 
met pss d'autre séjour que celui qu'elle habite, 



N« !^|^. Vol 



LXVI. 

— »?Ç 



L'INTlIRMfiDIAIIΠ



136 



Cette production du génie et du courage a 
reçu le jour au milieu d'une fête que Mme 
de Staël i.loiiiiait h sa fille, l'a propos en ren- 
dait plus piquant son début dans la société, 
lui a donné une telle publicité que V. E. en 
est déjà peut être informée. 

L' Auditeur au Conseil d'Etat, corn- 
missiaire spécial. 

Baron de Melun. 

Dans le pays où l'aflairc s'était ébruitée 
on faisait des gorges chaudes de l'aven- 
ture. Ces épigrainmes courraient de main 
en main. 

La Cure Merveilleuse 

De nos littérateurs et la gloire et l'envie, 
Une veuve célèbre, encor chère aux amours, 
Tremblait pour ses illustres jours 
Menacés par l'hydropisie, 
Mais de 1 art de guérir les soins miraculeux 
Au monde ont conservé la Moderne Aspasie, 
En quelques mois l'ont rendue à la vie, 

Aux lettres, à nos vœux. 
D'une cure aussi propice, 
Ah ! bénissons le résultat heureux ! 
Il est près de Rolle...(i) en nourrice 

La Femme Célèbrn 

Quelle femme étonnante et quel fécond ge'nie, 
Tout en elle produit, tout 'est célébrité, 

Et jusqu'à son hyàiopisie, 
Rien n'est perdu pour la postérité. 

Perdue dans l'opinion de ses compa- 
triotes, Mme de Staël n'avait plus qu'à 
se décider à la fuite, ce qu'elle fit. 

Qyant à Rocca^ ne pouvant, à cause 
du ridicule, l'épouser publiquement, elle 
l'épousa secrètement deux fois. 

LÉONCE Grasilier. 

Documents touchant la bataille 
de Denaiu. — {Communication de M. 
Hyrvoix de Landosle). — Le Roi apprit, le 
2b juillet, la nouvelle de la bataille de 
Denain, livrée le 24 : ;< ce jour-là, entre 
sept et huit heures du matin, le marquis 
de Nangis arriva à Fontainebleau, appor- 



tant la nouvelle de 
passée en Flandres .. 
écrivait au comte du 
deur en Suisse (3) : 



l'action qui 
»(2)Le 27, 



Luc, 



s'était 

le Roi 

son ambassa- 



(1) Petite ville du canton de Vaud 
(Suisse) 

(1) Mémoires de Sourches : Xill, 4S6. 

(3) Auliives du département des Affaires 
étrangères ; Suisse, CCXXXVI, 96 ; minute. 



... Je vous envole la relation de Vav«n- 
tage que mes troupes, commandées par les 
maréchaux de Villars et de Monfesquiou, 
ont remporté sur une partie de mes ennemis, 
en Flandres. J'ai lieu de croire qu'il pourra 
contribuer à l'avancement des négociations 
de la paix, et que les Hollandais pourront 
eufin ouvrir les yeux sur les suites fâcheuses 
que leur opiniâtreté à poursuivre la guerre 
pourrait avoir pour leur Etat. 

On remarquera la modération avec la- 
quelle le Roi parle de l'avantage remporté 
pas ses troupes à Denain. C'est, qu'en 
effet, cette victoire ne prit que par la suite 
l'importance qu'elle ne parut pas avoir 
tout d'abord. 

J'ai aussi à faire observer que, sur la 
minute transcrite ici, on n'avait d'abord 
nommé que le maréchal de Villars ; on a 
corrigé ainsi après coup : « ... les maré- 
chaux de Villars et de Montesquiou... » 

Le marquis de Torcy, écrit le même 
jour, au même persor.nage (i), qui était 
de ses amis particuliers (2) : 

... Je crois que vous aurez achevé votre 
ouvrage (;) plus tôt que celui da la paix gé- 
nérale ne sera fini. Quoique l'Angleterre 
travaille de bonne foi à la terminer, et que 
l'entrée des troupes de cette nation dans 
Dunkerque ait achevé de lever tous les 
doutes que les malintentionnés voulaient ins- 
pirer encore sur la bonne foi de la France, 
quelques avantages pareils à celui qu'on 
vient d'avoir en Flandres auraient bien 
avancé les affaires. . . 

« C'est, écrit plus tard M. de Torcy, 
la levée du siège de Landrecies « qui 
« achève de rendre complet ce qui s'est 
passé en Flandres ». (Torcy à du Luc, 
Fontainebleau, 4 août 1712. — A. E. 
Suisse, CCXXXVI, 122). 



(1) A. E. Sutsse, CCXXXVI, 97. 

(2) Le comte de Luc était proche parent du 
marquis de Vins, dont la femme, née Lad- 
vocat, était sœur de Mme de Pomponne, 
mère de Mme de Torcy. 

(î) La paix entre le» Cantons catholiques 
et protestants. 



Li Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 



Imp. DAMifci-CHAWBOh, St-Amand-.Mont~Rr,nd 



LXVI* Yolnmo Paraistani Its lo, ao et )o de tbaqué mois 



10 Août 191S 



48» Année 

Sf'.r.VIctor-Massé 
PAKIS (IX*> 

Bureau : deS^Gbeurei 



QDiSQDB 



Chirchex et 
vou$ troutftret 




N» 1336 

Sl^'.r.TIctor-MasB 
PARIS (IX*) 

Bareaax: de 3 à Ghenret 



€ 3nUtmibxaxxc 

DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QDESTIOÎSS ET RÉPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUE 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 

138 



'37 

iVt)MS prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme, et de n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés di pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, toute 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste., la liste, sanj exception, 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



(KHucôtîons 



Quel pouvait être le nombre des 
individus emprisonnés et des con- 
damnés à la peine capitale sous 
l'ancienne monarchie ? 

Quoi 1 l'ancien Etat, le monstre royal assu- 
rait son empire en emprisonnant chaque 
année quatre cent mille hommes, en en pen- 
dant quinze mille, en en rouant trois mille, 
et la République hésiterait encore à sacrifier 
quelques centaines de têtes à sa sûreté et à 
sa puissance ! Noyons-nous dans le sang et 
sauvons la patrie. 

Ainsi parle Evariste Gamelin, le héros 
du nouveau roman de M.Anatole France, 
les Dieux ont soif (p. 323), Mais sur 
quelles données l'auteur se base-t-il pour 



établir pareille statistique au détriment 
de l'ancien régime. Voilà ce qu'il serait 
intéressant de savoir. 

Qjielque savant confrère pourrait-il 
m'éclairer à ce sujet .'' J. W. 

Le crâne de Richelieu (T. G. 772). 
— Où trouver un historique exact des 
vicissitudes du crâne de Richelieu? 

D"- V. 

\L' Intermédiaire s'en est occupé, II, III, 
VIII ; mais, depuis, le crâne a reçu une des- 
tination définitive]. 

L'âme de la femme au concile de 
Mâcon (T. G. 38). — A de nombreuses 
reprises, V Intermédiaire s'est occupé de 
cette question. Des références ont été pu- 
bliées : notamment Folybiblion, mai 1886, 
p. 477. Bévue des Questions historiques, 
LVII, p. 653, (oct. 1869) où l'on rappelle 
un article de M. l'abbé Rambouillet, dans 
l'Univers, numéro du 10 septembre 1869. 

La Croix (31 juillet 1912) publie cet 
écho: 

Le 20 juillet dernier, M. du Chaylard, pré- 
fet du Cher, présidait la distribution du col- 
lège de jeunes filles de Bourges. 

Et il a rappelé en termes ridicules la fable 
suivant laquelle le Concile de Mâcon aurait 
discuté si les femmes avaient une âme. 

Le Petit Berrichon, lui, rappelle la vérité 
historique sur cet incident : Hors séance, 
quelques évêques s'entretenaient de questions 
littéraires et grammaticales. Or, l'un d'entre 
eux soutensit que le mot latin homo ne pou- 
vait pas désigner les femmes, mais seulement 
les hommes. Les autres lui démontrèrent 
que, parfois, les auteurs employaient ce 
terme pour désigner même une femme. Qui- 

LXV- é 



N» 1336. Vol. LXVI 



L'INTSRMêDlAlRË 



139 - 



140 



conque a fait un peu de latin dans sa vie sait 1 
qu'il en est ainsi. Homo en latin désigne et 
l'homme et la femme, comme !e mot « être » 
et celui de « créature », par exemple, s'ap- 
pliquent à tous deux. 

Ce doit être exact. Qu'il nous soit per- 
mis de demander toutefois un texte pré- 
cis. 

Où est le texte que vise M. du Chay- 
lard ? — Nous parlons de texte et non 
d'allusion à un texte. 

Ce texte doit être indiscutable — et là 
encore on ne saurait admettre une affir- 
mation sans preuve, sans témoignage, ce 
qui revient à dire : quels sont les écrits 
touchant le concile de Mâcon, contempo- 
rains et autheniiques. 

Car il faut en fmir avec cette sempiter- 
nelle question par un document précis^ 
irréfutable. 

Il serait digne de \' InUi médiairc qui a 
abordé cette question pour la première 
fois, en 1866^ de dire, si c'est possible, le 
dernier mot qu'on soupçonne: c'est que 
nous sommes là en présence d'une lé- 
gende colportée par l'esprit de parti. 

Le duc Albert de Broglie et « La 
Révolution » de Taine. — M. Victor 
du Bled ditjdans Le Matin du 26 juillet : 

Je répéterais volontier.« le mot du duc Al- 
bert de Brogiie sur le grand ouvrage d'Hip- 
polyte Taine : « M. Taine a rassemblé vingt 
mille faits contre la Révolution française ; je^ 
pourrais lui en oppos-r autant qui la réha- 
bilitent et la célèbrent ». 

OÙ et quand l'historien ministre du 
maréchal de Mac Mahon a-t-il prononcé 
ou écrit ces paroles ? P. M. 

Tbiers et Gambetta: un prétendu 
mot deThier-> sur les Alsaciens. — 

Thiers aurait dit, en présence de Gambetta 
et de Crém.ieux.à Tours, en prévoyant l'is- 
sue de cette guerre qu'il avaittout fait pour 
éviter et les exigences d'un vainqueur : 
« Les Alsaciens étant allemands, ils rede- 
viendront allemands, c'est le jeu de la 
guerre. » 

Cette conversation aurait été racontée 
par Gambetta : à qui ? où ^. B.-H. 

Le château des Coques, — L'Echo 
dePvisd\i 18 juillet 1912 contient un 
très intéressant article de M . le baron A. 
de Maricourt sur l'enfance de Maurice de 



Guéri n. Dans cet article, il est fait allu- 
sion à sa femme Eugénie de Guérin, qui 
a été châtelaine des Coques. 

Ayant lu avec sympathie les écrits 
d'Eugénie de Guérin, j'ai eu la curiosité, 
il y a douze ans environ, de visiter le 
château des Coques, situé sur une colline 
qui domine la ville de Fougues (Nièvre). 
Le château situé au milieu d'un joli bois, 
était alors dans un état d'abandon et de 
délabrement tout à fait lamentable, avec 
un balcon à demi arraché, des volets ou- 
verts et battants, une toiture qui semblait 
menacer de s'effondrer bientôt, comme 
celle d'une dépendance voisine, laquelle 
semblait avoir été une chapelle, et dont 
les tuiles en débris jonchaient le sol. 

A-t-il été porté remède à ce lugubre 
état de choses, ou l'ancien séjour d'Eugé- 
nie de Guérin a-t-il achevé de se démolir ? 

V, A. T. 



Marquis de la Carte. — Il vient de 
mourir à Milan une vieille marquise de la 
Carte, qui disait n'avoir jamais connu ses 
parents et qui n'a jamais été niaiice. 

Dans son Journal à Emigration, le comte 
d'Espinchal raconte qu'il rencontra à Mi- 
lan, en 1 789, un marquis de la Carte, frère 
cadet du comte de la Ferté-Jenneterre. 
Le marquis de la Carte, qui s'était fait 
chevalier de Malte, était l'amant d'une 
dame de Milan et l'ami du mari, chez le- 
quel il vivait comme s'il était de la fa- 
mille. Pourrait-on établir une relation en- 
tre ces deux faits ? Jéroboam. 

Famille de Chaumout. — Vers la 
fin du seizième siècle, Joachim de Chau- 
mont fit bâtir le château de Mornay, 
existant de nos jours sur la commune 
de Saint Pierre-de l'Isle, canton de Lou- 
lay, Charente-Inférieure. Le château passa 
à Aimery de Chaumont (fils du précé- 
dent), qui le vendit, en 1633, à Isaac de 
Ligoure, trésorier de la cavalerie et 
grand maître enquêteur et informateur 
des eaux et forêts en Poitou. Un confrère 
pourrait-il me donner quelques indica- 
tions sur cette famille de Chaumont, ou, 
simplement, me faire connaître ses ar- 
mes ? > C. d'à. 

Diderot et Madame Poland. — je 

lis dans les Annales, n" 1516, page 24, 
colonne 3 ; 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo Août 1913 



141 



142 



Lorsque Diderot écrit à Mme Roland, il 
lui dit en post-:criptutn : « Partout oia vous 
trouverez des blancs dans cette lettre, lisez 
que je vous aime. » 

Diderot eit né en 17 13, mort en 1784. 
La petite Phlippon est née en 1754, morte 
en 1793- Elle a épousé Roland en 1780. 

La lettre de Diderot date donc, au plus 
tôt de 1780; à cette époque Diderot était 
déjà chargé de 67 automnes ; sa déclara- 
tion d'amour, à cet âge, frise le ridicule. 
Je demande où la lettre citée par les 
Atinales a été publiée. 

P. M. 

Comtes et comté d'Harcourt. — 

Dans la première moitié du xve siècle, les 
comtés d'Harcourt et d'x\umale étaient 
entrés dans la maison de Lorraine par le 
mariage de Théritière de la branche aînée 
d'Harcourt avec Antoine de Vaudemont. 

Or, dans le cours du xvii« siècle — et 
même plus tard — les terres d Harcourt, 
de Lillebonne, d'Elbeuf, etc.. étaient en- 
core dans une branche de la maison de 
Lorraine. 

Il en résulterait donc que dans cet in- 
tervalle, le comié d'Harcourt était resté 
constamment en la possession d'un prince 
lorrain 

Cependant, un passage des Mémoires 
de Saint-Simon vient contredire cette 
opinion. Il dit que Catherine de Laval 
(fille de Gui XVI et de Charlotte d'Ara^ 
gon) épousa, en 15 18, Claude de Rieux, 
comte d'Harcourt. 

Comme on ne peut guère admettre une 
erreur dans le texte du passage cité ; et 
que, d'autre part, je crois que René, 
marquis d'Elbeuf, avait épousé Marie de 
Rieux, comtesse d'Harcourt. je suis amené 
à penser que le comté d'Harcourt a pu 
sortir de la maison de Lorraine et y ren- 
trer plus tard, d'abord par le mariage 
d'une Lorraine avec un Rieux et ensuite 
d'une Rieux avec un prince d'Elbeuf. 

Si quelque obligeant confrère voulait 
bien me renseigner sur cette question, je 
lui en serais très reconnaissant. 

O. A. T. 

Jean de Pleurre et son manuscrit. 

— Jean de Pleurre, qui vécut dans la der- 
nière moitié du xiV siècle, avait laissé un 
manuscrit contenant des poésies de lui 



avec divers extraits d'autres auteurs, des 
proverbes, etc. Grosley possédait ce 
livre. Qu'est-il devenu? L. M. 

Rousseau (Général Guillaume - 
Charles). — Sur ce général baptisé à 
Mareil -en-Champagne, en 1772, je de- 
mande les références biographiques, hé- 
raldiques ou autres. L. C' 

Les papiers de Jean Reynaud. — 

Que sont-ils devenus ^ V. 

Suffolk. — D'aimables intermédiaî- 
ristes peuvent-ils m'apprendre qui était 
Marguerite de Suflfolk qui, vers 1543, à 
Fontainebleau, épousa Sibeud de Brenieu, 
gentilhomme Vivarois, écuyer de la reine 
EléonorePOn la dit petite fille de Richard 
Pool et de Marguerite d'Angleterre, la 
dernière des Plantagenets, décapitée en 
1541. Etait-elle fille de Henri de Mon- 
tagu, comment portait-elle le nom de Suf- 
fo'k et comment vint-elle en France .? 

E. 

Villoteau (André). — Sur ce mem- 
bre de l'Institut, je demande les référen- 
ces bio-bibliographiques. L.C. 

Armoiries à identifier : Deux écus 
accolés. — 1° D'azur au chevton d'or 
accompagne de trois chiens [ou chats) d'or 
assis, deux en chef, le premier contourné^ et 
un en pointe placé de front. 

2^ D^or à trois chevaux cabrés, libres, de 
gueules 2, I. 

Couronne de marquis. 

Henry Prior. 

Armoiries à identifier : chevron 
d'or chargé d'une étoile. — D'azur 
au chevron d'or chargé d'une étoile de 
gueules et surmonté d'un lambel de trois 
pendants également de gueules. 

Couronne de Comte. 

Henry Prior. 

Fêta des Innocents. — Sur cette 
fête, si en honneur dans les maîtrises du 
moyen-âge pourrait-on avoir quelques 
notes bibliographiques ou même certains 
détails inédits ^ L. C. 



N« 1336. Vol. LXVI. 

143 

Un discours de M. Paul Descha- 
nel. Le mot de Vauvenargues. — 

Dans la séance de la Chambre des Dé- 
putés, du 18 juin 1912, M. le Président 
Paul Deschanel, prononçant l'éloge fu- 
nèbre de M. Georges Laguerre, député de 
Vaucluse, a dit : 

11 paraissait une illustration vivante du 
mot de Vauvenargues, et Renan, dans ses 
souvenirs d'enfance et de jeunesse, crayon- 
nait sa fuie silhouette. 

Quel peut être le mot de Vauvenargues 
auquel M. Paul Deschanel, de l'Académie 
française, a fait allusion? Les mots de 
Vauvenargues sont nombreux. Le plus 
Classique et le plus connu, Lc\ grandes 
pensées viennent du cœur, ne parait pas, 
d'après l'ensemble du discours, trouver 
ici son application. Philippe Leroy. 

Vie de Grosley par M. de Les- 
cure. — M. de Lescure préparait, avant 
1870, une K/« « enfin complète» de P.-J. 
Grosley, suivie d'une réimpression de ses 
œuvres choisies. II est mort sans avoir 
donné suite à ce projet. A-t-il laissé des 
manuscrits ? Où sont-ils? L. M. 

Voyage à l'île de Piques. — 

Existe-t-il une relation de voyage spéciale 
à rile de Pâques, et, dans l'affirmative, où 
pourrait-on se la procurer ? 

Leclère. 

« L'attentat de Versailles ». — 

Connait-on l'auteur de L'attentat de Ver- 
sailles ou la Clémence de Louis XVI, tra- 
gédie — à Genève et se trouve à Paris, 
1790 — en 5 actes et en vers ? 

Pièce satirique et politique analogue à 
celle intitulée La Cour plénicre. 

Bellechasse. 

Napoléon. Les officiers et fonc- 
tionnaires français dans l'Italie du 
Nord.. — Quels sont les mémoires, 
correspondances, récits de l'époque, dans 
lesquels se trouvent relatées avec le plus 
de détails, le plus d'anecdotes, les im- 
pressions qu'ont faites sur Napoléon les 
officiers et fonctionnaires français pen- 
dant les carripagnes de la Révolution et 
de l'Empire et pendant l'occupation les 
villes et paysages, monuments, œuvres 
d'art de l'Italie du Nord ? M. L. 



L'IN FfiRMÉDlAlRB 



144 



J^En raison de la pluralité des sources, 
les réponses qui nous parviendront pour- 
ront être envoyéesdirectementà l'auteur]. 



me 



Jaulzy, étymologie. — Pourrait -on 
sur l'étymologie de 



renseigner 



« jaulzy», petite commune du canton d'At- 
tichy(Oise)? Leclère. 

Français et François (T. G, 361). 
— Tout le monde sait par cœur les quatre 
derniers vers de la fable de La Fontaine : 
Le Vieillard et Vâne : 

Et qu'importe donc, dit l'âne, à qui je sois, 
Sauvez-vous et me laissez paître. 
Notre ennemi, c'est notre maître, 
je vous le dis en bon françois. 

Je demande à plus instruit que moi sur 
ce point, comment le bon La Fontaine 
disant sa fable à .Yiadame de la Sablière, 
devait prononcer le dernier mot. 

Le prononçait-il : fran(fois (ois) comme 
c'était écrit^ pour rimer avec le premier 
vers du dernier quatrain se terminant par 
sois, ou le prononçait-il : français (ais), à 
notre façon, quoique cela ne rimât plus 
du tout ? RusTicus. 

[T. G. veut dire Table Générale,] 

Faire le Jacques. — D'où vient 
cette expression * taire le Jacques » ? 
Quels auteurs l'ont employée? 

Malg. 

La confrérie des Bourras. — De la 

Liberté qui publie les souvenirs d'il y a 
quarante ans, — une revue bien curieuse 
de l'histoire d'hier, surtout pour ceux qui 
l'ont vécue. 

Sitbon et Toledano, condamnés à mort 
pour assassinat, ont été exécutés à Marseille. 
.^l. Roch avait dressé deux guillotines l'une 
à côté de l'autre, afin que les patients soient 
exécutés simultanément. Aussitôt les corps 
des suppliciés jetés dans les paniers, la con- 
frérie des Bourras est venue les prendre 
pour les transporter au cimetière. Les mem- 
bres de cette confrérie ont fait vœu d'inhu- 
mer les corps des suppliciés. Ils sont au 
nombre de oo. Ils se revêtent de robes et de 
capuchons en toile d'emballage. C'est dans 
ce costume qu'ils ont escorté, en psalmo- 
diant, les restes des suppliciés jusqu'au ci- 
metière. (Août 1879). 

Qu'était-ce que cette confrérie des 
Bourras ? 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo Août 191a 



145 



146 



Kép0n$e0 



Le cor ou le cornet de Roland 

(LXV, 783 ; LXVl, 82;. — En quoi pour- 
rait bien consister « l'authenticité » du 
cor d'ivoire, ou olifant (c'est tout un) de 
Roland ? S'il est probablement exact, 
comme le rapporte Eginhard, que dans 
l'arrière-garde deCharlemagne, massacrée 
au passage des Pyrénées par les Wascons, 
se trouvait un certain « Hruodlandus, 
Britannici limitis prjefectus », nul ne peut 
savoir si ce personnage possédait un oli- 
fant ; s'il en a possédé un, il n'y a au- 
cune raison pour que personne en ait fait 
une relique ; l'olifant de Roland, comme 
l'épée de Roland, ne sont devenus inté- 
ressants que le jour où, bien plus tard, 
s'est constituée la légende développée 
dans la Chanson de Roland ; de même que 
le paladin Roland, neveu de Charlemagne, 
est une figure purement légendaire, son 
olifant et son épée sont des objets légen- 
daires aussi ; il n'y a pas plus à les re- 
chercher que le bouclier d'Achille. 

Ibère. 

Portraits de Louis XVII (LXVI.43). 
— La marquise de TholozanLareinty, née 
Sabran, a, si je me souviens bien, quan- 
tité de portraits, de miniatures du Dau- 
phin, en son hôtel, 12, rue de Beaune, à 
Paris. Peut-être même la miniature de 
Dumont ? Castor. 

Rue de la Victoire (LXVl, 46)). 

4 L'Administration centrale du département 
considérant qu'il est de son devoir de faire 
disparaître tous les signes de royauté qui 
peuvent encore se trouver dans son arrondis- 
sement, voulant aussi consacrer le triomphe 
des armées françaises par un de ces monu- 
ments qui rappellent la simplicité des mœurs 
antiques, ouï le commissaire du Pou/oir 
exécutif, arrête que la rue ChantereiTe pren- 
dra le nom de rue de la Victoire. » (Séance 
du 8 nivôse i,n VI, Registre 18, p. 86), 

[Extrait du, Dictionnaire des frères Lasate.) 
Quant à l'hôtel habité par Bonaparte, 
M. Gustave Bord a publié sur son his- 
toire, dans le Carnet historique du comte 
Fleury, un article très documenté ainsi 
que les écrit toujours notre confrère ; 
malheureusement je ne me rappelle pas la 
date de cette publication qui doit remon- 
ter à dix ou douze ans. Nothing. 



Du Dici. administratif et historique des 
rues de Paris 1844 : Rue de la Victoire. — 
« Vers 1680, c'était la ruelletteaux marais 
des Porcherons. En 1734,1a ruellette des Pos- 
tes. Plus tard, elle prit le nom de rue Chan- 
ter eine » . 

Séance du 8 nivôse an VI. — L'adminis- 
tration centrale du Département considérant 
qu'il est de son devoir de faire disparaître 
tous les signes de royauté qui peuvent encore 
se trouver dans son arrondissement. Voulant 
aussi consacrer le triomphe des armées fran- 
çaises par un de ces monuments qui rappel- 
lent la simplicité des mœurs antiques. Ouï le 
commissaire du Pouvoir Exécutif, arrête que 
la rue Chantereine prendra le nom de rue 
de la Victoire. 

(Registre 18, page 86). 
« En 1816, elle reprit le nom de rue 
Chantereine. 

Paris, le 25 novembre 1833. — Monsieur 
le préfet. J'ai pris connaissance de la lettre 
du 21 octobre dernier, par laquelle vous pro- 
posez de rendre à la rue Chantereine le nom 
de rue de la Victoire, qu'elle reçut de l'au- 
torité municipale, à l'époque oià Napoléon, 
général en chef de l'armée d'Italie, vint ha- 
biter l'hôtel qu'il possédait dans cette rue, 
lorsqu'il apporta au Directoire le traité de 
Campo-Formio. Cette dénomination, qu'elle 
a conservée jusqu'en 1816. était un hom- 
mage rendu à la mémoire d'un grand 
homme, et je ne puis qu'applaudir à la pro- 
position que vous avez faite de la rétablir. 
Recevez, etc.. Le ministre du commerce et 
des travaux publics ; signé A. 1 hiers. 

« L'hôtel que possédait autrefois le géné- 
ral Bonaparte se trouve aujourd'hui com- 
pris (1844) dans le magnifique établisse- 
ment connu sous le nom de Néothermes, 
et portant le n° 48. » 

P . c. c. F. Jacotot. 

* 
» * 

Dans Les anciennes maisons de Paris 
sous Napoléon III par l'historiographe Le- 
feuvre (Paris 1873) il est longuement 
question de la rue de la Victoire. Les deux 
versions données par V. A T. dans le 
dernier n" de Y Intermédiaire s'y retrou- 
vent, mais page 380. t. 11, il est nette- 
ment indiqué que la rue de la Victoire 
doit son nom aux victoires de Bona- 
parte. 

Voici les passages relatifs au nom de 
cette rue : 

Un couvent de la Victoire fut fondé près 
de Senlis en raigon de la bataille de Bouvines 



«• i})6. Vol. LXV. 

147 

L'abbé et les religieux de la victoire, 

qui étaient de l'ordre de St-Augustin, eu- 
rent de temps iruméniorial un jardin, un 
marais et un vivier, au-delà de l'égout qui 
fut établi bien après, dans ce qui devint le 
quartier de la Chaussée d'Antin. Cela tenait 
peu de place entre la ferme des Mathurins, 
les Percherons et la Grange-Batelière ; cela 
n'avait même pas l'iniportance du lieu qui 
était dit Chantereine dans la même circons- 
cription. Toutefois on les disait ensemble 
marais Je la Victoire lorsque Jacob Duval 
était l'abbé, c'est-à-dire au milieu du xvu* 
siècle. . . 

puis page 380 se trouve le passage sui- 
vant : 

Mais la maison de la Victoiie prend part 
à une gloire impérissable, qui fait pâlir l'an- 
cienne vogue du charlatan (Caglioslro) le 
plus distingué et de la courtisane ^Mlle Der- 
vieux) connue par l'élite des galants de son 
temps. Le cri victorieux qui retentit, man- 
tenant encore, à tous les coins oe V ancienne 
rue Chantereine est celui Je l'armée d'Ita- 
lie à Arcole ; mais d force d'y prêter 
l'oreille, nous diitinguons l'écho vieilli de 
la bataille de Bouvtnes, qui s'y n,elc sans 
détour. 

L'abbe de la Victoire avait été propriétaire 
du terrain sur lequel fût bâti l'hôtel de la 
Victoire, dessiné par Ledoux pour Caritat, 
marquis de.Condorcet. La veuve de Condorcet, 
sœur du maréchal de Grouchy, vendit 
cette propriété à Julie Carreau, qui épousa 
Talma, et le tragédien illustre y eut ses 
jours de fête, y reçut les Girondins, Dumou- 
riez, Bonaparte. Joséphine Beauharnais en 
donna 180.C00 francs et y devint Mme Bo- 
naparte. La subititution officielle du nom de 
la maison à celui de la rue eut lieu le 8 
nivôse an VI. Le général en chef de l'ar- 
mée d'Italie n'avait depuis quatre ans que 
(■ette résidence en ville... 

Suivent les renseignements sur l'hôtel 
de la Victoire en concordance avec ceux 
donnés le 20 juillet dernier par notre 
confrère V. A. T. 

Paul T. 

11 est bien certain que le nom de Rue de 
la yicloire, qui remplaça celui de rue 
Chantereine, fut donné en l'honneur du 
général Bonaparte, lorsqu'il revint à Paris, 
après sa glorieuse campagne d'Italie et 
assisté aux négociations de Rastadt. Bona- 
parte arriva, à son hôtel de la rue Chan- 
tereine, le 15 décembre 1797. H voulut se 
dérober, mais ce lut en vain; la foule se 
trouvait partout ou il allait, et partout 
elle l'accueillait avec des cris d'enthou- 



LaNTBRMBDIAIRB 



148 



siasme. Le Directoire ne put pas refuser 
au héros les honneurs du triomphe et on 
lui fit des fêtes solennelles. 

Dans sa séance du 8 nivôse an VI (2? dé- 
cembre 1797), l'administration centrale du 
Département considérant qu'il est de son de- 
voir de faire disparaître tous les signes de 
royauté qui peuvent encore se trouver dans 
son arrondissement, voulant aussi consacrer 
le triomphe des aimées françaises par un de 
ces monuments qui rappèlent la simplicité 
des mœurs antiques. Ouï le Commissaire du 
Pouvoir Exécutif, arrête que la rue Chante- 
reine prendra le nom de rue de la Victoire. 

Puis, on lit cet avis dans Le Moniteur 
du 9 janvier 1798 : 

RÉPUBLIQUE Française 
Paris 19 nivôse an VI (8 janvier 1798). 
Le Département de la Seine a arrêté, le 9 
Nivôse, que la rue Chantereine, dans laquelle 
se trouve la maison du vainqueur de l'Italie, 
sera désormais appelée Rue de la Victoire. 
Les ordres ont été donnés pour que ce chan- 
gement s'opérât dans ki»«nuit du 10 au li 
Nivôse : ainsi, désormais, l'adresse de Bona- 
parte sera Rue de la Vtcioire, 

En 18 16, la Restauration substitua le 
nom de rue Chantereine à celui de La Vic- 
toire. Mais, sous le Gouvernement de 
Louis Philippe, en 1833, le nom de rue 
de La Victoire fut rétabli. 

DÉSIRÉ Lacroix. 

Santerre et la mort de Louis XVI 

(T. G .820 ; LXV; LXVl, 54. — Le collabo- 
rateur F. Àrverne triomphe un peu hâtive- 
ment. Sans doute, je mesuistrompéquand, 
sur la foi d'un garant que je et oyais sûr — 
et dont l'indicaiion a été imprimhe, il y a 
près de 30 ans, sans soulever, à l'époque, 
de contradiction — j'ai dit que Beaufran- 
chet —que j'appelais « sieur » à la suite 
d'un historien, et en reproduisant un texte 
de l'époque révolutionnaire — était mort 
sous la Restauration, puisque, en fait, il 
décéda à Vichy en 1812. Qyant à la con- 
fusion entre le village et le château 
d'Ayat, j'avoue qu'elle n'a d'excuse que 
mon étourderie et je suis tout à fait re- 
connaissant à F. Arvernc de l'avoir re- 
dressée. Mais enfin, ces bagatelles sont 
sans importance, en présence du « maté- 
riel documentaire » que j'ai réuni et dont 
mon contradicteur se gausse, certes, 
précipitamment, à son tour. Ce n'est pas 
du lieu où j'écris cette rectification — un 
village perdu de Suisse — qu'il me serait 
possible de le produire. Qu'il mesuffisede 



DES caERCHBURS ET CUMBUX 



10 Août 191* 



Ï49 

noter provisoirement que rargument re- 
latif à Santerre, à son uniforme, et à 
l'abbé Edgeworth, par lequel F. Arveine 
tente d'incriminer une partie de mon rai- 
sonnement, n'a nullement la valeur 
qu'on voudrait lui attribuer. Dans deux 
mois, donc, je reviendrai sur cette cu- 
rieuse énigme, à la solution de laquelle 
j'ai essayé de contribuer, en ranimant un 
débat qui sommeillait — , par l'introduction 
dun facteur relativement nouveau : en 
l'espèce, le personnage de Beaufranchet — 
et je reproduirai le témoignage, tout ré- 
cent, du dernier historien de Santerre, 
M F. Weber, lequel a bien voulu, il y 
quelques jours, m'envoyer, avec une pré- 
cieuse lettre, les curieuses études qu'il a 
publiées sur Santerre et sa famille dans 
un périodique malheureusement inacces- 
sible mêmeauxérudits le mieux informés: 
Le Brasseur Français. ]q. recommanderai, 
en attendant, à F. Arverne de ne plus con- 
fondre, comme il l'a fait, le Collège avec 
le Lycée d'Aurillac. Je ne suis pas assez 
vieux pour avoir professé au Collège et 
c'est au Lycée que j'ai débutédansl'ensei- 
gnement il y a lo années. C. Pitollet. 

La mort deLannés (LIX ; LXI ; LXllI). 
— Dans la toujours si documentée Chronique 
Médicale du D' Cabanes, le D' Max Bil- 
lard publie, sur l'embaumement de Lannes, 
ce document inédit, fort intéressant : 

Ministère 

de 
la Guerre 

Bureau 

des 

Opérations militaires 

Rapport à S. M. l'Empereur et Roi (i). 
Du 14 mai, an 1810. 
Sire, 
J'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre 
Majesté que les corps du feu duc de Monte- 
bello et du général Saint-Hilaire étaient arri- 
vés à Strasbourg sans que leur embaume- 
ment, commencé à l'armée par M. Larrey, 
eût été entièrement achevé. 

D'après l'ordre de Votre Majesté, je pris 
des mesures pour que cette opération fût ter- 
minée ; et le D^ Fortin, pharmacien de la 
garde impériale, demeuré à Strasbourg, pour 
la conservation de ces corps, acheva l'embau- 
m^ement du corps du feu duc de Montebello, 
d'après un procédé qui lui fut indiqué par 
M. Larrey lui-même. 

(•) Arch. Nat. A. F. 1108. 



150 



j'apprends aujourd'hui par une lettre du 
maire de Strasbourg, que le corps du duc de 
Montebello, déposé dans un des caveaux de 
l'hôtel de ville, avait donné des signes mani- 
festes de putréfaction, et qu'il était menacé 
d'une décomposition totale. 

On a été obligé, en conséquence, de 
transporter sur le champ ces restes dans un 
nouveau cercueil de bois, auquel l'on a 
ajouté un autre en plomb, afin de prévenir, 
avec le danger des émanations, une dissolu- 
tion prochaine, inévitable par une longue at- 
tente et dans la saison actuelle. 

Il paraît que cet accident est dû à la tenta- 
tive cui a été faite d'embaumer le corps du 
duc de Montebello, suivant un procédé nou- 
veau dont l'effet n'a point répondu à ce 
qu'on s'en était promis; car le corps du gé- 
néral de Saint-Hilaire, qui a été embaumé 
d'après les anciens procédés, eit dans un état 
parfait de conservation. 

Cet état de choses mettra Votre Majesté à 
portée de décider s'il n'y a pas lieu de re- 
noncer à l'exécution de l'article du programme 
qui ordonne l'exposition aux Invalides, pen- 
dant trois jours, du corps du duc de Monte- 
bello... 

Le ministre de la guerre, 
Duc DB Feltre. 

Abbés nuUius (T. G. 19; XLV ; 

LVIII ; LIX ; LXV ; LXVI, 70,108). — Je 
suis bien reconnaissant à M. H. de L. de 
m'avoir signalé un lapsus qui m'a échappé 
dans l'article consacré à cette rubrique. Il 
est tellement considérable que son énor- 
mité même m'a empêché de le reconnaître 
à la lecture des épreuves. Il en est ainsi 
souvent pour les auteurs qui, corrigeant 
avec soin les petites fautes qui leur échap- 
pent, laissent passer sans s'en apercevoir 
de ces énormitésqui déconcertent. Ils imi- 
tent sous ce point de vue les pharisiens 
dont parle Notre-Seigneur (Math. XXIII, 
34, qui enlèvent avec soin le moucheron de 
la coupe où ils boivent, mais avalent sans 
hésiter le chameau excolantes culicem, 
camelum aiitetn glutientes. Mais au sujet 
de Saint-Maurice d'Agaune, voici un dé- 
tail peu connu et qui complétera sur un 
point le peu que j'en ai dit. 

Grégoire XVI, par le bref In. amplissimo 
apostolicae dignitatis^ en date du 3 juillet 
1840, unit perpétuellement l'évêché de 
Bethléem à celte abbaye, en telle sorte 
que l'abbé étant régulièrement élu, il 
était par là même, et sans autre formalité, 
évèque titulaire de Bethléem, et n'avait 
plus qu'à envoyer à Rome ses lettres pa- 



N» ijjô. Vol. LXM. 

151 

tentes d'élection pour que le Saint-Siège 
lui adressât la bulle le nommant évêque de 
Bethléem. 

Cette nomination passa alors sans diffi- 
culté. Le premier évêque fut Mgr Bagnoud, 
à qui, cinquante ans après, succéda, en 
i8tS(), Mgr Faccolai, mort lui-même le 6 
avril 1909. 

Le siège de Bethléem avait été, après 
la prise de Jérusalem, transporté à Cla- 
mecy et y était resté jusqu'à la Révolution 
française qui détruisit cet évèché avec les 
autres. Quand le Concordat de 1801 re- 
constitua l'église de France, le siège de 
Bethléem ne fut pas relevé en France. Cla- 
m ecy se trouva alors, par suite du Con- 
cordat, dans les limites du diocèse de Ne- 
vers, et en 1909, après la mort de Mgr. 
Paccolat.cet évèché crut le moment favo- 
rable pour revendiquer le siège de Bethléem 
dont il voulait s'unir le titre. Il le réclama 
donc par un mémoire à la Consistoriale, 
se basant sur une possession six foissécu- 
laire, découlant du fait que l'église de 
Bethléem a Clamecy se trouvait dans les 
limites du diocèse de Nevers. 

Le mémoire envoyé au Saint-Siège fut 
donné en communication au monastère de 
Saint-Maurice d'Agaune pour lui deman- 
der de faire valoir ses raisons. Il ne fut 
pas difficile à ce dernier de répondre. 
L'Eglise de Bethléem resta longtemps en 
Palestine, puis, après l'émigration forcée 
de ses évêques, elle se transporta en Oc- 
cident et s'établit a Clamecy. Clamecy 
était bien situé dans le comte de Nevers, 
mais se trouvait jusqu'à la Révolution 
dans les limites du diocèse d'Auxerre.Non 
seulement Nevers n'avait point, comme 
diocèse, les six siècles de possession dont 
il se vantait, mais si quelqu'un pouvait 
prétendre à un droit quelconque, c'était 
l'archevêque de Sens, dont le diocèse cin- 
brassait celui d'Auxerre, dont dépendit le 
territoire de Clamecy. 

La Consistoriale débouta donc l'évéché 
de Nevers de sa demande, et par bref du 
24 juillet «909, Monseigneur Abbet, élu 
par le chapitre de Saint-Maurice le 21 
avril précédent, était nommé évêque titu- 
laire de Bethléem. D' A. B. 

L Ermitage (LXVI, 96). — M. C. de 
la Benoîte trouvera tous les renseigne- 
ments nécessaires sur le pavillon de l'Ermi- 
tage dans l'ouvrage suivant : « Adimnis- 



L'INTERMEDIAIRE 



— 152 



tration Générale de V Aisiitance publique à 
Paris, les grandes fondations, la Fondaiion 
Debrousse, (1892-1908^ », à Paris chez 
Berger-Levrault, 1908. (S'il peut venir 
me trouver à mon cabinet. 3, avenue 
Victoria, j'aurai le plaisir de lui en faire 
remettre un exemplaire). 

Gaston Grillet. 

Château de Séverac : (Aveyron) 

(LXVI, 4, 107). — Voir la Notice parue 
dans le premier volume des Documents 
Historiques et Généalogiques du Rouer gue 
par H. de Barrau,dont la dernière édition 
est, me dit-on, épuisée. 

Probablement édiiée à Rodez, on ne me 
fixe pas sur ce point. D. V/eber. 

Seigneurie des Préaux (LXVI, 48). 
— Bothéon ou mieux Bouthéon, com- 
mune du canton de Saint-Galmier (Loire). 

Grandpré, chef-lieu de canton del'arron- 
dissement de Vouziers-t'Ardennes). 

Les Préaux, commune du canton de 
Satillien (Ardèche). Madel. 



« * 



je ne puis répondre qu'à un point de 
cette question, celle qui concerne Grand- 
pré. Grandpré avait, dès le ix* siècle, le 
titre de comté. C'était une des 7 comtés- 
paieries de Champagne. 

En 1488, Isabeaud'Halluin porta Grand- 
pré à la maison de joyeuse. En 1741, ce 
comté passa du marquis d'Hocqueville 
par son mana^^e avec Honorée de joyeuse. 

Grandpré, arrondissement de Vouziers 

(Ardennes). 

Marie Husson. 

La reconstitution des actes de 
l'état civil (LXVI, 51J. — M. Gustave 
Bord, dans sa question sur la reconstitu- 
tion de létal civil parisien, travaille à sirii- 
plificr la besogne des généalogistes. Mais 
il est une autre lacune bien plus graveque 
celle des Archives parisiennes et départe- 
mentales de lEtat civil, c'est celle des re- 
i;islres des Colonies françaises remontant 
a la 2'' partie du xviiie siècle, et à la i'" 
moitié du XIX" siècle, tenus par les curés, 
missionnaires ou desservants, dans nos 
diverses possessions d'outre mer. L'accès 
en est même défendu aux historiens cons- 
ciencieux, ce qui est naturel, beaucoup de 
précautions devant entourer les naissances 
plusou moins légititnes des mulâtres. Tous 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 191 3 



I"?} 



154 



les registres de paroisses sont conserves 
au Ministère des Colonies et confiés à un 
ancien gardien c'e bureau, devenu em- 
ployé de l'Etat civil colonial, d'une ins- 
truction limitée, d'une complai.'^ance très 
inégale, suivant le client. Le Ministre des 
Colonies ignore sans doute que ce dépôt 
sacré est livré au tact, à la délicatesse 
professionnelle d'un subalterne qui a dé- 
passé làge de la retraite, alors qu'il fau- 
drait avant tout faire répertorier ces 
nombreux registres, au moins aussi di- 
gnes d'être vérifiés par un Archiviste pa- 
léographe, que ceux de l'ex-direction des 
Cultes. Il y a là un danger à conjurer, et 
une source de documents à mettre en 
saine lumière, un dépôt à confier à un 
agent soucieux de ses droits et de ses de- 
voirs. 

Cyprien de la Guadeloupe. 

Damiens T. G. 2:;8; fLXIII, LXIV). 
— On prétend quelquefois retrouver un 
descendant du régicide dans un de nos 
plus sympathiques parisiens, M, Charles 
Fortin. La biographie suivante qui a été 
publiée dans le Bulletin des Parisiens de 
Paris éclaire cette question en même temps 
qu'elle trace un curieux croquis d'une 
famille de la bonne bourgeoisie parisienne. 

Un sieur Damiens, qui était à Versailles, 
pâtissier à la bouche du Roi, épousa une 
demoiselle Fortin de cette ville, et crut bien 
faire, en 1757, après l'attentat commis par 
son homonyme sur la personne de Louis XV, 
de changer son nom, en prenant celui de sa 
femme. 

Son fils, et successeur, eut, en 1780, un 
garçon, Charles-François Damiens, dit For- 
tin, qu'il plaça, en 1792, comme apprenti à 
Paris, chez des papetiers de la rue Saint- 
Nicaise. lesquels acceptèrent « de nourrir, 
loger, chauffer et blanchir le gamin pendant 
l'espace de trois années, et de lui apprendre 
l'état et le commerce de la papeterie, pro- 
mettant de donner tous leurs soins nécessai- 
res pour y parvenir, le tout pour prix et 
somme de quatre cents livres ». 

Le petit papetier était devenu un gaillard 
de im,09 de taille, lorsque la patrie en dan- 
ger appela tous ses enfants à la défense de la 
frontière. Charles-François fait campagne, 
en Allemagne, dans l'armée de Moreau, se 
bat à Hohenlinden, marche sur Vienne, tient 
scrupuleusement compte sur un carnet — 
encore existant — de ses actes, déplacements 
et combats quotidiens, et ne rentre en France 
que réformé, après la paix de Lunéville(i8oi). 

Il se marie alors avec une fil4e d'un ex- 



carrossier de Louis XVI, Quesnel, qui avait 
deux autres filles mariées, l'une au charron 
de la berline dans laquelle Louis XVI fut ar- 
rêté à Varennes, l'autre au sellier royal qui 
travailla pour les trois frères rois, Louis XVI, 
Louis XVIIl et Charles X, et fut pourtant in- 
quiété lors de l'assassinat du duc de Berry, 
parce qu'il avait occupé Louve! comme ou- 
vrier. 

Une fois marié, Fortin-Quesnel fonda, en 
1802, rue Helvétius, — aujourd'hui rue 
Sainte-Anne, — un petit magasin de papete- 
rie, au-dessus duquel ce géant logeait dans 
un entresol de 2m, 10 de hauteur. Il faut 
croire qu'il ne s'y trouva pas mal à l'aise, 
car il y eut et y éleva onze enfants. L'aîné, 
Charles, succéda a son père dans sa maison 
de commerce, en 1S36. Marié à une pari- 
sienne, il eut, au 48 de la rue Sainte-Anne, 
le 23 septembre 1838, un fils Charles Fortin. 

Comte de Bellevue (LXVI, 46). — 
11 s'igit de M. Saturnin Charrier de Belle- 
vue, connu sous le titre de comte de Bel- 
levue, commandant en retraite, mort à 
Nice en 1874. ^ ^ âge de 86 ans. Il avait 
adopté M. Désiré-Ernest Lebeau, qui, de- 
puis, fut connu sous le nom de comte 
de Bellevue et épousa, en juin 1876, 
Mlle Chanu. 

La famille 
tant Saint-Dc .-.;. ^^. 
vrier 1786 (Vo\v t^ 
le Dictionna - - . 
tome X, pag(.; )v^.. 



le Bellevue, habi- 

ut anoblie en fé- 

uveau d\Ho:(ier et 

imilles françaises, 

Madel. 



Dans ma c 

saillaises, je \ 



Eugène cl© (kjlil^-rd (LXVI, 47). — 
Il a laissé un fils msi^ié, n'ayant que des 
filles, qui hé bit* à "oulouse, 3, Jardin 
Royal. S'adrf:?", ' ai pour plus amples 
renseignemei Bellechasse. 

« 

1 de notabilités ver- 
sur M. de Goulard : 

1° Son portrait extrait d'un Journal 
illustré ; 

2" un état détaillé des fonctions aux- 
quelles il a été appelé ; 

3° une petite lettre autographe de lui, 
datée de i8so, sans grand intérêt; 

4** plusieurs lettres beaucoup plus lon- 
gues et plus intéressantes de son père, ad- 
ministrateur des Domaines à Versailles; 

5° une Notice biographique satirique 
assez amusante publiée par le Trombinos- 
cope en 1873. 

J'ignore si M. de Goulard a laissé des 
descendants. P. F. 



N« 1336. ¥•!. LXVI. 
155 

(J'ai deux exemplaires de la Notice du 
Trombinoscope et puis en mettre un à la 
disposition de notre collègue.) 

* 
• » 

Pour Eugène de Goulard, voirie Dictton- 
nairs des Parlementaires, qui est à la dis- 
position du public dans la sall'^ de Lec- 
ture de la Bibliothèque Nationale. Puis on 
pourrait continuer les recherches au 
Bureau d'enregistrement de la ville où 
il mourut, et, avec la date de son décès, 
chercher dans les six mois qui suivent, 
le nom de ceux qui acquittèrent les droits 
de succession, enfin écrire à l'archiviste- 
départemental de Tarbes. Moyens élémen- 
taires et pratiques. 

Crost. 

Les mémoires de Kuss LXVI, 95), 
— On a imprimé Russ pour Kuss. 

Oberkampf et la fabrique de 
Jouy (LXIV ; LXV). — Le D' Forrer de 
Strasbourg a publié des détails sur la fa- 
brique d'Oberkampf et sur ses toiles de 
Jouy dans son ouvrage sur Les Tissus im- 
primés du moyen âge, de la Renaissance 
etc.. et y a reproduit plusieurs planches 
avec reproduction de toiles imprimées 
par Oberkampf. Entre autres le fragment 
d'une toile avec vue de la fabrique 
d'Oberkampf et des ouvriers de la fabri- 
que travaillant à la presse, aux rou- 
leaux, à l'eau etc. etc.. Le titre de cet ou- 
vrage écrit en allemand est « R. Forrer, 
Die Kunst des Zeugdrucks vom Mittel 
alter bis rùr Empirezeit. Strasbourg 1898, 
avec 81 planches et beaucoup de clichés 
dans lé texte >. 

Philibert de Chalon, Prince d'O- 

rangefLXViLXVi. 63). — Frédéric-Henri 
de Nassau 1584-1647, épousa Amélie de 
Solms, et non Marie d'Angleterre, fille de 
Charles I, qui devint sa belle-fille en 
épousant son fils le Stadhouder Guillaume 
11. Celui-ci mourut le 6 novembre lôso, 
huit jours avant la naissance de son en- 
fant unique qui devint plus tard Guillau- 
me ni, Stathouder et roi d'Angleterre et 
mari de Marie, fille de Jacques IL 

Frédéric (iuillaume, électeur de Bran- 
denbourg 1640- 1688, épousa Louise Hen- 
riette de Nassau, fille de Frédéric-Henri et 
par conséquent la tante et non la sœur 
de Guillaume in. ce ne fut pas lui, mais 



L'INTERMEDIAIRE 



156 



son fils Frédéric, qui se fit couronner 
comme roi de Prusse en 1701. 

F. KocH, J^ 

Randon de Pommery, etc. (LXVI, 
5). — On trouve dans le volume des Mé- 
moires de Laurette de Malboissière, qui 
était fille d'un Randon issu de Jean An- 
toine Randon d'Anduze, une généalogie 
de cette famille Randon. Je n'ai relevé dans 
mes notes qu'un Randon de Pommery, 
cousin du père de Laurette. Le vrai nom 
de celle-ci était Geneviève-Françoise Ran- 
don de Malboissière. V Jlrmorial de Du- 
buisson donne les armes de Randon de 
Bosselle qui est peut-être Randon de Bois- 
set. Ce sont les mêmes que celles de Ran- 
don de Massane d'Hanneucourt. 

E. Grave. 
* * 

Les excellents manuscritsgénéalogiqucs 
du ducde Caraman.surles'familles de Fer- 
miers généraux, donnent une filiation cons- 
ciencieuse des diverses branches des Ran- 
don. L'auteur n'a pu souderentre eux tous 
cesrameaux.il débute par cette remarque : 
« Cette famille protestante, originaire 
d'Anduze en Languedoc, tire sa noblesse 
de Toffice de secrétaire du roi, et de la 
charge de capiloul de Toulouse. Ce que 
l'on trouve est si confus et souvent si 
contradictoire que malgré tout le soin 
avec lequel elle a été relevée, on ne peut 
donner que sous réserve la filiation ». Le 
manuscrit Carainan se trouve à la Biblio- 
thèque nationale , salle des manuscrits 
cotéainsi : Français, Nouvellesacquisitions, 
20533. 534, 535i 5 vol. in-f«. Jehan. 

Ulysse Pic (LXIV ; LXV, 376) . — 
Merci aux collaborateurs qui, si aimable- 
ment, ont répondu à ma question. N'ayant 
point à ma disposition les Confidences 
d'un journaliste de Maxime Rude, serait-il 
indiscret que de demander communication 
des deux pages consacrées à Ulysse Pic ? 
D'après les lettres que je possède, il dut 
être rédacteur au Mans, (/'(y««o»r> ; àLyon 
{le Rhonc) ; à Nevers, à Nice [Le Messa- 
ger) ; à Dijon {Moniteur de la Côie-d'Or). 
Malheureusement, pour ces divers stages, 
je n'ai aucune date précise, et serais bien 
heureux que quelque intermcdiairiste des 
pays que traversa ce journaliste errant, 
m'en indiquât. L. C. 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 191a 



157 



is8 



DelaSudrie(LXV; LXVI,66).— Une 
famille De la Sudrie demeurait, il y a quel- 
ques années, à Bourg-la-Reine, avenue 
Victor-Hugo, n° 32. On m'assure qu'elle 
habite encore Bourg-la-Reine. j'ignore 
son adresse actuelle. F. A. 



* 
* * 



Voici une généalogie succincte de la 
famille de la Sudrie, originaire du Limou- 
sin : 

I. N... de la Sudrie, né vers 1480, eut : 
1* Jacques, qui suit ; a" Junien, vivant en 
1570. 

II. Jacques, marié vers i>40, à Catherine 
Viiscent dont : 

III. Jehan, marié le 23 décembre 1570 à 
Jehanne Meauldre de la Pouyade, dont ; 

IV. Barthélémy, marié vers 1600 à Marie 
Babaud, dont : i'' Barthélémy, qui suit; 2° 
Jehan, né en 1602 ; 30 François, chevau-Ié- 
ger de la garde du roi ; 4" Jehanne. 

V. Barthélémy, écuyer, seigneur de Puy- 
richird, conseiller du roi et trésorier de 
France, né en 1604, marié le 16 mai 1658, à 
Marguerite Barbar)n de Fonteyroux, dont ; 
Joachim, qui suit ; 2" Jacques, écuyer, sei- 
gneur de Gamory, trésorier de France ; 3° 
Marie, religieuse de Ste-Claire ; 4" François, 
écuyer, seigneur de la Paye, lieutenant au 
régiment de Varennes, né en 1642, mort à la 
guerre en avril 1689 ; 5" Pierre, écuyer, sei- 
gneur du Chambon, mousquetaire ; 6" Jean, 
capitaine au régiment du roi ; 7" Ma- 
deleine, mariée en 1664 à Jean Gourdin ; 
8° Martial ; 90 Marie ; lo» Elisabeth ; ii» 
Barthélémy, auteur de la branche de Puyri- 
chard ci-après ; 12° Françoise, mariée à Fran- 
çois Martin de Bourgon ; 13* Jean. 

Branche de Ga uory 

VI. Joachim, écuyer, seigneur de Chasse- 
neix, chevau-léger de ia garde du roi, marié 
le 22 mars 1691 avec Anne du Boys, dont : 
i» Jacques, qui suit ; 2'^ Marie-Anne, mariée 
en 171 1 à Jean de Cambourg. écuyer, sei- 
gneur de la Cour de Genouillé ; 3" Fran- 
çoise, née en 1693 -, 4° Barthélémy, écuyer, 
capitaine des grenadiers au régiment de 
Bourgogne, chevalier de Saint-Louis. 

VU. Jacques, chevalier, seigneur de Ga- 
mory, conseiller du roi. marié le 15 mai 
1711 à Jeanne Forgerie, dont : 1" Clément, 
qui suit ; 2° Barthélémy, né en 1716 ; 30 
Anne-Thérèse, mariée à Martial de la Sudrie 
(branche de Puyrichard) ; 4» Jean, écuyer, 
seigneur du Chambon, capitaine des grena- 
diers au régiment de Bourgogne, chevalier 
de Saint-Louis. 

Vlll. Clément, écuyer, capitaine au régi- 
ment de Bourgogne, chevalier de Saint-Louis, 
trésorier de France et pensionnaire du roi, 
né en 1715, marié en 1748 à Suzanne Mou- 



linier de Puydieu, dont : i* Jacques, qui 
suit ; 2* Barthélémy, seigneur du Masrocher, 
otficier au régiment de Lyoïinois ; 3° Su- 
zanne, mariée en 1773 à Paul de Rousiers, 
chevalier, seigneur du Rhus ; 4* Marie, ma- 
riée en 1773 à Etienne Gallicher de Veau- 
goulours. 

IX. Jacques, écuyer, officier au régiment 
de Lyonnois, émigré, marié le 9 août 1770 à 
M.irie-Anne de la Sudrie (branche de Puy- 
richard), dont i<» Clément, marié le 13 Flo- 
rial an Xlll à Marcelline de? Marais, dont : a) 
Clémence, mariée à Joseph Périgord de Vil- 
lecheno.i ; b) Louise mariée à N... de Bon- 
negens , 2° Martial, officier au régiment de 
Royal-Etranger, marié en 1802 à Marie de 
Labrouhe de Vareilles, dont : a) Caroline, 
mariée avec Alfred de Mascureau ; b) Louise, 
mariée à Frédéric de Mascureau. 
Branche de Puyrichard 

VI. Barthélémy, écuyer, seigneur de Puy- 
richard, trésorier de France, épousa, le 29 
avril 1705, Anne-Marie Morcl de Fromenthal, 
dont : i" Martial, qui suit ; 2" Barthélémy, 
écuyer, seigneur de la Paye, capitaine du ré- 
giment de Bourgogne, chevalier de Saint- 
Louis ; 3° Magdelaine, mariée à Jean The- 
venin de Ginéty. 

Vil. Martial, écuyer, seigneur de Puyri- 
chard, né en 17 13, marié le 2 mars 1742, avec 
Anne-Thérèse de la Sudrie de Gamory, sa 
nièce à la mode de Bretagne, dont ; Marie- 
Anne, mariée en 1770,3 son cousin Jacques 
de la Sudrie de Gamory et morte sur l'écha- 
faud révolutionnaire en 1794. 

QU/ERENS. 

OÙ est enterré le maréchal de 
Villars(LXVI, 42). — On ne répond tou- 
jours pas à cette question : serait-elle donc 
insoluble ? Quoi, on ignore où sont les 
restes du vainqueur de Denain ! 

L'Echo de Paris publie sur ses descen- 
dants cette note : 

Le maréchal Louis-Hector de Villars, de 
la branche cadette des Villars de la Chapelle, 
mort en 1734, n'avait eu de son mariage 
avec Angélique-Jeanne Roque de Varenge- 
ville que deux enfants, deux fils : le cadet, 
Louis, mourut en 1704, âgé de quelques 
mois ; l'aîné, Honoré-Armand, né en 1702, 
épousa en 1721 Amable-Gabrielle de Noailles 
dont il n'eut qu'un seul enfant, une fille, 
Amable-Angélique Celle-ci, née en 1723, fut 
mariée à Gui-Félix Pignatelli d'Egmont dont 
elle n'eut pas, d'enfants. Après la mort de son 
époux, elle se fît religieuse du Calvaire, près 
Luxembourg. Ainsi, finit la descendance du 
maréchal de Villars. 

II existe aujourd'hui des parents ou des 
alliés du maréchal, — M. le marquis de Vo- 



N« 1336 Vol. LXVI 



L'INTBRMBDIAIRP 



15Q 



160 



giié, croyons-nous, — mais plus de descen- 
dants. 

Armes à déterminer : Trois fas- 
ces échiquetées (LXVI, 49). — Ces 
armes sonl celles de Pierre de Cambout, 
cardinal de Coislin, né à Paris en 1636, 
mort le ^ février 1706. — Pour plus am- 
ples détails, V. Guigard, Armoriai du Bi- 
bliophile, t. I, p. 261, et l'abbé Migne : 
Dictionnaire des Cardinaux. 

NlSIAR. 

* * 

La famille du Camboust de Coislin 
portait : de oueu/es a trois faues échiquetées 
d'argent et d'azur. 

Il semblerait bien qu'il pût s'agir d'elle, 
mais si le collaborateur, qui signe XX, ne 
se trompe pas en disant que le prélat qui 
portait trois fasces échiquetées vivait sous 
la Régence, je ne vois pas à qui cet écus- 
son surmonté du chapeau cardinalesque, 
pourrait s'appliquer. En effet, Pierre du 
Cambout, cardinal de Coislin, évêque 
d'Orléans (juin \66^] bien jeune puisqu'il 
était né en 1636), honoré de la pourpre 
cardinalice en juin 1697, Grand-Aumo- 
nier de France en 1700, décéda le 5 fé- 
vrier 1706, donc avant Louis XIV. 

Le cardinal eut bien un neveu, Henri 
Charles du C. de C, évêque de Metz en 
1697, mort en 1732, et un cousin, Guil- 
laume du C. Beçay, é\êque de Tarbcs en 
1719 : mais bien que les évêques prissent 
souvent le chapeau à 10 glands des ar- 
chevêques et ceux ci timbrassent leur 
écu d'un à 15 glands (5 rangées), il n'est 
pas vraisemblable qu'un évêque de Metz 
ou de Tarbes ait pris les 15 glands. Ou 
bien il s'agit du cardinal de Coislin, et 
alors l'empreinte citée est antérieure à la 
Régence, ou bien d'un cardinal apparte- 
nant à une famille différente. 

Comte DE St-Saud. 

Ce prélat de la Régence ne peut être 
que Henry Charles du Cambout, duc 
de Coislin, évêque de Metz, pair de 
France, etc., né à Paris, le 15 sep- 
tembre 1664, mort dans la même 
ville le 28 novembre 1732. Son oncle, 
Pierre du Cambout de Coislin, évêque 
d'Orléans, était mort le ^ février 1706. 
Armes : De gueules à trois farces échique- 
tées d'oigrnt et d'azur de deux traits. 

P. LE J. 



La famille de Cambourg en Bretagne 
porte : de gueules à trois fa scei échiquetées 
d'azur et d'argent de deux TircS 

L. DE C. 

Armes à déterminer : de gueules 
au sautoir d'or (LXVI). — Rietstap 
donne 34 familles portant ces armes. Il 
semble difficile de se décider pour l'une ou 
l'autre en l'absence d'autres indications. 

NlSlAR. 

Armoiries à déterminer : à 3 têtes 
de lion (LXVI, 6, 1 17). — Lire M. P. de 
« Farcy » et « Ex-libris monceaux.» 

Fer aux armes des Becdelièvre 

(LXVI, 49). — D. D. I B. BECDELIÈVRE- 
DE. LA. BVSNELAYS. CO^ft>*.'PROTOPR>E doit SC 

lire ainsi : Dominus Dominus Joannes Bap- 
tista Becdelièvre de la Busnetays.^ Compnto- 
Tum protoprceses. 

Jean-Baptiste de Bec-deLièvre, seigneur 
de la bunelaye, fut conseiller au Parle- 
ment de Bretagne le 7 juillet 1677. pre- 
mier président de la Chambre des comptes 
le 5 septembre 1678 et mourut en 1736. 

La seigneurie de Tréambert, que Renée 
de Sesmaisons lui avait apportée en ma- 
. riage, fut réunie à plusieurs autres 
terres et érigée en marquisat, sous le nom 
de Bec-de-Lièvre. par lettres du mois de 
février 1717. Le fer de reliure, où les ar- 
mes sont timbrées de la couronne com- 
tale, est donc antérieur à cette dernière 
date. II a été omis, je crois, par jonnnis 
Guigard dans le Nouvel ai mariai du biblto- 
phiic. 

Les Bec-de-Lièvre portaient : De sable., 
à deux croix d'argent, tréfiées et au pied 
fiché, rangées en fasce ; une coquille de 
même en pointe. Qu.«siTOR. 

Marque Fratin (LXV, 785 ; LXVI, 
20). — Il y a dans le Charivari un por- 
trait-charge de cet artiste. 

l'en ai tout récemment vu deux épreuves 
dans les cartons de M. Geoffroy, le mar- 
chand d'estampes de la rue Blanche. 

Simon, 

Bague avec portrait (LXVI, 94). — 
Dans une importante collection de mé- 
dailles de la Révolution et de l'Empire 



DBS CHERCHEURS 

i6i 



ET CURIEUX 



10 Août 1913 



162 



que je disperserai aux enchères vers no- 
vembre prochain, je vois une bague en 
argent avec les portraits de Marat, Chalier 
et Lepelletier. }. Florange. 

expert à Paris, 17, rue de la Banque- 

Chastillon (Topographie fran- 
çoise par Claude) (LXV, 778 ; LXVI, 
25). — Hn effet, la question au titre ainsi 
rectifié mérite d'être posée ! 

Que sont en vérité, par exemple, 'les 
vues que l'ingénieur châlonnais appelle : 
Les Evelles sur la rivière de Meuse, Con- 
nain, maison plate bastie à la moderne, La 
Chermovse, Gorville, Coudria, Inacque, 
Lenimulle, Nioffre, et... beaucoup d'au- 
tres? 

La vue de Sommièvre n'est-elle pas celle 
de Somme-Yèvre (département de la 
Marne) ? 

Enfin Vaul jour représente-t il Vau- 
jours en Seine-et-Oise ? 

Pourquoi, de plus, la plupart des vues 

de Cl. Chastillon se trouvent-elles avec le 

blason demeuré en blanc ? Alex. 

* 

* * 
Le catalogue 23 des frères Geoffroy 

est intéressant de ce fait qu'il ne com- 
prend que des gravures provenant de la 
collection du ministre Choiseul. 

j'indique la vue intitulée : Cramoyan 
en la Brie comme étant vraisemblable- 
ment Moissy-Cramayel. — Chastillon sur 
le Marais comme représentant Chatillon- 
sur Morin. - Four Patur me fait penser 
à Villepatour, — Je situe volontiers le 
bastiment de la Tour de Beauté au bois de 
Vincennes, près de Nogent-sur-Marne. — 
L'abbaye renommée de Essaune serait 
une vue de la Bénédictine d'Essomes 
(Aisne). — Le petit chasteau dEsclusian 
me parait être Eclusier-Vaux, dans la 
Somme. — La ville de Fougers sans nul 
doute est Fougères(Hîe-et-Vilaine), etc. 

D'autres m'embarrassent fort, par leur 
orthographe fantaisiste. 

11 est aussi fort regrettable qu'on ne 
possède pss le carnet où Chastillon dut 
inscrire les dénominations des monuments 
et environs figurés sur ses précieuses vues 
(dessinées sous Henri IV et publiées sous 
Louis XIII) par des lettres de renvois qui 
certainement devaient former des légendes 
explicatives détaillées à ses gravures, par- 
fois éditées chez Briot ou Poinsart. 

L'ICONOLOGUE. 



Distique latin à identifier: « Quid 
faciès. . . » (LXVI, 7). — En 1873, étant 
à Cauterets, j'y avais pris gîte à l'hôtel 
de... Il me serait difficile aujourd'hui d'en 
désigner l'enseigne. 

Mais j'ai gardé un très exact souvenir 
de ce qui suit : 

A' la table où je prenais mes repas, il y 
avait plusieurs ecclésiastiques. 

Un d'eux particulièrement jovial et 
amateur de jeux de mots, prenant à par- 
tie un de mes camarades et moi, nous 
poussa cette colle : 

Quid faciès faciès veneris cum venerisante, 
Ne cedeas sedeas, ne per eas pereas. 

J'avoue que je fus un moment à cher- 
cher l'explication ; et lorsque je crus 
l'avoir trouvée, j'hésitai à la donner au 
milieu de tant de « riz et pruneaux ». Je 
parle comme si « riz et pruneaux » eussent 
été dès lors inventés par Daudet. 

je me contentai donc, après avoir échan- 
gé un coup d'œil avec mon interrogateur, 
de lui donner, aussi en latin, une cons- 
truction qui valait, me semblait-il, une 
traduction. 

L'abbé bon enfant, et avec lui toutes 
les soutanes de la table, me firent des si- 
gnes qui voulaient être doublement ap- 
probateurs. 

C'est surtout cette petite scène mimée 
qui fixa la chose en question, dans ma 
mémoire. 

Je crois bien me rappeler que l'abbé 
qui avait ainsi lancé entre la poire et le 
fromage son interrogation un peu sca- 
breuse, était du diocèse de Dijon, ou de 
celui d'Auxerre. 

La maxime moraliste <^ Quid faciès » 
serait-elle à ajouter aux excellents pro- 



duits de la Bourgogn e.? 



M. A. B. 



Les Te-Deum des rois sont les 
De profundis des peuples (LXVI, 50). 
— La phrase : 

Hélas ! le Te Deum des rois est toujours 
le De profundis des peuples^ 

est attribuée par le Grand Larousse au 
dauphin père de Louis XVI. 

On peut aussi rapprocher cette phrase 
des deux suivantes : 

On p'^rissait de misère au bruit des Te 
Deum et parmi les réjouissances, 

(Voltaire, Le siècle de Louis Xlf^.) 



N» I336. Vol. LXVI. 



L'INTfiKMBDIAIRB 



163 



164 



J'ai battu les Romains, écrivait Annibal 
aux Carthaginois ; envoyez-moi des troupes ; 
j'ai mis l'italid à contribution ; envoyez-moi 
de l'argent ; voilà ce que signifient les Te 
Deum. 

{].-]. Rousseau, Projet de paix perpé- 
tuelle). Nauticus. 

Trois pour cent. Quiroga (noms 

de vêtemeats) (LXVI, so, 122). — Le 
Quirooj a sans doute emprunté son nom 
au général espagnol Quiroga (Antonio), ou 
à Quiroga (Juan Facundo), président de la 
République Argentine. 

Nauticus. 

« C'est la faute à Rousseau >> (LXVI, 
52, iii). — Ce refrain était populaire 
bien avant la publication des Misérables 
de Victor Hugo. C'est le refrain d'une 
chanson composée par notre chansonnier 
national Béranger, en mars 18 17, sous 
le titre : Mandement des vicaires géné- 
raux de Paris. Cctlc chanson n'avait alors 
que 20 couplets. {Chansons de Béranger 
tomeV, Bruxelles, '827). Dans l'édition des 
Œuvres complètes de notre chansonnier 
Paris, 1834, tome V, il y a un couplet de 
plus intercalé entre le 3® et le 4° et qui 
commence ainsi : 

Si tant de prélats mitres 
Successeurs du bon saint Pierre. 

J. Brivois. 

* * 
Dans un recueil manuscrit, je rencontre 
la chanson que réclame notre colUibo- 
rateur Le litre dont elle est précédée sa- 
tisfera partiellement à ses questions : 

Mandement des vicaires généraux de Paiis. 
(Mars 1817). 
Air ; AlU^vnr à Siint-ClouJ. 
En vcici le début : 
i 

Pour le Carême, écoutez 

Ce mandement, nos chers frères, 

Et les grandes vérités 

Que débitent nos vicnires. 

'Si l'on rit de ce morceau, 

C'est la faute de Rousse.iu. 

Si l'on nous siffle en chiire, 

C'est 1.1 f.iiitt! .le Voltaire. 

Tous nos maux nous sont venus 
D'Arouet et de Jean-Jacques. 



Comme la pièce ne compte pas moins 
de vingt couplets d'un esprit douteux et 
d'une facture plus que médiocre, on me 
saura grc de n'en pas encombrer les co- 
lonnes de V Intermédiaire . 

QUitSlTOR. 

* 
* » 

Plusieurs de nos collaborateurs nous 

ont demandé de publier le texte. Par 

exception, nous déférons à ce désir, mais 

que l'été soit notre excuse ! C'est bien 

long. Ça n'en est pas moins un document, 

d'une certaine époque et d'une certaine 

mentalité. 

I. 

Pour le Carême écoutez 

Ce mandement, très chers frères, 

Et ces grandes vérités 

Qiie débitent nos vicaires. 

Si l'on cite ce morceau. 

C'est la faute de Roqs,jgau. 

Si l'on nous siffle en chaire, 

C'est la faute h Voltaire. 

3 
Tous nos maux nous sont venus 
D'Arouet ft de Jean-Jacques. 
Satau, qui les avait lus, 
Ne faisait jamais ses Pâques. 
Eve aima le fruit nouveau, 
C'est la faute de Rousseau. 

Cuïn tua son frè:e. 

C'est la faute à Voltaire. 

} 
C'est pour réprimer jadis 
La liberté de la presse 
Que Dieu, de son paradis, 
Ht tomber l'eau vengeresse. 
Si! a lâché beaucoup d'eau, 
C'est la faute de Rousseau. 

S'il noie encor la terre, 

C'est la faute à Voltaire. 

4 
Dieu changea la pierre en pain 
Pour les bons Juifs qu'il estime, 
Avec de l'eau fit du vin 
(On payait alors la dîme). 
Si le vin se change en eau, 
C'est la faute de Rousseau. 

Si la farine est chère. 

C'est la faute à Voltaire. 

5 
Borgia jadis en public 
Vendait indulgence et bulle. 
Il aurait à ce trafic 
Vendu jusques à sa mule. 
S'il fut marchand de chapeau, 
C'est U faute de Rousseau. 

En Dieu s'il ne crut guère, 

C'est la faute à Voltaire. 



DBS CHERCHEUR» ET CURIEUX 



10 Août 191a. 



165 

6 
Si le premier des François 
Servit Bellone et les belles, 
S'il fut maigre ses exploits 
Trop souvent trompé par elles, 
S'il gagna certain bobo, 
C'est la faute de Rousseau. 
S'il gâta son affaire, 
C'est la faute à Voltaire. 

7 
Si Charles, ce roi dévot, 

A tiré par sa fenêtre, 

C'est que plus d'un huguenot 

Avait fâché ce doux maître. 

S'il fut un Néron nouveau, 

C'est la faute de Rousseau. 

S'il écouta sa mère, 

C'est la faute à Voltaire. 

8 

Si par Loyola formé 

Un monstre au cerveau malade 

Attaque un roi bien-aimé 

Chanté dans la Hennade, 

S'il le frappe d'un couteau. 

C'est la faute de Rousseau. 

A Jésus s'il crut plaire. 

C'est la faute à Voltaire. 



Si le plus grand de nos rois 
Fit ce qu'on vit à Nîmes, 
S'il rendit malgré les lois 
Tous ses bâtards légitimes. 
S'il prit Louvois pour bourreau. 
C'est la faute de Rousseau. 
S'il aima La Vailière, 
C'est la faute à Voltaire. 
10 
Son neveu, le bon Régent, 
Goûtait fort la paillardise : 
Il choisit pour confident 
Un des princes de l'Eglise. 
Si Dubois fut son Bonneau, 
C'est la faute de Rousseau, 
S'il fit sa fille mère. 
C'est la faute à Voltaire, 
1 1 
Afin d'apprendre aux enfants 
Qu'ils sont nés pour être esclaves, 
A leurs premiers mouvements 
On avait mis des entraves. 
Si l'homme est libre au berceau, 
C'est la faute de Rousseau. 
S'il s'éveille et s'éclaire, 
C'est la faute à Voltaire. 
12 
Aux acteurs à double tour 
L'Eglise fermait la porte : 
Depuis 1?. mort de Raucourt 
En triomphe on les y porte. 
S'ils sont reçus du bedeau. 
C'est la faute de Rousseau. 
S'ils vont au cimetière, 
C'est la faute à Voltaire. 



166 

Ces deux suppôts du démon 
Font damner l'Eglise entière. 
Cottret, notre Cicéron, 
Ccache avec sa cuisinière, 
S'il en a du fruit nouveau, 
C'est la faute de Rousseau. 
Pucelle est son bréviaire. 
C'est la faute à Voltaire. 

•4 
Bonald, embrouilleur de lois. 
Appui des vieilles familles. 
Au quai Voltaire est par mois 
Payé sur l'argent des filles. 
S'il prend sa part au gâteau, 
C'est la faute de Rousseau. 
Si sa prose est peu claire, 
C'est la faute à Voltaire. 

Maréchal « in partibus » 
Un duc a la renommée 
De traiter mieux les abus 
Qu'il ne traite notre armée. 
Sil enfie son bordereau. 
C'est la faute de Rousseau. 
S'il sert bien l'Angleterre, 
C'est la faute à Voltaire. 
16 
Pour avoir des gardiens sûrs 
On prodigue l'or aux Suisses. 
Nos soldats ne sont pas « purs », 
Ils ont trop de cicatrices. 
S'ils étaient à Waterloo, 
C'est la faute de Rousseau. 
S'ils meurent de misère, 
C'est la faute à Voltaire. 

Laffitte aura beau crier 
Sur le budget de la France : 
Nous finirons par payer 
Les excès eî la bombance. 
S'ils ont tous l'estomac chaud. 
C'est la faute de Rousseau. 
Si cela les altère, 
C'est la faute à Voltaire. 
18 
Tous nos « ultras » députés 
Sont devenus sans-culottes. 
Et tous pour nos libertés 
Parlent à propos de bottes. 
S'ils ont un masque nouveau. 
C'est la faute de Rousseau. 
Si nous n'y croyons guère, 
C'est la faute à Voltaire, 

'9 
Tout ce que nous n'avons plus 
Nous espérions le reprendre, 
Nous voulions nos biens vendus, 
Et l'on veut encore en vendre. 
Nos forets sont à vau-l'eau. 
C'est la -aute de r'ousseau. 

Plus de fagots à faire. 

C'est la faute à "Voltaire. 



N- 1336. Vol. LXVI. 



L'INTERMÉDIAIRE 



— 167 

ao 

Confessez-vous tous soudain 
Ou craignez notre vengeance. 
Nous nous lassoas à la fin 
Dune longue tolérance. 
L'on n'aime Dieu qu' « in petto », 
C'est la faute de Rousseau. 

On prie à sa manière, 

C'est la faute à Voltaire. 
2 } 
A ces causes, nos chers fils, 
Dieu permet qu'on vous permette 
De manger des salsifis 
Et des œufs à la mouillette. 
Ceux qui mangent bœuf ou veau, 
C'est la f.iute de Rousseau. 

Ceux qui font bonne chère, 

C'est la faute à Voltaire. 

D'autres couplets, la plupart manus- 
crits, ont pu être adjoints à cette série an- 
ticléricale par l'un ou l'autre : ils n'ajou- 
tent pas grand chose à sa médiocre va- 
leur. 

Mots allemands dérivé- du fran- 
çais (LXV ; LXVI, 123). — Les réfu- 
giés protestants Irançais du xvii» siècle 
étaient très familiers avec l'Ancien Testa- 
ment, et ils ont fort bien pu, se souve- 
nant du chapitre XLVllI du prophète Jé- 
rémie (contre Mcab,) et notamment des 
versets 8, q, 18, 28, 38 de ce chapitre, 
donner eux-mêmes le nom de « Moabit » 
au terroir ingrat qui fut mis à leur dispo- 
sition, et qui pouvait leur rappeler ce que 
Jérémie dit que Jeviendrait la terre de 
Moab. V. A. T. 

Mon Colonel (LXl ; LXII ; LXVI, 74, 
126). — On peut trouver dans les papiers 
de y /4fftiire de l'Œillet, publiés vers 1860 
par Campardon, et singulièrement dans 
le rapport adressé par l'un des deux gen- 
darmes à Botot du Mesnil, lieutenant-co- 
lonel de la Gendarmerie des Tribunaux, 
le mot : « Mon Colonel ». Ce rapport est 
du 3 septembre, 1793, je crois; et dans 
cette suggestive affaire, le mot « Mon 
Colonel 7>. vu l'époque tout à fait révolu- 
tionnaire, a un son suggestif aussi, lui. 
Charles-Adolpue Caktacuzène. 



i68 



Cabajoutis (LXV; LXVI. 123). 
M de Mon tesson ». 



Lire 



Ce qui to!T>be dans le fossé (LXV, 
148, %(){ ; LXVI^ 30^. — Essais de folk- 
lore local. Proverbes et dictons recueillis 



dans le département de VAiibe. Nouvelle sé- 
rit, par Louis Morin ; Grande Imprimerie 
deVroyes, 1912; in-8 de 28 pages (n''' 
1260 à 2323) 

La première série, qui est épuisée, por- 
tait le même titre et avait paru en 1904 
(in-8" de 37 pages). 

L. M. 

Donjon (LXV, 3 =59, «574, 674. 820, 870 ; 
LXVI, 74). —Dansmon article du 30 avril, 
sur l'origine du mot donjon, j'avais in- 
diqué^ comme première forme de ce ter- 
me, le grec angon qui signifie, dans Tune 
de ses acceptions, des pierres qui font 
saillie, au sommet d'un édifice. Notre con- 
frère, M. H. Laray, nous dit, aujourd'hui, 
que ce mot n'existe pas dans la langue 
grecque, et qu'il ne peut pas exister, lin- 
uistiquement par\ânt\ Mais alors j'ai eu 
la berlue, en écrivant celte page, ou bien 
je suis un faussaire. Cè'n'est ni ceci ni 
cela ; mais notre confrère n'a pas su trou- 
ver angon. Angon ou ancon est pourtant 
dans tous les lexiques, et il est largement 
explique dans le Thésaurus, au tome 1. 
col. 358 et suiv. 

Quant aux consonnes euphoniques dont 
notre confrère se raille, elles continue- 
ront, quand même, à remplir leur office, 
et l'on dira, sans doute, encore : va-t-il 
partir ? Va-s-y et donne-s-en. Ils se regar- 
daient entre quatre-z-yeux, Eh ! que di- 
rait donc M. Laray, si on lui apprenait 
que dans notre vieille langue, le mot terre 
n'existait pas ; que nos pères ne connais- 
saient que le terme era, dont ils adouci- 
rent insensiblement la prononciation par 
un / préfixe, qu'on trouve dans ce vers de 
la chanson de Roland ? 

Tere de France muet estes dulz pais. 

Notre confrère, malgré ses graves ob- 
jections, me témoigne une bienveillance 
singulière, dont je dois lui savoir gré. 11 
me dit, en effet, « qu'il me manque ce 
qui est indispensable, pour tirer bon parti 
de ma bibliothèque, c'est de modestes 
petits écrits sur la science delà linguis- 
tique où j'apprendrai que le latin « dum- 
que, dé unde, unde, dicere deviennent, 
suivant des lois phoniques très régulières, 
le français «donc, dont, on dira ». M. La- 
ray est en vérité trop confiant. Ces lois 
phoniques qu'il semble vénérer, comme 
les Romains vénéraient les lois des douze 
tables, ne méritent pas deux minutes 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 191* 



169 



170 



d'attention. Est-ce qu'il est possible de 
dériver dire de dicere ? 

Personne n'ignore que Liîtré tire le 
verbe panser de cet autre verbe penser, en 
raisonnant ainsi : s- Pour panser quel- 
qu'un ou quelque chose, il faut d'abord y 
penser ! » 

Puisque les chefs se permettent de telles 
énormités, que ne feront pas les disciples ? 
Us oseront tout ; mais le bon sens finit 
toujours par avoir raison des bêtises hu- 
maines. Daron. 

P. S. — Daron n'apprend nullement^ 
comme le dit M. Laray, que le mot an- 
gon existait dans la langue des Vandales. 

Soubs la corde des Saincts (LXIV ! 
LXV, 42, 235, 384. 474, 534, 724, 771 ' 
869; LXVI, 75, 126). — Le Dictionnaire 
roman, walon. celtique et tudesque, publié 
à Bouillon, en 1777, sans nom d'auteur, 
n'a, pour nous, aucune autorité. Le véri- 
table auteur, Dom Jean François, béné- 
dictin de la Congrégation de Saint-Van- 
nes, écrit : 

Sainteur ou Saiiitier, serf d'église, homme 
libre, qui s'est fait serviteur d'un saint, un 
oblat, dévoué au service dune église. Ceux 
qui se faisaient serfs de saints ou saintes, pa- 
trons de quelque église. Ils se passaientla corde 
des cloches au cou et mettaient en signe de 
leur engagement quelques deniers de che- 
vage ou de tribut sur leurs têtes ou sur l'au- 
tel. Sanctuarius homo . Ces serviteurs ne de- 
venaient point serfs main-mortables ni hom- 
mes de corps. 

Cette affirmation, sans preuve à l'appui, 
est très discutable au point de vue du 
droit féodal. 

La réfutation nous mènerait trop loin. 

Q.u'il nous suffise de dire que dans les 
« tailles »,on ne trouve pas l'état social de 
l'individu, mais son <f métier ». Jusqu'à la 
preuve du contraire, sainctier, est le mé- 
tier de fondeur de cloche, et rien autre. 

Quant à « boutier » Dom Jean François 
écrit : boutier : échanson ;et c'est tout. 

Ceci est vrai et faux. Le « boutier » 
n'est pas, à proprement parler, un échan 
son, ^< scancionarius ». 

Le « boutz » était un flacon en métal, 
avec une anse droite, portant un anneau, 
opposée à un bec par lequel s'écoulait le 
liquide. 

L'office de « boatier » n'existait qu'à la 
cour du roi, et cet officier effectuait le 



mélange de la boisson dans un bassin où 
puisait réchanson. 

Nous connaissons ces détails par le 
sceau de Jean le Boutier, clerc, notaire et 
secrétaire du roi (i 385-1 392), descendant 
certain d'un « boulier >*. 

Ses héritiers reçoivent, en 1423, 1500 
livres de Jean de Rinel, secrétaire 
d'Henri VI 

Ce sceau a été mal lu par Demay qui a 
pris la petite image du « boulier » pour 
un saint Jean-Bapliste ; et par Roman, 
qui a appelé les boutz, des « aiguières ». 
Le « boutz » était rempli de vin et non 
d'eau. Piton. 

Voir : Longnon. Paris pendant la domi- 
nation anglaise, pièce LV, page 107-111. 
Paris, 1878. 

Le grec dans la langue française : 
Bace (LXV, 577J. — Mes aimables lec- 
teurs m'excuseront de revenir sur la ques- 
tion bace, basse déjà traitée ; mais j'aurais 
quelques précisions àapporter, qui, jecrois, 
pourront les intéresser. 

Nous avons vu que bace basse répond à 
un latin bacia, que baiasse,bajasse répond 
à un latin bacàcea ; un autre mot fran- 
çais se présente aussi : baisselle jeune fille 
qui doit s'expliquer par un latin bacicella 
de la même manière que vaucelle par 
vallicella Dans bacicella, Vi atone tombe 
comme dans vallicella, mais le c radical 
de bac'cella conserve le son sifflant, et 
alors on a baisselle sonant comme le fran- 
çais vaisselle qui est le latin vâscella. 

Maintenant décomposons les mots ba- 
cia, bacàcea^ bacicella^ nous voyons que 
l'on a bacia = bac -\- ia ou baci-\-a, ba- 
càcea = bac -\- âcea, bacicella = baci -h 
cella. Comme il est évident qu'il ne peut 
y avoir qu'un seul radical, on est amené 
à établir que le mot latin primitif est de la 
forme bàx, bâcem, analogue pour la forme 
et le genre aux mots bien connus^^'x,/2/x, 
vôx, etc. Mais comme il est probable que 
bâx devait avoir comme eux un sens tant 
soit peu abstrait, on en détermina bien la 
féminité, en opérant avec lui comme on 
faisait pour nombre d'autres : limâx limace, 
jûntx génisse, pûlex puce et bâx devint 
basse plus acceptable pour le commun. 

Maintenant quel était au juste le sens 
de bàx. Comme nous venons de le dire, 
c'était probablement une abstraction qu'on 
appliqua, pour faire image, aux jeunes 



N» 133e. 



Vol. LXVI. 

171 



INTBRMBDIAIRB 



172 



femmes déjà formées. Le mot suivant 
peut à ce sujet nour fournir une indica- 
tion. A Trieste on appelle hagola une pe- 
tite femme rondelette et on a rapporté 
ce mot au latin bàcnla, diminutif de bâca. 

Comme en somme, bâca désigne une 
foule d'objets de formes rondes, on peut 
accepter cette étymologie, et au fond ba- 
goLi serait la petite boulotte. On en dé- 
duit naturellement que la bace est la jeune 
fille arrivée à un certain développement 
physique qui la rend apte à supporter les 
fatigues du service. 

Comme bace n'a pas de masculin, on 
en a fabriqué un à l'aide du sutTixe i-er^ 
basiier ]tunç. garçon. 

On peut rapprocher ce dernier mot de 
bacheler , même sens. Si bassier = bâci -j- 
âris, on aura aussi bacheler = baccal -\- 
âris, d'où l'on extrait baccala = bachele 
jeune fille. Le baccalârh serait donc le 
jeune homme développé. Bàciâris et bac- 
calàris sont formés sur le modèle de puel- 
Idris, virgitiàlis, ce qui leur donne un 
air d'innocence virginale tout particu- 
lier. 

Ajoutons que baccala, peut être le fé- 
minin d'un baccalus, mot qui, évidem- 
ment, ne peut avoir une origine latine, 
mais comme on voit que le Gaulois pos- 
sédait le suffixe — alos, on est amené à 
penser que ces divers mots auraient une 
certaine ancienneté, et au moins pour 
baccalus, on serait en face d'une survi- 
vance pré-latine dans les Gaules. 

H. Larray. 

Le grec dans la langue française : 
Cabane fLXV, sBi). — Al. Corman a 
entrepris d'élucider la question cabane, 
je lui offre ma façon de voir à ce sujet. 

La question capanna est restée l'une 
des plus obscures de la linguistique. 

Isidore est le premier qui cite ce mot : 
tugurium parva cosa est ; hoc riisîici ca- 
panna vacant. Isidore vivait au 6« et -j* 
siècle. Au 8* siècle il est devenu cabanna 
et est cité dans les gloses de Reiche 
nau. 

Comme en Italie, le mot est resté ca- 
panna, il faut accepter l'orthographe don- 
née par Isidore, et la supposer primi- 
tive. 

On l'a dérivé du latin capis contenir ; 
c'est une dérivation bien incolore dont il 
n'y a pas lieu de tenir compte. 



On l'a aussi regardé comme étant 
d'origine celtique ; mais quand le mot se 
trouve dans les langues néo-celtiques, on 
s'aperçoit bien vite qu'il est emprunté 
aux langues romanes. 

La déterminaison — anna empêche de 
le considérer comme un latin pur ; il n'y 
À qu'une seule hypothèse acceptable , 
c'est qu'il appartient à la langue que par- 
laient ceux des Ariens qui colonisèrent 
l'Europe occidentale avant la venue des 
Italiotes et des Celtes. Ce serait donc 
tout simplement un mot ligure qui, 
comme beaucoup d'autres, est arrivé jus- 
qu'à nous. 

Comme, à côté de capanna, l'italien a 
le masculin capanno^ imité en cela par le 
portugais cabana cabano et aussi par le 
natois lorrain chevâ, on doit supposer les 
fermes \a.t.\nes capjjinacapannum qui pro- 
viennent certainement d'un adjectif ca- 
pannus, a, itm, dont le "féminin et le neu- 
tre auront été employés comme susbtan- 
tifs. 

Alors rien n'est plus clair , la langue 
ligure présente presque toujours ce cas, 
le suffixe — anno — provient d'un plus 
ancien — âno — participe passif d'un 
verbe en aj's, employé très souvent comme 
adjectif. 

On a donc capanno.s = cap -\- anno. s 
= capâ + no. s. 

Càpâ est un radical verbal dont il faut 
déterminer le sens. 

Le latin ne fournit rien de satisfaisant ; 
on ne peut rappeler capâx spacieux, les 
cabanes étant plutôt étroites et petites. 

Le grec non plus : on a bien xa:i5vr] 
crèche, /dtoitov fourrage, mais ces mots 
paraissent se rattacher à celui-ci xirtTw 
le premier à kap — contenir ou être 
creux, avaler ; ce qui n'a aucun rapport 
avec une cabane. 

Le germanique ne donne non plus au- 
cun éclaircissement. 

Le slave présente le substantif Kopa 
monceau, tas, d'où Kopiti entasser. Le 
sens ne convient guère. De même pour 
le verbe Kopati creuser, car il faudrait 
admettre que la capanna aurait été primi- 
tivement un antre, une caverne, ce qui 
paraît invraisemblable. 

Enfin on a le lithuanien Kapoti, le lette 
Kapàt hacher menu, apparenté du reste 
au slave Kopati., dt sorte que Ton a le ra- 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 191a 



Ï73 



174 



dical indo-européen gapâ — creuser, fen- 
dre, abattre, couper. 

Le participe passif gapSno.s signifie 
creusé, coupé, fendu. Il devient en iigure 
capanno.s d'où le subtantif féminin ca- 
pannâf ce qui est coupé, fendu, planche, 
branchage, bâtisse faite de branchage, de 
paille, de roseau ou de planches 

Le passage du sens d'objet taillé à ca- 
bane se présente naturellement. Ainsi on 
a lot tauhla ; français taule maison ; ber- 
gamasque tahia cabane — germain bor- 
da-n planche, latin bordum, au pluriel 
borda, français borJ^ cabane. 

Le latin du 8° siècle cabanna est devenu 
le provençal cabana passé dans la langue 
française cabane^ d'où ensuite le moyen 
anglais caban, cabane petite maison et 
par suite le gallois caban. 

Dans le midi on a eu la forme mascu- 
line caban devenu en français cubain écrit 
cahin^ de la même manière que tacan est 
devenu taquain., taquin. On «n a déduit 
un féminin cabine. Le français cabin ca- 
bine â donné naissance à l'anglais cabin, 
et à l'italien cabino. 

Je m'arrête, la dérivation de capanna 
est très considérable et dépasserait les li- 
mites raisonnables d'une simple note. 

H. LaraT. 

Alexandre Dumas père (T. G, 296) 

— L'Elixir de la vie. — Du Monde ar- 
tistt, 6 juillet IQI2 : 

Toutes les formes du théâtre et du roman 
ont passionné Alexandre Dumas ; et il lui 
est même arrivé de composer une action tra- 
gique destinée à être magnifiée pjr la mu- 
sique. C'était en 1860, durant son séjour à 
Naples. Sollicité par un musicien napriitain 
en vogue, l'auteur à' Antony écrivit un li- 
vret dont l'existence vient d'être révélée au- 
jourd'hui seulement. Le manuscrit porte ce 
titre : l'Elixir ae la vie — fantaisie tragique 

— un acte en trois parties d'Alexandre Du- 
mas. — Ce manuscrit était resté dans les 
papiers du compositeur, et ses héritiers l'au- 
raient laissé enseveli sons les poussières du 
temps, ou l'auraient déchiré ou brûlé, ou 
l'auraient vendu pour quelques centaines de 
francs à un collectionneur d'autographes, si 
le hasard ne l'avait mis sous les yeux du 
jeune maestro Lozzi Celui-ci l'examina, le 
lut et le jugea digne de retenir toute l'at- 
tention des artistes. (Quoique écrit en prose, 
aucun doute n'était possible sur la nature de 
l'ouvrage. A côté du nom des personnage», 
de la main même de Dumas, on lit les mots : 



ténor, soprano, baryton : et, presque à cha- 
que scène, des notes indiquant le commen- 
taire orchestral nécessaire à l'action et l'im,- 
portance que devait avoir la musique. Au 
milieu de ces longues didascaiies, on lit sou- 
vent ce simple mot « Orchestre ». 

II paraît que M. Lozzi a acquis le précieux 
autographe, et s'est mis en règle avec les hé- 
ritiers du musicien et avec ceuxjdu célèbre 
auteur français : puis, il a fait faire la tra- 
duction et il en a commencé la partition. 
Bien que Dumas ait voulu condenser l'action 
en une seule nuit, les auteurs italiens ont 
jugé préférable de la diviser en trois par- 
ties : la veille, le sommeil, le sang. Le drame 
se déroule entre un révolutionnaire de la 
science et un politicien. Dans Paris troublé 
par les séditions, les complots, les dures ré- 
pressions, et les audacieux espionnages, vit 
une jeune fille à laquelle Dumas a prête une 
double existence. Belle, d'une beauté divine, 
subjuguée par les pratiques religieuses qu'une 
éducation monastique étroite a imposées à 
son enfance, cette jeune fille mène en réa- 
lité une vie qui lui fait horreur : elle aspire 
à la liberté. On ne lui permet même pas de 
jeter un regard à travers les barreaux scellés 
aux fenêtres de la maison : Elle voudrait 
vivre avec Dieu, et elle doit vivre avec des 
hommes à qui elle demande vainement un 
peu de liberté. Cependant, dans une vie 
factice créée par un état hypiiOtique, la 
jeune tille craintive se transforme en femme 
ardente et sensuelle : elle a besoin de cares- 
ses et de baisers, elle aime l'homme qui est 
près d'elle ; elle lui révèle dans son sommeil 
les noires intrigues de la Cour, et, vaincue 
par la passion qui ne lui donna point de 
trêve, elle tombe dans les bras de celui qui 
l'adore également 

Grilles des cabarets et des bou- 
langers (LXIV ; LXV, 192, 627, 726, 
877). — Voici encore, au coin des rues 
du Temple et Geoffroy -Langevin, un dé- 
bit de vins et liqueurs grillé, et présen- 
tant, dans le grillage, un lion doré en de- 
mi-bosse. 

J'en ai signalé un autre, « à l'Enfant 
Jésus », lequel est représenté debout sur 
la barre de l'H du monogramme JHS II 
se trouve au coin de la rue des Bourdon- 
nais et de la rue Saint-Honoré, où cet im- 
meuble porte le numéro 33, lequel est le 
piemier numéro impair de la rue Saint-Ho- 
noré. 

La rue Saint-Honoré, du côté pair, com- 
mence par un numéro 2 bien visible. 
Mais elle n'a pas de numéros impairs, de 
1 à 31. Là où ils devraient être sont les 



N» 1336 Vol. LXVI. 



LINTBRMÊDIAIKli 



175 
I à 



— 176 



numéros impairs i à 23 de la rue des 
Halles, laquelle coupe la rue St-Honoré 
sous un angle à peine sensible. 

De même, les maisons 2 a 14 de la rue 
de Rivoli font face aux numéros 105 à 
137 de la rue Samt-Antoine. La première 
commence rue de Sévigné, et la seconde, 
qui la prolonge, finit rue de Fourcy. Or 
les rues de Sévigné et de Fourcy sont 
loin de se prolonger l'une l'autre. 

Ne pourrait on remédier à ces bizarre- 
ries .? V. A. T. 

Pièce d > vers à compléter 
i< Cher ami qu'à demi... » de Scar- 
ron (LXV, 692, 862). — Cette pièce se 
trouve à la page 142 du tome premier des 
Œuvres de Monsieur Scar/on : suivant Li 
copie imprimée, à Paris /66<§. (Amsterdam, 
Wolfgang, au Quœrendo, pet. in- 12). 
Il y a lieu d'ajouter, dans la pièce que 
reproduit \' Iittcrmédiaitc (LXV, 863), 
après ces vers : N'es-iu pas 
Barra bas .? 
ceux-ci : Busiris ? 

Phalaris ? 
Ganelon 
Le Félon .'' 
De savoir... 
Et plus loin, au lieu de la phrase inin- 
telligible : 

Dès demain 
Mal sa main. .. 
il faut lire : Dès demain 
Mal St-Main 
Sur ta peau 
Bien et beau 
S'étendra .. 
Le mal St-Main, c'est-à-dire la gale. 

J. Lt. 

Le plus ancien carré de mots. 

(LXll). - Dans les vieux livres de magie, 
on trouve souvent le charme suivant : 
Pour faire danser qui tu voudras 

*< Il faut mettre sous le seuil de sa 
porte, ce qui suit, écrit de sang de 
chauve-souris : 

SATOR 

ARl-PO 

TENET 

('FERA 

ROTAS 

C'est là le vrai carré de mots dont 

parle notre confrère J. P. Salar et Spere 

ont été imprimés pour Saior et Opéra. 

F. Jacotot. 



Un carré, d'une forme particulière — 
pour le lire, on doit commencer par la 
lettre du milieu, en se dirigeant de n'im- 
porte quel côté — peut faire concurrence 
au salor Arepc tenet opéra rotas de notre 
collaborateur Nauticus. L'inscription sui- 
vante porte le nom d'un des successeurs 
de Pelage, le roi Silo, qui régnait dans les 
Asturies vers la fin du ix^ siècle. Elle a 
été relevée à Santiyanes de Pravia, a 
b lieues d'Oviedo. 

TICEFSPECNCEPSFRCIT 
ICEFSPhCNINCEPSFECI 
CEFSPECNIRINCEPSFEC 
EFSPECNIRPRINCEPSFE 
FSPECNIRPOPRINCEPSF 
SPECNIRPOLOPRINCEPS 
PhCNlRPOLI LOPRINCEP 
ECNIRPOLIS ILOPRINCE 
PF.CNIRPOLI LOPRINCEP 
S PECNIRPOLOPRINCEPS 
FSPECNIRPO'P^ INCEPSF 
EFSPECNIRPRINCEPSFE 
CEFSPECNIR INCEPSEFC 
ICEFSPECNI NCEPSFECI 
TICEFSPECNCEPSFECIT 
JACCLUEs Renaud. 

Nous avons eu, il y a quelques années, 
trois pièces imprimées en rouge et en noir 
par Claude Cramoisy à Paris, au vu' 
siècle. C'étaient des planchesalphabétiques 
rappelant les mots carrés si répandus à la 
dernière page de nos journaux illustrés. 

La première était intitulée : Labyrinthe 
(Les privilèges de la Sainte-Croix, le che- 
min asscuré du Paradis). En partant de 
ri central, en se dirigeant, à droite, à 
gauche, en haut, en bas, on trouvait : 
*< Je suis le port des pénitens, je suis la 
mort des âmes incurables, je suis le fort 
des innocens, je suis le sort des miséra- 
bles ». 

La seconde planche était le Carré de 
l'Eternité. En partant du L central ou 
trouvait à droite, en haut et en bas, à 
gauche, en lisant à rebours : »< Vie qui 
brave le trépas >. De là le titre faisant 
allusion à la vie sans fin. 

La troisième planche était en l'honneur 
de saint Françn.s. Saffroy. 

Femmes. Conquête des diplômes 
masculins LIV ; LXV. 774 ; LXVI. «i 
— On lit dans le Soleil du y Juillet 191a : 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 191a 



'77 



178 



Le féminisme triomphe 

Peut-être pas encore tout à fait, mais te- 
nez pour assuré que ça marche. 

C'est ainsi que le ministère du travail em- 
ploie un assez grand nombre de jeunes filies 
comme dactvlographes, ou préposées au ser- 
vice du contrôle des Compagnies d'assu- 
rances Ce département com.prend trois 
sortes de fonctionnaires : les contrôleurs, les 
vérificateurs et leurs adjoints. C'est à cette 
troisième catégorie qu'appartenait le person- 
nel féminin du service. On n'avait pas en- 
coie permis qu'il s'élevât p us haut 

Cette situation vient d'être améliorée. Tl a 
été décidé par M. Léon Bourgeois que désor- 
mais les femmes pourront concourir, au mi- 
nistère du travail, pour l'emploi de vérifica- 
teui. Au dernier concours se sont donc pré- 
sentées un certain nombre de candidates, et 
l'une d'elles a été choisie La nouvelle « vé- 
rificatrice » s'appelle Mlle de la Pommeraye. 
Elle est la fille du célèbre et regretté cri- 
tique, mort il y a vingt ans. 

D'autre part, c'est une femme, Mlle Char- 
ton, qui a été classée en tête des élèves admis 
cette année à TEcoIe des Beaux-Arts dans la 
section de peinture. 

Et sur les douze premiers admis qui la 
suivent sont encore cinq élèves femmes : 
Mlles Aubry, Lesourd, Chantrel, Delage et 
de Baineul. 

L. Capet. 

Mariage des médecins (LXVI, 50). 
— Ce fut le cardinal d'Estouteville, Légat 
du Pape et réformateur de l'Université, 
qui, en 1452, dispensa les médecins de 
l'obligation du célibat. (Voir Crévier : 
Histoire de l Université de Paris, l'jbi, 
t. IV, p. 181.) 

Langoumoisin. 

Les sœurs associées (LXVI, 8). — 
Ne peut-on faire entrer dans cette ques- 
tion, sainte Scolastique, sœur de saint Be- 
noit, et si étroitement unie aux travaux 
du grand moine? Plus tard, mademoi- 
selle de Scudéry et son frère, furent en 
étroite collaboration, si bien qu'on ne 
connaît pas toujours la démarcation de 
leurs œuvres. |e ne crois pas me tromper, 
mais il me semble que l'amiral de Ligny 
fut élevé par sa sœur qui lui fit faire toutes 
ses études et le poussa vers le haut grade 
qu'il devait atteindre. Il existe sans doute, 
beaucoup de ces alliances heureuses du 
frère et de la sœur ; il suffirait de se sou- 
venir et de chercher. 

E. Grave. 



Slronuailles et Cfurtositéa 



Le Buste de J.-J. Rousseau (1790) 
Des Es angs. J'ai eu l'occasion de 
fouiller une collection d'autographes où 
se trouvent de nombreuses lettres de ou 
adressées à un M. Des Estangs. Celui-ci, 
dont les biographes ne disent rien, fut 
médecin, maire d'un arrondissement de 
Paris, sous le premier Empire, puis Con- 
servateur des Estampes. C'était encore un 
franc-maçon de ce temps-là, en relations 
avec les plus illustres de ses collègues. 

Voici ce qu'il écrivait au mois de juillet 
1790, et sa lettre est un document nou- 
veau à ajouter à tous les souvenirs qu'a 
soulevés le bi centenaire de J.J. Rousseau. 

21 juillet 90 
Mrs 
Je revenais de voir la fête qu'on donna 
hier sur les ruines de la Bastille, lorsque je 
rencontrai Le Triomphe, non pas le plus ma- 
gnifique, mais le mieux mérité qui soit à ma 
connaissance. C'était le Buste de J.-j. Rous- 
seau porté par deux citoyens sur un bran- 
card. Je l'ai rencontré à la grève où son 
Emile a été brûlé par le gouvernement. Le 
peuple qui l'environnais chantait ses louanges 
et l'appelait d'un commun accord le plus 
grand des mortels je crois que voilà la pre- 
mière fois que cet éloge est bien appliqué. 

i Des Estangs. 

l'/iaintenant, je poserai une question, 
qui a peut-être une importance : Que sait- 
on de ce Des Estangs, dont la correspon- 
dance fut si nombreuse et si variée ? 

E. Grave. 



Les '"hevaliers de l'Arc. Projet 
d'en faire des Sociétés de prépara- 
tion militaire en l'an XIÎI. — Le très 
intéressant ouvrage de MM. le Comte de 
Bertier, V. Cordier et Guglielmini, Le tir 
de l'Arc (Hachette, 1900J,. a dit tout ce 
qu'on pouvait dire sur cette curieuse 
institution, qui s'est perpétuée jusqu'à nos 
jours. 

Nous avons cependant trouvé aux Ar- 
chives nationales (F'' 3120) un document 
des plus intéressants qui est inédit : c'est 
un historique de cette institution, par le 
préfet de police, conseiller d'Etat, Dubois, 
Il en trace un tableau très fidèle et pro- 
pose de rétablir ces anciennes compa- 
gnies — avec prudence, — mais en leur 



N« 1336 Vol. LXVI. 

«79 

mettant en mains le fusil et non l'arc, 
arme archaïque. 

Il poursuit le double projet de préparer 
de bons tireurs pour l'armée et de rap- 
procher, dans ces associations fraternelles, 
les étrangers que la tourmente révolu- 
tionnaires a divisés. 

Mais Fouché, Ministre de la Police 
générale, était hostile à tout projet de ré- 
tablissement des sociétés d'arquebuse, 
amsi qu'en témoigne une lettre dictée 
par lui, que nous avons publiée ici-méme. 
Il ajourna sinj: Jie, la réponse au mémoire 
du Préfet de police et 'l n'y fut donné 
aucune suite sous l'Empire. 

Quoi qu'il en soit, le noble jeu de 
l'arc s'est perpétué avec ses traditions, et 
cette survivance d'une aussi vieille con- 
frérie avec ses anciens statuts, est fort 
digne de rem rque. Elle a même conservé 
le caractère religieux qu'elle avait au 
temps où l'abbé de Saint-Médard, évê- 
que de Soissons, était son grand-maitre. 

LÉONCE Grasilier. 

10 Pluviôse XIII. 
(36 février 1805). 

Rapport du Conseiller d'Etat 

au Ministre de la Police générale 

sur les Anciens Chevaliers du Jeu de l'Arc. 

Par leur pétition ils deman.ient qu'il leur 
soit permis de se réunir, comme autrefois, et 
de reprendre leurs exercices. 

En me la renvoyant V. E. m'a chargé de 
prendre des intomatioiis et de lui donner 
mon avis sur la demande des anciens cheva- 
liers de la compagnie du Jeu de l'arc. L'ori- 
gine des compagnies du jeu de l'arc re- 
monte à une époque assez reculée. Elles fu- 
rent instituées au commencement du 90 siè- 
cle. Leur établissement eut pour objet d'exer- 
cer les bourgeois à se servir de l'arc avec 
adresse dans des tems où It garde de la plu- 
part des villes leur était confiée. Les armes 
que l'Europe employé aujourd'hui n'étaient 
point encore connues, et les compagnies du 
jeu de l'arc durent rendre et rendirent sans 
doute desservcesà l'Etat. 

Mais vers le milieu du 14* siècle, la pou- 
dre à canon qui était trouvée, depuis quel- 
que teras,fut mise en usage. Les armes à feu 
furent introduites dans les armées et rerr- 
placèrent l'arc et la flèche. Alors les compa- 
gnies du jeu de lare perdirent successive- 
ment leur utilité primitive, et ne durent 
être considérées, depuis, qqe comme des 
réunions de plaisir et d'agrément. 

Cependant, il parait qu'elles continuèrent 



L'INTflRMeDIAÏRfi 



180 



à jouir de quelque c nsidération. Les com- 
pagnies du jeu de l'arc avaient d'abord été 
des confréries sous la protection de samt 
Sébastien : elles prirent dans la suite un ca- 
ractère différent. 

L'abbé de Saint-Médard de Soissons fut 
nommé par une bulle Grand Maître et Sei- 
gneur souverain de toutes les compagnies de 
l'arc du Royaume. Les seigneurs de fiefs, 
concouraient avec le Grand Maître à leur 
établissement. Le Grand Maître présidait aux 
règlements et aux statuts ; mais l'organisa- 
tion ne pouvait avoir lieu que sous le bon 
plaisir des seigneurs, j'ai fait rechercher les 
anciens statuts decescompagnies,ceux que je 
me suis procurés ne remontent qu'à 1733 ; 
mais je pense qu'ils contiennent des rensei- 
gnements suffisnnts. 

D'après ces statuts, il ne devait y avoir 
dans chaque ville ou bourg ou village, 
qu'une seule compagnie et un seul jardin. 
Chaque compagnie était composée d'un Roi, 
d'un capitaine connétable, d'un lieutenant, 
d'un enseigne, d'un re:eveut,.d'un procureur, 
d'un greffier et d'un certain nombre de 
chevaliers. 

On appelait Roi celui qui avait abattu 
l'oiseau au dernier tirage. Lorsqu'il l'avait 
abattu trois fois de suite, on lui conférait la 
dignité d'Empereur. Le roi avait voix pré- 
pondérante aux assemblées ; il pouvait mo- 
difier les décisions de la Compagnie. 

La capitaine-connétable était à la tète des 
autresofficiers et des chevaliers. Les récipien- 
daires ne pouvaient être reçus qu'à la plu- 
ralité des suffrage:-. Il fallait qu'ils fussent 
de la religion catholique, qu'ils eussent 
25 ans ou qu'ils fussent mariés. Chaque 
compagnie fixait le prix de réception. Elle 
avait un drapeau. Les chevaliers étaient en 
uniforme, en épée, et portaient une mé- 
daille à b boutonnière. Le jour du tirage on 
faisait un présent au Roi ; ce présent s'appe- 
lait * Joyau du Roi » Le receveur en était 
dépositaire, il le remettait au nouveau roi 
avec les marques de sa dignité. Je ne rap- 
pelle ici que les principales dispositions des 
statuts des compagnies du Jeu de l'arc. Les 
aut;es sont relatives à la discipline intérieure, 
à la police des jardins, à l'ordre à observer 
pour le tirage, aux amendes, ctc Les prix tirés 
dans les villes, bourgs et villages n'étaient 
pas les seuls ; il y avait, en outre, un prix 
général où l'on n'appelait que les compa- 
gnies des villes, et des prix provinciaux où les 
compagnies des villes et bourgs n'étaient 
point admises. Mais toutes les compagnies 
sans distincti n étaient assujetties aux règle- 
mens que je viens d'analyser. (Quoique les 
coMipagnics du jeu de l'arc ayent d'abord 
été des confréries sous la protection d'un 
saint, que la puissance pontificale leur ait 
imprimé un caractcr» religieux, et que 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Août 191' 



i8i 



182 



l'abbë de St-Médard, de Soissons en ait été 
nommé Grand Maître et Seigneur Souverain 
par le Pape Eugène, je pense que ces sortes 
d'institutions avaient essentiellement pour 
objet de former les citadins ou bourgeois 
à la défense des villes dont la garde leur 
était alors confiée. Les compagnies du Jeu de 
l'arc étaient donc essentiellement militaires; 
leurs jeux étaient donc des exercices. Chez 
les nations guerrières on a senti combien il 
était important d'inspirer aux hommes en 
étit de porter les armes une utile activité 
qui les tint toujours préparés à la guerre. 
Les soldats romains étaient assujettis à des 
courses fatigantes et à des exercices conti- 
nuels. 

L'exercice du pieu auquel ils se livraient, 
avait pour objet de leur donner de l'adresse 
à frapper l'ennemi. La lutte, le saut, le pu- 
gilat, la course, le jeu du disque étaient au- 
tant d'exercices auxquels les Grecs étaient 
obligés de se livrer pour acquérir de la force 
et de l'agilité. En France, les tournois fu- 
rent institués pour les seigneurs et les gen- 
tilshommes. Là ils s'exerçaient à bien ma- 
nier un cheval, à se tenir ferme sur leurs 
étiiers à bien dresser un coup de lance, à se 
servir du bouclier, à porter, à parer les coups 
d'épée, à s'accoutumer à supporter le faix du 
harnois et autres choses utiles et nécessaires 
pour bien combattre dans les armées. Le 
jeu de l'arc fut institué pour exercer quel- 
ques autres classes du peuple à la défense 
des places qui leu' étaient confises. 

Je n'examinerai pas si le rétablissement des 
compagnies du jeu de l'arc est utile aujour- 
d'hui ; l'arc n'étant plus au nombre des ar- 
mes employées à la guerre, cet e.xamen se- 
rait oiseux. 

iMais je pense que l'on pourrait substituer 
au jeu de l'arc un autre exercice qui offrirait 
une utilité générale pour l'Etat, ea même 
temps qu'il serait peur ceux qui s'y livre- 
raient une source de récréatirn et de délasse- 
ment. On m'a assuré qu'avant leur destruc- 
tion quelques compagnies du jeu de l'arc 
avaient adopté le fusil dans leurs exercices. 
Cette arme est en effet la seule qui puisse 
remplacer l'arc. 

Le fusil est employé dans nos armées ; et 
la substitution qui en serait faite à l'arc, ferait 
renaître l'utilité de cet exercice. L'usage du 
fusil doit être pratiqué, pour que le tir soit 
sîir, et je crois qu'il faut autant d'adresse 
pour bien manier cette arme que pour lan- 
cer une flèche. On pourrait donc autoriser 
les anciennes compagnies du jeu de l'arc à 
se rétablir sous le titre de compagnies du 
tir, par exemple, et à former des élèves. H 
me semble qu'il résulterait quelques avanta- 
ges de l'adoption de cette idée. 

Le Jeu du tir formerait des hommes adioits 
et en état de rendre des services dans les ar- 



mées. En y entrant, ils réuniraient un coup 
d'oeil juste à la facilité et à l'habitude du ma- 
niement du fusil. D'un autre côté, ce serait 
offrir une récréation morale à ceux qui vou- 
draient se livrer à l'exercice du tir. A la 
suite des désordres civils, il faut cher- 
cher à rapprocher les citoyens et à éteindre 
l'esprit de parti, le véritable moyen est 
de leur ouvrir des lieux de réunion où ils 
puissent se voir et se récréer : là ils appren- 
nent à s'apprécier, à s'aimer, et les plaisirs 
qu'ils goûtent font insensiblement oublier 
les peines attachées au souvenir des causes 
qui les avaiei.t désunies. Je ne crois pas que 
le Gouvernement ait ri^n à redouter de ces 
sortes de réunions On pourrait d'ailleurs com- 
mencer par lej villes un peu importantes de 
la France, s.4uf à autoriser la formation des 
autres comp.^gnies, un peu plus tard, c'est- 
à-dire à mesure que les esprits deviendraient 
plus calmes, et que le Gouvernement acquer- 
rait plus de force et d'ascendant sur toutes 
les parties de l'Empire ; non que je craigne 
le retour des ligueurs, des frondeurs et des 
chouans, mais parce qu'il est sage de consul- 
ter l'expérience avant d'aller plus loin. 

Ces compagnies seraient comme autrefois 
sous la surveillance de l'autorité et il serait 
pris des mesures de police peur prévenir les 
accidents. 

Le conseiller d'Etat 

(Préfet de Police) 
Dubois, 

(F7. 3120.) 

Stendhal et les Lyonnais (i). — 
Lorsqu'en 1838 Stendhal publia, chez 
l'éditeur Ambroise Dupont, 7 rue Vi- 
vienne, à Paris, ses Mémoires d un Tou- 
riste, la description qu'il y donnait de 
Lyon, de ses monuments, de ses mœurs 
et de ses coutumes, description très spi- 
rituelle, mais évidemment fantaisiste en 

(i) Cf. sur Stend'ual plagiaire noUtXtiixs. 
au Mercurf. deFrance à\x i®"^ février t9lo,p, 
567-569etlacorrection que nous avons donnée 
au numéro du i^ï'juin 1910, dans notre lettre 
sur VEmpire L.béral, p. 573, lettre à la- 
quelle a bien voulu se reporter M. E. Bar- 
thélémy \M n' du î*' décembre 1910. Sur les 
plagiats de Stendnal et l'Angleterre, il existe 
maintenant une étude, incomplète, de Doris 
Gunnell : Stendhal et l' Angleterre^ thèse de 
l'Université de Paris paruj en 1908 et réim- 
prim.ée en 1909, dont M. F. B^ldensperger a 
donné une trop rapide analyse p. 77-78 de la 
Revue Germanique, içio. M. Jean Mélia, 
dans Stendhal et es comvientateun (Paris, 
191 1), ignore, au chapitre : Stendhal com- 
menté de soy- viv.mt, p. 27-207, le passage 
que nous e.xhumons. 



W 1336 Voî. LXVI. 

■ 185 

plusieurs points, suscita, de la part des 
littérateurs groupés autour de la très vi- 
vante et très intellectuelle Revue du Lyon- 
nais, que dirigeait le polygraphe F -Z. 
Collombet en union avec l'éditeur Léon 
Boitel, une protestation que l'on n'a pas 
songé à exhumer jusqu'à présent et qui 
est restée enfouie au t. IX (1839) de cet 
organe. Après avoir rcimprimé, p. 48-68, 
l'essentiel de cette centaine de pages, sous 
la rubrique : Littèrahire^ et avec une Noie 
du Directeur ile la Revue, c\u\ graphie fi<ïî7(? 
le patronymique de l'auteur incriminé, la 
Revue s'en prit à Stendhal dans deux ar- 
ticles bibliographiques émanant, l'un 
(p. 69-73) d'Amédéc de Roussillac, l'autre 
(p. 86-89), de H. Leymarie. Ces articles 
relèvent les incongruités tt légèretés des 

Mémoires en termes assez violents. 

« 

il nous 3. failli, dit Roussillac — qui prend 
sérieusement Beyle pour un négociant fai- 
sant son tour de France pour vendre du fer, 
auquel l'idée serait venue de griffonner 
ses impression* de voyage, mais qui aurait 
dû s'en tenir là et les garder en portefeuille 
avec ses comptes et ses bordereaux — notre 
amour bien connu de la localité et le soin 
constant qui nous piéoccupe de fixer l'atten- 
tion sur tout écrit ayant trait à notre ville 
pour lire cet étonnant ramassis de détails 
communs, de choses banales et d'idées 
saugrenues. Ce qu'il y a de plus comique 
dans ce marchand de fer, c'est qu'il veut être 
léger, spirituel, et sa prétendue légèreté 
nest que l'absence de toute maturité de 
pensée ; il joint à une suffisance baroque un 
aplomb étouidiosant et assommant. Il sautille, 
il divague, il digresse à tort et à travers ; il 
dit des riens sur les choses les plus impor- 
tantes, . . 

Et l'on conclut : 

11 nous a donc semblé utile de signaler les 
Mémoires d'un louristi comme une œuvre 
d'ignorance et de mauvais goût, sinon de 
mauvaise foi 

H. Leymarie s'occupe, naturellement, 
surtout des bévues archéologiques de 
Beyie, « à qui l'on doit dcja le roman de 
Rouge et Noir, plus deux volumes sur 
l'Italie >> et en qui, lui aussi, il reconnait 
« une suffisance et une légèreté incroya- 
bles ». C^n sait que Beyie, dans cet ou- 
vrage, copiait textuellement des pages en- 
tières de son ami, Prospor Mérimée, 
source principale de son savoir archéolo- 
gique. M,:is ce que Leymarie combat 
surtout, c'est la bizarre conception qu'a 



L'ÂNTERMEDiAIRB 



184 



l'auteur de problèmes où son incompé- 
tence tranche avec cette impertinence ca- 
valière qui le caractérisait, entre tous les 
écrivains de l'époque. 

11 a beau protester de son profond senti- 
ment des arts, il a beau faire semblant de se 
cacher aux yeux de ses amis de Paris pour 
parler d'archéologie à son aise, on voit qu'il 
appartient à cette petite portion de la fashion 
pOur laquelle l'art est un sujet de conversa- 
tion, rien de plus. 

Le gothique, que Beyie appelait un style 
« qui cherche à étonner », avait, on le 
sait, à cette date, le dédain des salons pa- 
risiens, admirateurs du plein cintre et de 
la ligne horizontale. 

Parlez à M. Bayle (sic) du type grec, ro- 
main, ou au moins bysantin ; très bien, il 
est des vôtres ; mais est-il question du style 
pointu, du gothique orné, de l'art français 
dans toutes ses branches, oh ! alors, il sourit 
dédaigneusement et voas tourne le dos. 

Au demeurant, à travers les singulières 
observations de l'auteur, l'on rencontrait 
de bonnes appréciations du style antique et 
le fanatisme que professait pour lui Beyie 
ne laissait pas d adoucir Leymarie. 

Par sa liaison avec l'zntiquité romaine, le 
genre bysantin a trouvé quelquefois grâce 
devant ses yeux, et l'admiration que nous 
inspire aussi cette école, diminue un peu 
pour nous les torts de M. Stendhal. Il ne 
fallait pas moins, pour nous empêcher de 
fermer le livre dès les premières pages, tant 
est grande l'imprudence avec laquelle il 
tranche les questions dont il n'a fait qu'ef- 
fleurer la surface. . . 

Nous avons, dans un article delà Revue 
des Langues Romanes (tome LIV, p. 504, 
note 2), déjà relevé la comique bévue de 
Monsieur Victor Giraud, lequel, à propos 
précisément des Mémoires d'un Touriste, 
s'imagine, en 1903, que le Rehoul qui y 
est cité comme s'étant entretenu avec 
Mme Roland dans son cachot en 1793, 
n'était autre que le poète nimois, auteur 
do L'Ange et l'Enfant, qui naquit en 1796! 
Voilà à quoi sert de professer la littérature 
dans une Université helvétique. 

Camille Pitollet. 



Li Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 

Imp. Oanu.i-Cham80k, St-Amand-Mont-Rond 



LXVI* Voinme Paraissant Us to, 30 et }0 àe chaque mois 



20 Août 1913 



48» Année 

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DES 



CHERCHEURS ET CURIEUX 
Fondé en 1864 



QUESTIONS ET REPONSES LITTERAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUE 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



18: 



186 



Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme, et de n'écrire qua 
d'un côté de lafeuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d? pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, toute 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cota. 

Qiiand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauj exception, 
n'est pas insérée^ mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux suinter dit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



(BHueôtianô 



Les Noyades de Nantes. — Est-il 
vrai que, vu le grand nombre de cadavres 
ramenés à Nantes par le flux, la munici- 
palité défendit de boire l'eau de la Loire et 
de manger de son poisson ? U. 

Louis-Philippe, le 24 février 
1848. — Dans quelle voiture a-t-il quitté 
Paris? On parle toujours d'un fiacre : 
était-ce bien un fiacre ? 

Question posée pour un croquis d'his- 
toire dessiné. O. M. peintre. 

Victor Hugo, maire de Paris. — 

M. Jules Claretie, dans sa dernière Vie à 
Paris, ce tableau philosophique, si animé 



publié 



des événements contemporains 
ce post-scriptum : 

Un de nos lecteurs me pose une question 
que j'aurais bien envie de transmettre à l'In- 
termédiaire des chercheurs et curieux. 
M. Montorgueil la pourra recueillir. A pro- 
pos de la promotion qui fait si justement de 
M. Jean Richepin un officier de la Légion 
d'honneur, mon correspondant me demande : 

— Savez- vous que M. Richepin n'est pas le 
seul maître poète qui ait été maire et ait eu 
le droit de porter l'éoharpe tricolore ? Dès le 
lendemain du 24 février 1848, Victor Hugo 
était nommé maire d'un arrondissement, le 
78, je crois. Pouvez-vous confirmer le fait, 
dont j'affirme l'exactitude ? 

Il est parfaitement vrai que Victor Hugo 
fut aussi nommé maire, et je me rappelle 
avoir lu la nouvelle dans les journaux du 
temps (on pourrait la retrouver). Sans doute 
le poète n'accepta pas cette fonction. Pour- 
quoi ? 11 ne l'a jamais dit, que je sache. 
Âlais Faimable lecteur qui me pose ce point 
d'interrogation est bien informé, et avant 
d'être député de la Seine, Victor Hugo fut 
maire à Paris en 1848. C'est un détail inté- 
ressant et ignoré de l'histoire du poète des 
Rayons et hs Ombres. 

Comme on le voit, notre éminent con- 
frère, pour répondre, pouvait se passer 
de nos lumières : il dit tout ce que l'on 
sait sur cette particularité de la vie du 
poète illustre, à moins qu'il n'existe quel- 
que part, trace d'une confidence ignorée, 
qui révèle pourquoi Victor Hugo, maire de 

Paris, n'accepta pas Técharpe. 

* 

Dans le numéro suivant, M. Jules Cla» 
retie écrit ; 

J'ai reçu d'un hugophile très averti, M. 
Lucien Pallez, le sculpteur, l'auteur de la 

LXV- 5 



I 



N* i|37 Vol. LXVI. 

,87 ^ 

Statue de Victor Hugo qu'on voit à Rome, 
une réponse à la question posée : < Victor 
Hugo fut-il maire de Paris ? » 

M. Pallez s'étonne qu'une page de Chose:; 
vues où Victor Hugo lui-même conte l'aven- 
ture m'ait échappé. Je n'oubliais point cette 
page. Je voulais constater que la nomination 
de maire avait été publiée par les journaux. 

C'est au huitième arrondissement — celui 
de la place Royale — que le poète avait été 
élu. 

— Ne refusez pas notre brevet, lui dis.^.it 
Arago. 

— Je le prends pour les autographes, ré- 
pondait Hugo. 

Et Armand Marrast, en riant : 

— Oui, gardez-le, pour que vous puis- 
siez dire que, du jour au lendemain, vous 
avez été pair et maire. 

Lamartine, plus grave, entraînait son ami 
dans l'embrasure d'une croisée (à l'Hôtel de 
Ville), et disait : 

— Ce n'est pas une mairie que je vou- 
drais pour vous, c'est un miiiistère. Victor 
Hugo, ministre de l'instruction publique de 
la République ! 

Peut-être, avant Lamartine, Victor Hugo y 
avait-il songé. — /. C. 

Rue Madame. — D'après le Livte 
commode dt Blégny du Pradel (i) il y avait 
à Paris, en 1692, une rue Madame que ni 
La Tynna, ni les frères Lazare ne citent 
dans leurs dictionnaires. Ce n'est certai- 
nement pas la rue Madame actuelle qui ne 
fut ouverte que dans les dernières années 
du régne de Louis XVI. 

S'il n'y a pas là une erreur de l'auteur 
du Livre commode, peut-on dire où était si- 
tuée cette rue ? H. M. 

Parc de Neuilly. — Un tableau de 
Th. Gudin (1802-1879) à Chantilly (col- 
lection de Mgr le duc d'Aumale n" 472) 
représente une »< vue du pont suspendu 
du parc de Neuilly ». Ce pont paraît jeté 
sur un vaste étang entre une île boisée et 
la rive. Cet étang existe-t-il encore P Ou 
était-il situé ? Humanus. 

Le mont Pagnotte. — Je lis dans la 
Revue Jci Deux-Mondes du r' Décembre 
1881, dans les Etudes diplomatiques du 
duc de Broglie : 

Le roi [Louis XV] finit par laisser tomber 
celte parole indifférente ; « Nous n'avons 
qu'une chose à faire, c'est de rester sur le 

(i; Tome l•^ page los,édit. Tournicr. 



L'INTàRMBDIAIRB 



188 



mont Pagnotte ». A quoi le marquis de Sou- 
vré répliqua vivement : « Votre Majesté 
aura froid, car ses ancêtres n'y ont pas 
bâti ». 

Le mot de Louis XV est caractéristique 
par sa trivialité même. . page 496. 

— due signifie le mot trivial : mont Pa- 
gnotte ? Je serais très reconnaissant à Pai- 
mable intermédiairiste qui voudrait bien 
me l'expliquer. Piton. 

Hélène America Vespucci. — 

Cette descendante d'Americ Vespuce, is- 
sue de la meilleure noblesse florentine et 
élevée à la Cour de Toscane, poussée par 
un esprit romanesque et aventureux, 
quitta Florence en 1834, voyagea en Eu- 
rope et se rendit à Paris vers la fin de 
l'année 1836. 

D'une beauté, d'un esprit et d'une no- 
blesse dans sa tenue extraordinaires, elle 
reçut des marques spéciales de protection 
de la Cour française, notamment de la 
Reine Marie-Amélie. Elle devint aussi 
l'amie et la protégée de la comtesse Ap- 
ponyi, femme de l'ambassadeur d'Autri- 
che. Mais le bruit ayant couru d'une 
folle passion du duc d'Orléans pour la 
merveilleuse italienne, elle fut priée, pa- 
rait-il, en haut lieu, de quitter Paris. 

Si cela est arrivé, on a dû toutefois y 
mettre des formes, car elle obtint de 
chaudes lettres de patronage de la Reine, 
une recommandation pour le corps con- 
sulaire français et une autorisation du Mi- 
nistre de la Marine de prendre passage à 
bord d'un navire de l'Etat. 

Elle débarqua à Rio de Janeiro le 16 mai 
1838; en automne, elle était à New-York. 
La presse et le public lui firent un accueil 
enthousiaste. Elle adressa au Congrès 
une pétition pour être adoptée par l'Union 
comme petite-fille de celui qui avait 
donné son nom à l'Amérique. Des mee- 
tings se tinrent, où elle eut des partisans 
et des détracteurs. Certains Etats, tels 
que rOhio et le Missouri, lui votèrent des 
dons nationaux ; le sénateur Walker, Ja- 
mes Buchanan et autres notabilités se 
rangèrent parmi ses partisans. Mais le 
Congrès repoussa le projet de loi, tout 
en ouvrant des listes particulières de 
souscriptions en faveur de Mademoiselle 
Vespucci. 

Alors, par une lettre très digne, elle re- 
fusa le produit de ces souscriptions qui 



DES CHBRCHBURS BT CURIEUX 



189 



so Août 19I2 



190 



s'élevait déjà à une somme de 100,000 
dollars, disant qu'elle était venue deman- 
der un droit d'asile et non une aumône. 

Elle passa en 1840 à Cuba. De là en 
Angleterre, bien reçue par la haute so- 
ciété de Londres. Elle logeait 106 Sloane 
Street, où elle se lia d'une sincère amitié 
avec le prince Louis-Napoléon, depuis 
empereur. 

Sa vie a passé presque entière en voya- 
geant de Londres à Florence, de New- 
York à Madrid, très appréciée dans la so- 
ciété des beaux noms et des hautes intel- 
ligences de son époque. Elle était appuyée 
par la Cour d'Autriche ; et la reine d'Espa- 
gne l'avait décorée et nommée chanoi- 
nesse de l'ordre de sainte Thérèse. 

Vers les derniers temps de sa vie, elle 
se fixa définitivement à Paris, y condui- 
sant une vie respectable et largement ai- 
sée. Elle est morte en 1867, à son domi- 
cile rue de la Pérouse 27 . 

On a de cette charmante et singulière 
femme une autobiographie : Six années 
de ma vie,deii publications sur l'Esclavage 
américain, etc., etc. 

Je demande a ceux des intermédiairis- 
tes et collectionneurs d'autographes, qui 
auraient eu occasion de rencontrer des 
lettres et manuscrits de Hélène America 
Vespucci, de me les signaler, ainsi que 
tous les détails et épisodes, qui pour- 
raient servir à une plus ample connais- 
sance de cette remarquable personnalité 
féminine du siècle passé. 

COLOCCI. 



Famille de la Berlouche, ou de la 
Bertouch'ô ? — Existe-t-il en France 
quelque descendant du baron de la Ber- 
touche ou de la Berlouche, dont l'une des 
12 filles avait épousé un Clary, de Mar- 
seille, beau-frère de Joseph Bonaparte et 
de Bernadotte.? J. M. 

Bourbel. — Pourrait-on avoir des dé- 
tails sur un M. de Bourbel qui avait tué 
en duel le grec Haidé ^ Ainsi s'exprime 
une dame qui écrivait d Italie à des amis 
de Paris. Ce M. de Bourbel avait passé 
l'hiver de 1833 à Florence, où il tenait 
grand état de maison, recevait et donnait 
des bals ; mais on le considérait comme 
un espion du gouvernement de juillet. 

Henry Prior. 



Un portrait de Chateaubriand. — 

Hilaire Ledru^né à Oppy, près Douai, vers 
1769, mort à Paris, 6 boulevard Poisson- 
nière le 29 avril 1850 (et non le 2 mai) a 
exposé au Salon de 1822, un portrait des- 
siné de Chateaubriand qui lui avait fait 
obtenir un secours annuel de 600 francs. 

Où se trouve maintenant ce portrait ? 

On désirerait également retrouver les 
œuvres originales de Ledru (autres que 
celles conservées aux musées de Douai et 
de Lille) et notamment les portraits de 
Mlles Meiières et de Dalayrac qui figurè- 
rent en 1866 dans la vente Hedouin. 

Il avait aussi écrit des notes autobio- 
graphiques dont la partie antérieure à 
1789 aétépubliée dans les Souvenirs de la 
Flandre l^^//(3««^ (tome XIll, 1873)^ 

Que! est aujourd'hui le possesseur de 
ce manuscrit ? Ch. S. 

L'amiral de Lacrosse. — Le ta- 
bleau dePMlippoteaux où il figure. 

— 1° Qu'est devenu un tableau de Phi- 
lippoteaux, quia figuré à l'un des salons 
de 77 à 80, représentant le capitaine de 
vaisseau de Lacrosse a bord des « Droits 
de l'Homme » pendant un combat de 

1797- 

2"* Pourrait-on obtenir des renseigne- 
ments ou des documents sur l'amiral de 
Lacrosse (1760-1827) portraits, lettres, 
armes, brevets, rapports, etc ? 

F. DE SOLIÈRES. 

Famille de Malherbe — On trouve 
dans la généalogie des Turgot plusieurs 
alliances avec des membres d'une fa- 
mille de Malherbe. Or, François de Ma- 
lherbe était normand comme les Turgot. 
J'ai beau consulter les biographes, je ne 
trouve rien sur les alliances du poète. Jal, 
toujours si renseiî^né, n'a pu dire à qui il 
avait été marié. Pourtant, il eut un fils, 
Marc-Antoine de Malherbe, qui périt dans 
un duel La question est digne de l'Inter- 
médiaire et je demande à mes collègues, 
des notes sur les alliances de famille de 
François de Malherbe, et si je peux le rat- 
tacher aux Turgot. E. Grave. 

Famille de Montsaulnin. — Je se- 
rais fort obligé si l'on pouvait me dire : 

1° De qui était fille Aimée de Mont- 
saulnin, religieuse à Crisenon en 1620.'' 

2° De qui était fils Claude de Monsaul- 



N« 1337. Vol. LXVI 



L'INTERMEDIAIRE 



191 



192 



nin écuyer, demeurant à Monceau en 
Auxoisen 1700, marié à Renée Damoiseau, 
fille de Claude César, sieur de IVlontarin,et 
de leanne de Morillon ? 

Si de ce mariage il y a eu d'autres en- 
fants que Claude, aussi écuyer et vivant 
en 1727 ? ^^ti. 

Si ce dernier a été marié et a laissé des- 
cendance ? 

3° Si Antoine de Montsaulnin écuyer, 
mort à Vic-sou5-Tliil,le 18 février 1748,3 
72 ans, marié à Colombe de Léviston, 
morte en 1757, à 90 ans, a eu de celle ci 
d'autres enfants que : i" Antoine Charles, 
curé de Millery ; 

2" Anne Colombe iTftriée (?) 

4° Si François de Montsaulnin capi- 
taine, a eu des enfants d'Eugénie Baudouin 
d'Orville qui fit son testament à Semur en 

S" De qui était fille Caroline de Mont- 
saulnin morte le 3 octobre 1817 ? 

6» De qui était fils Amable, vicomte de 
Montsaulnin, marié à Madeleine-Henriette 
Rollet-Davaux. Enfin si ces derniers ont 
eu aussi des enfants? S. G. L. 

SEiint-Aulaire, acteur. — Qu'est-ce 
que P.-J. Porlier-Pagnon,dit Saint-Aulaire, 
sociétaire de la Comédie Française, né en 
179}, mort en 1864 ? D'où vient son sur- 
nom, célèbre dans l'armée, à l'Académie, 
les ambassades ^ Quel rapport plus ou 
moins lointain avec la fam.ille illustre de 
ce nom 1 

Petracorensis. 

La Taglioni. — Je désirerais avoir 
des renseignements, anecdotes, dates, etc. 
sur les ancêtres de la célèbre danseuse 
MarieTaglioni ; peut-être quelque aimable 
correspondant pourra-t-il me répondre ? 

P. A. T. 

Famille de Marie- Angélique 
Wallon. — Quelle était la famille, c'est- 
à-dire le père et la mère, et, s'il se peut, 
les quatre aïeuls de Marie-Angélique Wal- 
lon, mariée à Louis Marquct, comte de 
Montbreton, frère de Norvins ? Celui-ci 
parle d'elle comme d'une « riche héritière 
de Picardie >, mais je ne crois pas qu'il 
donne d'autres détails. 

Un document de la cour de Vienne que 
j'ai entre les main<^., dit que cette frmille 
figure à y Af mariai général — qu'il m'est 



en ce moment impossible de consulter — 
que le père de Marie-Angélique était 
« écuver du Roi » et son grand-oncle Ni- 
colasWallon, «chevalier de Saint-Louis. » 
Quelles étaient les armes .'' 

Inutile de me renvoyer à ses descen- 
dants. Bénédicte. 

Tugdual de Karmoisien ; ses ar- 
moiries. — Connaît-on le blason de 
Tugdual de Karmoisien, surnommé Bour- 
geois, bailli de Troyes, qu'Alain Chartier 
appelait un bon et vaillant chevalier et 
qui fut tué au siège de Cherbourg en 
1450 ? 

11 eut pour femme, dit La Roque, Marie 
de Garencières, dame de Macy, de Croisy, 
et du Puiset, fille de Jean de Garencières 
et de Jeanne de Villiers. 

De ce mariage était issue Jeanne de Kar- 
moisien qui, au mois d'août 1477, épousa 
Jean de Gaillon. ' Qy^siTOR. 

Armoriai du roi Murât. — Existc- 
t-il un armoriai renfermant les anoblis- 
sements faits par le roi Murât durant son 
séjour dans le royaume des Deux-Si- 



ciles ? 



B. P. 



Standesherren allemands. •- On 

sait que l'on appelle ainsi les anciens 
princes souverains, aujourd'hui média- 
tisés. Un confrère érudit pourrait-il m'in- 
diquer les droits qui leur ont été oc- 
troyés et laissés jusqu'à nos jours ? Les 
princes médiatisés sont encore, en quel- 
ques points, pour leur rang de noblesse, 
les égaux des princes régnants ; parexem- 
ple les membresde familles régnantes peu- 
vent s'unira des membres de familles mé- 
diatisoes sans mésalliance, et cela se voit 
souvent. Les médiatisés qui ont le titre 
de prince s'appellent Altesses Sérénissimes 
ou Durchlaucht ; les comtes sont Mes- 
seigneurs ou Erlaucht : tous appartien- 
nent à la haute noblesse (der hohe Adel). 
De plus les médiatisés siègent de droit et 
héréditairement aux premières Chambres 
des Etats particuliers de l'Allemagne. Mais 
sont-ce les seules prérogatives qui soient 
restées aux médiatisés dans l'Allemagne 
contemporaine ? A côté de ces hochets de 
vanité nobiliaire, ont-ils encore d'autres 
droits, par exemple le droit de percevoir 
certaines contributions spéciales sur leurs 
anciens sujets, ou quelque autre droit, 



DiiS CHERCHEURS. HT CURîEUA 



20 Août lifl2 



'93 



194 



rappelant leurs anciens droits féodaux et 
souverains ? 

Par la même occasion, pourrait-on me 
dire la différence exacte qui existe entre les 
trois formes suivantes de propriété ter- 
rienne, vestiges de l'ancienne féodalité 
qui subsistent encore en Allemagne : 
freie Standes herrschatt, fideicommis et 
bien noble (en allemand Rittergut ) ? 
Quels droits y sont attachés ? 

ZWEIROT. 

Le premier tableau médaillé de 
Jules Dupré. — Jules Dupré obtint sa 
première médaille au salon de l'Exposi- 
tion universelle de 1867 pour un tableau 
représentant « Un passage d'animaux sur 
un pont en Berry. » 

Ce tableau a-t-il été reproduit par la 
gravure ou dans un ouvrage quelconque 
sur l'Exposition de 1867 ? 

Dans quelle collection ou Musée se 
trouve-t-il aujourd'hui ? 

N'est-il pas figuré dans la collection du 
D' Desmares, oculiste à Paris vers 1870 à 
1887 ? C. G. 

Les encriers célèbres. — Je sais 
bien que \' Intermédiaire a horreur, avec 
juste raison, des « listes », on ne sait 
jamais quand ça finit. Cependant je de- 
manderais qu'on nous parle, pour en dres- 
ser la revue, des encriers célèbres qui sont 
conservés. R. B. 

La g 'uèse du « Rêve » de Zola. 

— On a prétendu que le Rêve, de Zola, 
qui ne va guère dans la logique de son 
œuvre, avait été écrit à la suite de l'acqui- 
sition que fit le romancier d'un bréviaire . 
Que vaut cette légende? L. V. 

« Aujourd'hui, Dieu s'est montré 
bon français » - Quel est le roi de 
France qui aurait dit, après une victoire : 
« Aujourd'hui, Dieu s'est montré bon 
français » .? G. G. 

Le chien Berganza. — Dans le Salon 
de 1846 de Baudelaire, il est question du 
« chien Berganza » qui « fuit ardemment 
les bas-bleus » et prononce ces « sages 
paroles » à propos de Corinne : 

Quelque beaux que puissent être '^onbras 
ou sa main, jamais je n'aurais pu supporter 
ses caresses sans une certaine répugnance, 



un certain frémissement intérieur qui m'ôte 
ordinairement l'appétit. Je ne parle ici qu'en 
ma qualité de chien. 

Baudelaire ajoute que certains portraits 
de femmes, parFlandrin, Lehmann, etc., 
lui font éprouver la même sensation que 
le « spirituel Berganza » 

Quel est ce chien bel esprit et « anti- 
léministe ^ ? Dans quel livre tient-il ses 
discours ? 

Arsène Alexandre. 

■? Madame Roland »%drame — Dans 

son opuscule sur la Comédie Française, 
(p 156) Charles Maurice prétend qu'il pa- 
rut, en 1794, un drame sur Madame Ro- 
land^ qui fut présenté au Théâtre de la Ré- 
publique. 

Je ne vois nulle part, qu'une pièce de 
ce genre ait été envoyée aux comédiens 
de la rue de Richelieu, et encore moins 
jouée. 

?i, toutefois, elle a jamais existé, qui 
pourrait bien en être l'auteur .? 

Paul Edmond. 

Origine du nom de Mistinguett. 

— On sait comment ce nom est agréable- 
ment porté. Ne serait-il pas de vieille 
souche française ? Je lis, en effet, dans une 
bibliographie cette indication : Plaisantes 
idées du sieur Mistanguet^ parent de Brus- 
cambille 16 n^. Paul Edmond, 

L'Ordre de la Pomme Verte. — 

C'était un ordre maçonnique qui fut fondé, 
vers 1780, en Allemagne, et qui trouva, 
parait-il, des adeptes en France. On y ad- 
mettait également hommes et femmes. 

Existe-t-il encore? Et a-ton quelques 
renseignements sur son organisation et 
ses agissements ? Sir Graph. 

Kéacfif pour taire réapparaître 
l'écriture. — Je possède un ouvrage 
dont il ne reste sur le titre que la signa- 
ture autographe d'un personnage célè- 
bre. 

D'autres notes du même personnage, 
ont été non grattées, mais effacées par un 
acide. N'y aurait il pas moyen de faire 
réapparaître les anciens caractères au 
moyen d'un réactif.'' 

L'Ingénu. 



N» ij|37 Vo!. LXVI. 
'■ 19? 



|.|NT^iii4|0||V^I^I? 



\9P 



Répouees 



Jejm-Jacques Rousseau: sa mort 

(T. G. ,789 ; 1 ; IX ; XI;X1V;XXII| ;XXXI; 
LV). — On pouvait supposer qu'après 
l'ouverture des tombeaux du Panthéon, 
on était fixé sur la mort de Rousseau. Il a 
été constaté, en effet, et procès-verbal en 
existe, que le corps de Jean-Jacques repo- 
sait entier dans son cercueil inviolé, et, 
en outre, par M. Berlhelot, qui Ts dit 
bien haut, en examinant le crâne du 
squelette, que ce crâne était intact ; qu'il 
n'y avait ni trace de fracture, ni traco de 
perforation; c'était pour écarter définitive- 
ment la thèse du suicide ou de l'assassi- 
nat. 

Cependant, le docteur Jules Raspail, 
petit-fils de Xavier Raspajl, vient c^e rou- 
vrir bruyamment cette controverse par 
une étude fort longue pi)t>liée dans la Re- 
vue de Parts ( 1 o août 1912). 

Il soutient dans cette étude que Jean- 
)acques Rousseau a été assassiné, et que 
l'assassin, c'est Thérèse Levasseur. 

Pour soutenir le crime, il s'appuie sur 
l'examen qu'il a fait de l'original du 
moulage sur nature exécuté par Houdon 
le Jour même de la mort. Cet original est 
— croit-il — en sa possession. 

On sait qu'il existe un autre moulage 
qu'on prétend également être celui de 
Houdon qui est au Muséum, et qui pro- 
vient de la galerie du docteur Gall. 

Il y a cependant apparence, que si l'up 
des moulages est le vrai, c'est celui que 
possède le I.'' Jules Raspail, en ce sens 
qu'il se rapproche le plus du buste que 
Houdon a fait d'après ce moulage 

C'est donc sur cette pièce que M. le D"" 
Raspail base toute son nrgumentation. 11 
élève les ecchymoses qu'on y remarque à 
la hauteur d'une brisure. 

On sait que Rousseau, pris de conges- 
tion -- congestion constatée par les cinq 
médecins qui l'ont autopsié — était tombé 
à terre, et qu'il s'était blessé au visage, 
qu'on le releva tout sanglant. Mais ses 
blessures étaient superficielles. 

Le D' Raspail. d'après son moulage, est 
persuadé qu'elles étaient profondes, que le 
crâne a été défoncé. 

C'était l'avis de son grand-père qui di- 
sait : « je trou du front est déchiqueté 



copirpe 1^ sonj: les coups portés p^r un 
marteau ou un autre instrument conton- 
dant ; l'oscju ffont a cédé sof^s la forcedu 

CO|.|p. » 

Ainsi, le crâne était défoncé, et les 
cinq piédecins qqi ont pratiqqé l'autopsip 
n'v ont rien vu, et le scqjpteur qui a 
moulé la tète n'y a rien vu ; et M. de 
Girardin n'y a rien vu. Tout le monde 
s'est mis d accord pom" masquer le crime. 

Ce crinie avait été accompli par Thé- 
rèse. M. le D"" Jules Raspail l'accuse for- 
mellement. Poufquoi? « Parcç que dans 
les derniers moments de son séjouf à Er- 
menonville, dit-i), Roijsseau avait été in- 
formé de l'jnconduite de sa compagne : il 
avait appris ses rapports scapdaleux avec 
un palefrenier de M. Girardin. Thérèse 
menacée se voyant à la veille d'être 
chassée honteusepiept, pne scène violente 
se déroula avec une extrême rapidité ; 
elle renversa RoiJ^seau; se saisit du pre- 
mier instrument qu'elle trouva à portée 
de sa main et en frappcj le malheureux à 
plusieurs reprises. Trois coups portèrent 
dans la figure : le premier étourdit la vic- 
time, l'un des deux autres détermina une 
blessure mortelle. >» 

Tel est le roman imaginé par le P''Jqle^ 
Raspail. 

Mais alofs que 4^vient l'of^servation 
faite au Pantjiéon, sur le crâne même, par 
Berthelot et tous les assistants ^ Il fut 
aisé de voir que le crâne était mdemne. 

Mon Dieu, c'est très simple. Le sque- 
lette qui est dfips le topibeau n'est pas 
celui de Rousseau. On a substitué qnautre 
corps au sien. Qu'a-t qp fait du sien ? 
mystère. D'où venait )e corps qu'on y 
substitua ? mystère I qiii fit la substitu- 
tion ? 01} .'' quand ? comment ? mystère ! 

Nous inclinons volontiers au romanes- 
que, et cetfe histoire |rouve un crédit sin- 
gulier dans l'opjnion et aussi auprès des 
journalistes. 

Quoi qu'il en soit. M. le D' Jules Ras- 
pail cjemandc que l'on ouvre à nouveaq le 
cercueil du Panthéon, et que l'on com- 
pare le crâne qui s'y trouve avec }e mou 
lagc qu'il possède: s'il n'y a pas identité 
absolue, il s'en tiendra à ses conclusions. 
Et s'il y a identjjé, le philosophe aura été 
secoué une fois de plus. Depuis un cer- 
tain temps, c'est assez souvent son tour. 

Nous nous devons de signaler cette con- 
troverse : elle f^it suite à celle ouverte 



DBS CHERCHEURS BT CURIEUX 



20 Août 191» 



197 



198 



dans nos colonnes il y a quaranre-huit 
ans et que nous supposions définitive- 
ment close par le procès-verbal d'ouver- 
ture des tombeaux en décembre 1897. 

M. 

Diamants et bijoux de Marie- An- 
toinette ^XV, 74 ; LXVl, 90). — Voici 
ce que je sais au sujet de ces diamants : 

Parmi les bijoux personnels de l'Impé- 
ratrice Eugénie, il y avait entre autres, 
les boucles d'oreilles magnifiques formées 
de très grosses perles en diamants quj ve- 
naient de la Reine Marie Antoinette. 
L'empereur Napoléon III les avait acquises 
au moment de son mariage. 

M°^ Carette, Souvenirs intimes de la cour 
des Tuilefia, 1, p. 178. Df" J. B. 

» * 
Une partie des bijoux de la reine Marie- 
Antoinette a été achetée par l'amiral comte 
Litta Visconti Arese, gentilhomme italien, 
au service de la Russie. Parmi les bijoux se 
trouvaient les girandoles cjui intéressent 
M. Germain Bapst. Voici, en effet, ce que 
l'amiral écrivait de Pétersbourg à un fa- 
milier qui habitait Mjlan en 1824 : 

Pour le premier de l'an j'ai offert à la 
Comtesse les fameuses boucles d'oreiUes qui 
appartinrent à la reine de France Marie- 
Antoinette et dont Madame Campan parie 
dans ses Mémoires, vol. Il, page 2. 

A la mort de la Comtesse Litta en 1829, 
ses bijoux furent partagés entre son mari, 
sa fille d'un premier lit — la Princesse 
Bagration — et sa petite-fiUe, également 
d'un premier lit, la Comtesse Julie Sa- 
moylofî. La part échue à ces deux der- 
nières fut sans aucun doute dispersée 
avant leur mort. 

L'Amiral Litta mourut en 1839 el laissa 
la presque totalité de sa grande fortune 
à des parents d'Italie. Les bijoux qui re 
vinrent ainsi dans sa famille subirent na- 
turellement bien des péripéties depuis 
cette époque jusqu'à aujourd'hui, je sais 
cependant où se trouvent quelques-uns 
de ces bijoux et, entre autres, une fort 
belle plaque en brillants, servant de fer- 
moir, et qui provient de la reine. La mon- 
ture en est merveilleuse de légèreté. 

JÉROBOAM. 

La cour de Philippe — égalité 

(LXVl, 98). — On pourrait trouver quel- 
ques renseignements, particulièrernent 



une description du Raincy, dans : Iules 
janin, Paris H Versailles il y a cent ans, 
chap. xxxiv, Une maîtresse de Philippe- 
Egalité, page 367, édition in-8°, Didof 
1874. 

Jules Janin y cite beaucoup Madame 
Eliiot qui pourrait donner d'autres dé- 
tails. L. DEN1Q.UET. 

Contrats de mariage signés pa;* 
le Roi, avant la Révolution (LXV ; 
LXVl, 99). — Saint-Simon s'y connais- 
sait. C'était surtout un honneur que le 
roi entendait faire en signant à un con- 
trat de mariage. Cette manière de voir 
est confortée par Dangeau. A la date du 
2 février 1686, on lit dans son Journal, à 
propos du mariage de Mlle de Tonnerre, 
fille d'honneur de la Dauphine, avec M. de 
Mussy, gentilhomme dauphinois : 

Le roi refusa de signer son contrat de ma- 
ri-ige, en disant qu'il ne vouloit faire cet 
honneur-là qu'aux personnes dont il avoit 
été content. 

B.-F. 

* 

» • 

Nous devons être très reconnaissants à 
notre aimable collègue Britannicus de la 
communication qu'il a faite, à V Intermé- 
diaire des documents relatifs à la famille 
du Botdéru — communication des plus 
intéressantes, car elle prouve avec quelle 
soin et quelle rigueur se faisaient, à la 
veille même de la Révolution, les preuves 
pour les honneurs de la Cour. 

Mais Britannicus nous permettra bien 
de lui dire que l'assimilation qu'il fait 
entre les signatures de contrats de ma- 
riage et les preuves de cour, aurait be- 
soin d'être prouvée — ce qu'il ne fait 
pas. 

Ce qu'il faudrait en effet démontrer (et 
c'est là le nœud même de la question (^ue 
j'ai posée), c'est que la faveur de la si- 
gnature par le Roi aux contrats de mariage 
n'était accordée qu'après vérification et 
examen des énonciations de noblesse con- 
tenues dans ces contrats et notammeri^ 
des titres qui y étaient attribués ijux ma- 
riés ou à leurs ascendants directs. 

Dans cette hypothè e,en effet, la pos- 
session de contrats signés par le Roi, et 
où les mariés ou leurs ascendants seraient 
qualifiés, par exemple, comtes ou mar- 
quis, pourrait être, à bon droit, consi- 
dérée comme fournissant preuve suffi- 



s» 1337. Vol. LXVI. 

199 

santé de l'existence régulière desdits titres 
de comtes ou marquis, (ce qui serait des 
plus importants actuellement, par suite de 
la disparition presque complète des ar- 
chives de beaucoup de familles. 

Bellechasse. 

L'armoire des cœurs à Saint- 
Denis Lecœur deKei:ri IViXLll ; 
XLlll ; XLVl ; LXUI ; LXV ; XLVl, 257, 
439) — Nous avons déjà parlé de la des- 
truction du cœur de Henri IV. Le D'Condé, 
dans les Annales flccboisei n» 67 (912), h 
publié une étude sur le docteur Boucher 
qui recueillit les restes de ce cœur. Nous 
y relevons ce passage : 

Depuis le juillet 1814, les cendres du 
cœur de Henri IV (et sans doute celles du 
cœur de Marie de Médicis, malgré qu'il 
n'eu soit pas question dans la relation de 
Ch. Boucher), sont donc déposées dans la 
chapelle Saint Louis du Prytanée et l'on ne 
peut plus ignorer « ce qu'est devenue la 
bouteille » qui les contenait. 

Quant à l'endroit exact où l'on peut les 
retrouver, voici ce que disent MM. Calen 
dini à ce sujet dans leur Guide illustre de la 
Flèche et de ics environs, p. 18 : « Du côté 
de l'Evangile, au-dessus de la porte commu- 
niquant derrière l'abside avec la cour d'Aus- 
terlitz et la sacristie, d Mausolée de Henri IV ». 
Ce qui reste des cendres du roi et de la reine 
est enfermé dans une petite fiole et le tout 
dans un cœur doté. On le voit au milieu de 
)a niche qu'entourent la Force et la Justice 
(statues de Sarrazin), portant le canon et 
1 épée. 

< Côté de l'Epître : « Mausolée vide de 
Marie de Médicis ». La Prudence et la Dou 
ceur (statues de Sarrazin). » 

Billets de Confiance dits Patrioti- 
ques (LXlVy. — |e po^isedeun petit Hillel 
rectangulaire (9 cent sur 4) dans le mi- 
lieu duquel se trouve un Ecu portant le 
numéro 6 ; ce billet est ainsi conçu : N" 
658. bon de iix ioh payable a vue en 
Billets patriotiques de Dix livres, par la 
Compagnie de commission, rue des Bons- 
Enfant.s n" 34. Con tôle Fol. 238, Hnre- 
gistré Fol. 238. Signatures : Daire et 
Tavier. 

Ce dit Billet présente la particularité 
détre tn p.irchenitn.jc serais reconnaissant 
à mes confrères de V fntermrdiaire de bien 
Vouloir me faire savoir s'ils connaissent 
des Bi/lett de ec. fiait -e ou Patriotiques 
imprimés également sur parchemin. 



'INTiiRMÉDiAIRB 



200 



La ville de Vire a émis en 1792 d'abord 
pour <.oixantc mille livras de Billets de 
Confiance de Cinq, Dix et l^ingt Sols, en- 
suite la même année d'autres Billets de 
Deux Sols six Deniers ; j'ignore le nombre 
de ces derniers, n'ayant pas trouvé, dans 
la délibération du Conseil général de la 
Commune, le montant de leur émission. 

Les Billets de Confiance de Vire, impri 
mes sur papier blanc, signés par deux des 
douze délégués et contresignés au verso 
par le Caissier, ainsi qu'il en avait été 
délibéré, étaient remboursables en assi- 
gnats jusqu'au i^^ juillet ijpj. Leur cour- 
tage n'était que d^* un pour cent. Il 
n'existe au Musée de Vire que trois de 
ces Billets, un de vingt sols et deux de 
Deux sols six deniers; le Billet de Vingt 
Sols présente, au quatrième angle, une 
petite vignette représentant une tête typo- 
giciphique et les Billets de Deux sols six 
Denieis montrent au même endroit une 
fleur de Lys. 

La grande rareté de ces Billets de Con- 
fiance s'explique par l'empressement que 
les porteurs ont mis à les échanger et 
par l'exécution du règlement qui forçait 
les rembourseurs à les détruire au mo- 
ment de réchange. 

Emile Ballé. 






[Sur les billets de confiance, lire l'étu- 
de publiée dans la Révolution fran- 
çaise.^ 14 juillet et 14 août 1912, par le 
lieutenant do Cardenal, sous ce titre Les 
billets de confiance du département de la 
Dordogne^ lyçt-iyyô. Cette étude qui sera 
achevée dans ies numéros ultérieurs, est 
très poussée et peut éclairer l'historique 
de l'émission de ces billets d'une façon 
générale.] 

Généraux manchots (LXIV ; LXV ; 
l.XVl, 131). — je ne sais si on a cité lord 
Raglan mort sous Sébastopol en 18^5 ; en 
tous cas la répétition ne tiendra pas une 
grande place. Mais je réclame une men- 
tion pour un vieux Romain du i" siècle 
ap. j.-C. Afranius Burrus, le Burrhus de 
Racine, ce préfet du Prétoire qui, à la 
mort de Claude, en octobre 154, enleva si 
prestement l'empire pour son élève Néron. 
Il passa en son temps pour un type de 
vertu, c(^ qui prouve que l'on n'était pas 
difficile. 

Dans une brochure que j'ai lue, mais 



DES CHERCHEURS HT CUKIBUX 



»o Août 



91 1 



201 



202 



que je ne tiens pas sous ma main en ce 
moment, M. -Héron de Villefosse nous 
apprend que — Tacite, Annales XIII. 14 — 
Burrus avait perdu une main à la guerre, 
et qu'il était originaire de la Gaule, d'une 
ville de Provence ou du Comtat dont le 
nom ne me revient pas à la mémoire. 11 
est donc un peu notre et mérite de figu- 
rer, à titre de lointain ancêtre, dans la ga- 
lerie des généraux mutilés à lennemi. 

H. C. M. 
P. S. — A-ton pensé à François de 
Lanout d\t Bras de Fer , 1:531-1592? 

Clément Thomas (LXV, 543. 654, 
80; LXVl, 105). — L'arrestation du gé- 
néral Clément Thomas est racontée tout 
au long d'après Cattel^iin, qui fut chef de 
la sûreté de la Commune^ par Edmond 
Lepelletier dans son très intéressant ou- 
vrage : Histoire de la Commune en iS-j 1 , t. 

I, p. 473- 

Cattelain cheminait avec son ami, le des- 
sinateur André Gill, entre les baraquements 
du boulevard de Clichy, à la recherche d'une 
boutique de pâtissier. Un horane à barbe 
grisonnante marchait à côté d'eux. Non loin 
se trouvait un groupe de gardes nationaux qui 
fumaient en causant... 

L'un d'eux se leva et vint à moi : 

— Est-ce que vous n'êtes pas Clément Tho- 
mas ? dit-il au vieillard. 

— Oui, répondit i'ex-général. 

— Vous voyez le mouvement ; êtes-vous 
des nôtres ? 

— Mes enfants, j'ai donné ma démission, je 
ne veux plus me mêler de rien, je ne sais ni 
pour V0U5 ni contre vous, vous me connais- 
sez pour un vieux républicain de 48... 

Voilà comment fut arrêté Clément Tho- 
mas, que Gill. malgré qu'il l'ait dessiné et 
malgré qu'il possédât de nombreuses pho- 
tographies de lui, n'avait pas reconnu. 

D' J. B. 

Thiers et Gambett • : un prétendu 
mot de Thiers sur les Alsaciens 

(LXV, 1391. — A quel incident fait on al 
lusion? Peut-être à celui-ci : 

Le 27 octobre 1870, à Tours, dans le 
salon occupé par M. Crémieux, une dis- 
cussion s'éleva entre Thiers et Gambetta. 
On prévoyait l'issue fatale, la perte du 
territoire, Thiers aurait dit : x< Peuh, 
qu'est-ce que cela nous fait les alsaciens? 
Ils étaient allemands, ils le redeviendront; 
c'est le jeu de la guerre. » 



Ce propos est-il vraisemblable ?.a-t-il 
été dénaturéPNéanmoins, M. Galouye l'au- 
rait tenu de Gambetta lui-même. M. Ga- 
louye songeait a combattre Thiers, à l'épo- 
que des menées pour la restauration mo- 
narchique. Il voulut se servir du propos re- 
cueilli, disait-il, de la bouche de Gambetta. 
et il écrivit à celui ci, qui était l'un de 
ses amis de jeunesse, pour en avoir la 
confirmation écrite. 

Gambetta lui répondit par cette lettre : 
Mon cher ami, 

Je partage pleinement ton opinion sur la 
valeur patriotique et les efforts libérateurs du 
chef de la bouigeoisie française ; mais je suis 
forcé de compter avec les forces, les demi- 
forces, les quarts de forces qui constituent, 
elles, toutes la résultante du parallélogramme 
de la démocratie, dont je suis avant tout le 
serviteur indéfectible. 

Ceci pour te dire que tu peux écrire ce que 
tu voudras, « citer lé propos » si cela te plaît ; 
mais, jusqu'à ce que le moment propice soit 
veiu (non pour moi) mais pour l'intérêt po- 
litique de mon parti, je te prie de ne pas 
donner mon nom. Rien ne s'oppose à ce que 
« tu invoques le propos », en te refusant à en 
faire connaître l'origine. 

Le moment viendra oîi nous pourrons tous 
raconter ce qui s'est passé entre moi et lui, le 
27 ■■ctohre 1870, dans le salon que Crémieux 
occupait à Tours. Mais je te connais assez, et 
j'ai toujours eu trop de confiance en toi pour 
insister plus longuement. 

Je me résume. Le moment n'est pas encore 
venu ; il viendra, et, comme je pense que 
chez toi le patriotisme l'emportera toujou s 
sur les préférences politiques et même reli- 
gieuses, nous devrons ce jour-là nous en- 
tendre. 

Tout ceci n'est que pour toi, et je t'envoie 
mes meilleurs sentiments d'amitié. 

L, Gambetta. 
Ce vendredi, 3 août 1873. 

La lettre ne répétant pas le propos^ ne 
relatant pas les circonstances de l'inci- 
dent, on en est réduit au seul témoi- 
gnage de ."Vl. Galouye. En somme, la lettre 
de Gambettajconfirme que, le 27 octobre, à 
Tours, entre Gambetta et Thiers, une 
discussion a éclaté de laquelle Gambetta a 
tiré cette conclusion que Thiers n'était 
pas aussi patriote qu'il eût dû l'être. 

D'ailleurs, cet incident eut une suite. Le 
16 juin 1877, M. de Fourtou étant à la tri- 
bune, récapitulait l'œuvre de LAssem.blée 
nationale. 11 disait : »< Nous avons chassé 
de France les Prussiens. » Une voix tonna 



iNifiRMÈDiAiK: 



N» 1337. Vo.. LXVI. 

203 

de l'extrême gauche : « Le libérateur du 
territoire, le voilà !... » 

C'était Gambetta que désignait Thiers. 
On était loin de la lettre à M. Galouye. 

Sincérité ou tactique : avec les hom- 
mes d'Etat, sait-on jamais? 

Qui était M. Galouye? V. 

Textes de Traités franco-espa- 
gnols (LXVl, 91). — Au lieu de : délimi- 
tation de la Groiiticre dans les Pyrénées, 
lire : de la frontière. Les traités se sont 
succédé jusque vers 1866. — Une partie 
de la Navarre espagnole, désignée dans ce- 
lui de 1815b, s'appelle Qainio Real. Quelle 
est-elle au juste ? Le grand Dictionnaire 
géographique de Vivien de Saint-Martin 
n'en parle pas, à moins qu'il ne s'agisse 
du Quint (Aldudes) . 

Un Pyrénéisi'e. 

Rue de la Victoire (LXVI, 46, 145). 

— Voici ce qu'on lit dans le Journal de 
Paris, à la date du 19 nivôse, an VI 
(8 janvier 1798) : 

Le Département a pris, ces jours derniers^ 
un arrêté portant que la rue Chantv reine où 
est la maison de Bonaparte, s'appellerait 
désormais rue de la Victoire. 

En une nuit, les nouvelles inscriptions 
ont été placées. Elles consistent en lettres 
gravées sur un carré long de pierre de taille 
et peintes en noir, au coin de cette rue qui 
aboutit à celle du faubourg Montmartre. 
Une fruitière, ce matin, arrête une de ses 
camarades et lui fait remarquer la nouvelle 
dénomination — Ah ! bien, bien, lui dit la 
camande, voilà donc qu'on ne nous deman- 
dera plus où demeure Bonaparte. Une dou- 
zaine de curieux qui étaient aussi arrêté.»;, 
ont crié bravo à la fruitière. 

Le petit peuple d'Athènes avait-il plus de 
finesse et de sensibilité ? 

Rendez donc à César ce qui est à Cé- 
sar, et sous des prétextes spécieux, pour- 
quoi, a rencontre d'Henri Martin, peu 
suspect, je l'imagine, vouloir dépouiller 
Bonaparte au profit des moines de Sen- 
lis — ça manque d'abord de justice et, 
par ce temps de liquidation, tout à fait d'à 
propos. 

Les curieux trouveront l'explication de 
Verreut qu'a déjà relevée V Intermédiaire, 
dans l'ouvrage de M. Léon Lecestre : 
Lettres inédites de Napoléon I^"", t. Il, p. 33 
lettre 1168. 

Léonce Grasilier. 



204 



Le Desaix de la place Dauphine 

(T. G. 272; L, 128) — Ala colonne 745 de 
sa note, sous le titre <:< Santerre et la mort 
de Louis XVI » notre confrère M. Camille 
Pitollet nous apprend qu'on a érigé un 
monument à Desaix, en 1890, à Riom, sa 
ville natale. 

J'ai vu ce monument en 1906 et j'ai 
reconnu en lui celui que j'avais vu plus 
de A:inquante années auparavant sur la 
place Dauphine, à Paris, où il surmontait 
une fontaine, et était accompagné d'une 
plaque en bronze portant les horris des 
souscripteurs. 

Car ce monument avait été érigé par 
souscription. 

Mais la plaque dont il s'agit n'a pas été 
cnvo3'ée à Riotn, ou du moins, elle n'a 
pas été replacée sur le monument ac- 
tuel. 

Qu'est-elle devenue ? 

V. A. T. 

[Cette plaque était dans les magasins 
de la ville de Paris à Auteuil, avant l'en- 
voi de la statue à Riom; il est à présu- 
mer qu'elle y est encore ; il faudrait ce- 
pendant s'en assurer^. 

L'Ermitage (LXVI, 96, 1 5 1).— Comme 
contribution à l'article de M. C. de la 
Benotte, je trouve ce qui suit dans E, de 
la Bédollière : Histoire des environs du 
nouveau Paris, G. Barbier 1860. p. 184, 
qui modifie un peu, à tort ou à raison, son 
article en ce qui a trait aux peintures du 
pavillon. 

A l'autre extrémité du parc (du château de 
Bagnolel, résidence champêtre des ducs d'Or- 
léans) du côté de Charonne, on voyait un 
pavillon nommé l'Ermitage . Ce pavillon 
était à l'intérieur peint en grisaille avec mo- 
tifs représentant la tentation de saint An- 
toine : le peintre s'était creusé le cerveau 
pour y représenter le diable sous toutes ses 
formes. 

Et l'auteur ajoute : 

Aujourd'hui (1860) la propriété de la fa- 
mille d'Orléans a été morcelée de mille fa- 
çons, etc., eic. et l'ermitage de Charonne 
maintenant annexé dans Pans est la salle de 
billard d'une maison bourgeoise. 

P. c. c. Dehermann. 

Dans le compte rendu de la séance du 
14 novembre 1901, notre collaborateur 
L. Tesson, rendant compte d'une excursion 



1 



DES CflÉRCliBURS m CURIEUX 



20 Adut (91s 



205 



206 



faite à Bagnolei par la première sous- 
commission dii Vieux-Paris, s'exprime 
ainsi dans son rapport : 

Le château de Bagnolet fut bâti par Le 
Juge, fermier général et reconstruit grandis- 
sement par le Régent : l'on voit encore 
dans Paris, rue de Batçnolet un très curieux 
pavillon avec une grille magnifique qui dé- 
pend de l'hospice Debrousse, 

Un autre {pavillon existe à Bagnolet ; il ap- 
partient certainen;ent par son architecture 
avec parties primitives Au domaine él ré- 
monte au commenceicaent du xviii« siècle, il 
est occupé par une fabrique de cuir verni et 
l'intérieur ne contient auciin vestige i-emar- 
quable, si ce n'est quelques fragments en 
marbre d'une cheminée du xvii« siècle qui 
sont déposés sans souci de conservation dans 
un coin de grenier. 

Tout près du château se trouvait le do- 
maine de Malassis dans les dépendances du- 
quel Girardot appliqua le palissade à la, lo- 
^ue qui fit de la culture dé la pêche la for- 
tune de la région. 

J'ignore si les peintures dont parle 
M. C. de la Benotte, se voient toujours 
dans le salon du pavillon dépendant de 
l'hospice DebrôUsse. Mais 11 me semble 
qu'en visitant cette intéressante maison 
hospitalière on peut très bien, voulant 
satisfaire sa curiosité, soUicitei- du direc- 
teur l'autorisation d'une visite du dit sa 
Ion. 

Pour ma part, si j'étais à Paris en ce 
moment, je n'aurais ^as reculé devant ce 
petit déplacement qui m'aurait valu d'être 
plijs précis éti cette réponse. 

L. CAPEt . 

«Rien ne subsiste oii à peu prèsde Tan- 
cierine banlieue, écrit M. Pierre Gantiez 
dans une de ses charmantes chi-oniques de 
VEcho de Paris, sauf un débris du parc de 
Bagnolet, ce pavillon Louis XV, où fiit le 
billard du régent qui abrita dans la suite le 
fabuleux baron de B.-:tz et sa fidèle Marie 
Grand maison. » 

Les peintures dont fait mentiori d'Ar- 
genville n'existent plus ; on voit sur les 
murs des pochades, fort habiléhient trai- 
tées, représentant des sujets champêtres. 

Cette jolie construction sert à l'habita- 
tion du sympathique directeur de la mal- 
son Debrousse, l'aimable M. Louis Mé- 
relle. 

La grille de fer devant la façade sur la 
rue de Bagnolet, est bien de « t époque », j 
seulement il y manque l'intéressâht fi-on- \ 



ton en fer forgé qui fut enlevé, sous pré- 
texte de réparations, il y a bien des mois, 
et n'a plus reparu. 

Cette disparition a même fait l'objet, 
dans undesdeux journaux hebdomadaires 
du XX"^ arrondissement, d'une question 
restée, bien entendu, sans réponse. , 

Sur la façade de l'Ermitage, côté du 
parc, on a placé, entre les deux portes 
du rez-dechaussée, une ancienne peinture 
en camaieu sous glace, représentant un 
vase ornemental garni de fleurs. 



Lô château des Coques (LXVl, 139). 
— Ce château appartenait à Mme Amaury 
de Maistre, dont le frère avait été cama- 
rade de Maurice de Guérin à Stanislas. 
Eugénie était la sœur de Maurice, et vé- 
cut et mourut au Cayla, où viennent 
d'avoir lieu les fêtes d'ir|auguration d'un 
médaillon du frère et de la sœur. 

L. R. 

i^La correction du mot femme pour 
sceur avait été indiquée par l'auteur : elle 
a été oubliée]. 

Monseigneur Bauer (LX ; LXI ; 
LXII; LXV). — C'est bien lui, ou je 
me trompe fort, que visait M. de Pont- 
martin quand il écrivait {Nouveaux same- 
dis, 1878) : ^ 

Je rencontrai dans un salon un monsignor 
apocryphe, apôtre de boudoir à bas plus ou 
moins violets, lequel, après avoir obtenu 
d'immenses succès d'équitafioh, de photo- 
graphies et de bottes à revers, a essuyé des 
revers et a disparu à propos de bottes ». 

P. c. c. Gustave Fustier. 

Un discours de M. Deschanel. 
Le mot de Vauvenafgues (LXVl, 
i43). — Georges Laguerre ayant été cé- 
lèbre tout jeune, je ci"ois que dans son dis- 
cours, M. Deschanel a dû faire allusion 
à cette délicieuse pensée de Vàuvériâf- 
gués : « Les feux de l'aurore rie sont pas 
aussi doux que les fif-ehiiéfs regards de la 



gloire %. 



EdMôNc» Thiaudière. 



» ♦ ...... 

Le mot demandé est probablement cè- 

lui-cl : 1 Les feux de l'àufore rie sont pas 

si doux que les premiers regards de la 

gloîfe » ; car cet auttè : « les premiers 

jours du printemps ont moins de grâce 

4ùela vertu naiSsantéd'unjeuriè homme», 



N» 1337. Vol. LXVI. 

■ . 207 

paraîtrait plutôt comique, appliqué aux 
débuts d'un politicien. Ibère. 

J'imagine qu'il s'agitde cette maxime : 
* Les premiers feux de l'aurore ne sont 
« pas si doux que les premiers regards de 
« la gloire ». 11 me semble que la bril- 
lante aurore dont il est question ici ne 
fut pas suivie d'une journée sans nuages. 

H. C M. 

Eugène de Goulard (LXVI, 47, 1 54). 
— En i8qc),M. Marc de Goulard habitait 
le château de Luscan, par Galié (Haute- 
Garonne). .Madel. 



L'INTERMEDIAIRE 



208 



♦ » 



Né en 1808 et mort en 1874, à Ver- 
sailles, avait épousé Mlle Féraud d'Ar- 
reau, dont il a eu trois enfants: 

i" Marie, non mariée, décédée à Tou- 
louse, il y a une douzaine d'années. 

2° Madame veuve Lasvignes de Touille 
qui habite le château de Touille et 1 ou- 
louse. 

3° Marc, marié à Mlle Jayr, petite-fiUe 
de l'ancien pair de France qui fut préfet 
du Rhône sous le gouvernement de juil- 
let et dont il y a deux filles, Germaine et 
Antoinette. 

Je ne crois pas qu'il existe une biogra- 
phie de M. Eugène de Goulard. 

Son fils possède quelques lettres et des 
documents intéressants ; mais rien n'a été 
publié. 

M . Eugène de Goulard avait deux 
sœurs : la comtesse de Gironde et M""" de 
Praingy. 

Saint-Perdoux. 

Hue de Miromesnil (LXV, q2). — 
L'Intermédiaire a eu plusieurs fois à ré- 
pondre à des questions touchant Armand- 
Thomas Hue de Miromesnil, et on pour- 
rait s'y reporter. On dit qu'il est mort à 
Montalet en 1794; d'autre part on dit 
qu'il est mort àMiromesnil enNormandie. 
Je n'ai pas trouvé son acte de décès, à 
Issou, canton de Limay, où il serait s'il 
était mort à Montalet. .Sa femme, Blanche- 
Rosalie Bignon, est morte à Mantes, en 
1818, âgée de 74 ans. Ils avaient un fils 
qui fut arrête, je crois, en Tan III. J'ignore 
ce qu'il est devenu. Je me demande com- 
ment Hue de .\liromcsnil, assez mal en 
sûreté à Montalet, avait pu recueillir le 
duc de Penthièvre, alors que celui-ci, dé- 



fendu par ses vertus, fut laissé assez tran- 
quille dans son château de Bisy, aux 
portes de Vernon ? On sait qu'il y mourut 

en 179?. E. Grave. 

* 
■,■ * 

Je ne comprends pas très bien comment 
le garde des sceaux Miromesnilaurait re- 
cueilli, pendant la Révolution, le duc de 
Penthièvre qui ne fut pas inquiété que je 
sache, et mourut en paix à Vernon, au 
commencement de 1793. H. C. M, 

Humbert (LXV, 547, 807 ; LXVI, 61). 
— En dehors de la famille Humbert dont 
le général Jean-Baptiste Nicolas fait partie, 
il y avait encore à Metz une autre de ce 
nom, dont les descendants se sont établis 
à Berlin au commencement du xviii* siècle 
où ils occupaient une place prépondérante 
dans la Colonie française. 

Charles Humbert, procureur à la Cour 
de Metz | 1701, marié à Judith Quien, 
•f- 1718, dont e. a. 

Charles, procureur à la Cour de Metz, 
notaire à Metz, puis à Berlin, directeur du 
Bureau d'adresse à Berlin, 1667-1729, 
marié à Sara le Coq. 

Il laissait une descendance nombreuse 
e. a. Paul, avocat à Berlin, puis conseiller- 
à la Cour de Justice à Wesel 1695-1763 ; 
marié à Marthe Jassoy. Son petit- fils 
Charles Jérémie, officier en service de 
Prusse, a été anobli en 1795 ; dont descen- 
dance. 

Charles, notaire à Berlin, conseiller 
privé, directeur du Bureau d'adresse, 
1702-1752, marié à Marguerite Palmié. 
Sa descendance a été anoblie en Prusse en 
1848, et la famille est établie actuelle- 
ment à Hohcnkrànig et Grabow. 

Les armes de cette famille sont : d'ar- 
gent à la fasce d'aptr, chargée de j mo- 
lettes J' argent, accompagnée en chef de 
deux framboises de gueules, rangées en 
fasce, tigées et feuilletées de sinoplc, et en 
pied de deux tiges de launer de sitiople 
passées en sautoir. 

Lors de l'anoblissement, les armes ont 
été changées entièrement. Ecartdè, au 
I d'azur au chevron d'or accompagné de 
3 Rf(tppes de raisins du même, aux 2 et ^ de 
gueules à la croix d'argent, et au ^ d'or au 
renard passant au naturel tenant entre ses 
dents une (lèche d'argent. 

Les anciennes armes ont été portées 
également par : 



1 



DES CHERCHEURS 8T CURIEUX 



90 Août 191s . 



209 



210 



Moïse Humbert, fils de Moïse, teintu- 
rier à Metz, 1628-168=;, procureur au 
parlement de Metz, marié : 1° Marie Clas 
quin ; 2° Madeleine Jassoy. Son fils uni- 
que Abraham s'établit comme négociant à 
Berlin ( 1 659- ! 7 5 1 ) et avait de son épouse 
Anne Renaud, plusieurs enfants; e. a. 

Abraham 1689-1761, marié à Amélie- 
Jeanne Baleer, sans descendance. 

Major au service du roi de Prusse, con- 
seiller privé, Membre de l'Académie des 
Sciences de Berlin, Anobli 1746 avec les 
anciennes armes, et Moïse, pasteur réfor- 
mé à Dessau ( 1744) puis à Angermunde. 

Cette famille est éteinte. 

Sans doute les familles du général fran- 
çais, du major prussien et du notaire à 
Berlin sont issues de la même souche. 
Peut-on me renseigner à ce sujet .'' 

Une généalogie détaillée des Humbert 
de Berlin est à |a disposition des inté- 
ressés. W. H. Croockewit. 

Rotterdam. 

Philippe-Charles de La Fare (LXV; 
LXVI, 92). — Philippe-Charles, marquis 
de La Fare, né en 1687, promu maré- 
chal de France en 1746. mort à Paris, le 4 
septembre 1752, fit sa première campagne 
à quinze ans, la dernière à quarante-cinq 
et, pendant trente ans fit la guerre chaque 
année. 

Entré aux Mousquetaires en 170 1 et en 
1703, il est lieutenant au régiment du 
Roi ; assiste à la prise de Brisach, à la 
bataille de Spire et à la prise de Landau. 
L'année suivante, il est enseigne à la co- 
lonelle du Roi et fait partie de Tarmée de 
la Moselle ; à dix-sept ans il obtient le 
commandement du régiment du Roi. 

En 1705. il sert en Italie et se distingue 
à la bataille de Canario et l'année d'après 
est blessé devant Turin. De 1709 a 1712, 
il est employé à l'armée du Dauphiné 
sous les ordres du duc de Savoie, de Vil- 
lars et de Berwick. 

En 1714, il est envoyé à l'armée d'Es- 
pagne où il figure jusqu'en 1724. Il ne 
cesse alors de guerroyer en Languedoc^ à 
l'armée du Rhin, à celle de Bohème et de 
Bavière. 

Il est à la prise de Prague et c'est lui 
qui conduira l'arriere-garde, pendant la 
retraite. 



Créé maréchal de France en 17^6, i' 
parut encore à la bataille de Raucoux. 

L. d'Harcourt. 

Philippe-Charles de La Fare, comte de 
Laugère, né en 168=5, chevalier des ordres 
du :'oi de la Toison d'or, et chevalier 
d'honneur de Mme la Dauphiné, maré- 
chal de France, mort en 1752. Il avait 
épousé, le 6 avril 1713 Françoise Paparel, 
dont est née Françoise-Mélanie de la 
Fare, mariée, le 13 avril 1735, à Claude 
Bouthillier de Chavigny , marquis de 
Pont-sur-Seine, brigadier des armées du 
roi. La baronnie de la Fare était en Lan- 
guedoc, elle fut érigé en marquisat en 
1646. (La Chesnaye des Bois). 

P. C. C. NlSIAR. 

On sait que pour obtenir des rensei- 
gnements certains sur un militaire, il 
n'est rien de mieux que de s'adresser au 
Ministère de la Guerre. Il y a là des dos- 
siers très complets et bien classés. Celui 
du maréchal de la Fare doit être facile- 
ment communiqué. Les La Fare sont du 

Midi. E. Grave. 

* 
■* * 

Votre correspondant pourrait s'adresser 
utilement à la veuve de l'un des descen- 
dants du maréchal, comtesse de la Fare 
8 bis rue Vineuse XVI«, ou à ses beaux- 
frères MM. D. de Montaigu, château de 
Vayres par Saint- Georges (Vienne), D'' 
Lucas, 30 rue Boissière. 

HUMANUS. 

Un Conseiller, secrétaire du Roy 
de ». lermont-Ferr. nd, du nom de 
:la.ise Pascal (1666) (LXVI, 91). — 
Ce Biaise Pascal était cousin au =,* degré 
de l'auteur des Provincialêi. Leur ancêtre 
commun, Jean Pascal, marié à Lucques 
de Bort, eut : 

D'une part, pour fils, Martin Pascal, 
marié à Marguerite Pascal, sa cousine : et 
pour petit-fils, Etienne Pascal^ époux 
d'Antoinette Begon, d'où l'illustre écri- 
vain ; 

D'autre part, pour autre fils, Etienne 
Pascal, marié à Jeanne Enjobert, d'où 
Biaise Pascal, écuyer, seigneur de Montel, 
conseiller, notaire et secrétaire du Roi, 
maison et couronne de France et de ses 
finances, suivant provisions du 24 décem- 
bre 1640, époux d'Anne Servant, mainte- 



I 



^îi li^l ^ot. 



LXVI. 

— iii 



L'INTIÎRMÊDlÀlkii 



212 



nu dans sa noblesse, avec ses quatre en- 
fants, par M. de Fortia, Intendant, le 30 
mai 1667. I. Bouillet, Nobiliaire J' Auver- 
gne, lomeW, page 39 — D"^ de Ribier, 
Recherche générale de la fioblesse J' Au- 
vergne, page 373). 

iVlADEL. 

* • 

Estienne Pascal, père du grand Biaise 
Pascal, était l'ainé de six enfants, trots 
fils et trois t~illes. L'un dé ses frères 
était Biaise Pascal, à qui, lorsqu'en 
(630, veuf depuis deux ans, il vînt 
habiter Paris pour l'éducation de ses 
enfants, il « vendit sa cnaro:e de 
deuxième président a la cour des Aydes 
et la plus grande partie de ses biens ». 
(Mémoire par Marguerite Périer, nièce de 
Pascal, publié dans le premier volume des 
œuvres de Pascal, édition des farauds écri- 
vains de la France). Le signataire du reçu 
pouirait bien ètl-e cet oncle du gt-and Pas- 
cal. IbÈRE. 

• 

* * 

J'ai eu, j'ai peut-être encore, sans savoir 

où, deux de ces quittances de rente au nom 
de Biaise Pascal. Comme elles étaient 
datées d'avant 1662, je les présentai un 
jour à M. Charavay qui, sans presque les 
exarhiner, me répondit nettement qu'elles 
n'étaient pas de la rnain de l'illustre écri- 
vain. Comme celle de M. Ulrich Richard- 
Desaix, elles étaient f)etites, mais non im- 
primées. Il n'est pas douteux qu'elles ne 
soient d'un assez proche parent de Pascal. 
Etienne, marié à Antoinette Begon, en ve- 
nant a Rouen, avait laissé des parents de 
son nom à Clermonl. Le Biaise qui nous 
occupe, était-il un oncle ou un cousin de 
Pascal? Je ne puis Hen dire d'aflfîrmatif 
sur ce point. Ce que je puis assurer, c'est 
que ces Pascal, de Clermoi t, sont assez 
nombreux et se sont continués à Paris où 
l'un deux épousa une demoiselle Passerai. 
Ils vinrent à Mantes au moment de la Ré- 
volution et le Pascr^l-Passerat (Jacques- 
Paul) y occupa le poste de receveur de 
l'enregistrem -nt. Il y fut riiêmc maire en 
ventôse an III. Son fils, Léon Pascal dit 
Gerville. élève pour la harpe de Camille 
Bœcker, l'élevé de Madame de Genlis, fut 
un cortipositcur distingué; il mourut le 
10 mai iH8o. 

L'étude des Pascal de Clermonl, c-n de- 
hors des Pericr, a été faite au point de 
vilfe ^éhéalogiqiie et M. Richard-Desaix y 



trouvera 
cherche. 



tous les renseignerrients qu'il 
E. Grave. 



papiers de Jean Reynaud 

142). - Mais ils sont à la Natio- 



Les 

(LXVI, 
nale. 

Un jour la Bibliothèque reçut une lon- 
gue et lourde boîte, munie de deux poi- 
gnées, d aspect macabre. Elle était her- 
métiquement close, scellée et soudée, et 
ne portait (our toute indication qu'une 
étiquette de parchemin portant cette in- 
dication : 

Papiers de Jeati Reynaud sous séquestre 
jusqu'au 18 juin iç^o . 

Ce n'est pas sous cette forme mysté- 
rieuse que, d'ordinaire, se font les dépôts 
des manuscrits les plus indiscrets. Les 
lettres d'amour de Musset sont disposées 
sous un fragile cachet ; la correspondance 
inviolée des Concourt est en des cartons 
ouverts ; les papiers de M. Thiers ne sont 
protégés que par un mince cordon : 
M. Jean Reynaud, qui n'a jamais que bayé 
aux étoiles, qùaild il ne s'attardait pas 
dans le commerce des petits cailloux 
dont la variété excitait sa verve de miné- 
ralogiste, a ceint d'Un triplé bastion dès 
papiers sur la portée desquels on se perd 
efi conjectures. 

Dans le cabinet où sont déposés les do- 
cuments qui ne seront communiqués que 
plus tard, cette malle, dont les lianes op- 
posent à nos curiosités son rigoureux 
veto, a quelque chose dans son énigme 
d'irritant et de taquin. 

Comme le distingué conservateur des 
manuscrits, M. Omont, traînait ce meu 
ble pesant et l'amenait a la lumière pour 
le mieux examiner, nous lui deman- 
dions : 

— Alors, vous ne savez pas ce qu'il y a 
là-dedans ? 

— Absolument pas... Cela nous est ar- 
rive sans explication, sans inventaire ; 
c'est lourd, c'est encombrant, et c'est 
inexpliqué. Secret d'un philosophe, mys- 
tère d'une doctrine : c'est tout ce qu'il 
vous plaira de sii|iposer. 

— Mais s'il n'y avait rien ? 

— Pour Un tel poids.' 

— Par ce temps de malle tragique où 
le crime se cache, l'esprit, volontiers, 
vagabonde dans le roriianesque. Voyez- 
vous que, dans trente ans, en oUvrkrit 



i 



DfaS CHÈkCfiîiUKS ET CUKïBUX 20 Août 1911 

ii3 214 

étaient habillés de bleu et les dames de 
blanc. Bazard et Enfantin entraient, cha- 
cun se levait, saisi dun respect dévo- 
tieux. M. Jules Simon a écrit de bien jo- 
lies pages sur ces scènes apostoliques... 

Mais Jean Reynaud se détacha de la fa- 
mille saint-simonienne, le jour ou le Père 
Enfantin prit des allures pontificales, et 
proclama la liberté de l'amour, cherchant 
dans des pratiques singulières la femrrie- 
déesse, qui, en s'associant à sa destinée, 
devait régénérer le monde. Ni Carnot, ni 
Charton, ni Reynaud, ne consentirent à 
se faire les représentants d'un pathos aussi 
suspect d'immoralité : ils brisèrent avec 
éclat. Jamais on ne les vit processionnef 
par les fues oia assister aux agapes pué- 
riles dans la maison de Ménilmontant. 

La bonne dâtnè qii'on à enterrée en 
1903, a emporté poui* vingt-sept ans, 
dans sa tombe, le secret de la boite close 
déposée en grand mystère à la Bibliothè- 
que nationale. Elle n'a riêh voulu dire dé 
son contenu. Au fond, nous soupçonnons 
pourquoi cette malle étrange et muette a 
l'air d'un cercueil : c'est que, désabusé, 
Jean Reynaud y coucha, avec les procès- 
verbaux des déchirements saint-simoiiis- 
tes, lé cadavre d'une religion, 

M. 



cette malle, dont l'allure est si singu- 
lière, on recule épouvanté '.,. 

Cette supposition ne troiiblc pas la sé- 
rénité des conservateurs. M. Omont sou- 
rit. Le nom de Jean Reynaud n'évoque 
que des images graves et vertueuses. Il 
fut sage et pacifique. Il n'a jamais nourri 
de noirs desseins. M. Jules Simon s'en est 
porté garant, qui n'a jamais parlé des in- 
dividualités de cette époque sans dire en 
quelle admiration il tenait le Lyonnais 
Jean Reyhaud « C'est un honlme illustre, 
disait-il finement : quel dommage qu'il 
soit si peu connu ! » Il n'aurait pas fait 
l'éloge de la vertu sans faire celui de )eàii 
Reynaud. Qu''est-cc qu'un tel homme peut 
bien avoir hiis dans une telle malle .f' Une 
malle qui a l'air d'un petit cercueil et cjiii 
ne devra être ouverte que 67 ans après la 
mort de celui qui l'a fermée ! Convenez 
que c'est bien fait pour nous intriguer... 
Qu'un diplomate qui a été aux écoutes de 
toutes les négociations, qu'un politicien 
qui a traversé plusieurs fois les forêts de 
Bondy parlementaires, qu'un ténor heu- 
reux , ur poète adulé aient des secrets et 
les verrouillent, soit : mais Jean Rey- 
naud! 

— Oui, il en avait, nous disait un ami 
de sa veuve : il a vu lih monde extraor- 
dinaire, que vous ne soupçonnez pas ; il 
a observé des rivalités philosophiques et 
des combats d'écoles, qui sont bien ou- 
bliés de la génération présente ; il a sou- 
levé des colères. Les pontifes ont fulminé 
contre ce doux, dont l'indépendance était 
énergique. Ces graves débats, qui sont 
l'honneur d'une génération, mettent en 
cause des personnalités encore vivantes. 
La phalange s'éclaircit pourtant, tous les 
jours, de ces hommes distingués, avec 
lesquels il mena la bataille philosophique. 
Esprit droit et sincère, il a pu vouloir 
garder la liberté de ses jugements, et 
pour les prononcer tout haut, attendre 
que, pour eux, comme pour lui, la pos- 
térité ait commencé . . 

La veuve ne nommait personne, mais 
on pouvait supposer qu'elle faisait allu- 
sion aux drames intimes qui déchirèrent 
le saint-simonisme et firent s'en retirer le 
prophète. L'ami disait : 

— Des esprits intelligents ont pu siii- 
vre, un instant. Enfantin et Bazard ; ils 
ont pu se rencontrer dans la petite salle 
de la rue Taitbout, où les jeunes gens 



Stendhal et les Lyonnais (LXVI, 
189). — M. Victor Giraud, réminent écri- 
vain de la Revu/! des Deux-Mondes, nous 
adresse la lettre suivante : 

le I 2 août 1912, 
17, boulevard du Roi 
Monsieur le Directeur, 

Le Courrier de la Presse m'envoie une 
coupure de V Inîermèaiaire, où je lis ceci, 
sous la plume de M. Camille PitoUet : 

« Nous avons, dans un article de la Revue 
des Langues romanes (tohie LIV, p. 504, 
note 2I, déjà relevé la comique bévue de 
M. Victor Giraud, lequel, à propos précisé- 
ment des Mémoires d'un louriste, s'im-dg'ine, 
en 1903, que le Reboul qui y est cité 
comme b'étant entretenu avec Mme Roland 
dans son cachot en 1793, n'était autre que 
le poète nîmois, auteur de VAnge et V En- 
fant, qui naquit en 5796 ! Voilà à quoi sert 
de professer la littérature dans une Uni- 
versité helvétique ! » 

Ces aimables lignes me visent évidem- 
ment : car je ne cnnais pas d'autre Victor 
Giraud ayant « professé la littérature dans une 
Université helvétique». J'ai effectivement, 
— et j'en suis très fier ! — eiiseigné la litté- 



«• 1337- Vol, 



LXM. 

— 215 



L'INTERMÉDIAIRE 



216 



rature française à l'Université de Fribourg 
en Suisse, pendant dix ans. 

Mais je n'ai jamais colliiboré à la Revue 
des Languts romanes:. 

Et je n'ai jamais rien écrit ni sur les 
Mémoires d'un touriste, ni sur Reboui. 

La « bévue » de M. Camille PitoHet doit 
provenir de ce qu'il m'a co ifondu avec l'un 
de mes homonymes, je la lui signale chari- 
tablement. Puisse-t-elle, une autre fois, l'in- 
duire à plus d'indulgence envers ses con- 
frères ! 

Je me permets, Monsieur le Directeur, de 
compter sur votre courtoisie pour mettrecette 
menue rectification sous les yeux de vos 
lecteurs et je vous prie de trouver ici l'as- 
surance de mes meilleurs et plus distingués 
sentiments. 

Victor Giraud. 

Famille de La Sudrie (LXV ; LXVI, 
66, 1=57) — M. de la Sudrie, capitaine 
d'infanterie, dont je m'honore d'avoir été 
l'ami — s'était retiré avenue Victor- 
Hugo 32, à Bourg-laReine, où il est 
mort voici plusieurs années déjà. 11 fut 
enterré à Rourg-la Reme. Son ami. le 
commandant Sazonoflf, prononça l'éloge 
funèbre. 

11 a laissé deux fils, Jacques et Pierre, 
qui habitent 26 avenue Marceau à Pa- 
ris. 

Le château de Calveyrac appartient en- 
core à la famille. 

Henri Carpentier. 

Les armoiries de Victor Hugo 

(XLV : XLVl ; L.) — (Documents 
inédits). — On sait que Victor Hugo, 
dont le grand-père était menuisier et le 
bisaïeul cultivateur, fut le plus heureux 
des hommes, un jour ou un sieur Henri 
d'Escamps lui apporta un arbre goncaio- 
gique des Hugo de Lorraine, le persua- 
dant qu'i^ en était l'un des fruits. La no- 
blesse d'Hmpire de son pcre. le général — 
noblesse d'ailleurs peut-être usurpée aussi, 
car on n'a jamais établi que le titre espa- 
gnol que le général reçut de )oseph ait été 
reconnu ou confirmé — ne lui suffisait 
|>as. Aus'-i fut-il tout fier de se voir attri- 
buer les armoiries de cette famille Hugo 
de Lorraine de vieille noblesse, qui portait 
pour armes : d'azur à un chef d'argent , 
chargé de deux merletles de sable. 

Il fit ces armes siennes. 

M. Noël Charavay veut bien nous per- 1 
mettre de prendre connaissance d'un do- I 



cument précieux ; 
néalogique tracée 



c'est un brouillon gé- 
de la main de Victor 
Hugo, probablement d'après l'arbre gé- 
néalogique des Hugo de Lorraine, sur le- 
quel un flatteur a eu l'adresse de greffer 
la roture du poète, il se livre à une re- 
constitution très laborieuse qui chatouille 
prodigieusement sa vanité. 

11 prend la peine de dessiner lui même 
son blason : (on le trouvera dans la page 
fac-similé hors texte). 

Après ce qu'a écrit Edmond Biré : Hugo 
avant j8jo, il n'y a pas grand chose à 
dire sur le travers nobiliaire de l'illustre 
poète — néanmoins on lira peut être, avec 
curiosité le petit travail suivant qui lui 
coûta certainement plus de joie à dresser 
que de peine. 



* * 



Anthoine par la Grâce de Dieu, duc de Ca- 
labre. de Lorraine et de Bare, Mtrches, mar- 
quis de Pons, conte de Proiivenre, de Vaul- 
dormont, etc. à tous, présent et avenir, salut 
(16 octobre 1537) préambule des lettres qui 
annobiissent ma famille. (Voir d'Hozier, re- 
gistre IV''. Armoiial de France). 
Hugo 
Arines de la famille, d'azur à un chef 
d'argent, chargé de deux merlettes de sable, 
l'écu suimonté d'un casque de profil, fermé, 
orné de ses lambrequins d'argent et d'azur 
ainsi que de son bo'jrlet;et sor.mé d'un vol 
bjnneret d'nzur chargé d'une fasce d'argent. 
{/ci le blason qu'on verra destiné sur la 
gravure hors texte). 

Richelieu (argent à 3 chevrons de gueules). 
1"^ degré : 1 . Georges Hugo, y^;/M^ /io;«wtf, 
ayant veu, traversé el fréquenté les pa\s et 
g-ucnes . (Lettres d'anoblissement de An- 
toins, duc de Lorraine, 16 octobre 1537). 
Maison de Penicourt, par les femmes. 
Maison .le Blamont parles femmes. 
2. Hugues i'ugo, seigneur du fief de Rou- 
vrov. 
Etc. 

2« degré : Claude Hugo, écuyer, sieur de 
risle en Rigjult, gendarme dans la comp^i- 
gnie du prince Nicolas de Lorraine, duc de 
Mercœur (1582). 

Nicolas Hugo, seigneur du £. de Rouvroy, 
capitaine de deux cents homr.-.es dar.s le ré- 
giment de Phalsbourg. tué en 1635, par les 
Suédois, après avoir dcfeniiu un fort où il' 
commandait près d'Meidelberg. 

Jean Hugo, capitaine daii^ le régiment de 
Biudricouit, tué au service. 
Etc. 

111* degré : François Hugo, écuyei, 
épouse Dominique de Taillefumier. 

André Hugo, capitaine de cavalerie au 



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ARMOIRIES DE VICTOR HUGO DESSINÉES PAR LUI-MÊME 

[Collection Noël Charavay) 
Int. LXVI, col. 2Tk>. 



OKS CHERCHEURS ET CURIEUX 



ao Août 1911 



217 

service de Charles IV, duc de Lorraine, en- 
suite au service du Roi d'Espagne (1664). 

Etc. 

iV» degré : Nicolas Hugo, baptisé le 18 
avril 1630, lieutenant au Régiment Cardinal 
pour le service de France, syndic de la no- 
blesse du bailliage de Saint-Mihiel . 

Ch -Louis Hugo, religieux prémontré, 
historiographe de Lorraine, abbé d'Estival. 
iSa querelle avec l'évêque de Toul\ évêque 
de Ptolémaïde, écrit beaucoup d'ou\ rages de 
polémique religieuse sous le pseudonyme de 
Barleycourt (mort en 1739). 

Henriette-Thérèse Hugo épousa Bernard 
de Guilboii, écuyer, seigneur de Chatelat et 
de Mûntferat, chevalier de Saint-Louis, capit, 
de Carabiniers. 

Claude-Jeanne-Philippe Hugo, épouse Jean 
de Massiac, cap. au régiment de la reine, 
major du fort-Louis sur le Rhin. 

Suzanne-Plissinde Hugo, religieuse annon- 
ciade-céleste à Saint-Mihiel. 

V' degré : Nicolas-Ignace Hugo conseiller 
d'Etat et favori du duc Léopoid de Lorraine 
(1715). Jeanne Victoire Hugo, vivait le 10 
décembre 1699. 

VI» degré : Ch. Hyacinthe Hugo né le 
16 décembre 1699, (lui et sa descendance 
créés chevaliers par lettres-patentes de Fran- 
çois duc de Lorraine du 20 novembre 1736) 
épouse Anne L'Huilier de Spitzemberg, fille 
de Ch. Léopold de Castres, seigneur de la 
capitainerie de Spitzemberg, capitaine au ré- 
giment de Bassigny, enterré à l'église d'Es- 
tival (mort le 24 janvier 1 758) . 

VU» degré : Nicolas Dieudonné Hugo, che- 
valier, 12 juin i73'>. 

Louis-Charles Toussaint Hugo, — id. -, 
19 mai 1736. 

Joséphine-Mectilde Hugo, née le juillet 

>737- 
Ville degré : 

Mon père et mes oncles. 

1X8 degré : 

Mes frères et moi. 

Armoiries octroyées par le Pre- 
mier Empire (LXVI, 93). — La ques- 
tion est traitée de la plus complète façon 
dans la Revue intitulée HeraJdica depuis 
le numéro de juillet 191 1 jusqu'au récent 
juin 1912, sous les plumes autorisées de 
MM. de Gassicourt et du Roure. 

Oroel. 

Ex-libris à déterminer : d'azur à 
la croix d*argeDt (LXVI, 94). — 
Ces armes sont celles de la grande fa- 
mille parlementaire de Le Pelletier qui a 
formé les branches de Rosambo, de 
Saint-Fargeau, de Matefontaine et des 



218 



Forts. La première seule subsiste encore 

aujourd'hui. L. G. D. L. H. 

* 

* m 

Cet ex-libris est aux armes du Prési- 
dent Le Pelletier de Saint Fargeau (Mi- 
chel-Etienne) né le 10 mars 1736, mort 
en 1778 NisiAR. 

* » 
Appartient à la famille Le Peletier de 
Saint-Fargeau N° 859 des Ex-Libiis Hé- 
raldiques anonymes, de Léon Quantin. 



Ruban d'une croix de Saint-Louis 
avec nœud (LXVI, 93^. — Le ruban en 
question est celui d'un chevalier de l'or- 
dre. B. P. • 

Fer de reliure à identifier (LXVI, 
94). — Ces armes sont celles de la fa- 
mille Fevret de Saint-Mesmin-en-Bourgo • 
gne. Guigard les attribue à Fevret de 
Fontette, conseiller au Parlement de Di- 
jon. NlSlAR. 

Ce sont les armes de la famille Fe- 
vret de Saint-Mesmin, en Bourgogne, 
qui blason ne : Ecartelé : aux i et ^ d'a:(ur 
à trois bandes d'or (Fevret) ; aux 2 et ^ 
d'argent à la hure de sanglier arrachée de 
sable^ défendue et allumée d'argent, vomis- 
sant des flammes de gueules et posée en 
bande (Gorgiard). 

Ce fer n'est pas mentionné par Guigard 
qui en donne un autre du xvui* siècle, de 
Claude-Marie Fevret de Fontette. 

P. LE J. 

Jardins dessinés par Le Nôtre 

(LXV, 448, 5bo, 614, 714; LXVI, 23, 
68). — Au-dessus de la ville de Saint- 
Vallier (Drôme) se trouve le beau châ- 
teau de Chabrillan, des xv« et xvii» siècles, 
avec jardins dessinés par Le Nôtre. Aux 
xv" et xvi" siècles ce château était la ré- 
sidence des comtes de Poitiers-Valenti- 
nois, à la famille desquels appartenait la 
célèbre Diane de Poitiers, maîtresse 
d'Henri II. Nauticus. 



Ouvrages sérieux mis en vers 

CT. G. 665 ; XXXV a XL ; XLII , XLIV à 
XLIX ; LI à LX ; LXl ; LXll ; LXV ; LXVI, 
124). — Puisque M. Fraval s'intéresse à 



»!}• M37 Yo'- 



pvi. 



L'iNTi^KWBDIAiKil 



219 



230 



l'arithmétique en vers, je me fais un plai- 
sir de lui communiquer le couplet sur la 
multiplication : 

De la multiplication par un nombre 
d'un seul chiffre. 

Le multiplicateur d'un seul chiffre se pose 
Sous le multiplicande, à la droite et pour cause; 
Il faut multiplier d'abord les unités, 
Dizaines et plus tard centaines sont portés, 
En joignant l'excédent sui l'unité plus forte : 
L'utile résultat en nombre se rapporte. 
Orj pour multiplier six mille huit cent deux 
Par six, j'opère ainsi, le fait n'est pas douteux. 
En disant : six fois deux font douze ; il faut 

[écrire 
Deux sous (es unités et 4? inèine transcrire 
La dizaine à son rang, et puis riiultiplier 
Les centaines, les mille, et ne point oublier 
Que chaque retenue 2 son rang est remise, 
Pour que la vérté sur le produit se lise. 
Le nombre ici placé marque son résultat ; 
Du principe établi, c'est le produit exact. 

L'ouvrage entier de Chavignaud compte 
loi pages, y compris une introduction en 
vers et un hymne à la Marine française. 

En voici les principales divisions : Nu- 
mération, parties décimales. Les quatre 
opérations sur les nombres entiers et les 
fractions, qui sont appelées les humbles 
fractioDS parce qu'elles sont plus petites. 

Système métrique. Concordance des 
anciennes mesures avec les nouvelles : 
Or, si l'on peut savoir, principe général. 
Combien huit aunes font de mètres au total, 
il faut multiplier le rapport .salutaire 
De l'aune au mètre, afin qu'un produit exem- 

[plaire 
Fixe le résultat : un, cent quatre-vingt-huit, 
Pris huit fois donnera Cit utile produit. 

Suivent : les proportions, les règles de 
société, d'intérêt et d'escompte, d'alliage ; 
les progressions arithmétiques et géomé- 
triques, et enfin les problèmes récréatifs. 

Ce livre est véritablement fort esti- 
mable. 

En 1852, il avaifdéjk dix éditions. 

LÉO Claretie. 

» • 

V Introduction à la vie dévote., Mise en 

rers François par le sieur N. H. E. S. D. 
M... A Paris, chez Charles de Sercy, 1^52. 
Ch. Nicolas : Le Jardin des racines al- 
lejnand&s mis en vers Jrançats . Paris, Ha- 
chette, 1838. ln-8. 

Boscar (LXV, 621;. — Il y a toujours 
prqlit à life îyi. Daron ; on y apprend Jes 
mots incoqnus, très intéressants et aux- 



quels on ne songe guère. Derrfièrernent il 
nous annonçait l'existence d un mot vari- 
dale aiigon : M. Daron en faisait un mot 
grec, naturellement : aux courses, le fran- 
çais fourmille de mots anglais tels que star- 
ter., handicap, etc., qui sont très bien ac- 
ceptés. Maintenant c'est le vocable boscar, 
encore un autre mot grec, toujours. C'est 
à croire que notre langue est la continua- 
tion du grec, et que le grec, c'est le vieux 
français du temps de Démosthène. Le mé- 
ridional qui a semé le mot boscar sur les 
boulevards, ne se doutait certainement 
pas qu'il faisait du grec sans le savoir. 

Bien plus, boscar n'est pas grec, et je le 
vais prouver. 

En germanique existe le radical bus., biïs, 
objet de peu de valeur, conservé dans le 
norvégien actuel bos, bus, bys, boes., boess, 
déchet, litière, éclat, souche, le suédois 
boss, le bas-allemand hos^e, etc.. 

Le <ï\m\r\\iW{ buskah*,'^iiskan, nominatif 
busha, bâska paraît avoir disparu dans les 
langues germaniques, mais a donné n^^is- 
sance au latin mérovingien bitsca. bûsca., 
bûche, éclat de bois, branchages, broiis- 
sajlles, d'où le verbe buscare, bâscare, 
faire des bûches, chercher du menu bois, 
se cacher dans les broussailles, d'où bû- 
cher, chercher, guetter. 

Ne nous occupons que du sens, cher- 
cher du menu bois, chercher en général. 

On a : nouveau provençal husca,bousca, 
chercher, attraper, extorquer, vieux fran- 
çais busquer, chercher, faire des recher- 
ches ; italien buscare chercher, marauder, 
obtenir par adresse, se procurer, attraper, 
escroquer ; espagnol boscar., huscar, cher- 
cher, fiure des recherches, voler ; portu- 
gais buscar chercher, quérir, rechercher, 
faire des perquisitions. 

Le ver|De a donné naissance aux subs- 
tantifs suivants : nouveau provençal bous- 
co recherche, perquisitiot) ; italien busca 
recherche, quèle, marai^de; espagnol bus- 
ca recherche, busca fureteur, chercheur, 
chien de quête ; poftugais busca recher- 
che, enquête, investigation, fouille, per- 
quisition, information, visite domiciliaire. 

Je laisse de côté les autres dérivés trop 
nomt^rcu^ pour les citer jci. 

D'après qe que je viens de dirç, pq corn- 
prcnd le sens et l'origine iiu provençal 
boscar, dont la vraie orthographe serait 
bos^ard, pouscard, celui qui cherche à at- 
traper ou 9 extorquej^. 



I 



DBS CflJBHCa^UJ^S ^T CURIEUX 



30 AoOt 1919 



221 



^^3 



Dans tout cela, il n'est pas question du 
pigeon grec hoscar . Pour l'explication du 
provençal bouscard, j'ai pris le radical 
bouse à ses origines germaniques et je l'ai 
suivi jusqu'à noire époque : je voudrais 
bien voir M. Daron faire la même opéra- 
tion pour son grec bosca>\ 11 est bien aisé 
de prendre deux mots appartenant cha- 
cun à une langue différente, et ayant un 
sens rapproche et affirmer que l'un vient 
de l'autre, il est plus difficile de prouver 
son dire. H. La. 

Miss fLXV, 621). - Tel est le cas de 
miss. Depuis les temps historiques jusqu'à 
nos jours ont été en Angleterre, des po- 
pulations celtiques parlant le dialecte brit- 
tonique : les Romains conquérants n'ont 
pu imposer leur langue aux vaincus ; après 
leur départ, les Bretons libérés continuent 
à parler leur langue peut-être augmentée 
de quelques mots latins ; puis viennent 
les Anglo-Saxons qui imposent leur lan- 
gue germanique que modifient assez peu 
les Normands venus en dernier lieu. Bre- 
tons, Romains, AngloSaxons, Normands, 
ne connaissent ni ne parlent le grec. Com- 
ment le mot grec d'où vient miss est-il 
entré dans la langue anglaise.? Ce n'est 
certainement pas avant la conquête ro- 
maine ; peut-être pendant, mais ce mot 
grec aurait pris une forme latinealors,quel 
est ce mot latinisé. Est-ce sous la domi- 
nation anglo-saxone, mais les Anglo- 
Saxons n'ont jamais eu de rapport avec 
les Grecs. Est-ce plus tard, mais alors que 
M. Daron montre dans le grec du moyen 
âge ce mot fantôme ; il ne le pourra pas. 

La seule solution possible est celle qu'il 
repousse. 

Miss n'est pas le dérivé de mistress, 
c'est mistress lui-même et voici comment. 
Misires madame, a une prononciation dif- 
férente de celle de mistress maîtresse : on 
prononce mississ déformation de mistress 
où le / tombe comme dans le nom de 
lieu Haskestoc (13s) devenu aujourd'hui 
Hassock entraînant Vr mal soutenu dans 
sa chute. Plus tard missis se contractant, 
se resserrant à son tour devint miss. Tout 
le monde sait que ce resserrement est 
dans le génie de la langue. Ainsi le nom 
dt Wtu Crossentss (13s) est devenu Cr<:'.';- 
sens. On dit plutôt bi:( que busirtess ; mob 
s'abrège de mobile, comme fad du fran- 
çais fadaises ; fancy vient dt fantasv, hose 



de browcsse pu browyce, sbore dp sewer, Sa- 
cristan est deven^i Sexton, Cicely Cis et 
Roger Rodge, etc. Je laisse de côté les 
noms de lieux ou de personnes qui subis- 
sent des modifications incroyables. Quoi 
d'étonnant alors quewm;5i deviepne miss, 
le raccourcissement se produisant dans un 
milieu familial et daris un lapgage légère- 
ment enfantin employé par le personnel 
domestique, où les syllabes ont une ac- 
centuation instable entraînant la,chute de- 
la voyelle atone. ïï. La. 

Mousse (LXV, 621). — S'il y a un 
grec mos. je n'en sais rien, j'en doute 
même, pn toijt cas, il fi'a rien à fajre avec 
notre mousse. 

Si l'on met en regard nos deux mots 
mousse et puits dans les langues romanes, 
on a : 

ir^.viça\s mousse puits ', pro\ençal moiisso 
pou{ : italien mo:(:(o po{:(o ; espagnol mo- 
{0 po{o : portugais moço poço. 

Comparés aux autres langues, le fran- 
çais et le provençal mousse mousso ne sont 
pas de forme régulière : le fait s'explique 
très bien si l'on admet que l'italien ou 
l espagnol mo:(:^o mo:(0 a donné naissance 
au provençal mousso qui à son tour est de- 
venu le français mousse. 

Comme puits se dit en latin puteus, on 
conclura pour l'autre terme un latin mu- 
tîus ne figurant pas, il est vrai, dans les 
auteurs, mais dont l'existence est rendue 
probable pour diverses raisons. 

Quel est le sens de ce latin mutius; l'es- 
pagnol et le portugais y répondent par 
les adjectifs wio^o, moço jeune, le français, 
le provençal et l'italien par les adjectifs » 
mois., mois, mo^io écourté, émoussé, lâche, 
niais. 

Le germain qui a reçu le mot des lan- 
gues romanes, présente les formes sui- 
vantes : vieux hollandais moetse qui a la 
queue, les oreilles ou la crinière coupée, 
l'allemand mot{, mut:(, animal dont la 
queue est coupée, nabot, sot, d'où les ver- 
bes vieux hollandais moetsen, mutsen mu- 
tiler, couper, bas-allemand mut;(en cou- 
per, allemand mutsen rogner, tondre, 
tailler, écourter, etc. 

Citons encore l'espagnol mocho tondu, 
taillé, le portugais mocho écorné quj re- 
présentent un latin muticulus. 

Il résulte de tous ces rapprochements 



N» 1337 Vol. LXVI 

223 

que le sens primitif des mots mousse, 
mow^sû, Nw:^{0, tno:(o, moço est identique à 
celui du latin tonsus. C'est le jeune homme 
aux chevc-ux tondus ou raccourcis. H est 
bon de se rappeler ce que j'ai dit au sujet 
de touse{LXV, 0o). 

Je puis ajouter que le grec actuel pos- 
sède le mot poûtyos moui^os mousse, em- 
prunté aux langues romanes. 

H. Laray. 

« Mon colonel » (LXl ; LXII ; LXVI, 
74, 126. 167). — En adhérant pleinement 
à l'opinion exprimée par le collaborateur 
Langoumoisin. j'ajouterai seulement que 
les dignités d'amiral et d'ambassadeur 
passent aussi, en se féminisant, aux fem 
mes des titulaires Mais i' n'y a plus 
d'amiraux en France, seulement comme 
par courtoisie on dit « amiral » en 
s'adressant à un vice-amiral, même à un 
contre-amiral, je me demande si l'usage 
est d'étendre aux femmes de ceux-ci la 
même appellation honorifique. 

En province, on a longtemps dit la 
<i préfète » et la *< sous-préfète » ; Charles 
de Bernard emploie même ce dernier ter- 
me dans un de ses agréables romans : 
Uk acte de Vertu. Ces façons de parler ne 
sont plus guère en usage. On a même dit, 
mais rarement, la « Première présidente », 
ce qui était absolument ridicule. 

H. C. M. 

Poésie monosyllabique (LXIIl ; LXIV 
LXV; LXVI, 123). — Ces calembredaines, 
comme les a justement définies Maxime 
du Camp, sont plus calembredaines en- 
core quand on élude la difficulté de la 
rime. C'est le cas dans la citation qui 
vient d'être faite de Jules de Rességuier : 

Blonde 
Nuit! 
L'onde 
Fuit ! 
Terre 
Brune 
Lune 
Luit! 
Elle et son pageétaient, sur la tour, à minuit ! 

Tant mieux. Mais avec quoi rime Terre ? 

G. DE FONTENAY. 

BI018 et ses , abitants (LXVI, 7). 
— Dans Le Ltvie des Proverbes français^ 
Le Roux de Lincy, après avoir cité l'ex- 



L'INTBKMBDIAIKH 



'224 



pression « Les péletiers de Blois », ajoute 
que l'on disait encore « les foireux de 
Blois ». 

C'est évidemment de l'origine de l'épi- 
thete stercorariiis de Scaliger. 

De Mortagne. 

Membre de 3 Académies (LXVI, 
94). — A l'église Saint-Louis d'Antin, on 
peut voir une urne contenant le cœur du 
comte de Choiseul : 

Gabriel Florent Auguste, comte de Choi- 
seul, 
pair de France, ministre d'Etat 
Lieutenant-Général des Armées du Roi 

etc , etc , 
Membre de l'Académie française, de l'Aca- 
démie des Inscriptions et Belles-Lettres 
et de celle des Beaux-Arts etc. 
Ancien ambassadeur à Constantinople. 

HUMANUS. 

Distique latin à identifier : « Quid 

faciès... )) (LXVI, 7, ib2). La question, 
qui est l'auteur de ce distique ? est bien 
difficile. Est-il po-sible d'y répondre ? 
Le distique toutefois remonte plus haut 
qu'au xviii' siècle, car je le trouve dans 
1' s< Aenigmatographia sive Sylloge Ae ■ 
nigmatum et Griphorum convivialium ex 
variis Auctoribus colleclorum », par Ni- 
colaus Reusnerus, Pars II, Francfort, 
i6>>i p. 154. En voici d'autres du même 
genre ; 

Aeris servus eris, si te species trahat aeris : 
Aeri cur haeres? cras aeris non eris haeres. 
Si tibi déficit aes, miser es, praepinguia non 

[es : 
Post res egestas, multos comitatur egestas. 

E. Bensly. 

Le grec dans la langue française : 
Cabane (LXV, ^81 ; LXVI, 171). — 
M Corman a entrepris d'élucider la qu&s- 
Won cabane ,']ç. lui offre ma façon de voir à 
ce sujet. 

La question capanna est restée Tune 
des plus obscures de la linguistique 

Isidore est le premier qui cite ce mot : 
tugiirinm parva casa est; hoc rustici ca- 
panna vocant. Isidore vivait aux be et 7' 
siècles. Au 8* siècle il est devenu cabanna. 

H. Laray. 

S jubs la corde des sai icts (LXIV ; 
LXV ; LXVI,75, 126, 169). — Une expres- 
sion similaire se rencontre dans un texte de 



DBS CHBRCHfiUKS 8Î CURIEUX 



ao Âoât 191S 



225 



226 



1 36 1 . A propos du patronage de la chapelle 
Saint-Nicolas du Trait (à Yanville, dio* 
cèse de Rouen), que revendiquaient à la 
fois les moines de Jumièges et l'archevê- 
que, et de la sentence intervenue aux as- 
sises de Caudebec, on voit que T « at 
tourné » et procureur des religieux, abbé 
et couvent de Jumièges s'était rendu à 
l'église, objet du litige, « et illeuc, heure 
de messe, ainsi comme le prestre qui la 
grant messe chanta en ycelle chapelle out 
fait son pri, se transporta devant le mes- 
tre autel d'icelle chapelle du Trait, de- 
vant l'autel Notre-Dame d'icelle chapelle, 
soiilx le cruxffis et soulx les sains d'icelle 
chapelle et en tous yceulx lieux, en la 
présence de grand foison de bonnes gens, 
fut Icu ledit brief et commission, et. par 
vertu de ce, adjourna ledit archevesque 
a estre en ces assises pour respondre aux 
dis reliËfieux... h 

L'une des désignations topographiques 
employées ici parait, bien être la même 
que celle qui a donné lieu à la question 
et s'expliquerait de façon identique. 

Qy^siTOR. 

Normands et termes marins (LXIV; 

LXV). — Au temps jadis, une batterie 
était mstallée à l'avant du bateau, et sur 
cet emplacement était écrit en grosses 
lettres le mot « batterie ». Le bord du na- 
vire du côté des lettres hat s'est appelé 
bâbord — celui du côté des lettres trie 
s'est appelé tribord. Mary. 

Guilhen (LXVl, 95). — Guilhen et 
mieux Guilhem est un nom occitan, qui 
signifie Guillaume. B.-F. 

Cabajoutis (LXV; LXVI. 123). ~ 
Dans la région nivernaise et morvan- 
delle, le masculin cagibi (dont je ne ga- 
rantis pas l'orthographe et que j'écris 
phonétiquement) désigne une sorte de petit 
réduit, de capharnaum où l'on entasse, 
pour s'en débarrasser, les objets les plus 
hétéroclites. Le mot est populaire, mais je 
ne le crois pas paysan. C'est un demi- 
monsieur. 

G. DE FONTENAY. 

Gymkana (LI ; LU).— Du Figaro : 

Ce mot « gymkana ■» nous vient de l'Inde 
de rajahs, où il est employé pour désigner 
des fantaisies équestres, auxqualles excellent 



les brillants cavaliers de l'Inde splendide» 
qui, montés sur leur coursier, parcourent la 
piste bride abattue, coupant en deux, d'un 
seul coup de sabre en passant devant lui, un 
mouton accroché la tête en bas à un poteau. 
C'est M. André de Fouquières qui a accli- 
maté en Franco le mot « gymkana », qui 
sert ainsi à désigner brièvement toute une 
série de divertissements, de jeux, de courses, 
de sports pratiqués en plein air pendant la 
belle saison, lors d'une réunion mondaine, le 
plus souvent en faveur d'une bonne œuvre, 
et qui trouvent le moyen, tout en soulageant 
des infortunes, d'amuser aussi bien les petits 
que les grands, et d'obliger les assistants à 
déployer toutes les élégances raffinées que 
nécessitent ces journées « sélect » entre 
toutes. 

Rampeau (LXVI, 95). — Littré donne 
ce mot avec un, ou plutôt deux sens, tout 
autres que celui qu'indique M. Simon : 
'< Partie de quilles qui se joue en un seul 
coup de boule > ; et « second coup de 
la partie qui se joue en deux coups >v Au 
premier de ces sens se rapporte celui du 
verbe « rampeller, jouer au rampeau ; au 
second, l'emploi du mot rampeau dans la 
phrase de Montluc que cite Littré : %» Je 
lui manday que je ne voulois pas qu'il 
fust fait de luy un rampeau du capitaine 
Arne » ; c'est-à-dire, d'après le contexte, 
qu'il fut tué comme l'avait été le capitaine 
Arne ; « rampeau » a ici le sens de « ré- 
pétition ». 11 faudrait chercher ce mot 
dans Lacurne, à qui Littré emprunte son 
exemple, et dans le dictionnaire de Go- 
defroy, je ne l'ai pas en ce moment sous 
la main. 

Ibère. 

Godefroy enregistre ce mot avec le 
sens de partie de quilles qui se joue en 
un seul coup de boule, et encore : second 
coup de la partie qui se joue en deux 
coups, et il cite à l'appui plusieurs textes 
du xvi^ siècle. 

11 donne aussi l'extrait suivant oii le 
mot est employé au figuré : 

Je luy manday que je ne voulois pas qu'il 
fust fait de luy un rampeau du capitaine 
Arne, et qu'il suffisait d'avoir perdu un brave 
et excellent capitaine et une compagnie de 
gens d'armes, sans en perdre deux (Montluc, 
Mém., il, p. 396). 

Cet auteur note qu'être rampeau se dit 
aujourd'hui en terme de jeu lorsque deux 
joueurs sont maiiche à manche, que dans 



H- 1337. Vol. LXVI. 



L*iNTB;<MÉDÏAIRE 



227 



228 



le Jura, rampeau se dit d'un jeu de quilles 
où il s'agit d'abattre d'un seul coup trois 
quilles rangées obliquement par rapport 
au joueur, et que dans l'Aunis le mot dé- 
signe le jeu de boules. 

Dans Littré, mêmes définitions et même 
texte de Montluc, sans aucune étymolo- 
gie. 

Godefroy donne aussi rampeller, jouer 
aux quilles, avec un texte de Brantôme. 

De Mortagne. 






Rampeau et aussi rampo^ râpeaii signi- 
fiait autrefois dans le langage populaire 
le second coup d'une partie de quilles. 
On trouve dans Littré qui reproduit la 
Curne : 

Rampeau, second coup de la partie de 
quilles qui se joue en à?.ux coups. Je liiy 
manday que je ne voulois point qu'il fust 
faict de luy un rampeau du (capitaine Arne 
qui venait d'être tué) et qu'il suffisait d'avoir 
perdu un brave et vaillant capitaine. 

(Montluc : Mémoires, 1592). Rampeau, 
dans cet exemple, est pris au figuré. 

La Curne et Littré auraient pu citer ce 
passagede Rabelaisoù rampeau, rapeau est 
pris en son sens propre de second coup 
au jeu de quilles. 

11 y eut rapnau et lors mirent tous chiîcun 
ung dernier au jeu pour ledit rapeau. 

L'ancien français avait aussi rampeUj 
jeu de boules . Dans la Bresse Lou- 
hannaisc, rapeau signifie égalité au jeu ; 
être rapeau, être manche à manche au 
jeu, dans une partie, avoir parité de 
points. Ce terme rapeau, rampeau, second 
coup au )eu de quilles est aussi très usité 
dans l'Est, la Bretagne et l'Ardèche où, 
dit Y Intermédiaire (30 mars 1899). les 
hommes et les enfants l'emploient pour 
n'importe quel jeu. 

L'étymologie de rampeau coup au jeu, 
semble difficile à établir d'une façon pré- 
cise, louer au rampot, dans le Lyonnais, 
c'est, dit Puitipclu, « jouer avec des go- 
billes (billes) et avec laide de trous au 
nombre de neuf que l'on fait dans la terre. 
Ce jeu de billes, dans le centre et à Paris, 
s'appelle jeu de la bloquette. La seconde 
partie du mot est po/, mais la première, se 
demande Puitspelu, est elle rang ? rang de 
petits pots? Comparez le forézien ran^rifan 
cbi,\tu qui se joue avecdes rangées de cail- 
loux ; oubicn.'jfw serait-il Icpréfixe/.j na- 
salisé ? Comparez le vosgien rempcau pour 



rapeau ». Puitspelu semble avoir confondu 
ici le jeu de la bloquette avec celui de la 
balle au pot. Dans la bloquette, un seul 
pot, un seul trou suffit ; dans la balle au 
pot, il faut autant detrous que de joueurs 
et rang de pois qu'il propose s'explique- 
rait alors, sans nous donner toutefois l'ex- 
plication du sens : point égal, coup nul. 
Nous pensons avec M. Guillemant 
(Dictionnaire du patois delà Bresse etV In- 
termédiaire (30 mars 1899) qu'il faut rap- 
procher rampeau de rapport, faire rapport 
à, égaler ou encore de rappel, rappel au 
but, au début de la partie, renvoi au jeu, 
comme le propose notre érudit confrère 
M. Pavot ; mais tout cela est imprécis. 

Gustave Fustier. 

Futurisme et cubisme (LXVI, 97). 
— Les peintres futuristes ont annoncé 
leurs intentions révolutionnaires maintes 
fois déjà, et tout dernièrement dans une 
brochure de 32 pages publiée à l'occasion 
de l'exposition de leurs œuvres à Paris, 
du 5 au 24 février 1912 {Lespeintra futu- 
ristes italiens) . La lecture de ce curieux 
opuscule est instructive, tout autant que 
l'examen des reproductions de auelques- 
uns de leurs tableaux qui y sont jointes. 
On y verra comment ces novateurs, à 
vouloir à tout prix « commencer une nou- 
velle époque de la peinture » , à haïr sys- 
tématiquement tout ce qui a été fait avant 
eux, retrouvent^ sans qu'ils s'en doutent, 
la mentalité de tous les débutants, et 
aboutissent par un phénomène incons- 
cient de régression, à des formes enfan- 
tines dont l'art s'était dégagé depuis des 
siècles, même depuis des milliers d'an- 
nées. C'est ce que j'ai démontré dans un 
article qui a été lu à l'Institut Ethnogra- 
phique International de Paris le 30 mars, 
et qui paraîtra dans le prochain fascicule 
de la Rezue d' Ethnographie et de Sociolo- 
gie auquel je renvoie le lecteur. 

On a écrit cette année de nombreux ar- 
ticles sur les futuristes, articles dont les 
uns portent aux nues cet art abracada- 
brant, dont les autres, plus sensés, avouent 
ne rien comprendre à ce qui est incom- 
préhensible. On trouvera diverses appré- 
ciations dans le Mercure de France, 1912, 
février, p. 86S, mars, p. 184 ; La Lecture 
pour tons, mai 1912, p. 6b6 sq. Futuristes 
et pompier:, etc. Les journaux illustrés ont 
donné de quelques tableaux futuristes des 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Ao-fit 191 3 



229 



230 



caricatures moins caricaturales que les 
originaux. i>ar ex. ; Simplùissmuf, 1912. 
6 mai, p. 100. 

Le chef de l'école, Marinetti, ne borne 
pas son ambition à vouloir rénover la 
peinture ; il veut encore rénover la litté- 
rature, et, dans un article de haute fan- 
taisie, il a lancé < le manifeste technique 
de la littérature futuriste. € Il faut, dit il, 
abolir l'adjectif, ladverbe, la ponctua- 
tion, la syntaxe.. Du haut de l'aéroplane 
qui lui inspira ces idées révolutionnaires, 
il a contemplé les luîtes italiennes de Tri- 
poli, et, aux sons harmonieux du moteur, 
il a célébré en phrases d'un hrisme apo- 
calyptique le carnage africain. < Qu'il est 
bon de se sentir ainsi dans le canon rayé 
d'un fusil monstrueux à la fois balle et ci- 
ble futuriste > î [f^ers et Prae^ 1912). 

Quant aux cubistes, qui disputent aux 
futuristes l'honneur « d'épater l'bour- 
geois », il semble toutefois que leurs 
coups de tam-tam soient moins assour- 
dissants que ceux de leurs rivaux, les- 
quels du reste les méprisent cordialement 
et les considèrent déjà comme « vieux 
jeu » (cf. Mercure de France, 1912, avril, 

P- 659)- 

W. D. 

Du port de T alliance en Allema- 
gne (I-XVI.90). — Cl-ecesoiten Allema- 
gne, en France ou par toute la terre, c'est 
au doigt annulaire de la main gauche de 
l'épojse que l'époux passe l'anneau bé- 
nit selon les rites de la Sainte Eglise ca- 
tholique apostolique romaine. 

H. DE L. 

Le mai (T. G., 547: LXVI, 95). — 
La coutume du # mai *, avec des va- 
riantes locales, était antan générale en 
France. C'est une survivance païenne. Elle 
a disparu en bien des endroits, mais hxiy 
ce n'est pas seulement a Pont- Aven qu'elle 
est encore en usance, B.-F. 

Cet usage est dans tous les cas très ré- 
pandu à Nice où chaque quartier, dès le 50 
avril, voit s'édifier son mai. On en compte 
une vingtaine au moms dans la ville. 

Il y a même parfois des concours de 
fnais où des récompenses sont accordées à 
ceux qui ont su édifier les plus beaux. 

La jeunesse de chaque quartier se réu- 
nit autour de son m.;», chantant et dan- 



sant des rondes chaque soir jusque vers 
onze heures, a la grande joie des enfants, 
mais pas toujours des paisibles voisins. 

G. DE Massas. 

Les sœurs associées LXVI. 8, 17). - 
La jolie lettre suivante de François Coppée, 
pleurant la mort de sa sœur est citée par 
M. Jean Monval dans le Correspondant. 
Elle montre quelle admirable association 
fut celle de ces deux êtres délicieux. 

Ma pauvie sœur, — elle aurait quatre- 
Tingt-deux ans au mois d'août prochain, — 
vient de s'éteindre après une grippe jointe à 
son état de grande faiblesse. 

Quel vide affreux c'est dans ma vie. Elle 
a joaé à la petite maman avec moi, quand 
j'étais U3 bébé. Quand ma mère mourut, — 
j'avais trente-deui ans, — elle a pris sa 
place. Jamais je ne pourrai sssez dire com- 
bien elje a contribué à la douceur et à la di- 
gnité de ma vie. 

^îe voilà tout seu', toujours bien malade, 

— provisoirement inifi-rme, — les médecins 
l'espèrent du n^oïns, et bien, oh ! bien mal- 
heureux ! 

Ma pauvre et bicn-aimée soeur Annette 
s'est éteinte sans un effort apparent, sans 
une souffrance sensible. Mais que sait-on de- 
vant cet état mystérieux qui précède la mort? 

17 mai 1908. 

liraucailUs et (îunosités 

Bonaparte mort le 18 brumaire. 

— Limpuiaiion au Père Loriquet d'avoir 
supprimé le règne de Napoléon et écrit 
que Bonaparte fut le lieutenant de Sa Ma- 
jesté Louis XVIll, parait bîoi une légende. 
Mais ce qui n'en est pas une, c'est ced. 
On lit dans la Graiide Encyclopédie de 
Pierre Larousse, à l'article Bonaparte : 

Général de la République Française, né k 
Ajsccio [île ie Corse), le 15 août 1769, mort 
au château de Saint-Cloud, près de Paris, le 
18 brumaire an Vlll de la République Fran- 
çaise, une et indivisible (9 novembre 1799). 

B. — F. 
Un gilet séditieux. 

Tarbes, 8 août i8«3. 
Le Préfet des Hautes-P)rrénées 

au Ministre de rintérieur 

-Monseigneur, 

Le sieur Conget, com-.issaiîe de Police d« 

Bareges, a saisi le s, chez un sieur Joseph 

Sùutans. tailleir de Bagaèies établi à 6a- 

reges pour le temps de la saison des Eaux, 



N* 1J37. Vol. LXV. 

231 

un gilet coupé, mai» non cousu, de couleur 
violette foncée, parsemé de figures de Bona- 
parte fort ressemblant , avec des croix d'hon- 
neur et des N. Le tailleur a déclaré que 
cette étoffe appartenait au sieur Charles Lys 
propriétaire à Plassac (Charente-Inférieure) 
arrivé à Barèges le 30 juin dernier. Le pro- 
cès-verbal rédigé par le sieur Conget ainsi 
que ['étoffe saisie ont été adressés par le 
sous-préfet d'Argclés au procureur du Roi 
près le tribunal de Lourdes. J'aurai l'hon- 
neur d'instruire V. li. des suites de cette 
affaire. 

Le préfet, 
Jahan. 

Qu'advint-il de tout cela .'' 

La correspondance oftkielle est muette 
sur la suite de cette histoire. 

Mais i\ l'on en juge d'après iiombre 
d'affaires semblables, il n'est pas douteux 
que le Lys de Plassac dût, après avoir 
payé frais et amende, aller méditer pen- 
dant plusieurs mois « sur la paille humide 
des cachots >■>, sur l'inconvénient qu'il y 
avait, en 1822, à vouloir faire sensation 
en s'exhibant avec un gilet séditeux. 

LÉONCE Grasiuer. 

Les adieux au télégraphe Chappe. 

— Le télégraphe sans lil ne, remplacera 
pas de sitôt le télégraphe avec fil. Quand 
ce dernier remplaça le télégraphe aérien 
que Hugo avait chanté à l'âge de dix-sept 
ans, la satire suivit ses funérailles. 

Un vieux journal nous apporte l'une 
de ces railleries. 

Tout s.^ dit avec l'A B C. 
L'A B C partout P li T. 
Longtemps par le sort K O T. 
Nous cesserons de V G T. 
Le télégraphe est A J T. 
De fureur il est R 1 C. 
11 ne peut surmonter l'I D 
Que du monde il est FA C. 
Oui, malgré son R E B T. 
Trop longtemps il est R S T. 
Debout coihme une DIT. 
Vieillard que le temps A K C. 
C'est une affaire d'S I D. 
Son F I j est môme O T 
De lui nous allons R I T. 
Car il est enfin D C D. 

Qyand on inaugura la statue de Chappe, 
mieux inspiré, M. Alphonse Humbert, qui 
la recevait comme président du conseil 
municipal, disait « que la gratitude pour 
un bienfait dont nous ne jouissons plus 
n'en est que plus touchante. » 



L•1^5TBP.^•BDJAJRK 



132 -^ 



Les fonctionnaires toujours mé- 
contents. — En attendant le statut des 
fonctionnaires, ceux ci s'agitent terrible- 
ment et il y a apparence que ce sera 
exactement la même chose après le statut. 

La Révolution avait été saluée d'enthou- 
siasme par les fonctionnaires ; qu'en es- 
péraient-ils ? Toujours est-il qu'ils furent 
parmi les premiers déçus. 

En \o\c\ la preuve dans un docu- 
ment qui pourrait aussi bien être daté de 
nos jours. 

Il porte le cachet du ministère des 
affaires étrangères : 

DÉCLARATION 

Nous, soussignés, commis au département 
des affaires étrangères, amis sincères de la 
liberté que nous voulons maintenir et servir ; 
déclarons que, pour résister aux malveillan- 
ces, aux intrigues, que notre p'ilriotisme, 
notre franchise, notre fidélité à nos devoirs 
pourraient nous suscit^j:, nous prendrons 
respectivement la défense de nos camarades, 
nous jurons, en cas de destitution arbitraire, 
de réclamer pour eux la justice que nous 
croirons leur être due, et de n'abandonner 
leur cause que lorsqu'il sera prouvé que leur 
exclusion est fondée sur leur improbité, leur 
incivisme ou leur négligence. A Paris, le 8 
juillet mil sept cent quatre-vingt-douze, l'an 
quatre de b Liberté, 

Feraudel, YsABEAU, Le Brun, Darbblet, 
Thoineville, Pascal, Vitry, 

L'un des signataires de ce curieux en- 
gagement collectif n'est pas un inconnu : 
c'e-t Lebrun-Tondu ainsi nommé parce 
qu'il avait été abbé ; défroqué, il fit un 
soldat. Il vint de Liège à Paris avec Du- 
mouriez, dans une députation de patrio- 
tes. 11 entra aux Affaires étrangères ; après 
le 10 août il devint ministre de ce dépar- 
tement. C'est donc un prédécesseur de 
M. Poincaré. -Vous avez pu voir, par 
cette déclaration, que ce bon patriote 
nourrit, un esprit agressif. U ne veut pas 
être inquiété par le caprice et l'arbitraire. 
Il prétend n'avoir pas fait une révolution 
pour simplement changer de tyran. 
Cette indépendance ne lui réussit pas. U 
est arrêté, comme suspect, il s'évade, il 
est repris et, en décembre 179?, il est 
guillotiné. 



Le Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 



Imp. OANmt-CHAMBOH, St-Amand-Mont-Bond 



LXVl» Volume Paraissant Us lo, ao et io de chaqvu mon 



3Ô Août 1912 



48» Année 

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DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



Fondé en 1864 



(JUKSTIONS ET RKFONSRS LITTÉUAIRES. HISTOUIQUKS, SCIENTIFIQUES ET AKriSTlQUB 

TROrjVAILLES ET CURIOSITÉS 



Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonvme , et de n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes oit signés di pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, toute 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet . 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Oiiand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauf exception, 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



(âucôtians 



Les Guise descendants r es Carlo- 
vingiens. — Je viens de relire, dans une 
histoire de la Ligue, que la famille de 
Guise prétendait descendre des Carlovin- 
giens et se disait, par suite, victime de 
l'usurpation d'Hugues Capet. 

Sur quoi reposait cette prétention des 
Guise ? Par quelle filiation se disaient-ils 
héritiers légitimes de la couronne de 
France ? 

Etait-ce par ligne masculine ou par les 
femmes ? Bellechasse. 

Les drapeaux de Metz en 1870 
— Le journal Le Temps a publié, d?ns son 
numéro du 19 août 1912, deux longues 



lettres de M. Georges Bazaine, petit-ne- 
veu du commandant en chef de l'armée 
de Metz en 1870. Le signataire de ces 
lettres, on le devine aisément, prend la 
défense du condamné de Trianon, « sol- 
dat loyal, écrit- il, qui a été la victime 
choisie offerte en holocauste à la douleur 
dun peuple, le martyr des passions poli- 
tiques de son époque. « 

Je n'ai nullement l'intention de répon- 
dre à ce panégyrique ni même de l'ap- 
précier, et je n'entends pas rouvrir, sur la 
culpabilité ou l'impérilie du maréchal Ba- 
zaine, un débat auquel V Intermédiaire 
consacra naguère une très large place 
dans ses colonnes. L'observation que je 
me permets de soum.eltre aux intermé- 
diyiristcs porte sur un point précis, au 
sujet duquel il semble possible d'arriver 
à une certitude absolue. 11 s'agit de la pé- 
nible «,< question des drapeaux », que l'on 
ne peut soulever sans éveiller un dou- 
loureux souvenir dans le cœur de tous les 
Français. A ce propos, M. Georges Ba- 
zaine écrit les lignes suivantes : 

Eu ce qui concerne la question des dra- 
peaux, il est vraiment étrange et paradoxal 
que ce soit le seul qui ait pen-é à leur des- 
truction qui soit poursuivi de l'accusation de 
les avoir livrés. Que l'auteur adresse donc ses 
reproches k ceux qui, ayant reçu l'ordre de 
les faire porter à l'arsenal pour qu'ils soient 
brûlés, ont « fait le mort » et n'ont pas obéi 
ou ont obéi avec tant de criminelle mollesse! 
Le maréchal ne pouvait-il pas croire ses lieu- 
tenants au'si intéressés que lui à la destruc- 
tion des drapeaux, alors qu'il donna par 
trois fois l ordre de les brûler ? Et tous ceux 
des règifiienis qui entouraient le quartier 
général ne furent-ils pas détruits ? 

LXV- 6 



N» 1338, Vol. LXVI. 

. 235 

Les affirmations si nettes qu'on vient 
de lire sont-elles absolument conformes 
à la réalité ? Je le demande à tous ceux 
qui peuvent se croire en état de répondre 
aux questions suivantes : 

Est-il exact que si cinquante-trois de 
nos drapeaux sont aujourd'hui à Berlin, 
on n'en doive accuser que la coupable né- 
gligence des chefs de corps ? 

Est-il exact que Bazaine ait enjoint a 
ceux-ci de déposer leurs étendards a l'ar- 
senal de .Metz pour qu'ils y fussent brûlés 
et non pour qu'ils y fussent conservés et 
inventoriés, ainsi que le prescrivait la note 
de service adressée, cii-s le 2j octobre iSjo, 
au colonel de Girels P 

Est-il exact que l'ordre de détruire les 
drapeaux ait été, à trois repiises, formelle- 
nient donne par le maréchal ? 

Est-il exact, enfin, que tous les éten- 
dards des régiments qui entouraient le 
quartier général de Bazaine aient été brû- 
lés? 

Voilà quatre questions précises aux- 
quelles il doit être facile de répondre, 
puisqu'elles portent non sur des appré- 
ciations — toujours discutables — mais 
sur des faits matériels et que, d'ailleurs, 
beaucoup des témoins et des acteurs du 
lamentable drame de la capitulation de 
Metz sont encore vivants. C'est à eux 
qu'il appartient de confirmer ou de recti- 
fier les assertions de M. Georges Bazaine, 
qui ne semblent pas concorder avec les 
faits établis devant le conseil de guerre de 
Trianon. 

O, Spada. 

Femmes à destination de Mala- 
gascar en 4666. — Souchu de Renne- 
fort, dans son Histoire des Indes Orien- 
tales, nous apprend que la Compagnie 
des Indes équipa dix vaisseaux qui «orli- 
rcnt du port de La Rochelle le 14 mars 
1666, à destination de Madagascar. Cette 
flotte portait dix chefs de colonie rvec 
leurs colons, tienle-deux femmes et quel- 
ques enfants. 

Dans quelles conditions se faisait le 
recrutement de ces convois de colons '( 
Parmi les jeunes filles, il y en avait de 
quinze ans et originaires de villes dis- 
tantes du port d'embarquement. 

Serait-il possible d'obtenir des rensei- 
gnements précis sur la provenance des 
*rente deux femmes ou filles qui partirent 



L'INTEKMEOÎAIRE 



236 



sur la flotte du Marquis de Mondevergue 
le 14 mars 1666, et qui toutes, à l'excep- 
tion de quatre ou cinq, moururent durant 
la traversée ? D'' P. 

La poste aux cheyaux de Hou- 
dan. — La commune d'Houdan (Seine- 
ct Oise) est désignée comme relai de 
poste aux chevaux sur la route de Paris à 
Brest et sur celle de Paris à Cherbourg 
(communication d'Houdan à Septeuil pour 
Mantes). L'embranchement de ces deux 
routes était à Maulette, village situé à 
1200 mètres à l'ouest d'Houdan, où il 
existe encore une ancienne ferme-château 
3 leur intersection. 

J'ai lieu de croire qu'elle a servi en 
1830 à l'installation du maître des postes 
et de ses équipages au lieu d'Hou- 
dan même qui figurait sur les listes, 
Cette opinion serait-elle fondée ? 

Sus. 

Puebla a gaudino. — Qiie signifie 
ce lieu dit des environs de Saint-Cergues, 
(Suisse, canton de Vaud) au sommet du 
Jura, près d'autres lieux dits tels que : ci- 
metière aux Bourguignons, Passage des 
alliés ? Y a-l-il Vi un souvenir de la domi- 



nation espagnole: 



L. 



Milady DidL.. — On lit dans le 
Jouiual (U la Cour et de la Ville du jeudi 
19 avril 1792, (t. VU, n° 50, p. 399) : 

On TiOUb prie de désigner cette lemmc si 
intùessaiite qui, sous le tissu dél\cat de la 
beauté et le frêle réseau des grâces a montré 
(à M. Suleau) une fierté d'aune <i un courage 
d'esprit capables d'exulter jusqu'à l'héroïsme 
riio'umc le pins dépourvu de fermeté. 

Puisque l'auteur, par respect, sans doute, 
poui la modestie de 5on modèle, a jugé à 
propos d'en gazer les traits du voile de l'ano- 
nyme, nous n'auions pas l'indiscrétion de 
sonder les replis de son cœur : la seule ré- 
llexion que nous nous permettons, c'est que 
si M. Suleau a voulu peindre cette char- 
mante Milady Didl.... qui lui tenait si fidèle 
compagnie d'ans la prison de l'Abbaye, il fait 
ses portraits d'après nature, et nous applau- 
dissons à la vërité de son hommage plus en- 
core qu à la sensibilité qui le lui a dicté ; 
car il n'est pas du tout pénible de se inon- 
trcr reconnaissant enveis une si agréable 
bienfaitrice. 

Quelle est cette Milady Didl....?' due 
sait-on de cette femme.'' Quels sont les 



DES CHERCHEURS ET CURiEUX 



30 Août 191 3 



237 



238 



ouvrages, Biographies ou Mémoires, où il 
est parlé d'elle? L. A. M. 

De ''oget, « signataire de Nou- 
vellesà la main » (1782-1784).— aue 
sait-on de ce gazetier etde sagazelte ? Je ne 
co.^nais de celle-ci que la période comprise 
entre septembre 1782 et fin décembre 
1784. A-t-elle duré plus longtemps? En 
existe-t-il des exemplaires plus complets ? 
Merci d'avance à l'aimable confrère qui 



me renseignera. 



D. A. 



Michel Sublet. — Où trouver des 
renseignements historiques sur Michel 
Sublet, abbé de Vendôme et de Bellefon- 
laiiie (Maine-et-Loire) ? Il nnjurut à Blois 
en 1643, après avoir établi la congrégation 
de Saint-Maur à Vendôme (1621) et les 
Feuillants à Bellefontaine (1642). 

' X. A. 

Thomas, évêque d.'Ar<-'hadia et de 
Hierapetra en Crète — Les archives 
de l'abbaye de la Boissière possédaient au 
xvni* siècle une charte mentionnant ce 
prélat, comme donateur à Jean d'Alluye, 
revenant de la Terre Sainte, d'un morceau 
de la vraie Croix, lequel morceau Jean 
d'AUuye aurait remis à la dite abbaye 
(1241-1244). Existe-t-il une copie de l'acte 
de donation, dont l'original n'est plus (du 
moins aux archives de Maine-et-Loire;? 
Il semble que nul autre acte ne mentionne 
cet évêque inconnu à Gams et àEubel. 

D. A. 

Armes à déterminer : Deux écus 
accolés. — 1° De... à la tour de .. 

2" Ecartelé : aux i et 4, de... à trois 
roses {ou quinte feuilUe) de... ; au 2, de.. . à 
2 lions affrontée de...; au ^, de..,, à un lion 
de... Couronne de marquis. J. B. 

Armes à déterminer : trois trè- 
fles. — D'a:(ur à un chevron d'or au chef 
d'argent chargé de trois trèfles de... (Ces 
armes sont accolées à celles de Carra de 
Vaux — Beaujolais). 

Joseph Balloffet. 

Sceau à déterminer. — Sceau de 
forme ogivale, offrant dans son ensemble 
tous les caractères du commencement du 
xix^* siècle ; au centre, écu triangulaire, 
formé en accolade à la partie supérieure, 



renfermant un aigle, surmonté d'un 
triangle dans une gloire ; dessous, sur une 
banderolle, les initiales H. C. F. trente- 
huit étoiles en orle ; émnnx non figurés. 
Cet écu repose sur un autre écu de même 
forme, portant de... à la croix pattée de 
gueules. Ce second écu est entouré d'une 
cordelière composée de neuf nœuds, sur 
chacun desquels on voit le monogramme 
IHS ; à cette cordelière est suspendue une 
croix de Malte couronnée, chargée d'une 
croix pattée. Le tout repose sur un man- 
teau richement drapé ; il est surmonté 
d'une couronne antique, garnie d'une 
toque et chargée d'une croix pattée ; à la 
pointe du manteau, sur une banderolle, 
NANTES ; au-dessus de la couronne, sur 
une banderolle, la légende init. cœt, pr. 

NANNET. SIGILL. F. S. 

AlbRnay, oiseau héraldique. — 

La famille Maillard, originaire de l'Alba- 
nais, district de Tancienne Savoie et ac- 
tuellement éteinte, après avoirjproduit des 
gouverneurs généraux, des ambassadeurs, 
un cardinal etc., portait pour armoiries, 
d'a:(ur à un Albanay (ou albanais) d'ar- 
gent hecqué et membre de gueules \ maison 
n'a jamais pu s'entendre sur le genre de 
ce volatile que M. de Foras, auteur de 
V Armoriai nobiliaire de Savoie, considé- 
rait comme inconnu dans le blason et 
même en histoire naturelle. 

Que pensent nos héraldistes de ce pro- 
blème ? Sus. 

Château de Saint-Loup. — A quelle 
famille appartient un ex-libris typogra- 
phie (moitié du xix« siècle) qui porte : 
Château de Saint-Loup 
H 
près Decize (Nièvre) 
Le nom doit commencer par la lettre H. 

NlSlAR. 

Une réplique de la Simplicité, 
tableau de Greuze. — La Feuille né- 
cessaire de 1769, raconte l'anecdote sui- 
vante : 

M. Greuze vient de se recopier luimênie, 
d'une manière qui prouve combien cet auteur 
a de ressources dans son art. Son tableau de 
la Simplicité, exposé au salon du Louvre et 
appartenant à Mme... ayant plu extrême- 
ment à une dame de la Cour, à laquelle les 
arts doivent trop pour que rien puisse lui 
être refusé, la Dame, propriétaire du Tableau, 



N- ^)}8. Vol. LXVI 



L'IMTBKMÉDÏAIRB 



23.9 



240 



'ui annonça que, dès que ce morceau lui 
plaisait il lui appartenait. 

Le Peintre a voulu dédommager Mme de... 
d'un sacrifice si flatteur pour lui. Il vient, 
d'après le même sujet qui lui a servi de mo- 
dèle et dont les tiaits nnïfs rendent si bien le 
caractère de simplicité qu'il a voulu exprimer, 
de compcer un Table.iu, dans lequel il s'est 
surpassé lui-même. Il a opposé un fond qui 
fait mieux valoir le tableau, et y a corrigé 
quelques légers défauts échappés à sa pre- 
mière composition. 

Le catalogue de YŒuvreâe Grenue, 
dressé par M. fean Martin, donne ki 
noms, d'ailleurs déjà publiés, des dames 
si éprises des tableaux du maître. La pre- 
mière était Mme de Ménars la seconde, 
Mme de Pompadour. L'original date de 
17^9 ; quant à la réplique, elle ne dut 
être exécutée (la note de la Feuille néces- 
saire le dit du reste) qu'en 1769, soit cinq 
ans après la mort de Mme de Pompadour. 
Mais, ici, la question se pose : quelle était 
cette dame de Ménars ?Nous n'en connais- 
sons qu'une, Mlle Filleul, qu'épousa le 
frère de Mme de Pompadour^ Poisson- 
Vandières-Marigny, après le décès de 
sa sœur, dont il avait hérité la propriété 
et le titre de marquis de Ménars. 

Pourrait-on nous donner la solution de 
cet imbroglio ? 

En tout cas, le catalogue Jean Martin 
dit que la réplique devait appartenir à la 
collection. Mais alors où serait le tableau 
cédé à Mme de Pompadour .'' 

Quelle histoire à écrire, par ces temps 
de truquage et d'évasion d'œuvres de maî- 
tres que celle des toiles originales et de 
leurs répliques ! d'E. 

Bibliothèque de Houlbec. - On 

rencontre parfois des livres du xviu* siècle 
portant cett'j marque sur le plat. A quelle 
maison appartenait-elle? 

Sus. 



Les archives des Pères Jésuites. 

— Sont-elles réunies dans un même lieu r 
Celles de la fin du 17* siècle, où se trou- 
vent-elles .'' 

Th. 



Leuss. — J'ai vainement cherché, 
dans les nombreux dictionnaires de la 
langue courante ou scientifiques, dont je 



dispose, la signification du mot leuss, qui 
figure dans le vers suivant : 

Près du rose granit que poudroyait le leuss. 
je m'adresse donc à V Intermédiaire pour 
avoir l'explication de ce vocable. 

Nauticus. 



Galéjade. — Quelle est Tétymologie 
de cette expression provençale que, sans 
être méridionale, tout le monde comprend 
aujourd'hui ? 

G F. 

Gorenflot. — C'est le nom de deux 
villages picards. C'est le nom d'un person- 
nage d'un roman d'Alexandre Dumas. 
Cest enfin le nom d'un vieux gâteau pa- 
risien, genre s< échaudé j/. 

D'où vient ce nom ? 

A. d'E. 

Un symbol -^ politique : Le collier 
de barbe. — Dans mon enfance, c'est-à- 
dire vers 1844, les vieux « beaux » por- 
taient encore le collier de barbe relégué 
aujourd'hui en Auvergne. 

Il fut imaginé dans l'Amérique Latine 
que l'ensemble de cet ornement pileux 
encadrant la face, qu'on retrouve encore 
sur les portraits du temps, n'était pas 
sans ressemblance avec un U majuscule, 
et l'on en fit un symbole politique, même 
un signe de reconnaissance ou do rallie- 
ment. 

La lettre était évidemment l'initiale du 
nom d'un parti politique : Union, Unité ^ 
peut-être, par analogie avec les Etats- 
Unis du Nord du Nouveau-Monde. 

J'ai bien su à quoi m'en tenir, mais l'ai 
oublié. 

Demande est faite en conséquence du 
nom de ces partisans. 

Leda. 



Sanguin. — Quels sont les descen- 
dants d un François Sanguin, qui était au 
collège l.ouis-le-Grand en 1659? 

ZoR C. 

Mégret (Petrus). — Quels sont les 
descendants de ce Mégret, qui était su- 
périeur au collège Louis-le-Grand en 
1650? 

ZOR C. 



DBî> CHBRCHBURS ET CUKIBUX 
241 



30 Août 191a 



&ép0nde$ 



L'âme de la femme au Concile de 

Mâcon ^T. G. 38 ; LXVI, 138). aue 
d'encre peut faire couler cette question. 
Bayle, outre son article ^< Acidalius », y 
a consacré, au mot « Gédiccus >, plus de 
trois colonnes'de notes ou remarques. )e me 
garderai bien d'entrer dans un débat, où on 
avance dès l'abord c que nous sommes en 
présence d'une légende colportée par l'es- 
prit de parti. » Ce n'est pas bien sûr. 
Dans tous les cas, l'esprit de parti ne s'en 
serait pas servi, s'il n'y avait eu au moins 
une partie de vérité. Bayle repousse avec 
indignation cette formule que les femmes 
n'ont pas d'àme ou que mulieres non esse 
homine:, et il dit en remarque : Ce que je 
trouv'e de plus étrange, est de voir que 
dans un Concile, on ait gravement mis 
en question si les femmes étaient une 
créature humaine {sic). Et voici la note 
dont il appuie ce dernier fait : De Maçon 
V. La Polygamia tri umphatrix, page 123, 
où on lit ces paroles : 

Cum inter tôt sanctos patres Epis copus 
quidam... statueret non posse nec debere 
muliere vocari homines, restanti est habita 
ut in timoré Del publiée ibi ventilaretur, et 
tandem post multao vexatœ hujus quœstio- 
nis disceptationes, concluderetur quoi mu- 
lieres sint homine.<:. 

Le Petit Berrichon, est-il une autorité 
plus grande que Bayle ou le préfet du 
Cher ? Bayle dit qu'il y a eu discussion et 
conclusion ; c'est donc que la qu-;stion 
fut posée, discutée, décidée. Elle est anté- 
rieure au xvi® siècle el s'il est d'un goût 
douteux de se servir de semblables sujets 
dans une distribution de prix, l'excuse 
est pourtant qu'on n'invente rien. 

La question ne figure pas dans les ca- 
nons du deuxième concile de Màcon (587^, 
mais dans une addition qu'y ajouta l'édi- 
teur des Conciles, le P. Labbey : 11 nous 
apprend qu'elle est tirée de Grégoire de 
Tours, livre VIII chapitre 20, 

Voici le texte, sans commentaires : 

Synodo quidam ex episcopis qui dicebat 
muriclem, hominem non posce vocitari. Sed 
tamen ab episcopis, ratione accepta, quievit 
eo quod sacer veteris testamentis liber edoce- 
rat... Sed et dominus Jésus ab hoc vocita- 
tur filuis hominis, quod sit filius virgini'i, id 
^.</ ww/jV^îi. Multis que et aliis tesîiaioniis 
hœc causa quievit. 



242 

Je voudrais bien savoir, après avoir lu 
ce texte, comment le Peitt Berrichon a 
appris que la question avait été posée 
\< hors séance ». Le mot est bien moderne. 

Si j'avais l'autorité couvenable, je di- 
rais qu'au point de vue catholique cette 
question devait se peser, comme plus 
tard se posa la question de Llmmaculéc 
Conception : Jésus fils de Vierge ne pou- 
vait être que le fils de l'homme et non 
d'une femme privée d'àme. 

E. Gr.we. 
♦ 

Vraiment est-ce la peine de revenir sur 
cette ineptie, cent fois réfutée et qu'en 
dépit des textes les plus formels nos du 
Chaylards, fussent-ils préfets, comme celui 
dont on nous parle, continueront, on peut 
le craindre, de répéter ssns rougir ? Al- 
lons-y quand même 

Tous les détails qui suivent sont tirés 
deLouvragede Mansi, qui, on lésait, fait 
foi en la matière : Sacrorum Conciliorum 
nova et amplissima collectio. 

On connaît deux conciles tenus à Ma- 
çon, l'un en 581 et l'autre en 585 (i). Le 
premier, où siégèrent 21 évêques, porta 
19 canons, comm- l'on dit dans le lan- 
gage ecclésiastique ; dans le second 20 
furent souscrits par 43 évêques et 20 dé- 
légués épiscopaux. 

je viers de les relire avec grande atten- 
tion. Or, dans les décrets du concile de 
581 (Mansi, tomus IX, col. 931-40), si 
certaines dispositions concernent les 
femmes, pas un mot, je l'affirme, ne res- 
semble à la sottise en question. On parle 
d'elles comme l'on parle des clercs et des 
évêques, en termes absolument iden- 
tiques.. Dans les canons de celui de 585 
{op cit., col. 947 64). il en va tout à fait 
de même. Je me trompe : Dans le ca- 
non XII, effectivement, le Concile mon- 
trant ainsi le cas qu'il tait, non seulement 
des âmes des femmes, mais même de leurs 
biens matériels, prononce des peines très 
sévères contre les juges qui traiteraient les 
plus abonnées d entre elles, les veuves, 
sans assez d'équité. 

Donc, cette fois encore, je l'affirme de 

(1) J'omets à dessein la réunion de 627 

(Mansi, t. X, col. 587-90) : on s'occupa uni- 

[ querrent de l'approbation de la règle de saint 

; Colomban,. et le mot mulier ou femina ne 

i s'y rencontre même pas une seule fois. 



N* 133S. V*l. LXVI 



L'iMThKMËDIAlRc 



243 



-^ 244 



nouveau, pas un mot dans la partie offi- 
cielle qui puisse donner lieu à Taccusation 
saugrenue qu'on nous rabâche. 

J'ai dit dans la partie officielle; que les 
tenants de la fable n: se hâtent pourtant 
point de triompher. Qu'ils daignent seu- 
lement m'ecouter un moment 

A la suite des Actes du Concile, Mansi 
a relaté quelques-unes des annotations 
qui, plus tard, y furent ajoutées par di- 
vers Lommantateurs. Or, l'une d'elles, la 
note fo, a fourni la perle, rare entre 
toutes, qu'on fait briller à nos yeux. 
Malheureusement, et j'en suis rnarri pour 
les tombeurs de l'Eglise, celte perle est 
fausse, si radicalement fausse que ne 
l'avoir pas remarqué et continuer d'en 
vanter le prix suppose ou bien une incu- 
rable cécité, ou 1 len une étrange malhon- 
nêteté. On en ju_era 

Par les com.i.entaires dont il s'agit, 
nous apprenons entre autres choses que 
quelques évêques furent blâmés et punis 
par le Concile ; '""un, par exemple, se vit 
déposer, l'ai)tre, excommunier. Plus tard, 
Grégoire de Tours, arrivé au récit de ces 
faits, intercale entre ies deux que je \iens 
de rappeler la mention d'un troisième 
[Hisioiia Francorum lib. VllI, Cap. 20). 
Je reproduis le passage tout entier, car ces 
lignes, et ces lignes seules ont donné 
naissance a la sotte légende dont je m'oc- 
cupe. Le grand historien écrit : 

Extitit in bac synodo quidam ex episcopis, 
qui dicebat miilierem hominein non posse 
vocari, Sed tamen ab episcopis ratione accepta 
quievit : eo quod sacer Veteris Testamenti 
liber edoceat quod in principio, Deo homi- 
iieni créante, ait : masculum et leminam 
creavit eos, vocavitque nomen eorum Adam, 
quod est honio terrenus : sic itaquc: vocans 
rriulierem seu virum ; ulruinque eni - homi- 
nem dixit. Scd et Dominui Jésus ob hoc vo- 
citatur filius homt'nis quoi ait tilius vuginis, 
id est tnulitrts (i)- Multisque et aliis tesli- 
moniis haac causa convicta quievit. 

Sacrorum Concilior um nova et aniplissima 
collectio. Tomus tiomvi. Florentiœ, /yâf, 
colonne 959, noie r„. de la ligne 10 à la 
ligne 75). 

Oui. je le répète, voila le texte dans 
lequel les ennemi ". de l'Eglise ont décou- 
vert qu'un concile avait enseigné que les 
femmes n'avaient pas d'âme 1 Et cela, 
quand qu'il s'agit uniquement de savoirsi, 
lorsqu'on dit d'une manière générale, in- 

(1) Les mots soulignes l'ont été par moi. 



déterminée, sans que rien appelle une dis* 
tinction entre les sexes, L' Homme est mor- 
tel, on veut signifier que les femmes elles- 
mêmes n'échappent pas à cette loi. N'est- 
ce pas déconcertant; surtout n'est-ce pas 
humiliant pour la libre pensée réduite à 
manier de pareilles armes : ce qu'elle fait 
d'ailleurs en toute occa«-ion, en dépit des 
éc'ats de rire qui saluent ses grotesques 
escrimeurs ? Qui ne voit, en etîet, que 
dans ces lignes de Grégoire de Tours, pas 
une expression ne peut se plier à l'inter- 
prétation fantaisiste qu'on en fait; que dans 
tout ce passage il n'y a qu'une pure 
question philologique, grammaticale ; 
qu'on n'y refuse pas plus une âme à la 
femme qu'où ne nie l'existence de l'Amé- 
rique, non encore découverte ; qu'enfin 
cette petite discussion, toute verbale, n'a 
aucun caractère officiel, et que l'erreur 
scientifique émise ne le fut que par un 
seul évêque, si bien co'iîtredit d'ailleurs, si 
victorieusement combattu par ses col- 
lègues qu'il reconnut bientôt sa mé- 
prise.? 

11 serait temps, semble-t-il, que les 
savants anticléricaux fissent de même ; 
que du moins les fonctionnaires de la troi- 
sième république, bien que pariant à des 
petites filles et dans une école laïque, se 
missent un peu moins lamentablement a 
l'aise avec la science et la vérité. 

P. Bliard. 

Le crâae de Richelieu (T. G. 772 ; 
LXV ; 138;. - Voici q elques détails : 
je m'excuse de leur modeste intérêt; mais 
en attendant mieux : 

Le corps de Richelieu avait été inhumé 
à laSorbonne, dans des caveaux qui furent 
profanés en frimaire an II (décembre 
1793). Ce fut un bonnetier de la rue de 
La Harpe qui se chargea de présider à 
cette violation. Resté seul, dans l'église, 
après le départ des ouvriers, il eut l'idée 
de s'approprier la tête embaumée du mi- 
nistre 

Plus tard, la Terreur passée, il compta 
sur la protection d'un abbé Armez, en 
lui offrant son funèbre larcin. Celui-ci 
conserva comme une curieuse relique la 
tète de Richelieu, jusqu'au jour où il en 
fit cadeau à son frère, maii'c de Plourivo. 
Le fils du maire, devenu ministre sous 
Louis-Philippe, emporta à Paris la tête 
dans ses bagages. Il la montra à Cousin, 



uns CfciiîKCHBURS £T CUKIBOX 



30 Août .'91a 



245 



à Chaix d'Est-Ange; il la prêta en 1840 
au peintre Bonhomme, chargé de faire le 
portrait du cardinal pour l'une des salles 
du conseil d'Elat, 

On fit comprendre à M. Armez qu'il 
serait convenable qu'il rendit cette reli- 
que au tombeau d'où elle était sortie; 
M. Duruy entama des négociations et en 
1866, solennellement, Richelieu, après 
ces voyages extravagants, revenait à la 
Sorbonne. 

Ce fut l'occasion d'une grande cérémo- 
nie célébrée le 15 décembre, en présence 
du duc de Richelieu, ancien pair de 
France, de son fils et de son neveu. De- 
vant le grand portail, Mgr Darboy et 
Mgr de Sura, doyen de la Faculté de théo- 
logie, étaient venus recevoir M. Duruy 
qui apportait la tête de son prédécesseur 
dans une boite de citronnier. 

Il prononça à ce propos quelques pa- 
roles écrites au préalable et dont M. 
Gréard a donné le manuscrit à Carna- 
valet 

Monseigneur, je dépose en vos mains c^ 
qui nous reste du grand homme dont le nom 
est toujours ici présent, parce qu'il pacifia 
et agrandit la France, honora les lettres et 
construisit cette maison qui est devenue le 
sanctuai.-e des plus hautes études. L'Univer- 
sité et l'Académie accomplissent un devoir 
filial en réunissant leur hommage au pied 
de cette tombe qui ne sera plus violée. 

Un détail ignoré alors, c'est qu'avant 
l'anthropométrie^ cette tête avait été 
anthropometrisée. Dans le cabinet de M. 
Duruy, avec son assentiment, ce masque, 
en vue de la théorie darwinienne, alors 
très en vogue, avait été dessiné et men- 
suré. 

L'auteur du travail était un officier dis- 
tingué, que nous avons eu l'avantage de 
rencontrer chez un célèbre bibliophile, le 
colonel Duhausset. M Duruy avait con- 
senti, à cette époque où passionnait la 
comparaison de l'homme et du singe, 
à ce qu'on prit pour base un des types les 
mieux organisés au sommet de l'échelle 
humaine. Il apporta à son visiteur une 
petite cassette de chêne et, sortant le 
masque momifié qu'elle contenait : « Voilà, 
lui dit-il, tout ce qui reste d'un grand 
homme, » 

Il lui présentait une tête dont la partie 
postérieure du crâne manquait. Oes fils 
d'argent tenaient en place la mâchoire in- 



— 246 — — 
tons de vieil 



férieure, aux tons de vieil ivoire ; les 
paupières garnies de cils roux étaient 
abaissées au fond d'une orbite creusée 
largement ; à partir de la saillie osseuse 
proéminente, le nez étaitécrasé, il rappelait 
la forme que nous montrent les portraits 
et les bustes ; tendue sur des dents bril- 
lantes, la bouche était petite et grima- 
çante. Les quelques cheveux restant à la 
partie supérieure du front, les sourcils, 
les cils, les moustaches peu fournies, 
ainsi que la barbiche, devaient au liquide 
conservateur d'être rouges. 

M. Duhausset détacha les fils d'argent 
qui maintenaient en place le maxillaire in- 
férieur de Richelieu et lui fit subir toutes 
les constatations anthropométriques : 
elles lui assuraient la note la plus élevée 
dans l'échelle comparative qu'il s'efforçait 
d'établir, comme finesse et noblesse de 
construction. 

11 consigna que les proportions des 
parties composant le visage se rappro- 
chaient d'un beau type par leur régu- 
larité. Le front dépassait en hauteur la 
longueur du nez. Une légère asymétrie 
de la région frontale troublait un peu 
l'harmonie générale. A côté des traits 
généraux de supériorité, le front présen- 
tait en haut une légère fuite vers le som- 
met caractérisant un crâne allongé ; la 
partie sous-nasale un peu longue, jointe à 
l'épaisseur de la lèvre inférieure, accusait 
une certaine sensualité 

Veut-on un document plus précis ? 
C'est le résumé des mesures prises dans 
le cabinet du ministre. 

Hauteur totale du menton à l'insertion 

des cheveux 195™™ 

— frontale 65 

Subdivision en nasale 60 

— sous-nasale, lèvre supérieure 28 

— — menton ... 42 
Largeur frontale en haut 124 

— en bas . . . .114 

Distance des apophyses ordinaires ex- 
ternes . . , 124 
• — — des orbites 46 

— de la racine nasale ... 18 

— des pommettes 15 

Ouverture de la bouche .... 47 
Distance des angles de la mâchoire in- 
férieure 98 

Et voilà Richelieu ! 

Il manquait quatre dents à la branche 
gauche du maxillaire inférieur. Comme 
anomalie, il remarqua l'implantation de 



N' 1338 VoL LXV. 

247 

la dent de sagesse qui, à droite, au lieu 
d'être verticalement tixée, avait sa racine 
enclavée dans la branche montante du 
maxillaire et préseniail horizontalement le 
bord de sa couronne au lieu de ses cus- 
pides. 

M. Duhausset s'attacha à l'étude du 
maxillaire inférieur, siège de la langue ; 
car, il avait acquis la conviction, au Mu 
séum, que l'écartemenl de l'angle descen- 
dait progressivement, en se rétrécissant, 
de l'Européen aux singes, en passant par 
les hommes les plus primitifs. Or, le 
maxillaire de Richelieu était, par sa per- 
fection, au point de vue de la construc- 
tion humaine, digne de figurer en tète 

La théorie était donc d'accord avec 
l'observation directe. 

Mensuré, à son honneur, Richelieu 
réintégra sa petite boite et depuis 1866, il 
y était fort paisible^quand, sous différents 
prétextes, M. Nénot fit ouvrir, en 1895,1e 
tombeau devant l'écrivain qui s'était fait 
l'historien de Richelieu, M. Hanotaux, 

Le fondateur de l'unité française avait 
passé par l'anthropométrie. On pensa 
qu'il supporterait le moulage avec la 
même docilité. M. Talrich l'inonda de 
plâtre et en fit un masque qu'il offrit à M. 
Gréard. 

C'est ce masque que M. Gréard, a 
offert à Carnavalet et non la relique — 
qui est je ne sais où. Cette relique est 
saisissante, mais lugubre Elle ne dit rien 
de la perfection de l'homme qu'aux sa- 
vants comme M. Duhausset. Le goût de 
M. Georges Cain a fait de Carnavalet un 
musée d'enseignement merveilleux. Mais 
l'image de Richelieu qu'il faut montrer 
au peuple est celle qu'a faite Philippe de 
Champagne... Cette face osseuse, sans 
Hamme, sous ses paupières mortes, la 
barbe rare, le nez cassé, la bouche tendue 
dans un aff'reux rictus : ce n'est pas l'His- 
toire, c'est la Morgue. . . 

Edm. h. 



Où est enterré le maréchal de 
Villars (LXV ; LXVl, 42, 158). — De 
VEcbo de Pans : 

Cette descendance est éteinte, nous l'avons 
dit, mais ou ne lira pas sans intérêt les ren- 
seignements qui suivent et que nous devons 
à l'obligciiice d'un de nos lecteurs, M. Teste. 
Il s'agit des héritiers .lu fils du maréchal, le 
dernier des Villars : 



L'i N ïhiVJJûJQUi AJiCti 



248 



Armand-Honoré, duc de Villars, pair de 
France, prince de Martigues, marquis de la 
Noi-Ie (en Nivernais), grand d'Espagne, che- 
valier de la T^ ison d'Or, gouverneur de Pro- 
vence, etc., laissa pour héritiers du côté pa- 
ternel : 

lo Marie-Sophie-Eléonore de Choiseul, 
veuve de Jean-Charles-Joseph d'Andigné, 
comte de Vesins. 

Elle av.iit pour mère Marie-Louise de Vil- 
lars, mariée à François-Eléouor, comte de 
Choiseul. 

Cette dernière était sœûi du niaréchai. 

2" Messire Pierre de Vogué, comte de Vo- 
gué, seigneur de Gourdan, etc., dont la 
mère était aussi une Villars. 

Tous les deux étaient, par suite, cousins 
germains du dernier des Villars. 

Du côté maternel, vclui-ci n'avait comme 
héritiers que des cousins issus de germains : 

1° Jean de Larlan de Kercadio, comte de 
Rochefort ; 

2« Marie-Françoise Rose de Larlan de 
Kercadio, veuve du marquis des Nétumie- 
res ; 

5° Thérèse de Larlan de Kercadio, etc., 
dame de Lignières, etc, : 

40 Eléonor de la Motte, comte d'Apre- 
mont ; 

30 Jean-Léonor Dubosc, marquis de Ra- 
depont ; 

ô» Le chevalier de Radepont ; 

70 Mme Bigot de Sommesnil ; 

80 et 9"^ Mmes'Guyot d'Amfreville et de 
Roncherolles, nées Dubosc de Radepont. 

Ces renseignements sont donnés dans le 
curieux testament du dernier des Villars et 
dans les pièces qui accompagnent ce testa- 
ment. 



Peut-être pourrait-on consulter à ce 
sujet sa ^;^," composée par Anquetil en 
1784, s'il faut en croire Bouillet. 

Maurice Charpentier. 

Jal lui même n'a pu dire ni où était né le 
vainqueur de Denain, ni où reposaient ses 
restes. Il est bien mort à Turin'le 17 juin 
1734. Le Supplément de Moreri, T. 111, 
1745, donne l'indication c-uivante, encore 
bien incertaine : 

Le lieu de la naissance et les noms de 
baptême de ce maréchal sont aussi des pro- 
blèmes. Plusieurs prétendent qu'il était ne à 
Moulins en Bourbonnois et que le nom 
d'Hector ne lui a point été imposé au bap- 
tême. Ce qui est certain, c'est que dans 
l'acte de bapléme de Marie-Thérèse de Vil- 
lars, sa sœur, dont il fut parrain en date du 
2 février 1661, il est nommé Claude-Louis- 
Hector de Villars... Sa famille lui fit célébrer 



DBS CHERCHEURS BT CURIEUX 



30 Août 191 B . 



249 



250 



^vec un grand appareil, un service solennel 
dans l'église de Saint-Sulpice à Paris, sa 
paroisse, le 35 janvier 1735. 

Barbier, t. II, p 468, parle bien diffé- 
remment : 

Le maréchal de Villars est mort à Turin, 
le 17 de ce mois, âgé de quatre-vingt-quatre 
ans ; il était né dans cette vilie, son père 
ayant été ambassadeur à la cour de Savoie. 
On dit même qu'il est né et mort dans la 
même maison. 

D'autre part, Le Chansonnier Historique 
lui consacre cette épigramme : 

Villars n'est plus le défenseur des lys 
Si l'on m'en croit, l'on ne tardera guère 

A faire, à Saint-Denis 

Tombeau superbe et pompe funéraire ; 

Mais des quarante, il était le confrère 

Et quel opprobre, hélas ! 

Si son éloge tombe à faire 

Au panégyriste des chats 1 

Celui-ci était Moncrit. 

Et maintenant, Villars est-il resté à 
Turin, est-il à Saint-Denis ? Je n'ai rien 
trouvé qui résolve la question. 

E. Grave, 



La condamnation de Louis XVI 
et la franc-maçonnerie (LXII à LXVl, 
II, 56). — - Je n'ai pas cru devoir ques- 
tionner le P. Abel sur son état- civil et 
celui de ses parents ; mais je ne vois 
aucun inconvénient à lui communiquer 
les objections élevées contre son té- 
moignage et je lui transmets purement 
et simplement le numéro de l'Intermé- 
diaire où elles sont formulées. 

j'ignore, au surplus, quel accueil il fera 
k cette communication, car on a vu que 
sa déclaration, livrée par complaisance, 
avait un tout autre but que celui d'alimen- 
ter des discussions de presse. 

Quoi qu'il en soit et en ce qui me con- 
cerne, je différerai quelque temps les ré- 
ponses que je pourrais faire d'ores et déjà 
à la plupart des objections de M. Bord, 
afin de les coordonner, le cas échéant, 
avec celles que le P. Abel jugerait à pro- 
pos de formuler lui-même, notamment 
sur les questions qui touchent de plus 
près aux faits et gestes des membres de 
sa famille. Le mieux sera donc que cha- 
cun pour le moment, garde ses positions. 

Gall. 



Les noyades de Nantes (LXVI, 
185). — On lit dans V Histoire de France 
devenue populaire d'Henri Martin (Furne, 
Jouvet et Cie) Tome quatrième, page 194, 
2" colonne : 

La Loire ne gardait pas le secret de ces 
horreurs ; elle rejetait sur ses rives les ca- 
davres des noyés de Nantes. Les autorités 
nantaises firent afficher la défense de boire 
de l'eau de la Loiie, infectée par les corps en 
décomposition. 

Un collègue habitant Nantes pourrait 
peut-être retrouver, dans les archives mu- 
nicipales de cette ville, un exemplaire de 
cette affiche, ou sa minute. D'après le 
conteste, elle doit être de frimaire ou de 
nivôse an II. 

Thiers, dans son Histoire de la Révolu- 
tion Française (Furne, [ouvetet Cie, 1876) 
Tome II, p. 59, 2» colonne dit : 

Les poissons étaient repus d'une nourri- 
ture qui en rendait l'usage dangereux, et la 
municipalité avait défendu d'en pécher. 

V. A. T. 

On afficha dans la ville de Nantes une 
ordonnance qui défendait de boire l'eau 
de Loire et de manger de son poisson. 
(Procès du Comité Révolutionnaire de 
Nantes. Déposition de Lacour dit Labigne. 
— Les noyades ou Carrier au Tribunal 
révolutionnaire, par Felhémési ; Méhée 
fils. — Saint-Edme, Dictionnaire de la 
Pénalité, tome IV, page 429), 

Dans son Histoire de la Guerre de la 
Vendée, publiée en 1909, Joseph Cleman- 
ceau,' ancien juge au Tribunal de Beau- 
préau, écrit : 

Ces affreuses noyades furent faites à plu- 
sieur reprises, mais si on n'a pu connaître 
au juste le nombre des malheureux qui ont 
ainsi péri dans les flots de la Loire, il est 
certain, du moins, qu'il y en a eu considéra- 
blement ; ce fut au point que la police de 
Nantes fît défendre de vendre et de manger 
du poisson de Loire, qu'on supposait 
devoir se nourrir de la chair des cadavres. 
J'ai vu et lu Varretè de ï administration 
municipale qui faisait cette défense^ pla- 
cardé sur les murs de la ville. 

(Page 2 12). 

Le fait n'est donc pas contestable, mais 
ce qu'il serait intéressant de retrouver, 
c'est le texte de !'« arrêté ». 

F. UzUREAU, 

Directeur de X Anjou Historique. 



'*^» 1338. Vol LX\ I 



L'INTERMEDIAIRE 



251 



La mort de I.annes dXlU ; LXVI, 
149). — Dans l'intéressant ouvrage pu- 
blié par M. le professeur Bourquelot à 
l'occasion du centenaire du Journal de 
Pharmacie et de Chimie, on trouve, à pro- 
pos de Charles-Louis Cadft de Gassicourt, 
la note suivante : 

Cadet avait assisté à la bataille d'EssIing, 
le 22 mai. Quelques jours plus tard, il fut 
chargé, avec le baron Larrey et Vazéliaiid, 
de procéder à rembaumeruent du maréchal 
Lan nés qui, blessé pendant la bataille, était 
mort c)es suites de l'amputation de la cuisse 
gauche. Le corps du maréchal fut transporté 
à Schonbrun ; il était dans un état de putré- 
faction très avancé. Au cours de l'opération, 
« on le mit macérer dans une baignore en 
bois contenant 20 lirres de muriate oxyde de 
mercure (sublimé) en solution dans 200 litres 
d'eau distillée», maci'ration qu'on fut obligé 
de recommencer, le premier traitement 
n'ayant point arrêté les progrès de la putré- 
faction . 

Cadet qui avait passé deux jours à prépa- 
rer les solutions de sublimé, fut attaqué de 
coliques dysentériques en même temps que 
de salivation mercuriel.'e. 

(Archives de la Société de Pharmacie, 
cote II, n» 15); Rhamnus. 

Le rôle de Clément Thomas en 
juin 1848 ^LXV, 543, 654, 838 ; LXVI, 
loî, 201) . — ^Je n'ai jamais dit ni pensé que 
les Communards de 1871, lorsqu'ils fu- 
sillèrent Clément Thomas, voulussent le 
punir de son attitude en 1848. 

La foule est une grande oublieuse, et 
le mot de César sera toujours vrai: Pie- 
tique homines postrema meminere. Mais il 
est permis de faire le rapprochement, qui 
dut probablement se présenter à l'esprit 
du malheureux homme, au moment 
même où Ton allait l'exécuter. 

On ne saurait, en effet, négliger la pre- 
mière partie de sa vie à cause de la se- 
conde. Il faut avouer que le rôle des gens 
paisibles est ingrat. Qui n'apporte pas à 
son entrée dans la vie politique des idées 
plus ou moins subversives est assuré de 
rencontrer partout le dédain, sinon l'in- 
jure ; puis, quand les Rabagas nantis 
rentrent dans la voie commune, on ap- 
plaudit à leur sapiesse. en négligeant celle 
des bons citoyens qui ne sont jamais sor- 
tis du droit chemin. Il semble que le seul 
but doive être la conquêtcdu pouvoir, sans 
qu'il y ait de différence à maintenir entre 
celui qui yaccède honnêtement et celui qui 



252 



n'y arrive que par une sorte d'escroque- 
rie ou d'abus de confiance. 

Maxime du Camp, qui fait le même 
rapprochement inévitable entre le début 
et la fin de Clément Thomas, — auquel, 
d'ailleurs, il rend pleine justice, disant 
qu' 

il sut être à la fois énergique, conciliant et 
payer franchement de sa personne quand il 
le fallut, » — déclare cependant que l'élé- 
vation du personnage en 1848, « était un 
choix très maladroit, car il pouvait désagré- 
ger ce qui restait de discipline da^.s l'armée... 
et il était de mauvais exemple, même en 
temps de révolution, d'appeler au grade de 
commandant général des gardes nationales 
de la Seine un homme qui s'était mis en ré- 
bellion ouverte contie la loi et l'honneur 
militaire. » 

{Souvenirs de V Année 1848, pp. 210-1). 

Bref, le 12 juin, Clément Thomas 
fut accueilli par une bordée de sifflets et 
d'injures. Il était trèi .pâle ; il se tourna 
vers nous et cria en faisant un geste vio- 
lent de la main ; c Chargez-moi cette ca- 
« naille ! » Depuis, il a nié le mot ; je le re- 
grette, car je l'ai entendu. » 

(Page 224.) 

Il va de soi que l'ordre pour être exé- 
cuté, — il le fut assez mollement — de- 
vait revêtir une forme plus militaire ; 
c'était l'affaire des officiers subalternes 
de le traduire en langage congru. Mais, 
ici, du reste. Clément Thomas ne s'ex- 
primait pas autrement que le maréchal 
Canrobert, en 1870, lorsque, aux prises 
avec des moblots mutinés qui voulaient 
rentrer à Paris, le vieux maréchal leur 
criait, rempli d'indignation : « On va 
vous y renvoyer, canailles ! » 

Je ne nourris aucun mauvais souvenir 
contre Clément Thomas. Je ne le con- 
fonds, certes, pas avec le commandant 
Sapia. qui, le 22 janvier 1871 — je ne 
sais si le fait a été raconté par les histo- 
riens — fut tué au coin de l'avenue Vic- 
toria tlans une vespasienne, dont la lourde 
porte de fonte l'abritait comme un bou- 
clier d'autrefois. Plusieurs de mes amis 
et camarades survivants, dont un colla- 
borateur de \' Intermédiaire, se rappellent 
que nous vîmes, le lendemain, le trou de 
la balle, tirée d'une fenêtre de l'Hôtel de 
Ville, qui retendit mort sur ce singulier 
champ d'honneur. Mais peu m'importe 
qu'un émeutier reçoive à longue ou courte 
échéance, la récompense de son indisci- 



DES CHERCHBUR^ fîi CUfîîHUX 



3./ Août ' yii 



253 



2,4 



pline ; IJdio non paga il sabiiio, disent 
spirituellement les Italiens, « Dieu ne 
règle pas chaque samedi les comptes de 
l'humanité pécheresse ». En réalité, je ne 
puis m'empêcher, si je me reporte à mes 
souvenirs d'alors, de réunir les deux 
hommes en mon esprit pour leur appli- 
quer le mot d'Hamlet : 

. . . T'ts the sport to hâve the engin cer 
Hoisiwith hi'^ own petar 

que l'on me pardonnera de traduire avec 
un léger anachronisme : 

Il est toujours curieux de voir l'ingénieur 
sauter avec sa propre dynamite. 

Britannicus. 

Le Cor ou 'omet de Roland 
(LXV, 783 ; LXVI, 82, 145 1. - Je suis de 
Tavis de notre confrère « Ibère ». Le cor 
que l'on possède n'a aucune raison d'être 
celui de Roland plutôt que celui de tel ou 
tel autre guerrier contemporain ; tous les 
chefs de troupes devaient en posséder à 
cette époque. 

D'autre part, quelle différence fait-on 
entre un cornet d'ivoire et un oliphant ? 
Si j'en crois l'étymologie, l'oliphant, par 
définition, est en ivoire, . . au moins, 
comme le dit notre collaborateur « Saint- 
Perdoux », extérieurement. 

Maurice Charpentier. 

Château de Séverac (LXVI, 4, 
107, i=;2). — Depuis ma dernière com- 
munication (Intermédiaire du lo Soût), 
j'ai pu consulter, à la Bibliothèque Na- 
tionale, les Documents historiques et 
gériéalogiques du Roiiergiie par H. de 
Barrau, Rodez 1853-1860, in-8° quatre 
volumes. Cote Lm2 113. Un chapitre 
spécial du premier volume renferme, de 
la page 56g à la page 498, tout ce qui 
est susceptible de satisfaire la curiosité de 
Tintermédiairiste que le château de Sé- 
verac intéresse, comme il ma moi-même 
intéressé alors que j'ai eu occasion de le 
visiter. De ce chapitre j'ai extrait les 
notes suivantes : 

L'époque du premier établissement du 
Château de Séverac n'est pas connue ; 
quelques-uns croient qu'il remonte au 
temps de la conquête des Gaules par 
Jules César qui chargea (suivant Bosc) 
deux de ses officiers, Severus et Sergius, 
de la garde de cette partie du pays des 



Ruthènes. Le premier aurait construit le 
château de Séverac. Castrum Severi, le 
second celui de La Roque-Valzergues, 
Castnim valeis Sergii, dont on voit encore 
les ruines sur un rocher, près de la route 
de Séverac à St-Genicz. 

Le plus ancien document qui fasse 
mention de Séverac est une Charte du 
règne de Kjrles, roi des Français et des 
Lombards, datée de l'an 883. 

En 1 103. le château seul portait le nom 
de Séverac. il fut le berceau d'une illus- 
tre race de chevaliers et de haut baron- 
nage qui, après avoir subsisté avec éclat 
pendant la première période féodale, 
vit sa descendance masculine interrom- 
pue à la fin du douzième siècle et s'étei- 
gnit tout à fait en 1427, ayant substitué 
ses biens aux seigneurs de la maison 
d'Arpajon, son alliée. 

Les barons de Séverac portaient : d'ar- 
gent^ à quatre pals de gueules. 

M. de Barrau fait remarquer que ces 
armes sont les mêmes que celles de la 
maison d'Arpajon, dont Moreti prétend 
que les Séverac étaient issus. Plus loin, il 
ajoute que l'origine des seigneurs de Sé- 
verac se perd dans Tobscurité du dixième 
siècle. 

En 1497, un procès fut engagé entre les 
d'Arpajon et les Chabannes à propos du 
testament par lequel Guy VII de Séverac 
avait substitué, en 1390, tousses biens 
au deuxième fils de Jeanne, sa fille, ma- 
riée à Hugues d'Arpajon, au cas où Guy 
VIII, son fils, n'eût point de descendance 
masculine, ce qui était arrivé. Ce grand 
procès ne fut vidé qu'en i 508, et le vaste 
patrimoine de la maison de Séverac fut 
adjugé à Guy d'Arpajon et à sa descen- 
dance. 

Ce château, dit Monteil, cité par M. 
de Barrau, dont les bâtiments ont un 
siècle et demi d'existence, fut l'œuvre 
du duc d'Arpajon qui les éleva au cou- 
rant du xvii® siècle sur les débris du 
vieux château démantelé et en fit à la 
fois une forteresse et une habitation de 
grand seigneur. 

On remarque sur la porte d'entrée, de 
style corinthien, l'écusson aux armes 
d'Arpajon, et sur la voûte de l'ancienne 
chapelle (qui, actuellement, sert d'écurie) 
apparaissent encore les armes de la mai- 
son de Séverac. 

L'ouvrage de M. de Barrau renferme 



m 1338. Vol. LXVI. 

25«; 

un chapitre consacré à 
pajon. 



LiNT£RMÉDlAlRB 



256 



la maison d'Ar- 
France Weber, 



Le château des Coques (LXVI, 
139). — Par suite, évidemment, d'une dis- 
traction, l'auteur de la question sur le 
château des Coques s'est trompé au sujet 
d'un article que jai fait récemment pa- 
raître dans VEcho de Paris sur Maurice 
de Guérin. En parlant de la châtelaine 
des Coques, je n'entendais certes pas faire 
allusion à la Muse du Cajla, Eugénie de 
Guérin. Je n'ai plus l'article de VEcho 
sous les yeux, mais j'y écrivais à peu 
orès ceci : « Maurice de Guérin voua à 
Louise de Bayne (devenue Mme de Ton- 
nac Villeneuve) un culte aussi pur que 
celui dont il dev-îit honorer plus tard 
l'aimable châtelaine des Coques >v 

La châtelaine des Coques n'était natu- 
rellement ni Mile de Guérin, ni Mlle de 
Gervais, mais la comtesse de Maistre 
même, née Sainte-Marie. 

Le château des Coques, au sujet duquel 
on posait la question, n'est plus mainte- 
nant aux mams des Maistre. Il m'a paru 
en bon état la dernière fois que je l'ai vu 
— sans le visiter, il est vrai — il y a deux 
ans. Baron de maricourt. 

Mademoiselle de Balzac (i.XV ,496, 
611, 7SO,(S5o). — A priori, rien n'engage 
à croire que cette dame Carpentier soit 
de la famille du romancier. 11 faudrait 
d'abord savoir où elle naquit. Balzac, 
par son père et ses ascendants paternels, 
était originaire de l'Albigeois. Dans une 
conférence à la « Maison de Balzac >* 
M Jacques de Biez, s'autorisant de do- 
cuments authentiques, nous parlait, en 
mars dernier, du grand-pere de Balzac, 
qui s'appelait en réalité Balsa ou Baissa, 
et naquit en 1716,3 la Nougairie, petit 
hameau de la commune actuelle de Mon- 
triat, au nord du département du Tarn, 
sur la paroisse de Canezac. M. de Biez 
nous conta que de 1693 à 17 17 une tren- 
taine de membres de cette famille Balza 
furent enterrés sur cette paroisse, et nous 
fit connaître les noms des collatéraux les 
plus proches, parmi lesquels aucun ne 
porte un nom semblable a celui de cet 
Isidore Ternois, qualifié cousin de la dame 
Charpentier, née Honorine de Balzac. Du 
reste, ce nom de Balzac, comme le dit 
1res bien Ibère, fut porté par différentes 



familles étrangères à celle de l'auteur de 
la Comédie humaine. Et l'on peut avancer 
sans trop de témérité que de tous les 
Balzac connus, celui qui l'était le moins, 
c'était encore Balzac, puisque son père 
s'appelait en réalité Balsa ou Baissa (par 
un ou deux s, on ne sait pas au juste ; 
nous n'ignorons pas la part qu'il convient 
de faire aux erreurs innombrablesdes scri- 
bes de tout état civil, aussi bien sous l'an- 
cien régime que de nos jours). Néanmoins, 
si l'on s'en tient à la série des actes com- 
muniqués à M. de Biez en vue de sa con- 
férence par M. Portai, archiviste du Tarn, 
le nom de Balsa ou Baissa est régulière- 
ment celui attribué aux ascendants d'Ho- 
noré de Balzac, prénommés tous « Ber- 
nard » fils d'autre 1 Bernard >». 

Le prénom d'Honorine porté par la 
dame Charpentier n'est apparemment dû 
qu'à une coïncidence, car nous savons 
par Laure de Surville, .La sœur de Balzac, 
que si son frère fut prénommé Honoré, 
c'est par pure fantaisie du père, à cause du 
calendrier, et que personne dans la fa- 
mille n'avait jamais porté ce prénom. 

L. R. 

Diderot et Mme Roland (LXVI, 
140). L'auteur de l'article paru dans 
les Annales — article que je n'ai pas lu 
— a peut-être commis un lapsus ; à moins 
que ce ne soit une coquille 

Ne s'agit-il pas plutôt de la correspon- 
dance de Diderot avec Mlle Sophie 
Volland .? 

Je trouve, en effet, au tome 18 des Œu- 
vres complètes de Diderot, Paris, Garnier 
1876, nage ^60 une lettre à Mlle Volland, 
écrite dans l'obscurité et qui se termine 
par cette phrase : 

Partout où il n'y aura rien, lisez que je 
vous aime. 

A. Chesnier du Chesne. 

Geo'-ges-Joseph f^e Momigny, 
compositeur demusique (LXV;LXVI, 
6ij. — Voici quelques notes rédigées 
d'après les causeries d'un témoin oculaire : 

Après une jeunesse un peu dissipée, à 
P.îris, Georges de .Momigny revint à Vire. 
Bientôt, il sd maria. Sa femme, née Qué- 
ruel, originaire de Saint-Quentin, commune 
voisine de Tincheb'ay (Orne) ne possédait, 
cert--s, ni charme, ni beauté. Une infirmité 
déformait l'une de ses mains. Mais elle 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



^0 Août ICI». 



2^7 



2^8 



apportait au compositeur l'aisance nécessaire 
à tout artiste pour la tranquille éclosion de 
son rêve. Cette union semblait assez heu- 
reuse. Chaque après-midi, avec une régula- 
rité bourgeoise, Georges de Momigny faisait 
une petite promenade, toujours accompa- 
gné de sa femme et d'une vieille servante, 
Marie-F.lvire Leroi, type devenu bien rare 
des fidèles serviteurs d'iîutrefois. 

Mademoiselle de Momigny, sœur de Geor- 
ges, vivait aussi dans la pittoresque capitale 
du Bocage Normand. Elle occupait !e rez-de- 
chaussée d'un immeuble de la rue du Calva- 
dos. Elle ne pouvait plus voir son frère. 

George? de Momigny habitait la rue Gi- 
rard, rue étroite et triste où passent tous les 
convois .. le cimetière est tout proche... Sa 
maison, assez ancienne, portait, je crois, le 
numéro 45. H mourut là , peu de temps 
avant sa femme. 

Quoique un peu enlaidi par un visage 
haut en couleur, mon compatriote avait fort 
belle prestance. Le Musée de Vire possède 
son portrait en pied, œuvre d'un peintre 
Lyonnais, Aimé-Benoît Marquet. 

Albert Desvoyes. 

Rousseau (Général Guillaume- 
Charles) (LXVI, 142;. — Consulter IMr- 
morial du premier empire, par le vicomte 
A. Révérend. Armes : D' argent au lion de 
gueules tenant de la patte dextre une épèe 
de sable, la scnestre appuyée ^ttr un cor de 
cbasie du même ; au comble d'a:(ur, chargé 
de deux étoiles d'or et au franc -quartier 
des barons militaires. P. le J. 

Ulysse Pic (LXV ; LXVI, 156). — Nous 
avons vu souvent ce particulier au minis- 
tère de l'intérieur, en 1869 et 1870 : il 
étal' alors le directeur d'un journal offi- 
cieux, fondé en vue des élections géné- 
rales et intitulé YEtend.ird. je dis «ce 
particulier >», car c'en était un assez co- 
mique, très midi, gonflé de son éphémère 
et problématique importance, et dont les 
jeunes attachés au cabinet se gaussaient 
volontiers et ouvertement. Nous le nom- 
mions d habitude : « .^loussu Pic. ** 

Ce pauvre homonyme du père de Télé- 
maque a c-^suyé, dans la suite, les effets 
d'une bien fâcheuse aventure... 

H. DE L. 



d'or, accompagné de trois chats assis et posé^ 
de front, le premier contourné. 
Le second écu m'est inconnu. 

P. LE I. 



Armoiries à identifier : Deux écus 
accolés (LXVI. 142) — Le premier écu 
est probablement de Micault de Courbe- 
ton, en Bourgogne : D^a^ur au chevron 



René Gueuble. Armoiries (LXVI, 
6^ 117). — M. Nisiar se trompe : \' Ar- 
moriai du Nivernais, par M. de Soultrait, 
nomme bien les Gueuble, mais n'indique 
pas leurs armoiries. (Dernière édition). 

Les Gueubles furent seigneurs en Ni- 
vernais des fiefs de Croisy (Lainsecq) du 
Boulay (Druves) de la baronnie de Lorme, 
de Bouhv, Pierre Perthuis, etc. Us sont 
alliés aux Bousseval, Blondeaux, Gous- 
seules, Bellan'Jer, Gentil, etc. 

S. G. L. 

Ruban d'une croix de St-Louis 
avec nœud (LXVI, 93, 2 iBj. — Le ruban 
en question est simplement celui d'une 
croix de chevalier de St-Louis de la Res- 
tauration. A la Restauration, le Roi réta- 
blit les anciens ordres et conserva le nou- 
veau de la Légion d'honneur, et dans la 
hiérarchie de ces différents ordres, celui 
du chevalier de St-Louis fut placé sur le 
même rang que celui dofticier de la Lé- 
o-ion d'honneur, un échelon au-dessus de 
celui de chevalier de la Légion d'honneur. 
C'est pourquoi, le ruban rouge des deux 
ordres étant le mê -e, les chevaliers de 
St Louis portèrent le m.ême ruban que les 
oflTicier-^ de la Légion d'honneur, c'est- 
à-dire le ruban avec une rosette ou nœud. 
Je possède les croix de chevalier de Saint- 
Louis de mes deux arrière-grand pères 
avec leurs ru'oans datant de la Restaura- 
tion. L'une, du grand -odèle, a un ru- 
ban avec une rosette identique au ruban 
d'officier de la Légion d'honneur tel qu'il 
se porte encore aujourd'hui ; l'autre, d'un 
petit modèle, porte sur le ruban uri nœud. 
Ce nœud était du reste conforme à la tra- 
dition de l'ancien régime, car les cheva- 
liers de St Louis ne portaient pas leur 
croix à un simple ruban, mais à un nœud 
de ruban couleur de feu. C'est ainsi que 
s'expriment tous les anciens ouvrages 
parlant des insignes des différents ordres, 
le fait est confirmé par la représentation 
de la croix de St-Louis sur tous les an(,iens 
portraits de chevaliers de cet ordre da- 
tant de l'ancien régime. 

Dans l'ordre de St-Louis il n'y eut ja- 
mais que des Chevaliers, Commandeurs 



N» ;|38 Vol. LXVI 

259 '■ 

et Grand-Croix. Le grade d'officier dans 
la Légion d'honneur est une création de 
Napoléon !«■' qui désirait avoir plus de 
trois classes dans son nou\el ordre pour 
pouvoir davantage graduer les récom- 
penses. M. de F. 

Ex-libris à déterminer : D'azur à 
la oroix d'argent (LXVI, 94, 217), — 
Ce sont les arni'jiries des lamilles Le Pel- 
letier de St-Fargeau et Le Pelletier de Ro- 
sambo. 

D'a:(ur à la croix pattèe d'argent, chargée 
d'un chevron de gueules en abime accosté df 
deux molettes d éperon de sable et accompa- 
gné en pointe d'une rose d'or. M. de F. 

a C'est la faute à Rousseau >» 
(LXVI, 52, III, it>3i. — Je suis surpris 
que personne n'ait songé — et, puisqu'on 
a fait ici à ce fameux refrain l'honneur 
d'une réimpression intégrale, il semble 
que cela en eut valu la peine — à rappeler 
que Philippe Godet, à la page 468 de son 
Histoire Litihiire de la Suisse Française^ 
attribue résolument au chansonnier gene- 
vois Jean-François Chaponnière la pater- 
nité de la chanson. Les différents Refrains 
de Gavroche réédités en France n'en seraient 
qu'une imitation. La question est, 
d'ailleurs, d'un intérêt actuel palpitant, en 
ce sens que nombre de Français, et des 
plus intelligents, s'obstinent à ne voir 
Rousseau qu'à travers les querelles des- 
deux Frances : d'un côté le « malheureux 
atteint de neurasthénie spasmodique ob- 
sédante »(Paul Bourget,dans la Revue Cri- 
tique des Idées et dei Livres du 2^ juin der- 
nier) ; de l'autre, l'ennemi du peuple qui, 
s'il eût vécu en 1794, eût mérité, pour un 
triple délit d'opinion, la peine de mort 
(Albert Meynier dans son Jean-Jacques 
Rousseau révolutionnaire [c'est-à-dire : et 
les révolutionnaires]. ) Et il est certain 
que si Béranger rimait de nos jours, ce 
n'est point de « la faute à Rousseau ^^ 
qu'il eût parlé, mais de « la faute à Robes- 
pierre y>, cause directe, jurerait-on, de la 
haine qui. par delà le petit clerc d'Arras, 
devenu le Torquemada révolutionnaire, 
frappe encore aujourd'hui, dans une por- 
tion respectable de notre patrie, l'anti -ter- 
roriste qui a écrit : 

Qu'on nou* dise s'il est bon quun seul 
meure pour tous .. Si l'on entend qu'il soit 
permis au gouvernement ds sacrifier un in- 



L'mrJiHMED!A.IKlB 



260 



nocent au salut de la multitude, je tiens 
cette maxime pour une des plus exécrables 
que jamais la tyrannie ait inventées, la plus 
fausse qu'oïl puisse avancer, la plus dange- 
reuse qu'on puisse admettre et la plus direc- 
temet t opposée aux lois foiidamentales de la 
société. .. 

C.\M1LLE PiTOLLET. 

Voyage à 1 île de Pâques ('LXVI, 
143). — V Illustration àts 17, 24 et 31 
août 1872 donne le récit : <* )ournal d'un 
sous-ofilcier de l'Etat major de la Flore », 
d'une station à l'île de Pâques du 3 au 
7 janvier 1872. Cette relation est signée 
«Ji'lien Viaud, aspirant de i''* classe ». 
De nombreux bols, mais qui ne sont pas 
dérivés de la photographie , accompa- 
gnent le texte ; le principal p. 124, porte 
le nom de janet Lange et me parait une 
interprétation un peu fantaisiste. Les au- 
tres, vue d'un cratère, types des naturels, 
images des tètes colossales et ultra bar- 
bares qui sont le grand mystère de cet 
îlot perdu dans le Pacique, sont plus sé- 
rieux et traduisent sans doute des croquis 
et dessins de l'auteur. 

Ce récit très intéressant et d'une jolie 
plume, est il la première œuvre imprimée 
de celui qui sera Pierre Loti ^ 

H. G. M. 

* 

« 

V. Revue de Paris. N" du 15 mars 
1899. P. Loti. L'Ile de Pâques et Comp- 
tes-Rendus, de la Société de Géographie.^ 
No d'Avril 1899. T. 

Noms de Français donnés à des 
rues à l'étranger (LXIV ; LXV ; LXVI, 
30). ■ Puisque cette rubrique était en- 
core ouverte récemment, qu'il me soit 
permis de dire que j'ai été étonné de ne 
pas avoir encore vu citer l'Egypte parmi 
les pays appelés à figurer sur la liste. 

le ne parlerai pas des villes de l'Isthme 
de Suez, Port Sa id, Ismaïlia et Port- 
Tewfik, — ou l'influence Française, main- 
tenue par la Compagnie du Canal, reste 
prépondérante à bien des points de vue. 

Mais je relèverai, parmi les noms don- 
nés aux rues d'Alexandrie, ceux de Ber- 
thollet, de Mariette, de Cafîarelli et de 
Champollion, qui flattent les oreilles 
frr.nçaises, en rappelant les souvenirs de 
l'Institut et de l'expédition d'Egypte. 

Au Caire, nous trouvons : Chariah 



OBS CHEiU:HBUR"j ET CURzEUX 



30 Août 191a 



361 



262 



Clot-Bey, Chariah et Meidan Mariette- 
Bacha, c'est-à-dire rue et place Mariette- 
Pacha, suivant la prononciation populaire 
qui déforme le P. en B. 

Je signale, en passant, pour les ama- 
teurs de dialecte pittoresque, Chariah el 
Espitalia el Fransaoui, — rue de l'Hôpit d 
Français, — et Chariah Ouabour el Fran- 
saoui. — Ouabour ou Babour, déforma- 
tions de Vapeur, servent à désigner toute 
espèce d'engin, depuis l'usme jusqu'au 
paquebot, aussi bien que la locomotive 
du Chemin de fer. 

G. E. S. 

Député ou députée (LXVl, 89/ — 
Une femme députée, c'est-à-dire qui a 
été députée, envoyée, par ses électeurs. 
Il me semble qu'il n'y a pas de doute 
possible quant à Paccord. Et pourquoi ne 
dirait-on pas une « députée » , tout court, 
aussi bien qu'une « employée ? » 

Maurice Charpentier. 



Le substantif féminin — députée — 
L n'existe pas parce qu'il n'y a pas de 
W femmes ayant ce mandat politique. 
Seul le substantif masculin existe. Mais 
ll^ le féminin viendra peut-être. Pour le 
~ moment les femmes doivent se conten- 
ter du participe passé. Elles sont donc 
députées à... quelqu'un, mais sûrement 
pas à la Chambre des Députés. 

Noël. 

Le grec dans la langue française . 
Cabane (LXIIl a LXVl, 171, 224). — 
La question si importante de cabane avait 
été traitée par moi dans un texte, celui 
qui figure (LXVl, 171), mais nullement 
satisfait de ce travail que je trouvais in- 
complet, erroné et mal ordonné, j'avais 
fait une nouvelle rédaction que j'envoyais 
à notre journal. Un malheureux hasard 
voulut qu'on imprimât l'ancien texte et 
le nouveau fut jeté au panier. 

Je recommence donc mon étude qui, 
comme on le verra, est plus claire et ins- 
pirera une confiance plus grande. 

M. Corman a entrepris d'élucider la 
question cabane^ je lui offre ma façon de 
voir à ce sujet. 

La question capanna est restée l'une 
des plus obscures de la linguistique. 

Isidore est le premier qui cite ce mot : 



tugurium parva casa est ; hoc rustici ca- 
panna vacant. Isidore vivait au 6' et 7» 
siècle. Au 8^ siècle, il est devenu <:aJa««a 
et est cité dans les gloses de Reiche- 
nau. 

Comme en Italie, le mot est resté ca- 
panna, il faut accepter l'orthographe 
donnée par Isidore, et la supposer primi- 
tive. 

On l'a dérivé du verbe latin capio, con- 
tenir : c'est une dérivation bien incolore 
dont il n'y a pas lieu de tenir compte. 

Onl'a aussi regardé comme étant d'ori- 
gine celtique : mais quand le mot se 
trouve dans les langues néo-celtiques, on 
s'aperçoit bien vite qu'il est emprunté aux 
langues romanes. 

La terminaison anna empêche de le 
considérer comme un latin pur. 

11 n'y a qu'une seule hypothèse accep- 
table, c'est qu'il appartient à la langue 
que parlaient ceux des Ariens qui coloni- 
sèrent rOuest-Europe avant la venue des 
itiliotes et des Celtes. Ce serait donc tout 
simplement un mot ligure qui, comme 
beaucoup d'autres, est arrivé jusqu'à 
nous. 

Alors rien n'est plus clair, la langue li-' 
gure présente le suffixe ^hwo, anna qui 
provient d'un pré-ligure âno, participe 
passif d'un verbe a/o, employé très sou- 
vent comme adjectif ou substantit^fémi- 
nin. 

Comme à côté de capanna^ l'italien a 
le masculin capanno, imité en cela par le 
portugais caoana, cahano et aussi par le 
patois lorrain cbevâ, il y a lieu de donner 
à la forme féminine et la forme masculine 
la même antiquité, ce qui amène à sup- 
poser l'existence d'un adjectif ligure capan- 
nos. 

D'après ce que nous venons de dire, 
on a donc ligure awMOi, préligure ânes. 

Et l'on peut poser cap-annos = capâ- 
nos 

Capâ est un radical verbal dont il faut 
déterminer le sens. 

Ce radical, on le trouve . dans les lan- 
gues baltiques avec un sens bien déter- 
miné. Il faut citer le lithuanien Kjpâti, 
lette Kapàt hacher, le vieux slave Kopati 
creuser (dans les dialectes hacher, rom- 
pre, frapper). 

Le latin a dû avoir le verbe *capâre 
tailler, couper détacher, fendre, d'où les 
dérivés capulare concidere, spoliare, fun- 



N« 1358 Vol. LXVI. 



LÏNTJBRMBDIAIRB 



263 



264 



ditus toUere, s. cindere desecare, concipu- 
lare, ea pelleté. 

Le '_'rec de même a dû avoir le verbe 
Kaoàô tailler, découper, couper, creuser, 
d'où le grec KaTir] crèche, le îhcssalien 
Ka-avr, barre transversale du siège d'un 
cocher, caisse de voiture. Ki-i-o^ échan- 
crure, découpure, creux, KâîTTjTov fourrage 
(ce qui est coupé). 

Nous venons de constater l'existence 
d'un radical qapà dou un verbe qapàjô 
qui a survécu dans les langues balti- 
ques. 

Passons maintenant au substantif fémi- 
nin qapânà et voyons ce qu'il est de- 
venu. 

Le bulgare a le substantif Kopana, ba- 
quet en bois cannelé. En outre, les lan- 
gues slaves ont les dérivés Kopavja auge, 
barque creusée dans un tronc d'arbre, 
Kcpaniua fossé, terre novale Kopanka 
huche, voûte, terre novale. 

Nous avons vu le grec Ka-avYi dont 'e 
sens semble être objet creux taillé. 

Ceci établi, nous voyons qu'il a existé 
dans la langue primitive un radical ver- 
bale qapd^ verbe qapâiô a'-ant le sens gé- 
néral frapper, fendre, tailler, couper, 
creuser. 

Du participe p^ss\( qapânos on a tiré 
le substantif féminin qapânJ qui a pour 
signification générale, ce qui est creuse, 
taillé, coupé. 

Ces formes sont devenues en ligure^ 
l'adjectif capatmoi et le substantif féminin 
capannà, cabane. 

Nous avons l'étymologie de capannâ. 
mai'î le sens en est très imprécis. La ca- 
pannâ est. nous le savons, tout ce qui 
peut être taillé, coupé, fendu ; donc ce 
peut être du bois, des planches, du bran- 
chage, de la paille, des roseaux, que 
sais-je. 

Eh bien, cette imprécision ne doit pas 
nous gêner ; nous savons qu'elle est 
dans le génie des langues antiques. Il est 
probable que la capannâ était une ca- 
bane construite de matériaux divers. 
Po'ir les ligures, c'était toujours un abri 
pour rhomme des champs. 11 en est en- 
core de môme en Italie, où la capanna et le 
capanno sont des constructions assez sau- 
vages, tandis que partout ailleurs la ca- 
bane est quelque cho<ie presque conforta- 
ble. 

11 n'y a pas lieu de s étonner du passage 



du sens d'objet taillé à cabane. Ne dit-on 
pas, il habite dans le marbre, il vit dans 
la paille. 

Du reste, remarquons le latin tabula 
planche, on en tire le français taule de- 
meure, le bergamasque tabia cabane. 

Le germain boida-n planche est devenu 
le latin bordum dont le pluriel borda de- 
vint le français borde cabane. 

Le latin du 8* siècle cabanna est de- 
venu le provençal cabana passé dans la 
langue français cabane^ d'où ensuite le 
mo\'en anglais caban, cabane petite mai- 
son et par suite le nouvel irlandais et le 
gallois caban. 

Dans le midi, le masculin caban de- 
vient cabain écrit en français cabin. On a 
de même tacan taquain.^ tiqiiin. On en 
a déduit un féminin cabine. Le français 
cabin, cabine a donné naissance à l'an- 
glais cabin et l'italien cabina. 

Je m'arrête, la dérivation de capanna 
est très considérable fet dépasserait les li- 
mites raisonnables d'une simple note. 

H. Laray. 

Bâbord, tribord (LXV, 622). — Bâ- 
bord ne veut pas dire bord inférieur, pas 
plus que tribord, côté supérieur. On a dit, 
il est vrai, boid de bas, bord de tri, mais, 
ce furent des expressions employées par 
des marins cherchant à s'expliquer des 
mots dont ils ne saisissaient pas le sens. 
Il en a été de môme dans les langues ro- 
manes où les mots germaniques employés 
n'avaient aucune signification bien claire 
pour le menu peuple. 

En particulier, le tri grec, employé 
comme préfi.xe, peut avoir, à l'occasion, 
développé l'idée de supériorité dans cer- 
tains mots composés, mais il n'a jamais 
existé comme mot simple, ni en grec, ni 
en latin, et encore bien moins en français. 

Du reste, il est nécessaire d'étudier les 
mots bâbord et tribord dans les langues 
germaniques, puis dans les langues voi- 
sines. On a : 

germanique bak dos; steur, stùr gouver- 
nail. 

hollandais backboord ; stuurboord ; bak 
stuur 

bas-allemand bakboord ; itûrboord ; bak 
stfir. 

allemand backhord ; steuerbord ; bak ; 
steuer. 

vieux-norse bahbordhi ; bak ; ftyri. 



Dtii> GHIiKCHBURb UT CURIEUX 



2f)5 



30 Août 1913 



266 



I 



suédois bâbord; styrbord ; bak ; styr. 

danois bagborJ ; stvrbord ; bag ; styr. 

anglo-saxon baecboid; slêoibord ; baec ; 
stêor. 

anglais siarboard ; back ; stère. 

russe bâbord' ; shtirbord'. 

français bâbord ; stribord ; tribord. 

italien babordo ; tiibordo, 

espagnol babor ; estribor . 

portugais boinbordo ; estribordo ; estibor- 
do. 

En examinant ce tableau, nous consta- 
tons tout d'abord que bâbord et tribord 
n'ont de signification claire qu'au moyen 
des langues germaniques ; bâbord est le 
côté du dos, tribord le coté du gouver- 
nail. Ensuite, nous remarquons que si la 
syllabe finale reste régulière dans tous les 
dialectes, la syllabe initiale subit au con- 
traire des modifications assez importantes 
même dans les dialectes germaniques : 
ainsi dans la syllabe bak la voyelle ne va- 
rie que dans le portugais, la palatale k 
tend à s'adoucir en g et même disparaît 
La syllabe stur , steur se modifie profon- 
dément, l'armature st r se maintient assez 
fortem.ent cependant, mais la voyelle est 
très instable ; le son û, eu primitif a ten- 
dance à devenir y et même i et la syllabe 
qui en résulte sttr a une stabilité assez fai- 
ble pour devenir finalement stri et même 
sti et tri. 

Vouloir examiner dans chaque langue 
prise à part les raisons d^ ce mouvement 
vocalique serait une œuvre décevante con 
duisant même à des absurdités. En tenant 
compte de l'ensemble des langues, l'étude 
de chaque cas particulier serait très péni- 
ble, et finalement on serait amené à con- 
clure que ce sont les marins, (et quand je 
dis les marins je ne parle pas des officiers), 
qui ont imposé leur manière de voir et 
leur prononciation. 

Maintenant que signifient ces mots : 
côté du dos, côté du gouvernail. 

On sait que les navires des Grecs et des 
Romains étaient munis d'un double gou- 
vernail, qu'il y en avait un sur chaque 
côté du navire et que chaque gouvernail 
avait un timonier propre. Il n'en était pas 
de même chez les Scandinaves et kb Ger- 
mains. Il n'y avait qu'un seul gouvernail, 
lequel ne se tenait pas à Tétambot, mais 
sur le coté droit du navire. Le timonier 
se tenait face au gouvernail et tournait le 
dos au côté gauche. Pour faciliter les ', 



mouvements du timonier, le chargement 
du navire se faisait sur le côté gauche, ce 
qui explique le nom anglais ds. bâbord, 
larboard côté du chargement 

Ces dénominations de bâbord et dz tti- 
bcrd se sont conservées à travers les siècles 
la signification de ces mots cessant d'être 
claire, lorsque la direction a été portée à 
l'arriére du i.avire. C'est l'histoire du mot 
/usil, arme d'où la pierre à feu a disparu 
depuis longtemps. H. La. 

Tri, trie (LXV, 622). La supposi- 
tion que le tri du jeu de whist est un 
mot grec est inadmissible. Je répèle sous 
une autre forme ce que jïai dit au sujet de 
tribord. Si le tti français vient du grec 
tri, on devrait le trouver comme subs- 
tantif en grec, en latin et surtout en fran- 
çais. Or le jeu de whist est un jeu très 
récent, et le français tri n'apparait qu'au 
moment où le jeu s'acclimate en France : 
M. Daron serait bien empêché de trouver 
tri en France avant Louis XV. 

En réalité tri est identique a trie dont 
a gutturale s'est amuï comme dans nom- 
bre de mots dont les consonnes finales ne 
se prononcent plus même parfois conser- 
vées dans l'écriture, tels que broc, bris., 
btou jadis broust, clé jadis clef, coq, ctic, 
croc qui se prononcent cô, cri, crô, etc. 

7"r/, trie vient de l'anglais trick, levée, 
employé dans les cas suivants to make.^ to 
take a trick faire une levée, tomake tbe 
cdd trick faire, avoir la levée, faire le trick. 
Ce mot anon seulement passé en français, 
mais aussi en allemand trick trie, levée 
au-dessus de 6. 

Maintenant, on peut se demander d'où 
vient le mot anglais. La question est, je 
crois, avec les •.onnaissances actuelles, à 
peu près impossible à résoudre. 

Si Ton suppose le mot d'origine ger- 
manique, trtck se ramènerait à un radical 
tri'kkj\ avec le sens de levée, tirée, amenée 
à soi, se rattachant au germanique trek- 
kan trakjan tirer Cette explication serait 
satisfaisante, malheureusement l'anglais 
trick est seul de iOn espèce dans les lan- 
gues germaniques, ce qui rend la supposi- 
tion douteuse. 

Si l'on suppose le mot d'origine ro- 
mane, trick se rattacherait au latin ttîcâie 
triccdre, ce qui est satisfaisant pour la 
forme, mais ne convient guère pour la 
signification. Le latin a une signification 



N» 1338 Vo!. LXVI. 



L'iNTlilRMBDlAlK£i 



267 



i68 



péjorative qui ne se trouve pas dans l'an- 
glais trick levée, et qui ne permet aucun 
rapport entre ces mots. Une seule solution 
serait acceptable, c'est la confusion entre 
le germain trekkan et le latin triccâre. La 
forme serait latine, la signification ger- 
manique, 

H. Laray. 

Huque "U Hugne (LXV. 99, 786, 
864 ; LXVI, 7 j.) — Si le mot « hugue- 
not » exi'^tait déjà dans le dialecte tou- 
rangeau, que fait-on de l'étymologie don- 
née, au point de vue religieux, par Bouil- 
let, et suivant laquelle « huguenot » 
viendrait du terme allemand « eidgenos- 
sen, associés par serment, nom donné 
d'abord aux habitants de Genève soule- 
vés et ligués contre le duc de Savoie ». 
(Bouilletj ? Il faudrait alors croire que 
*< huguenot », au xvi« siècle, a été 
d'abord une injure empruntée aux supers- 
titions de Touraine ? On aurait dit : un 
huguenot, pour désigner un protestant, 
comme : un loup-garou ? 

Maurice Charpentier. 

L*Eugénique (LXVI, 89). — Est- il 
bien nécessaire de s'occuper ici de cette 
nouvelle science, pour l'amélioration de 
l'espèce humaine, qui vient d'être décou- 
verte '<: On a mainte ant dans toute la 
presse européenne qui s'en occupe, des dé-- 
tails ; sans compter les périodiques mé- 
dicaux. P. CoRiMAN. 

[Les périodiques parlent des choses qui 
passent. L'eugénique passera : mais les 
érudits de l'avenir s'en occuperont qui re- 
trouveront trace dans nos colonnes de ce 
qui fut le problème d'un jourj. 

Je ne vois pas très bien la raison de la 
question, puisqu'elle définit précisément 
l'eugénique. 

L'explication du terme n'est, par suite, 

pas davantage nécessaire. 

« 
* > 

On dit aussi Eugénésie : *< L'Eugéncsie 
des nègres et des Européens bruns est 
hors dedoute. //L'adjectif esteugénésique, 
et signifie propre à améliorer la race : 
« Des croisements eugénésiqucs. * Nous 
trouvons un autro exemple d'emploi de ce 
mot au tome IV, page 24^, de la Revue 
d'anthropologie : 



Hybridité eua;énésique, 
deii.\ ordres de métis sont 
raeiit féconds entre eux. 

Etymologie : KO, bien, 
création, génération. 



hybridité oij les 
chacun indéfini- 

et -^b^iQ^i^ pro- 

Nauticus. 



Ce dont il pouvait s'agir, c'était de la 
formation du mot. Il est d'origine savante, 
pairement la plupart des termes scientifi- 
ques ; il est trayt du grec eu, bien, bon, 
beau, et y-^°?» race. 

Puisque c'est à propos, je recorde la dé- 
finition de l'eugénique par sir Galton, qui 
en paraît le créateur : 

L'Eugénique est l'étude des causes, sou- 
mises au contrôle social, pouvant améliorer 
ou affaiblir les qualités de race des généra- 
tions futures, soit mentalement, soit physi- 
quement. 

B.-F. 

Du giec, eu, bien, et gennân, engendrer. 
Consulter le Larousse mensuel, fascicule 
65 — juillet 1912 — qui répond complè- 
tement à la question. Noël. 



Au point de vue étymologique, eugéni- 
que vient de deux mots grecs : su (eu), 
(bien), et : yiyvaaat (gignomai), j'engen- 
dre ; je fais devenir La même origine 
pour le prénom « Eugène », et, probable- 
ment, pour le nom de >< la mère Gigo- 
gne », celle qui enfante beaucoup. 

Maurice Charpentier. 



Le Futurisme (LXVI, 97, 228). — 
Voici, en réponse à la demande du D' L., 
quelques renseignements précis sur le 
Futurisme, au moins en peinture. 

Disons d'abord que le Futurisme, d'ori- 
gine italienne (son fondateur fut M. Ma- 
rinetti), n'a jamais fait beaucoup d'adep- 
tes en France. 

Tous ses propagateurs restèrent italiens, 
et, si quelques fumistes et quelques im- 
puissants se joignirent à eux, ce fut 
pourtant à titre d'école « étrangère » 
que nous pûmes nous en occuper, et son 
influence n'a guère eu de conséquences 
ici. même sur les plus si Indépendants » 
de nos peintres. 

Voici quelques extraits du manifeste 
lancé par M. Marinetti, que je retrouve 



Ùhh CHÊRCHEUKS HJ CURïBUX 



30 AoM 191a 



369 

dans un Editorial de G. de Pawlowski, 
paru en 1910 dans Comcedia. 

La construction des tal^Ieaux a été jus- 
qu'ici stupidement traditionnelle; les pein- 
tres nous ont toujours montré les objets et 
les personnes placées devant nous, nous pla- 
cerons désormais les spectateurs au centre du 
tableau. 

Pour peindre une figure humaine, il ne 
faut pas la peindre, il faut en donner toute 
ratmosphère enveloppante. 

Que de fois, sur la joue de la personne 
avec laquelle nous causions, n'avotis-nous 
pas vu le cheval qui passait très loin, au 
bout de la rue. 

Nos corps entrent dans les canapés sur les- 
quels nous nous asseyons, et les canapés en- 
trenten nous. L'autobus s'élance dans les mai- 
sens qu'il dépasse et à leur tour les maisons se 
précipitent sur l'autobus et se fondent avec 
lui. 

On trouverait de semblables théories 
exposées par les futuristes en matière lit- 
téraire ; si le D'' L. veut me faire crédit, 
je lui ferai part de cette partie de la doc- 
trine futuriste dans un des prochains nu- 
méros de V Intermédiaire, en même temps 
que je compléterai ce que je viens de dire 
aujourd'hui sur les doctrines de M. Mari- 
netti et de ses séides. 

Maurice Charpentier. 



270 



Comme nous le disions pour les cubis- 
tes, les futuristes ne sont guère cités in- 
dividuellement par la critique ; ils le sont 
aussi moins souvent, car la définition de 
leur titre est beaucoup plus vague. Leur 
dénomination parait cependant un peu 
antérieure à la précédente. 

Le 17 mai 1910 en efïet, le Matin dans 
un extrait qu'il donnait de la revue ita- 
lienne Poesia, publiait un manifeste des 
peintres futuristes, signé de M. M. F. F. 
Marinetti : Umberto Boccioni ; Carlo-D ; 
Carra ; Luigi Russolo, de Milan ; Gia- 
como Balla, de Rome et Gino Severini, 
de Paris. Ce dernier est un habitué du sa- 
lon des Indépendants. 

L'espace n'existe plus, dit ce manifeste 
d'ailleurs assez long.., Des milliers de lieues 
nous séparent du soleil ; cela n'empêche 
pas que la maison qui est devant nous soit 
encsstrée dan.' le disque solaire . Nos corps 
entrent dans les canapés sur lesquels nous 
nous asseyons et les canapés entrent en 
nous. 

Et cette phrase dont ia première partie 
est quasi-prophétique : 



L'autobus s'élance dans les maisons qu'il 
dépasse et, à leur tour les maisons se préci- 
pitent sur l'autobus et se fondent avec lui... 

Enfin 

... les ombres que nous peindrons seront 
plus lumineuses que les pleines lumières de 
nos prédécesseurs ; nos tableaux, auprès de 
ceux des musées, resplendiront comme un 
jour aveuglant opposé à une nuit téné- 
breuse, etc. 

S'il n'est pas contesté que l'ombre en 
peinture doit être lumineuse, on peut se 
demander si tout le reste est dit bien sé- 
rieusement , quoique le manifeste pro- 
clame l''admiration due à Rembrandt, 
Goya et Rodin. 

Le Salon des Humoristes de 1912 
offrait aussi un « Futurisme » d'André 
Maillos, faisant partie, comme le « cu- 
bisme » précité, d'une série des Visions 
de la Grâce aux différentes étapes de la 
peinture, la dernière école étant l'Avé- 
naisme (école dite des Toiles Blanches). 

C. Dehais. 



Le Cubisme (LXVl, 97). — C'est 
probablement en parcourant les pério- 
diques d'avant-garde qu'on trouverait le 
plus de renseignements sur le cubisme. 
Les revues d'art classiques en font évi- 
demment mention, mais sous une déno- 
mination générale, accompagnée le plus 
souvent de commentaires fort sévères. 

Les quotidiens sont un peu moins 
sobres de détails et voici ce que, faute de 
mieux, j'ai f u noter à ce sujet 

Le nom de « Cubistes v> ne semble ap- 
paraître, dans les compte- rendus de la 
critique, qu'avec le salon d'automne d'oc- 
tobre 1910. 

Jusque là, tous les peintres de tech- 
nique aussi spéciale y étaient mentionnés 
en bloc sous cette rubrique « les Fauves » 
due à Pierre Veber qui l'employa dès 1906 
dans un de ses articles. Et renouvelant à 
vingt ans de distance l'aventure des dé- 
cadents, ceux auxquels s'appliquait cette 
expression nouvelle n'y avaient point 
contredit. 

« Les cubistes, dit M. Léandre Vaillat 
« {Echo de Paris, 30 septembre 1910), 
v; prétendent ne voir dans la nature qu'un 
s» assemblage de cubes et soutiennent 
« qu'un paysage, un être humain, se ré- 
*< duit à un morceau de sucre candi ». 



H» 1538. Vo;. 



LXVI, 

- 271 



iNfiiWMHDïAiKiî 



Leur théorie, ajoute un écho d'Excelsioi 
{9 octobre 191 1 ; est tout entière inscrite 
dans un petit croquis de Walter Crâne 
(reproduit dans le niènie numéro) qui le 
publia dans son livre « Lignes et formes » ; 
et en même temps que ce croquis qui re 
présente un homme et un cheval dessines 
par éléments carrés, Walter Crâne en 
donnait d'ailleurs un autre tout sem- 
blable dessmé par éléments circulaires. 

Les cubistes exposent régulièrement au 
Salon d'automue et au Salon des Indé- 
pendants, qui a lieu au printemps. 

Comm.e illustrations des comptes-ren- 
dus du Salon d'automne de 191 1, écrits 
dans Excelswr {i^' octobre 191 1 et jours 
suivants) par M. Pascal Fortuny, furent 
donnés les portraits (et dans le numéro 
du 30 septembre 3 reproductions de leurs 
œuvres) des cubistes GIcizes, Léger et 
Metzinger. Ce dernier exposa, au salon 
des Indépendants de 1910, un portrait de 
M. Guillaume Apollinaire, un des fervents, 
dit M. P. Forthuny, de la théorie parallé 
lipipédique. 

Voir sur les cubistes les divers livrets 
du salon d'automne et du salon des Indé- 
pendants et, avec celles citées ci-dessus, 
les appréciations générales de MM. Ga- 
briel Mourey, dans l'Opinion (novembre 
191 1), François Monod dans Art et Déco- 
ration (mai 1912). 

Les cubistes n'ont point été sans exer- 
cer la verve des dessinateurs humoristes." 
Dans cet ordre d'idées figuraient au Sa- 
lon des Humoristes de 1912 « Cubiste » 
de F. Gottlob, « Cubisme » de A. Maillos. 
Citons aussi un dessin de Luc dans le 
Journal amusant (novembre 1911). sans 
oublier l'affiche de Barrère, récemment 
dessinée à la manière cubiste, pour le Pe- 
tit Café de Tristan Bernard. 

Pour conclure, rappelons le mot de 
M. Maurice Hamel {La Arti, novembre 
191 1, p. 2«) : 

Quelques cubes ou quelques triangles ne 
font pas une école. Espérons que ces jeunes 
gen» s'amusent. (Juelqucs-uns ont assez de 
talent, et tous auront assez de bon sens pour 
s'évader de la géométrie et rentrer dan» la 
nature. 

C. Dhhais. 



Saint Frusquin d,XV ; LXVI, 74). 

hRUSQUiN. l'our portion, héritage, patri- 
moiue, bien. Voyei Crcfiin « Il a man^é 



272 



tout son frusquin à la débauche ». Il a dé- 
pense tout ce qu'il avait vaillant de bien. 

Cképin. Z.«r saint Crèpin. Pour biens, pa- 
tiinioine, vaillant, héritage. On dit : « cet 
homaie-ià a mangé tout son saint Crêpin au 
<;.:rvice du Roi. » Pour dire, cet homme s'est 
ruiné, a mangé tout sDn bien au service du 
Roi. 

{Dictionnaire satirique, critique^ etc. 
par Philibert-Joseph LeRoux. Lyon 175s). 

A l'article Saint ^mêine livre). 

On appelle saint Crespin tous les outils 
d'un cordonnier, et figurément tout le bien 
d'un pauvre homme. 

Ed. Martin 

Les enseignes de la rue de Ri- 
voli (LXVI, 89). — En vertu de l'arrêté 
du 1'='" Floréal de l'an X signé Bonaparte, 
premier consul, un plan fut dressé, le 2 
frimaire an XI, par MM. Percier et Fon- 
taine, architectes du palais, et les couvents 
des Feuillants, des .Q^ucins et de l'As- 
somption turent mis en vente. La lar- 
geur de la rue de Rivoli fut fixée à 
20 m. 815 c. Les conditions ci-après fu- 
rent insérées dans chaque contrat d'alié- 
nation : «Article i*"'. De bâtir les façades 
en pierre d'après les plans et dessins des 
architectes du palais, approuvés par le 
gouverr.ement. Art 2*. De daller en 
pierre dure le sol de la galerie. Art 3" 
De paver la rue dans la largeur vis-à- 
vis chaque division de terrain, conformé- 
ment aux règlements établis à ce sujet. 
Art. 4". Les maisons ou boutiques qui 
seront construites sur ce lot ne pourront 
être occupées par des artisans et ouvriers 
travaillant du marteau. Art. 5«. Elles ne 
pourront non plus être occupées par des 
bouchers, charcutiers, pâtissiers, boulan- 
gers, ni autres artisans dont l'état néces- 
site l'usage d'un four. Art. 6®. // ne sera 
mis aucune peinture^ écriteau ou 'ensei- 
gne indicative de la profession de celui 
qui occupera sur les façades ou portiques 
des arcades qui décoreront le devant des 
maisons sur la dite rue projetée > 

F. |acotot. 

* » 

La bibliothèque de l'Hôtel-de-VilIc, et 
la bibliothèque de la Ville de Paris, rue 
de Sévigné, possèdent sûrement des ou- 
vraj.^es traitant d<* cette question. 

E. de la Quérière a écrit autrefois un 
ouvrage : Recherches Historiques sur les 
Enseignes, qui esta consulter. NoEL. 



i 



DBS CHERCHEURS BT CURIEUX 



30 Août 191a 



273 



274 



Du port de l'alliance en Allema- 
gne (LXVI,9t), 229). — Est-il d'usage de 
porter l'alliance a la main droite en Alle- 
magne ? C'est très possible ; je puis au 
moins affirmer à s< Léda » que la coutume 
est très répandue dans tous les pays fla- 
mands, qui, comme on sait, suivent vo- 
lontiers les modes germaniques. 

Maurice Charpentier. 

La confrérie des Bourras (LXVI, 
144). — Je ne suis aucunement en me- 
sure d'essa3-er de répondre à la question, 
mais le récit extrait de la Liberté motive 
mon intervention. 

J'ai suivi, à l'époque, avec attention, 
les comptes rendus que donnèrent les 
journaux contemporains de l'exécution de 
Stibon et Toledano. Tous deux étaient 
israélistes. comme leur victime Greco. Ils 
étaient assisté? par un Rabbin. Celui-ci a 
dû veiller à leur inhumation et aurait 
probablement décliné le concours d'une 
confrérie d'un autre culte. De plus, j'ai le 
souvenir qu'au dernier moment Toledano 
tourna la tête à droite et à gauche avec 
inquiétude et, se voyant seul, demanda 
pourquoi on avait gracié Sitbon aussi 
coupable que lui. Le Procureur de la Ré- 
publique lui dit que Sitbon était à quel- 
ques pas de là, derrière la troupe, et se- 
rait exécuté immédiatement après lui ; 
cela me parait incompatible avec l'em- 
ploi, d'ailleurs inusité, de deux guilloti- 
nes parallèles. 

Philippe Leroy. 

* 
» • 

Est-ce que l'exécuteur des hautes œu- 
vres n'a pas seul qualité (si Ton peut 
ainsi s'exprimer) pour faire jouer le fatal 
déclic dans les exécutions capitales .''Alors, 
pour guillotiner simultanément Sitbon et 
Toledano à Marseille, M. Roch aurait 
donc... opéré tout à la fois de la main 
droite et de la main gauche? Alpha 

Jenny "Veripré à Marseille. — Le 
7 septembre 1829, le préfet des Bouches- 
du Rhône^. écrivait au ministre de l'Inté- 
rieur : 

Monseigneur, 

Mlle Jenny Vertpré, artiste du Théâtre de 
Madame, est venue donner quelques repré- 
sentions sur le théâtre de Marseille. Le 5 de 



ce mois, on jouait le vaudeville intitulé 
V Actrice en voyage^ et Mlle Jenny y avait 
u'.i rôle. Dans une scène où elle parlait des 
livies, dont elle voudrait composer sa biblio- 
tlièque elle a dit : J'y 7neitrais les ouvrages 
dont la Frajice s'hor.ore ; p ir e-eniple les 
admirables vers de WaicrloK Ces expres- 
sions n'étaient pas dans son rôle, et en les y 
njoutant, ce n'a pu être que dans des inten- 
tions répréhensibles. Ces paroles furent sai- 
sies avec empressement par quelques specta- 
teurs qui y applaudirent La grande: majorité 
garda le silence. 

La conduite de cette artiste méritait une 
punition immédiate, et la police locale au- 
rait pu la faire conduire après la représenta- 
tion au violon de l'Hôtel de Ville ; mais 
coronie cette mesure aurait pu occasionner 
des troubles sérieux au spectacle du jour 
suivant, à cause du "grand nombre de parti- 
sans que ses talents lui ont faits, et comme, 
dès lors, c'eût été compromettre la tranquil- 
lité du spectacle à l'occasion d'un fait qui 
n'avait pas été trop remarqué, la police lo- 
cale crut ne pas devoir provoquer des pour- 
suites qui seraient demeurées sans effet. 

Cependant, je ne crus pas devoir moi- 
même passer sous silence, uno conduite 
aussi blâmable, et je mandai le Directeur des 
théâtres, à qui je fis une réprimande sévère, 
mais son excuse ne pouvait qu'être fondée, 
parce qu'il ignorait que l'artiste se permît 
d'ajouter de pareilles expressions à son rôle. 

Après la représentation, qui était la der- 
nière de Mlle jenny Vertpré, de»; couronnes 
furent jetées surla scène Mour cette actrice, et 
lo régisseur se permit de contrevenir aux rè- 
glements en donnant lecture aux "spectateurs 
des vers qui étaient attachés à l'une de ces 
couronnes, sans en avoir préalablement de- 
mandé l'agrément à l'autorité. M. le Maire a 
fait rédiger procès-verbal de cette contraven- 
tion contre le Directeur du théâtre responsa- 
ble du fait de son régisseur, et la condam- 
nation en sera légalement poursuivie. 

J'ai cru devoir, Monseigneur, ne rendre 
compte qu'à vous seul de cette circonstance 
oui fait supposer des sentiments et des opi- 
nions politiques bien blâmables dans une 
actrice attachée au théâtre de S. A. R. Ma- 
dame, et laisser à Votre Excellence le soin de 
signaler sa conduite à ceux qui exercent une 
autorité sur elle. 

Je suiS; etc. 

Le Préfet. 
De Villeneuve 

jenny Vertpré était bonapartiste, ce 
n'était un secret pour personne. Il y avait 
tant de raisons pour qu'elle le fût ! N'avait- 
elle pas enfant, étant au théâtre des jeunes 



iN» 1338, Vol. LXV! 



J-lNTfiRMEDlAIRB 



275 



Artistes été solliciter, à la Malmaison, le 
tout puissant Napoléon pour son théâtre ? 
Elle en était revenue bourrée de caresses 
et de confitures, et avec l'autorisation. 
N'avait-elle pas donné des représent:îtions 
à Moscou, l'année fatale ? N'était elle pas 
revenue avec les vieux grognards pro- 
tégée comme une canlinière? 

jenny, comme on 1 appelait, était vive, 
espiègle, cocardière et frondeuse. Scribe 
obtint de l'attacher au théâtre de Ma- 
dame ; mais il n'avait aliéné que son ta- 
lent ; elle était restée libre de disposer de 
son cœur. A Marseille elle le fil voir 
par une espièglerie qui ne coûta qu'une 
lettre inutile à un préfet trop zélé. 

Enfin une question : qu'étaient-ce que 
les admirables vers de Watterloo.^ 

LÉONCE Grasilier. 

Dominique Larrey en 1812. A Bo- 
rodmo età Moscou. (Ldtres intditei) — 
Dans la correspondance de Dominique 
Larrey avec sa femme (née Laville) nous 
avons puisé souvent. Les originaux de 
cette correspondance dont nous possédons 
la copie intégrale et dont la place était 
aux Archives ou à la Bibliothèque na- 
tionale, sont maintenant passés en Angle- 
terre. Nous n'avons aucune chance de les 
revoir jamais. La copie n'en est que plus 
préci -use puisqu'elle nousgarde,au moins, 
le texte de ces lettres familières, si pleines 
de renseignements sincères sur la marche 
de la Grande Armée. Nous en avons dé- 
montre l'intérêt dans un article récem- 
ment paru (1 j . 

Nous en extrayons aujourd'hui deux 
lettres inédites auxquels les s >lennelles 
commémorations de Moscou donnent une 
pleine actualité. 

Dans une autre lettre, postérieure de 
plusieurs semaines, Larrey remercie sa 
sœur qui dessmait et peignait fort joli- 
ment, de lui avoir envoyé un croquis 
représentant son fils Hippolyte, alors âgé 
de quatre ans. Nous croyons pouvoir dire 
que c'est celui que nous reproduisons 
dans ce numéro, et qui ornait, à sa mort, 
le cabinet du baron Hyppolylc Larrey, au- 
quel il rappelait sa toute petite enfance et 
la tendresse d'un père illustre. 

M. 



(i)< Larrey en i8ia ». Semiinc 
Y aire, 18 août (5, rue Bayard). 



litié- 



276 

* 

A Mojaïsk, le 10 septembre 1813, 

Depuis mon départ de Smolensk où je t'ai 
écrit deux mots, je n'ai pu, très chère amie, 
te donner de mes nouvelles; je n'ai cessé de- 
puis V/ilna^ J'avoirg.les blessés et en grand 
nombre qui ne m'ont pas laissé un seul ins- 
tant de repos : le petit nombre de chirur- 
giens que j'ai pu conserver à de si grandes 
distances, la pénurie ('e toute chose pour nos 
blessés ont rendu mes fonctions extrêmement 
pénibles et tu te figures assez, d'après ces 
motifs, tout ce que j'ai dû supporter. Certes, 
sans cotte force de tempérament que tu me 
connais et mon courage, ou plutôt mon 
a)i)Our pour mes devoirs et les blessés, j'au- 
rais imm.Hnqiîablement succombé, mais heu- 
reusement ia nature m'a favorisé du don 
précieux d'aug:nenter progressivement mes 
forces à mesure que j'en fais usage et au 
'milieu d^ toutes les fatigues et et de mes 
niisères, je me porte bien ; tranquillise-toi. 

Comme tu l'auras appris, ma chère bonne 
amie, nous avons eu le 7 courant une terri- 
ble bataille (i) qui a duré toute la journée ; 
je ne te donnerai aucun aetail de cette affaire, 
le Bulletin tous les fera connaître ; mais 
comme tu penses j'ai eu à travailler nuit et 
jour jusquà ce moment sans m'arrèter. En 
outie des généraux blessés que j'ai dû panser 
moi-même, j'ai été forcé par la pénurie des 
sujets habiles de faire toutes les opérations 
graves et difficiles ; je n'en sais pas 1 .; nom- 
bre, mais je crois en avoir fait plus de 100. 
Et dâris quelle iituation ! sur le sol, sous un 
vent glacial et quelque fois pluvieux ou né- 
buleux, et ce travail pénible s'est continué 
les nuits et les jours jusqu'à ce moment. 
Nous n'avons pas même fini de quelques 
jours Juge, chère amie, de ma situation ; 
mais l'humanité exigeait tous les sacrifices 
de ma part ; je l'ai servie avec zèle et une 
grande activité, tant pis pour ceux qui ne me 
rendront pas justice, telle est la vérité. Bien 
que j'aie porté mes secours au général Mont- 
brun, et autres sur le champ même de ba- 
taille, je n'ai couru presque aucun danger et 
comme je ne cesse de penser à tous mes 
amis, je l'évite le plus possible ; d'autant que 
mon ministère employé avec succès exige 
une sorte de sécurité. 

Nous m-.rchons sur Moscou d'où nous ne 
sommes éloignés que d'une vingtaine de 
lieues. J'espère que nous y entrerons ; il est 
temps pour nos blessés et pour nous tous car 
nous sommes dans une sorte de désert im- 
mense et le froid est très rigoureux. Le ther- 
momètre descend déjà pendant la nuit à s 
et '' degrés au-dessous de zéro, 

Je m'empresserai de te donner de mes 
nouvelles de Moscou. 



(i) à Borodino 
Moskowa. 



c'est le combat de la 




HIPPOLYTE LARREY à 4 ans 



Intermédiaire LXVI, colonne 275 



1 

1 



DBS CHERCHEURS ET CURihUX 



30 Août 1914 



277 



278 



Pendant nos marches, j'ai reçu, ma bonne 
amie, tes deux aimables et très tendres let- 
tres des 8 et 10 du mois dernier, à la i" en 
était jointe une 3® de mon Isaure (i). La 
lecture de ces lettres m'a fait le plus grand 
bien, chère Laville, elles m'ont cependatit 
f:iit verser bien des larmes. Je sens parfaite- 
ment que mon éloignement et nos misères 
doivent vous donner de l'inquiétude. C'est 
fait pour cel;i, mais prends patience, j'ose es- 
pérer que ce sera la dernière c.impagne 
comme la plus cruelle de toutes celles que 
nous ayons faites. 

J'ai vu avec peine que nos enfants avaient 
été malades. Je te recommande beaucoup de 
ne pas laisser coucher ou trop approcher notre 
Isaure, de sa petite cousine, la coqueluche est 
une maladie contagieuse ; donne pour con- 
seil à la maman de la faire consulter par M. 
Chaussier, le seul qui puisse juger de la nature 
des causes de cette maladie Tu avais mal 
entendu, chère amie, quand je te disais que 
je désirais que personne de malade ne cou- 
chât dans ma chambre ; c'est pendant votre 
absence, et je voulais pailer des beaux-frères 
et sœurs dont la santé n'est pas intacte. 
Certes je coucherais au milieu de vous deux, 
fussiez-vous à l'agonie, mes pauvres amies, 
vous savez bien que mon amitié ne connaît 
aucun obstacle lorsqu'il s'agit d'obliger. 

J'ai été vivement touché de tout ce que 
vous avez dit de flatteur et d'agréable de moi 
le jour de ma fête ; je l'ai passée bien triste- 
ment, ma bonne amie, aussi je la réformerai 
pour toujours. Remercie bien notre ami Be- 
noist de ses marques d'amitié, je m'en sou- 
viendrai et j'attends avec impatience le mo- 
ment favorable de lui prouver rr a reconnais- 
sance. Comme tout ce que tu m'as dit dans 
tes deux lettres de mon Hippolyte (2) m'a in- 
téressé ; qu'elle intelligence chez cet en- 
fant ! je suis bien content que tu l'aimes. Em- 
brasse-le b;en pour moi, embrasse aussi 
notre aimable Isaure à qui j'écrirai de Mos- 
cou ; j'ai à lui rendre compte de notre mar- 
che depuis. 

Jamais Desgenettes n'a pensé à s'en retour- 
ner bien qu'il soit extrêmement fatigué delà 
campagne. On n'a pas encore disposé de la 
place de M. Sue, je pense qu'elle sera donnée 
à Castel qui, par le fait, la mérite. Mais je 
ne conçois pas la bizarrerie de Confenceau 
pourvouloir tel ou tel remplaçant àcetteplaçe 
ou à la sienne et surtout pour vouloir venir 
à l'armée. Pauvre malheureux.une seule nuit 
de bivouac le tuerait. Nous sommes obligés, 
nous, gens robustes, de battre la semelle 
toute la nuit et de travailler comme des do- 
mestiques pour avoir du feu de l'eau, des 
fourrages ; moi qui ai été obligé de prendre 



(1) Sa fille. 
(3) Son fils. 



successiveraent 4 domestiques, j'ai peine 
braver les injures de l'air et à pourvoir à 
mes premiers besoins. Je suis obligé souvent 
de mettre la main à la pâte si je veux du 
pain ; trop heureux quand nous avons de 
quoi en faire, et un four pour le cuire. Au 
reste, je lui ai écrit une lettre qui, sans doute 
l'aura édifié. Il pense peut-être que nous 
allons être accablés d'honneurs, de richesses; 
mais au lieu de tout cela nous nous ruinons 
par les dépenses, l'usure et les pertes conti- 
nuelles. J'en suis déjà au 3» cheval acheté 
que j'ai perdu danscette circonstance; presque 
tous mes élèves ont perdu leurs poite-man- 
teaux et leurs chevaux, nous n'avons aucune 
espèce d'indemnité, et à compter du i*' aoîlt 
nous allons être payés en papier russe qui 
n'aura point de valeur ; enfin il faudra nous 
habiller comme les habitants, et les fourrures 
à ma grande surprise, sont plus chères ici 
qu'à Strasbourg. J'ai reçu comme je te l'ai 
annoncé deux chevaux avec quelques provi- 
sions de M. Moreau. Les provisions de bou- 
che m'ont fait grand plaisir et m'ont rendu 
service ; mais les chevaux m'étaient superflus, 
j'en ai déjà perdu un de fatigue et l'autre 
est considérablement appauvri. S'il t'écrit 
remercie-le de ma part, je loue ses bonnes 
intentions ; si j'avais reçu tout cela à mon 
retour, et près de la France, certes c'eût été 
des présents pricieux, mais à sept ou huit 
cent lieues je te demande ! Cependant j'es- 
père avoir sauvé une calèche que j'avais 
laissée à Wilna. Je compte qu'un honnête 
Monsieur te la ramènera; quand j'en aurai la 
certitude je t'écrirai 

Nous repartons ce soir chère amie, permets- 
moi de te quitter pour quelques jours, peut- 
être que notre premier entretien sera plus 
agréabi'ï et te satisfera davantage. Mais tou- 
jours mon cœur jouira du plaisir qu'il éprouve 
à t'exprimer par ma plurne toute la tendresse 
et la pure amitié qu'il t'a vouées pour la vie. 
Adieu, ma Laville 

Mes compliments à M. Pelletan, M. et 
Mme Sabatier et toute la famille. 

Larrey. 

* * 
De Moscou le 15 septembre 1812. 

Chère bonne amie, j'arrive à l'instant dans 
cette ville, l'une des plus reculées du globe 
et je puis dire la plus grande de toutes celles 
que j'ai vues comme ia plus belle ; mais elle 
est déserte, tous les habitants à l'exception de 
quelques malheureux du peuple l'ont aban- 
donnée ; le feu y prend dans tous les coins et 
je crains bien qu'elle ne devienne entière- 
ment la proie des flammes et du pillage. En 
sorte que t\ous serons privs des ressources 
qu'elle r.ous offrait et notre situation sera 
toujours la même. Je regrette beaucoup une 
espèce de Palais-Royal oti toutes les mar- 
chandises anglaises étaient réunies ; ce ma- 



N* 1358 Voî. LXVI. 

279 

gasin est entièrement brûlé ; j'aurais fait 
mes emplettes pour vous toutes mes bonnes 
amies. La meilleure et la seule à faire main- 
tenant serait du pain et de la farine, et je 
n'en trouve pas ; peut être en découvrirai-je 
d'ici à notre départ dont je ne puis prévoir 
le moment. L'armée s'est portée en avant de 
la ville pour pours.iivre l'ennemi qui fuit vers 
la Russie asiatique. J'espère néanmoins que 
nous sommes au terme de nos courses et que 
l'Empereur ne voudra pas encore aller pour- 
suivre ces barbares dans les déserts de ces 
contrées. N'importé, chère amie, du cou- 
rage et de la patience, il faut espérer que 
nous nous en sortirons. Nous avions lieu de 
croire d'après la te:rible bataille du 7, dans 
laquelle plus de trente mille russes ont péri, 
que cette nation demanderait la paix, mais 
*ils s'obstinent à se faire tous tuer ou à se je- 
ter dans les loiêls pour y vivre avec les ours. 
Au reste, il v a une grande similitude enire 
ce peuple au physique et au moral et les bê- 
tes féroces ; aussi presque tous les grands en 
ont-ils plusieurs de privés avec eux, ils 
mangent et ils couchent ensemble : juge de 
l'aimable sociélc Ah ! le vilain peuple qu'il 
me tarde d'en être sorti. 

Je suis extrêmement fatigué, ma bonne 
amie, cependant je conserve ma santé, ainsi 
tranquillise-toi. 

En entrant dans cette ville, j'ai fait la ren- 
contre d'une personne à laquelle je ne pen- 
sais guère, c est Mme Lamiral, femme du 
(mot illisibie) que tu as connu, cetle pauvre 
femme avec deux demoiselles de la grandeur 
d'Isaure est dans le désespoir. Son mari a été 
enlevé par les Russes et conduit avec plu- 
sieurs autres en Sibérie. Ils avaient acquis 
une assez grande fortune qu'ils ont eu la 
maladresse de placer dans une grande maison 
meublée à l'orientale, elle sera biiilée comme 
toutes les autres et juge ensuite de la situation 
de ces trois malheureuses femmes. Il y a ici 
beaucoup d'autres Vrauçais qui sont tians le 
môme cas. Je ne sais ce qu'ils vont devenir 
au milieu de ces tableaux déchiran's. je vous 
vois à travers une lueur plus heureuse, je te 
vois bonne amie aveo les enfants à la cam- 
pagne de la sœur, vous êtes loin de ces ca- 
lamités, bien tranquilles et à l'abri des vraies 
et cruelles piivalioni où sont ici tar.t d'in- 
fortunés. Soyez et croyez-vous heureux ; ne 
faisons qu'un seul \ceu, c'est de nous retrou- 
ver ensemble pour ne plus se quitter. Nous 
gagnerons assez pour avoir du pain, pourvu 
que la Providence me conserve l'usage de 
mes sens ; après demain 18 courant, je la 
remercierai de m'avoir donne un enfant et de 
m'avoir conserve sa tendre mère; Dieu 
veuille que cette journée soit heureu'îe pour 
moi. O, jour mémorable, combien je te ré- 
vère ; quand pourrai-je me réjouir avec vous 
tons en célébiant cette naissance : tu y au- 



L'INTERMEDiAlRB 



280 



ras bien pensé, pauvre amie, car tu as assez 
souffert. Je me rappelle toujours le billet de 
ma tendre et bonne Isaure dont la lecture 
faillit me tourner la tète. Tu les embrasseras 
ces deux enfants et renouvelle à mon 
Isaure toute ma reconnaissance pour ses soins 
et son aimable billet. 

J'ai reçu la tabatière que S. M. le roi de 
Saxe m'avait annoncée, je l'ai confiée à un 
trésorier de l'Empereur dans la crainte qu'elle 
ne se perde; elle est assez riche pour te 
compléter une garniture de diamants. Si 
j'avais eu le bonheur de voir l'Empereur 
Alexandre, certes j'en aurais eu bien d'au- 
tres, car j'ai sauvé la vie à un grand nombre 
de ses soldats blessés, par les opérations les 
plus difficiles et les plus rares. Mais ce prince 
qui n'a point participé à la guerre s'est retiré 
à Pétersbonrg. je compte voir notre souve- 
rain de nain ou après-demain au plus tard, 
je lui ferai un rapport général de mou ser- 
vice ; je verrai ce qu'il me dira. ïu penses 
que je piofiterai de l'occasion pour l'entretenir 
d<i nos intérêts et de ceux de Benoist; en at- 
tendant l'issue de cette audience, je vais me 
séparer de toi, mais ce qui m'afflige c'est de 
te savoir tout à coup à un millier de lieues 
de l'endioit d'où je m'entretiens avec toi. 
Pauvre amie, mes lettres t'arriveni difficile- 
ment et tort tard parce que j'ai très peu d'oc- 
casions ; profite de celle que te piocurc M. le 
Général Periot, c'est le général Egyptien qui 
a dîné une fois chez nous. Ces lettres me 
sont remises exactement et elles m'arrivent 
très vite. Parle-moi toujours de ton amitié, 
de celle d'Isaure à qui je vais écrire sous 
p*>u, de mon Hippolytc et enfin de tout ce 
qui l'intéresse; surtout conservez-vous et soi- 
gnez vos santés. 

Mon ami avec qui je m'entretiens souvent 
de tout ce que nous avons de précieux dans 
ce monde, me charge de le rappeler à ton 
souvenir, il se porte bien, il est [non appui et 
mon consolateur. M. Y van me donne aussi 
des grandes preuves d'amitié, j'en suis péné- 
tré de reconnaissance ; enfin j'ai lieu d'être 
plus content que bien d'autres et en me 
comparant aux autres compagnons je ne suis 
pas le plus malheureux. 

Tes lettres me font le plus grand bien, ma 
chère Laville ; écris-moi souvent, lu entre- 
liens ce tendre amour que j'ai toujours eu 
pour toi et tu ranimes l'amitié pure que 
mon cœur t'a vouée pour la vie Adieu chère 
et tendre amie, donne un baiser à nos en- 
fants et parle-leur quelquefois de leur papa. 

Larrey. 



Li Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 



Imp. DAHi£L-CHAMiOM, St-Am«nd-Mont-R^nd 



LXVI« Volume Paraissant Us ,o. lo « yo d^ chaque mois 10 Septembre 1912 



48» Annéf 

Si ".r. % ictor-MaHHé 

PARIS <IX«» Ghtrche» et ^ 
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N° 



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339 




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DES 



CHERCHEURS 

Fondé en 



ET CURIEUX 

1864 



iUBSTiUÎSS ET KH^ONSKS LITTKRAiïŒ.S. HISTORIQUKS. SCîKTnPiyUKS BT AKTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 
.- 281 282 



Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de l<!ur^ pseudonyme, et de n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d? pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, toute 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet . 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste., La liste, sauf exception, 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



(âuedtionê 



Mirquis de Saint-Maurice, am- 
bassadeur. — Qu'était-ce que ^aint- 
Maurice, ambassadeur, du duc de Savoie 
près de Louis XIV, dont la Revue de Paris 
\ vient de publier des lettres si intéres- 
I santés ? V. 

Les papiers de Courtois et le duc 
Decazes. — Les journaux ont relaté der- 
nièrement la découverte, faite par M. 
Georges Gain, à la bibliothèque de Ghâ- 
I Ions, du livre de prières de iMarie-An- 
toinette. 

Ge livre, sur une page duquel la Reine 

1 écrivit quelques lignes avant de monter à 

réchafaud, fut recueilli par Robespierre. 



Au lendemain du 9 thermidor, le con- 
ventionnel Gourtois chargé d'examiner les 
papiers du .< dictacteur », s'empara du 
précieux livre et de nombreux docu- 
ments trouvés chez Robespierre. Il con- 
serva le tout soigneusement dans une 
cachette jusqu'à la Restauration ; mais 
en janvier 1816, le duc Decazes fit enva- 
hir par la police la demeure de Gourtois 
et fit saisir tous ses papiers. Sous Louis- 
Philippe, le fils de Gourtois obtint du 
mmistère Gasimir-Périer la restitution 
^une partie des documents saisis : les 
plus intéressants, dit-on, avaient été dé- 
truits par le duc Decazes. 

Qu'y avait il donc de compromettant 
dans ces papiers eî quel intérêt pouvait 
avoir le gouvernement de la Restauration 
ou, personnellement, le duc Decazes à 
les détruire ^. 

Le problème parait d'autant plus inté- 
ressant à creuser en ce moment où plu- 
sieurs historiens envisagent la période de 
la Terreur sous un nouveau jour, et où un 
écrivain catholique, M. André Godard a 
osé tenter une sorte de réhabilitation de 
Robespierre dans un curieux livre inti- 
tulé: Le procès du neuf Thermidor. (Paris 
1912). j^ ^^ 

San Martino. L^ maison de Napo- 
léon à l'île d'Elbe. — On vient de 
vendre cette propriété où fut installé un 
musée, autrefois. A ce sujet, une polé- 
mique s'est engagée. M. Frédéric Masson 
a déclare n'avoir trouvé aucune preuve 
du séjour de Napoléon I«>^ dans cette pro- 
priété. Le contraire a été soutenu : loute- 



N' Jjjo Voi, LXVI 
283 



L'I^.TERMEDiA^Rli 



284 



fois sans preuves négatives ou affirma- I 
tives. 

Sait-on des preuves qui permettront de 
trancher nettement la question? Y. 



Un innocent non réhabilité - Je 

retrouve, dans mes notes de lecture, le 
fait divers suivant : 

Le 16 Brumaire in V, le citoyen Jarry, 
juge de paix à Besancon, écrivait au Citoyen 
Siméon, juge à Paris : 

Entre temps, Siméon fut révoqué. La 
lettre alla au parquet, traîna. Dieu sait dans 
quels bureaux ! et finalement échoua au mi- 
nistère de l'intérieur, le 30 septembre 1832, 
trente-six ans après. 

Or elle contenait la preuve de l'innocence 
d'un homme guillotiné comme assassin en 
1796. 

Quelle était cette victime d'une erreur 
judiciaire? Et à quelle cause criminelle 
fait allusion l'anecdote ci-dessus ? 

Sir Graph 



« Quo non ascendam » ou « as- 
cendet ». — Le château de Blandi-les- 
Tours (Seineet-Marnej est, on le sait, un 
des plus précieux vestiges de l'architecture 
téodale militaire. On est un peu surpris 
d'y voir relégués, au fond, d'une écurie, 
d'admirables spécimens de sculpture sur 
pierre ; entre autres un bel écusson aux 
armes de Savoie. 

Agnès de Savoie fut la femme de Fran- 
çois 1", comte de Dunois, qui habitait le 
château en 1488. Parmi ces pièces de 
musée, si négligemment abandonnées, il 
y a une superbe plaque de cheminée aux 
armes de Fouquet. dont le château de 
Vaulx était à un quart dl>eure de là. 
Comment cette plaque est-elle venue ici ^ 
Je ne sais, mais elle e.st fort belle. 

Dans l'écu central, on voit l'écureuil 
entre les deux lions debout ; la devise en 
haut est : 

Qu^i non asceniiet 

Je demande quelle était la devise de 
Fouquet "r 

Ace n dam, ou asrendet ? 

Profitons-en pour souhaiter que la mu- 
nicipalité de Blandi fasse un meilleur î^ort 
à tous ces documents si précieux. 

LÉO Claretie. 



Baronnie de Tallye. Le Diction- 
nain' lit-s fiefs de Gourdon de Genouilhac 
mentionne, en Beauvoisis, une seigneu- 
rie de Tallye. 

Un des coWAhorateurs de V Intermédiaire 
pourrait-il préciser la situation de ce fief 
et me dire quels en furent les possesseurs 
durant la première moitié du seizième 
siècle ? 

11 est à remarquer que La Roque (Hisi. 
de la Maison d' Hat court], le P. Anselme. 
Moreri, les mss. Bigot citent pareille- 
ment une baronnie de Tallye, Thalie, 
Talie, ToUie, etc , dont le nom présente 
bien des variantes. D'après eux, elle 
aurait appartenu à Charles ou Jean Le 
Veneur, mais leur documentation ne me 
semble pas très assurée. 

Qy.€SlTOR. 

Seigneurie de Pontillaud. — Je 

serais reconnaissant au confrère bienveil- 
lant qui voudrait bierr me donner des in- 
dications sur la seigneurie de Pontillaiid 
fcommune de Pontcombault) Seine-et- 
Marne, et ses seigneurs. 

Labruyère. 

Famille Barade. — Ou pourrais-je 
trouver des renseignements sur une fa- 
mille Barade, de Bordeaux ^ Etait-elle no- 
ble ? Quelles sont ses armes ? 

M. S. 

Un aventurier breton : Jean 
Charles Boctei, seigneur de Mo- 
yaux. — Je possède des notes très cu- 
rieuses au sujet d'un comte de Tourou- 
vres, aventurier français de la fin du xviii' 
siècle, paraissant, en 1777, à Heilhronn 
(Souabe) pour y fonder des imprimeries, 
des journaux, des maisons de jeux, des 
théâtres, des fabriques, etc.; il réunit 
même un couvent maçonnique a Heil- 
bronn, mais finit par être dévoilé par 
M- de la Vibraye, chargé d'affaires fran- 
çais à Stuttgart. C'était, selon M. de la 
Vibraye, un sieur Jean-Charles Boctei, 
seigneur de Moyaux, auteur de plusieurs 
mauvaises brochures \nX\\u\iç.s Le Royaume 
des Femmes, Les Aventures du Vicomte 
de ***,etc., et qui avait été condamné par 
le Parlement de Bretagne, le 29mars 1768, 
à être »< renfermé pendant le reste de ses 
jours dans une maison de force telle qu'il 
plaira au Roi de l'indiquer 2». 11 fut arrêté 



bES CHERCHEURS BT CURIEUX 



10 Septembre 191» 



285 



286 



^11 Bretagne et conduit à Vincennesen avril 
1768; on Vy détint jusqu'en janvier 177=;, 
où Malesherbes, alors ministre, lui rendit 
la liberté. 

Où pourrait-on contrôler ces assertions 
de M. de la Vibraye? Où trouverait-on 
des renseignements complémentaires sur 
le personnage et le procès de jean-Charles 
Boctei ? A-t-on parlé quelque part de ses 
libelles et de ses aventures ? Existe-t-il 
encore des exemplaires du Rovciwm des 
femtms qui, parait-il, fut brûlé par le 
bourreau? Où et quand est-il mort ? Etait- 
il un parent de Charles-Iean-César, vi- 
comte de Moyeaux ( 1) qui fut chargé d'af- 
faires des comtes de Provence et d'Artois 
en 1792 {Moniteur au i"^ avril 1792)? 

JOACHIM KÙHN. 

Boisjourdan. — je désirerais beau- 
coup connaître : 

1° les noms des parents et grands-pa- 
rents , 

2° les alliances des deux filles ; 
de : Anselme du Boisjourdan, chevalier de 
l'ordre du Roi, prévost provincial des 
maréchaux de France à Chàleau-Gonthier, 
banni d'Anjou ei 1671 pour assassinat, 
exécuté à Metz en 1681, pour avoir fo- 
menté une révolte dans l'armée. 

Vicomte deNoùel. 

Le peintre Champmartin — A 

propos de la rétrospective de Champmar- 
tin organisée actuellement à Bagatelle par 
la Société des artistes deNeuilly, M. Mau- 
rice Guillemot fait allusion, dans les ar- 
ticles qu'il a consacrés à ce peintre, jadis 
célèbre, aujourd'hui oublié, à ses lettres 
écrites de Constantinople et de Jérusalem 
en 1825, et à un ouvrage relatant l'inti- 
mité de Champmartin avec Mme de Mir- 
bel dont il a fait le portrait du Musée de 
Versailles. 

Que sont devenues ces lettres ? Quel 
est ce livre ? V. 

La Juno et Félicien David. — j'ai 
acquis, dernièrement, à Saint-Germain-en- 



(1) Ce qui m'oblige de poser cette question 
complémentaire qui paraîtra, peut-être, inu- 
tile, c'est que plusieurs journaux allemands 
du temps rapportèrent que l'Aventurier était 
un seigneur de Boctay, Vicomte de Moyeau. 



Laye, la petite propriété où est mort l'au- 
teur du Disert et de Lallah-Roiick. 

11 l'avait achetée vers 1859. 11 la céda 
pour un prix nominal, à son amie, Mme 
Tastet, la femme de l'helléniste. Sur le 
pilier de l'entrée sont gravés les mots : 
« La Juno ». 

Des anciens de la localité m'ont dit que 
les artistes qui étaient reçus par elle 
nommaient ainsi, amicalement, Mme Tas- 
tet. L'amphitryonne avait-elle pris le nom 
de la propriété, ou, au contraire, le cha- 
let avait-il emprunté l'appellation fami 
lière de la maîtresse de maison.'' 

En somme, qu'est-ce que « La Juno » ? 

Avant de faire gratter ces mots, moi- 
tié français et moitié latin, qui ne me di- 
sent rien, je voudrais être sûr que mon 
ignorance ne va pas détruire un souve- 
nir intéressant. Mes érudits et obligeants 
confrères m'autorisent-ilsà commander le 
tailleur de pierres ? Je compte, dans ce 
cas, donner à la maisonnette un nom qui 
rappelle uneœu-vre du compositeur né en 
Avignon, d'une famille Angevine rentrée 
de l'Ile Bourbon. L. V. P. 

Des Raisins, marquis de Saint- 
Marc. — Quelque confrère bordelais 
peut-il me dire si Jean-Paul André des 
Raisins, marquis de Saint-Marc, né en 
1744, mort à Bordeaux sons la Restaura- 
tion, a laissé des héritiers ? En dehors des 
ouvrages en vers et en prose qui subsis- 
tent, n'y aurait-il pas un dossier le con- 
cernant, aux Archives de la Gironde .? 
• H. G. 

L'abbé Maury, académicien. — 

Dans l'ouvrage dej. Le Fèvre-Deumier : 
Célébrités d'autrefois, Essais biographi- 
ques et littéraires (Paris, Amyot, 1853), 
on lit, pages 84 et 85 : 

Il avait si peu U sentiment deflconve- 
nances, que même à l'Académie où il s'était 
fait monseigneuriser, il ne laissait échapper 
aucuae occasion de placer un mot grivoi.- ou 
une anecdote scabreuse. Arnault racontait 
que, travaillant un jour au Dictionnaire, 
la commission cherchait un exemple en vers 
de l'eirploi du mot autres, et Maury proposa 
immédiatement un couplet de Collé, qui 
n'est ni dos plus purs ni des plus catholiques. 
Je suis d'avis d'employer la citation, dit un 
des assistants, si l'on met dans le Diction- 
naire q'i'clle a été fournie par M, ie car- 
dinal. 



N« 1339, Vol. LXVI. 

287 . 

Qu'avait donc bien pu oser proposer 
l'abbc Maury à ses 39 immortels col- 
lègues ? Simon. 

Portrait de Pascal, par P; ilippe 
de Champaigne. — Sait-on quand il a 
été fait? L. R. 

Péron, naturaliste, voyageur. — 
l'ai lu, je ne sais plus où, que François 
Péron, de l'Institut, natif de Cérilly 
(Allier), 177S-1810, iivaït vécu en Seine- 
et-Manie. 

Pourrait-on m'éclairer à ce sujet? 

Simon. 

Jean Pupil de Craponne. — Un 

de nos érudits confrères du Lyonnais 
nous obligerait infiniment en nous indi- 
quant la généalogie de Jean Pupil de 
Craponne, dont un fort beau portrait, par 
Nicolas Largillière, figure au musée de 
Grenoble . Nous voudrions notamment 
être fixé sur la parenté qui existe entre 
lui et : 

1" Jean Pupil, seigneur de la Cour-en- 
Garez, gentilhomme de la grande écurie 
du Roi, qui avait épousé Catherine 
Thomé. 

2" Barthélémy-Léonard Pupil de Mions, 
Premier président de la cour des mon- 
naies de Lyon en 1770, lieutenant général 
du Présidial de Lyon, mort sans posté- 
rité à Venise, en 1807, 'l^' avait épousé^ 
Charlotte de Loras et était fils de Jean- 
Claude Pupil de Mions, Premier Président 
de la Cour des monnaies de L)^ii et de 
Catherine de Sève de Flachère. 

Nous serions désireux de savoir à 
quelle source il nous serait possible de 
trouver des renseignements précis sur les 
alliances des Pupil et les charges occu 
pées par les membres de celte maison 
éteinte aujourd'hui, croyons-nous. 

MONTMOREL. 

Famille de Itemlly. — Je demande 
si l'on connait une famille de Remilly qui- 
au xvii« siècle, possédait deux fiefs. La 
Champiniere et le Coudray (où situés ?j 
et qui a fourni, en la personne de Jean de 
Remilly, Sgr de la Champmiére et du 
Coudray, un bailli du Vendômois de l'an- 
née 1652 à l'année 1708, époque de sa 
mort, soit pendant 56 ans. 11 parait fils(r) 
de Claude de Remilly, et de Jeanne Pissier 



L'INTERMEDIAIRE 



288 



qui, en 1658, habitaient paroisse de Sainte- 
Gemmes en Vendômois. 

Prière de donner l'origine de cette fa- 
mille et ses armoiries si possible. 

Saint-Venant 

Famille Sicard. — Je désirerais sa- 
voir quels sont : la famille, les prénoms 
et les armes, de Mademoiselle Sicard, ma- 
riée au Premier Président Séguier^ belle- 
fille de l'avocat-général Séguier, et mère 
du baron Armand Séguier, 

Et les armes des Le Pelletier d'Aunay, 
sont-ce les mêmes que celles des Le Pel- 
letier St-Fargeau ? 

Bénédicte. 

Le marquis de Vassé et la mar- 
quise, née Broglie. - Alexis Bruno 
Hlienne, marquis de Vassi, lieutenant gé- 
néral, aide-de-camp du prince de Condé, 
marié à Charlotte d& broglie, a eu un fils 
que les dictionnaires de la Sarthe disent 
interdit et se nommant jules-AIexis-Ga- 
briel. Quand ce fils est il mort? Dans le 
Dicitoniiaire des Parlemerttaiics^ Bourloîon 
prétend que le marquis de Vassé, député 
de la Noblesse aux Etats généraux, créa 
en émigration une teinturerie à Mùndon 
avec M. et Mme de Genouillac, et leur 
femme de chambre qu'il épousa peu 
après. Comment se nommait-elle? et 
quand mourut la marquise, née Broglie, 
qiii eut aussi deux filles, dont l'une épousa 
le marquis de Croix, l'autre, le duc de Gra- 
mont-Caderousse. S. 

Preuves de noblesse. — Les preu- 
ves de noblesse à fournir sous l'ancien 
réi;ime pour obtenir certains emplois, 
certaines distinctions ou entrer dans cer- 
tains corps ou communautés étaient nom- 
breuses et très variables suivant les cas. 
(Malte, honneurs de la Cour, Saint-Esprit, 
Ecoles militaires, Saint-Lazare, chanoines 
de Lyon, de Brioude, etc., etc..) 

On les trouve dispersées et disséminées 
dans divers ouvrages 

Mais existe-il un recueil où l'indication 
de ces diverses preuves ait été réunie, 
condensée, résumée ? 

Si cet ouvrage n'existe pas, ce serait 
sûrement un travail utile et digne de ten- 
ter la patience et le zèle d'un érudit. 

COMMANDAIRE, 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



289 



iG Septembre 191 



290 



Armoiries d'uns famille alliée 
aux des Cars. — Cette alliance est du 
xix^ siècle et j'avoue que le meuble de 
l'écu de la famille, que je désire connaî- 
tre, m'est inconnu. En vain l'ai je cher- 
ché dans les méthodes de blason ou ou- 
vrages héraldiques que je possède. C'est 
comme une croix latine, la tête en bas, 
dont 3 des extrémités touchent le haut 
du chef et les cotés de l'écu. Ces armes 
sont : d'or à la... (meuble en question) 
de gueules, chargée de 5 besans de... 

Orgel. 

Armoiries d'un conseiller d'Etat 
(1" Empire). — Je serais heureux de 
connaître quel est le conseiller qui por- 
tait : Ecartelé., au i échiqueté d'or et 
d'azur (comte, conseiller d'Htat); an 2 
de . . à une ictede cheval (?) issant de... ; 
au ^ de gueules au lion passant de... ; au 
4 d'or à trois fascea de sable. 

La CoussiÈRE. 

Aigle au vol éployé : question 
héraldique. — Les auteurs ne sont pas 
du tout d'accord sur cette question. Si 
l'aigle a le vol abaissé, oui, il faut le spé- 
cifier, mais quand on dit par exemple : 
d'apu à l'aigle d'argent , cela ne veut-il 
pas dire que l'aigle a le vol éployé } Oui, 
selon la généralité des auteurs. Alors 
pourquoi des auteurs anciens, comme 
Menestrier, Dubuisson ; des modernes, 
comme Rietstap, enseignent-ils que quand 
on dit : aigle au vol éplové, cela désigne 
une aigle à deux têtes ? Il y a là une con- 
tradiction que je ne m'explique pas, 
puisque l'aigle à une tête sans vol expli- 
qué est à vol éployé. 

La CoussiÈRE. 

Ex-librisde la famille de Gallery. 

— Un ex-libris du xvii^ siècle, signé 
/. Toustatn, porte un écu : Ecartelé : aux 
I et 4 de gueules à Vépéc d'aigent. garnie 
d'or, accostée de deux croix de Lorraine 
du même (Gallery) ; aux 2 et ^ d'j:(ur à 
trois mâcle: d'or. Casque taré de trois 
quarts et luxueux lambrequins. 

On désirerait connaître : i" à quelle ta- 
mille appartenaient les arir.es des 2' et 3® 
quartiers; 2° à quelle époque exacte tra- 
vaillait le graveur Jean Toustam.'^ 

H. G. S. 



Propriété littéraire des titres d'où ' 
vrages. — On n'ignore pas que les ti" 
très d'ouvrages font partie de la pro- 
priété littéraire et appartiennent aux au- 
teurs. 

Quel moyen pratique possède-t-on de 
s'assurer, avant de publier un livre nou- 
veau, qu'on n'a pas involontairement 
usurpé un titre déjà employé et non en- 
core tombé dans le domaine public ? 

E. R. G. O. 

Les cafés sont les salons de la 
démocratie. — De qui ce mot connu 
que d'aucuns attribuent à Gambetta ? 

G. F. 

«Le corps d'an ennemi mort sent 
toujours bon ». — Mot atroce attribué à 

1° Vitellius sur le champ de bataille de 
Bedriac (Suétone, Vitellim X). 

2° Charles IX suivant Brantôme. 

3° Louis XI, (Walter Scott, Quentin 
Durwatd). 

Voilà une quatrième attribution qui me 
paraît la dernière en date : 

« Pour elles (les abeilles) comme pour 
les Suisses à Morat, le cadavre, etc. » M. 
Forreteux, « L'Intelligence des insectes », 
Mercure de France, t. VIII, 1912, p. 506.) 

A qui le tour ? Dehermamn. 

Chanson bretonne sur Lafayette. 

— Ma petite jeunesse, il y a 60 ans, a été 
bercée, en Bretagne, par une chanson 
dont le refrain d'une poésie toute popu- 
laire, était : 

Sont sont sont, les gars de Locminé 

Qu'où de Lafayette 

Qu'où de La Fayette 

Sont sont sont, les gars de Locminé 

Qu'où de La Fayette 

Par sans leurs souliers 

Si l'un de nos vieux confrères de l'Ouest • 
a eu connaissance de cette chanson mor- 
bihannaise, peut-être pourra-t-il me don- 
ner la clef du mystère qui plane pour 
moi sur le rapprochement qui peut exis- 
ter entre La Fayette et l'irrévérence des 
gars de Locminé .? 

FaL!t-il chercher celle-ci dans le peu de 
goût que ces Bretons auraient eu à suivre 
La Fayette dans ses campagnes contre la 
domination anglaise en Amérique .? 

Echarpe. 



N« 1530. Vol. LXVI. 

— — — 291 

Un mot nouveau : alaquage, ala- 
quer. — On sait quelles surprises ré- 
serve au Français de France un séjour 
d'études linguistiques dans la Suisse ro- 
mande et les étranges détormations lo- 
cales de vocabulaire qu'il a ày constater. 
Sans parler des contaminations dues à 
l'inlluence allemande, sensibles même 
dans des organes qui se réclament direc- 
tement de notre culture, avec maintes 
réserves, s'entend — le grave Journal de 
Genève en tête — , il est frappant d'avoir 
à relever des italianismes invraisembla- 
bles, docilement acceptés par une presse 
locale à laquelle fait défaut, chaque fois 
qu'elle ne plagie pas, ou ne reproduit pas 
des sources françaises, le sens profond de 
la nationalité, incarné dans un idiome à 
frontières et à caractères nettement déli- 
mités. Je me bornerai aujourd'hui à un 
exemple entre cent, recueillis au cours de 
mes pérégrinations dans le canton de 
Vaud. Ces jours derniers, assistant à un 
vol d'hydroplane sur le Léman, j'entendis 
prononcer, par un personnage influent de 
la région, le vocable alaquage dans le 
sens d'atterrissage. Comme il ne sem- 
blait susciter aucune surprise chez ceux 
auxquels il s'adressait, comme on parut 
en comprendre instantanément la signifi- 
cation, je me permis d'exprimer mon 
étonnement de ce néologisme à celui qui 
venait de l'employer comme inconsciem- 
ment. L'on m'apprit alors que le terme 
était admis, que des feuilles genevoises 
l'avaient patronné et qu'en tout état de 
cause, il eût été ridicule de maintenir 
l'expression atterrissage pour un appareil 
qui ne se pose que sur l'eau... 

Il ne faut point être grand clerc pour 
retrouver, dans ce mot nouveau, l'origine 
italienna : All'acqua. à l'eau, encore que 
de mauvais plais.uits n: manqueraient pas, 
usant de l'esprit du crû, de n'y voir qu'un 
dérivé de lac. — Alaquer = descendre 
sur le lac ! On se demandera, sans doute, 
si la nécessité d'une création do toutes 
pièces se faisait, en l'espèce, sentir, après 
i'insucces de la tentative pour inventer 
un néologisme qui rendit adéquatement le 
concept : voler en aéroplane. Mais, dans 
le cas aflRrmatir, ne vaudrait-il pas mieux 
choisir entre les termes si'ivants : aiguer 
et aiguage, adiver et adivage, affloter et 
afflottage ? L'on hésile à en proposer un 
quatrième ; aquerrage et aquerrir, qui, 



L'INTHRMEDlA.iRB 



2q2 



décidément, ressemble trop à acquérir. 

Le concours est ouvert ou, plutôt, le 

pari. Camille Pitollet. 

P. S. — La note ci dessus était en- 
voyée depuis un mois environ à \' Intermé- 
diaire^ qui n'a pu la publier faute d'es- 
pace. Depuis, le choix d'un vocable adé- 
quat semble avoir préoccupé la presse du 
Léman. Voici, en tout cas, le petit article 
que publie l'un de ses organes, très ré- 
pandu dans la région de Vevey : 

POUR AFFLOTTER 

Quelques journaux, dont un de Genève, 
ont adopté le mot affloter, pour indiquer 
l'action d'atterrir., sur l'eau. 

Le Journal de Genève propose ce matin 
le mot aquatir. Il trouve \t mot alaquer 
peu giacieux (i). Aquatir l'est davantage, il 
est vrai, mais dira t-on aquatage ou aqua- 
tissiige ? Cela ressemble beaucoup à décatir 
et. à décat'ssage, et, trop parent de aquatique, 
cela sent trop... le canard. Pour nous, nous 
continuerons à tmp\oyér' a f flotter et afflot- 
tage, mots à physionomie bien française ; 
ils peuvent s'employer aussi bien à propos 
d'un lac que d'une mer. 

Feuille d'avi-> de Vevey, (n" du mer- 
credi 21 août 1912.) 

C P. 

La couleur des cheveux d*ane 
morte. — On désire savow, en vue de 
l'identification d'un portrait, si, à la lon- 
gue, les cheveux conservés d'une per- 
sonne morte se décolorent plus ou 
moins. 

Au bout de cent ans, par exemple, des 
cheveux primitivement noirs ou brun 
foncé pourraient-ils être devenus châtain 
foncé ou châtain clair ? Ft dans quelle 
mesure admettrait-on la possibilité de 
cette modification ^. Fn pourrait-on citer 
des exemples 

Hstime-t-on au contraire que la nuance 
primitive se maintient indéfiniment .'' 

E R. G. O, 

(1) Nous lisions, dans le Journal de Ge- 
nève du mardi 20 août 1912, en effet : 
< Après un excellent et rapide voyage, Burri 
« alaquait » dans la rade, près du Jardin 
iinglais, etc. » La mise entre « » du vocable 
n'indiquant qu'une adoption conditionnelle, 
le Jownal 'fi Genève est donc revenu sur la 
question, dans le n" que cite la Feuille 
d'Avi.t de Vevejf et que nous n'avons pas eu 
sous les yeux. 



DUS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Septembre 191a 



293 



294 



Képanses 



Le crâne de Richelieu (T. G. 

772 ; LXVI, 138, 244;. — Lire le cha- 
pitre consacré par le D"^ Cabanes à 
« l'Odyssée d'un crâne », dans son Cabi- 
net secret de î' Histoire, 4*' série Ce cha- 
pitre, qui ne contient pas moins de 15 
pages, avec de nombreuses noies, donne 
non seulement la relation de M. Gréard 
et les mensurations du colonel Duhausset, 
mais bien d'autres détails curieux ou pit- 
toresques, et la reproduction du moulage 
même de la tête du cardinal. M. 

* * 
Je lis l'intéressante communication de 
M. Eim. H. sur le crâne de Richelieu. Je 
me permettrai d'y relever une inexacti- 
tude dont l'importance d'ailleurs est tout 
à fait secondaire. Le fils du maire de 
Plourivo,M. Armez, dont il est parlé dans 
cet article, ne fut pas ministre sous Louis 
Philippe, mais simplement député des 
Côtes-du-Nord en 1834, 1837, 1839, 
1842 et 1846. Il mourut en 1883. 11 ap- 
partenait à la famille toujours existante 
des Armez du Poulpry, dont un membre 
est actuellement encore député et maire 
de Plourivo. L'abbé Armez qui recueillit 
le crâne des mains du bonnetier, fut un 
des trois commissaires du roi, chargé 
d'organiser en 1790 les cantons, districts 
ii le département des Côtes-du-Nord. 
Comte Emmanuel de Rougé. 

Où est enterré le maréchal Ney ? 

(LXV, 42, 158, 247). - M. le ."Vlarquis 
de Vogué est l'auteur dun fort intéres- 
sant travail sur le Maréchal de Villars, 
travail qui a paru chez Pion. L'éminent 
académicien veut bien me mander ce qui 
suit à propos de la sépulture du vainqueur 
de Denain : 

*< ...j'ai le regret de ne pouvoir vous 
donner de solution satisfaisante. Villars, 
mort à Turin, y a été enterré avec pompe ; 
mais toute trace de l'inhumation a dis- 
paru, et il m'a été impossible, jusqu'ici, 
de percer ce mystère .. » 

11 résulte néanmoins de cette note, que 
c'est à Turin qu'il faut chercher la dé- 
pouille du célèbre maréchal et, sans doute, 
il ne faut pas désespérer d'arriver à une 
solution satisfaisante. S. G. L. 



Les noyades de Nantes (LXII ; LXVI, 
185, 250). — Le nom de Carrier, qui doit 
être inscrit parmi ceux des plus vils scé- 
lérats qui aient stigmatisé, par leurs for- 
faits la Révolution Française, esttristement 
immortalisé par les noyades de Nantes. 

Au milieu de brumaire (novembre 
1793) les bateaux à soupape ne sont pas 
encore inventés ; Perdreau, l'un des sa- 
tellites de Carrier, à Nantes, à cette épo- 
que, plaisante ainsi sur les atrocités aux- 
quelles il est associé : 

« Cette nuit, j'ai noyé huit cents ecclé- 
siastiques. ,. Lorsque Je fais des baigna- 
des, je dépouille les hommes et lesfemmes, 
je fouille leurs vêtements et les mets dans 
un grand mannequin ; je les attache par 
les bras et les fais venir sur les bords de 
la Loire ; ils montent deux à deux dans 
mon bateau, deux hommes les poussent 
par derrière, et les pr.cipitent la tête la 
première dans l'eau, puis lorsqu'ils veu- 
lent se sauver, nous avons de grands bâ- 
tons avec lesquels nous les assommons. 
C'est ce que nous appelons le Mariage 
Civique. » 

Plus tard. Carrier et ses adhérents vou- 
lurent se passer le plaisir des noyades ; 
elles se firent publiquement, à midi, afin 
que personne n'en ignorât ; c'est alors 
que les bateaux à soupape furent inau- 
gurés. 

La soupape était une large ouverture 
pratiquée à fond de cale et qui, au signal 
donné, laissait passage à ceux qui y 
avaient été jetés. 

Carrier les faisait accoupler, de façon 
qu'un vieillard fût attaché dos à dos, avec 
une jeune fille, une vieille femme avec 
un jeune homme. Ces infortunés restaient 
ainsi sans vêtement, pendant des heures, 
et c'est au milieu de chants cyniques, 
vociférés par les noyeurs, que la soupape 
s'entr'ouvrait pour précipiter par cen- 
taines, ces innocentes victimes dans les 
flots. 

« Bientôt l'eau de la Loire, dit Créti- 
neau-Joly,ne fut plus potable ; on en pro- 
hiba l'usage, elle était empoisonnée par 
la décomposition des cadavres. Les bâti- 
ments qui levaient l'ancre en faisaient 
monter par milliers à la surface. Au bord 
des deux rives, de Nantes à Paimboeuf, on 
n'apercevait plus que fossoyeurs enrégi- 
mentés. Un arrêt de police défendit même 



N- '339 VoJ. LXVI. 



•INTBHMfiBIAIHE 



395 



396 



aux habitants riverains de se nourrir de 
poisson >>. 

ECHARPE. 

Quel pouvait être le nombre des 
individus emprisonnés et des con- 
damnés à la pei. <■ capitale sous 
l'ancienne monarchie? LXVI. 137. 
— Question de statistique assurément 
difficile à résoudre ; en tout cas 1« parole 
citée est de Ganielin, et non de l'auttur 
faisant acte d'historien dans un roman ; 
Gamelin, un sectaire, d'instruction super- 
ficielle faite de dogmatisme et de phrases 
classiques. Ce protagoniste de Les Jieiix 
ont soif, titre emprunté à Camille Des- 
moulins et repris par Carlyle, est bien, 
en effet, le type «ic ces sinistres jobards, 
nés, peut-être pt)i.r des vies très moyen- 
nes, pas beaucoup plus méchants que 
d'autres, qui, par étroitesse d'intelligence 
non réparée, par un patriotisme ardent 
mais mal entendu^ et griserie d'autorité, 
en arrivent, dans les révolutions, à com- 
mettreplusde crimes que de purs scélérats. 

11 est très représentatif de cette espèce 
d'hommes, ce Gamelin, qui, du reste, va 
crânement à l'échafaud sans l'ombre d'un 
remords, persuadé, au contraire, que lui 
et ses pareils ont été trop faibles et 
meurent pour n'être pas allés au bout de 
leur devoir. 

La statistique en gros chiffres ronds 
donnée par Gamelin est donc de tous, 
points fantaisiste et ressemble fort à un 
'document de loge de concierge. Je ne 
pense pas que la monarchie, à tout pren- 
dre assez débonnaire du xvme siècle, ait 
jamaistenu 400.000 hommes à la f tis sous 
les verrous, moins encore que bon an, 
mal an, elle en ait pendu 15.000 et roué 
3000. Par contre, Gamelin me semble 
plutôt modéré quand il parle de quelques 
centames de tètes tombées sur l'échafaud 
févolutionnaire. Mais ce n'est pas de 
cela qu'il s'agit. 

Une trop vieille habitude de littérature 
oratoire fait que nous rendons respon- 
sables les auteurs de ce qu'ils font dire à 
leurs personnages de roman ou de théâ- 
tre. Or, Gamelin parle comme un fana- 
tique, un ignorant et un sot devenu 
téroce ; si c'est son caractère, je ne sache 
pas que ce soit celui de M. Anatole 
France II s'en faut même plus que du 
tout au tout. H. C. .M. 



Louis - Philippe le 24 février 
1848, s est-il enfui en fiacre ? 
(LXVI, 18s). — Je l's dans l'ouvrage de 
A. Vermorel, intitulé Les hommes de 1848 
paru en 1869 [Décembre-Alonnier, li- 
braire éditeur, 20 rue Suger] : 

Les courtisan^ avaient abandonné les Tui- 
leries : la famille royale restait complète- 
ment isolée dans ces circonstances difficiles : 
c'est iNl. Crémieux, accouru comme M. de 
Girardin pour annoncer qu'on allait atta- 
quer les Tuileries, qui protège la fuite du 
roi dans des voitures de place prises sur la 
place de la Concorde. Nul cortège pour le 
convoi royal. 

La suite de ce récit, relative à la du- 
chesse de Montpensier, dit qu'elle avait 
été oubliée sur la place. 

Je me rappelle très bien avoir vu, en 
1848, une caricature représentant Louis- 
Philippe montant dans un fiacre, et la lé- 
gende était : 

« A l'heure not' bourgeois .'' — Non, à la 
course. » V. A. 1. 

• 

Ce n'est pas en fiacre que Louis-Phi- 
lippe a fui devant l'émeute. Ça ne change 
pas grand'chose aux événements, mais ça 
peut intéresser ceux qui n'acceptent les 
mots que pour leur valeur. 

Le reportage n'était pas alors perfec- 
tionné comme de nos jours. C'est à peine 
si les journaux du 24 février 1848 consa- 
crent vingt lignes à cet événement qu'est 
la fuite du roi. 

Deux seulement publient le récit fait 
par un témoin oculaire qui vit sortir 
Louis-Phiiippe des Tuileries, ayant à son 
bras la reine vêtue de noir Arrivés place 
de la Concorda, le témoin les vit hésiter 
comme s'ils cherchaient quelqu'un ou 
quelque chose. 

La reine, dit le témoin, saisit le bras de 
Louis-Philippe ; ils retournèrent sur leurs 
pas, à peu de dislance de là, où stationnaient 
deux petites voitures basses, noires, attelées 
chacune d'un cheval. Deux très jeunes en- 
fants se trouvaient dans la première. Louis- 
Philippe prit la gauche, la reine la droite, les 
entants se tinrent debout, le visage collé sur 
la glace et regardant le public avec une atti- 
tude curieuse. Le cocher fouetta vigoureu- 
sement. La voiture s'enleva plutôt qu'elle ne 
partit : elle passa devant moi. 

Cette même voiture est décrite dans 
une relation d'un officier d'éiat-major de 



1 



ûhS CHEKCHEUKS HT CURIEUX 



397 



la garde nationale qui a été mêlé à tous 
les événements de cette journée. 

Je suppliai encore le roi et la reine de pas- 
ser saos crainte au milieu de ce peuple, ce 
qu'ils firent avec la plus grande confiance. 
Au même instant, un petit coupé bounreoù 
bLufo- ce, attelé il'un bel et bon cheval noir, 
qui stationnait avec un cabriolet à gauche 
du pont tournant, approcha vivement du roi. 
Second témoin, seconde déposition : le 
fiacre n'est toujours qu'une confortable 
voiture. 

Qiielle est cette voiture .? Le marquis de 
Fiers, dans ses Souvenirs, va nous l'ap- 
prendre, d'après M. de Montalivet : 

Lorsque l'invasion populaire menaça le 
château, le 24 février 1848, vers midi, le 
roi, d-nnant le bras à la reine, sertit du pa- 
lais par l'avenue centrale du jardin des Tui- 
leries, accompagnes de six de leurs petits en- 
fants, porté? dans les bras, et entourés d'un 
fort détachement de la garde nationale à che- 
val, que le général Dumas avait prudem- 
ment commandé pour protéjerer le départ. 
A la vue du roi, les gardes nationaux 
expriment leur sympathie et leurs senti- 
ments de fidélité par les cris de : Vive le 
roi. vive la reine ! Louis-Philippe s'attend it 
à trotivet ses voitures à la grille du Poni 
Tournant. Il ig.iorait qu'elles venaient d'être 
brûlées place du Carrousel par la multitude 
insurgée. Après quelques minutes d'une pé- 
nible attente près de l'Obélisque, au lieu des 
voitures attendues, parurent deux voitures 
appelées broughams et un cabriolet à deux 
roues, appartenant à la Maison du Rot. Elles 
avaient été envoyées, grâce à la prévoyante 
sollicitude de M. le duc de Nemours qui était 
resté place du Carrousel. Toutes les personnes 
de la famille royale y montèrent. 

Nous sommes édifiés : le fiacre qui em- 
porte Louis-Philippe en exil est une lé- 
gende : c'était une voilure de sa maison 
envoyée par le duc de Nemours. 

Mais ce n'était pas sa voiture person- 
nelle qui venait d'être incendiée dans les 
circonstances suivantes : 

li n'est pas exact de dire que la Révo- 
lution a surpris la famille royale : dès le 
24 février, les berlines étaient prêtes, non 
pour la fuite, mais pour le départ de Pa- 
ris. On avait attelé douze voitures qui de- 
vaient se mettre en marche au premier si- 
gnal du jeune sous piqueur Hairon. La 
berline du roi, appelée la Saverne, était 
attelée de huit chevaux. A midi et demi, 
le 24, 1 ordre arriva du château de faire 
avancer les voitures. Le sous-piqueur 
avait sa livrée roîige. 



298 



10 Septembre 191* 



Le contrôleur Triel lui conseilla de re- 
vêtir une livrée bleue qui le désignerait 
moins à la fureur des émeutiers : «'fiastel 
nous passerons bien », répondit-il. Mais 
a peine avait-il franchi les portes de l'écu- 
rie qu'une trentaine d'individus, cachés 
derrière l'hôtel de Rohan, ouvraient le 
feu sur les attelages. Le cheval du sous- 
piqueur tombait raide mort. Effaré le 
jeune homme se dégagea de l'animal et 
courut vers l'Arc de Triomphe du Car- 
rousel pour v retrouver un refuge Un 
des émeutiers s'avança vers ce pauvre 
diable, affolé et sans armes ; il le tua à 
bout portant, s'empara de son chapeau 
galonné, et fit signe à quelques individus 
de son espèce, qui dépouillèrent le ca- 
davre, pour l'abandonner sur le pavé 
sanglant, nu. ' 

Le lendemain, l'homme se présentait 
a Ledru-Rollin et lui montrait le chapeau 
galonné du malheureux qu'il avaittué -— 
certificat d'indéniable civisme — et im- 
médiatement il obtenait sa récompense • 
un emploi de gardien au musée du 
Louvre. 

Les voitures avaient le même sort que 
ceux qui les conduisaient. On les avait 
fouillées, bourrées de paille et poussées 
tout enflammées vers un poste du Palais- 
Royal pour y consommer l'asphyxie des 
malheureux soldats qui y étaient enfer- 
mes. On s'acharna surtout sur la Saverne 
la voiture du roi. On en brisa les glaces 
a coups de crosse de fusil. On en détruisit 
les armes a coups de baïonnette « Ohé 
les amis, de la paille à force, criait une 
virago, car celle-ci vaut la peine d'être 
crânement chauffée ! ^> Tandis que se 
consumait la paille, la femme monta sur 
le siège, des individus de son stvle se 
mirent au timon de la voiture en feu qui 
recueillit sur son passage des applaudis- 
sements frénétiques. Mais, à la stupeur des 
incendiaires, la paille s'était vainement 
consumée : le coffre restait intact On 
lui assena des quartiers de pavé et des 
coups de barre de fer : construite pour la 
sécurité de la famille royale et a l'épreuve 
de la balle, cette citadelle roulante con- 
serva sa forme sans fléchir. « A l'eau ' > 
cria-t-on. On traîna la voiture au pont 
des Saints-Peres ; à force de bras, elle fut 
précipitée dans le fleuve. On l'en retira 
après quatre mois, à l'état de simple fer- 
raille. ^ 



N» 1339 Vol. LXVl. 

299 

Le prix des voilures stupidement dé- 
truites ce jour-là monte à plus de 
196,000 fr. Mais si ces voitures furent les 
seules que l'on put trouver, il y en avait 
d'autres : plus de deux cents, remisées 
sous la bibliothèque du Louvre, rue du 
Doyenné ou au parc Monceau. Ce fut 
parmi celles-là que. voyant incendier la 
berline royale, le duc de Nemours se hâta 
d'envover chercher la voiture que le roi 
fut si étonné de voir à la place de celle 
qu'il attendait. 

Le gouvernement provisoire fut le pre- 
mier à se louer de la discrétion involon- 
taire de l'émeute. Hors Lamartme et 1 u- 
pont de Nemours, ses membres furent 
trop heureux de pouvoir, à leur tour, 
rouler carrosse. Deux cents voitures et 
trois cent cinquante chevaux furent un 
équipage qui suffit à l'austérité du nou- 
veau régime. Pour leur seule part, les 
membres du gouvernement se firent attri- 
buer quarante et une voitures. 

Le citoyen Ledru-RoUin avait, à son 
service, le yolant, VHécla, coupé bas, le 
Prince, coupé de cérémonie, le Royal* 
char-à-bancs de promenade, la Marquise, 
calèche de ville, et le Phénix, landau de 
campagne. 11 avait dans ses écuries 
25 chevaux ; un piqueur à ses ordres, 
Millet, celui qui avait arrêté Tassassin Le- 
comte, à Fontaini^bleau ; dix cochers, 
aides-cochers et palefreniers. Sa puis- 
sance dura soixante-quinze jours : le con- 
trôle estima sa part dans les frais de ce 
service à 27,750 fr. 

Et telle est la simple histoire du fiacre 
de Louis Philippe, qui n'est pas un fiacre 
— mais une confortable voiture envoyée 
à point pour suppléer à l'absence de la 
sienne, dont le peuple souverain s'amu- 
sait, avec une joie d'enfant terrible. 

A. B. X. 

C'était un brougham ; tels étaient les 
« fiacres * d'alors. A. L. 

L'âme de la f-^ mme au concile de 
Maçon (T. G., 38 ; LXVI, 138. 241. — 
Piiere de corriger, colonne 241 en bas : 
mulierem , au lieu de muriclen ; posse 
au lieu de posce ; testamenti, au lieu 
de testamentis : edoceat, au lieu de edo- 
cerat. Ajouter à la dernière ligne, après 
\\œc causa : convicta, ce qui donne : hœc 
causa convicta quievit. 



L'iNTBRMBi^lÀlKje 



— 300 

A corriger, encore : 
587. 



585, au lieu de 



Contrats de mariage signés parle 
Roi avant la Révolution (LXV ; LXVI, 
99, 198). — Notre confrère B. F. m'ob- 
jecte Dangeau et Saint-Simon. Je lui ac 
corde bien volontiers qu'il ait raison pour 
l'époque de Louis XIV ; mais ses textes 
ne prouvent rien pour les règnes suivants. 
Louis XIV était un autocrate, — « le pre- 
mier des Jacobins », disait, je crois, le 
comte de Chambord ; et je sais que Gam- 
betta, très étatiste, l'admirait beaucoup de 
ce chef ; — il créait, organisait sa Cour 
et son royaume comme bon lui plaisait. 
Mais ses successeurs, Louis XV surtout, 
furent des Princes très % constitution- 
nels », si j'ose dire, qui ne se risquaient 
pas souvent à faire montre d'autorité per- 
sonnelle. 11 dut en être des faveurs de 
Cour comme de la Légion d'honneur, qui 
n'est certes plus en tt)l2 ce quelle était 
un siècle auparavant, en 1812. En l'an 
présent, si j'étais seulement dans l'armée 
capitaine d'habillement, avec 25 ans de 
services, je serais assuré de l'avoir à mon 
tour de rôle. En 1812. il m'aurait fallu, 
pour décrocher sûrement la décoration, 
emporter presque à moi seul la redoute 
de Borodino. Les faveurs anciennes de- 
viennent facilement des droits acquis ; et 
cela s'appliquerait même à la croix 
devenue aujourd'hui monnaie électo- 
rale. 

Quant à la réserve que fait notre con- 
frère Bellechasse, je l'admets dans une 
certaine mesure. Je ne puis lui donner de 
preuves mathématiques. Je dirai simple- 
ment que y Intermédiaire a déjà, si je me 
souviens, traitécette question des honneurs 
de Cour , mais je n'ai pas les volumes 
sous les yeux. Et j'ajouterai que, si ma 
thèse est établie pour la présentation, elle 
me parait devoir emporter le reste. Car, 
certainement le Roi ne devait pas signer 
le contrat de gens qui ne lui eussent pas 
été présentés dans les règles. Toutefois, 
si, à la fin de l'Ancien Régime, la qualifi- 
cation de noblesse devait être authentique 
pour cette présentation, je ne sais si les 
titres indiqués dans les contrats par les 
notaires, un peu moins rigoristes sur ce 
détail, devaient être scrupuleusement 
exacts. Il eût été naturel que Louis XVI 
signât au contrat d'un' Sévigné ; mais 



DfiS CHERCHEURS ET CURIEUX 



1 o Septembre 1 9 1 a 



301 



302 



eût-on qualifié ceSévigné de «baron,» son 
vrai titre, ou de « marquis» son titre de 
courtoisie ? Là serait la vraie difficulté. 

La présentation est si bien demeurée 
le préliminaire essentiel des ciioses de 
Cour, que, même au xix^ siècle, un sou- 
verain étranger ne pouvait rei;evoir un 
personnage non présenté à !a Cour de son 
propre Prince. On doit trouver à cet 
égard, dans les Papiers des Tuileries pu- 
bliés après 1 848, des récriminations amères 
de Louis- Philippe contre le Tsar, pour 
avoir reçu deuxgentilshommeslégitimistes 
qui avaient naturellement négligé de se 
faire d'abord présenter au Roi-Citoyen. 

Comment les choses se passent-elles 
sous le règne du Président Fallières ? Je 
pense qu'il doit exister sur ce chapitre un 
aimable négligé, bien que tel de nos am- 
bassadeurs très républicains ne se soucie 
pas, dit-on, de recevoir ou de présenter 
le premier-venu. Britannicus. 



Le cor ou le cornet de Roland 

(LXV, 785 ; LXVI. 82, 14s, 2Sî). Dire 
que « le paladin Roland, neveu de Cbar- 
lemagne est une figure purement légen- 
daire i- me paraît un peu risqué. [e ne crois 
pas que la Chanson de Roland ait été in- 
ventée de toutes pièces et que ce soit 
l'imagination des écrivains du moyen âge 
qui ait créé subitement et sans raison ce 
paladin. Qu'on ait brodé, amplifié, drama- 
tisé ce qui concernait le personnage, nul 
doute. La légende lui attribue des faits 
dignes des Demi-Dieux de l'Olympe, c'est 
exact. Mais les peuples pasteurs et sans 
culture des Pyrénées n'ont pu concevoir 
des faits imaginaires sans qu'il y ait un 
fond de vérité, c'est-à-dire l'existence 
d'un personnage extraordinaire ei d'une 
vaillance toute particulière. 

Nombreux sont les points de nos mon- 
tagnes où un exploit de Roland est rap- 
pelé. A Itxassou, c'est le Pas de Roland ; 
en Espagne près de Lusera, c'est le Saut 
de Roland, et dans la trajectoire, la Brè- 
che à Gavarnie. puis l'empreinte du ge- 
nou de son cheval à Lourdes. Ailleurs^ 
c'est le sabot de son coursier, etc.. etc.. 

Légendes tout cela, certainement ; 
mais vraiment Roland est-il une <:. figure 
pmement légendaire ? » 

Un Pyrénéiste. 



Les enseignes de la rue de Rivoli 

(LXVI, 89, 272). — Les textes précis se 
trouvent dans le Recueil d'actes adminis- 
tratifs et de conventions relatifs aux servitu- 
des spéciales d'architecture, aux servitudes 
non œdificandi et autres grevant les tmmeu- 
hles riverains de certaines places ou voies 
publiques, publié sous la direction de MM. 
Bouvard et Taxil, Paris 1905, in-4°, page 
13. On y trouvera, au 7" d'un contrat de 
vente du 13 floréal, an XI « que l'acqué- 
« reur ne pourra mettre (sur l'immeuble) 
si aucune peinture, écriteau ou enseigne 
« indicative de la profession de celui qui 
« occupera sur les façades ou portiques 
« qui décorent le devant de la maison >>. 
Les différents contrats de vente se trou- 
vent du reste déposés aux Archives de la 
Seine, où notre collaborateur pourra les 
consulter, mais l'article est à peu près le 
même dans tous les actes, 

GOMBOUST. 

* » 

je verserai aux débats les documents 
suivants qui répondent, je pense, expres- 
sément à la question : je ne les crois pas 
connus. Ils sont tirés des Archives natio- 
nales. LÉONCE Grasilier. 

Ministère 
de la Maison 
du Roi 

Paris le 27 jaavier 1823. 

AS. E. Monsieur le Ministre de 
l'Intérieur, 

Monsieur le Comte, j'ai reçu la lettre que 
vous m'avez fait Thonneur de m'adresser le 
9 décembre dernier, pour m'infornier que 
quelques-uns des locataires des boutiques de 
larue de Rivoli. ontplacéenavantou en travers 
des arcades, des enseignes qui défigurent la 
façade et ôtent le jour des entresols, et pour 
m inviter à faire cesser cet abus, en vertu des 
arrêtés qui en concédant les terrains de cette 
rue, or.t prohibé, par une condition expresse, 
toute enseigne ou tout empiétement de ce 
genre. 

Cet objet a appelé toute mon attention ; 
j'ai fait faire des recherches à ce sujet, et 
j'ai reconnu qu'en effet le paragraphe 6 des 
actes de vente des terreins des rues de Rivoli 
et de Castiglione porte textuellement. « L'ad- 
judicataire ne pourra mettre aucune pein- 
ture, écriteau ou enseigne indicatrice de la 
profession de celui qui occupera, sur les faça- 
des ou portique qui décorent les maisons ». 
Mais jusqu'à présent l'exécutioi. de cette 
condition a été surveillée par la préfecture de 



N» I3J0, Vol. LXM. 

303 

police et elle me paraît en effet rentrer j^ar 
sa nature, dans la petite voierie. 

L'ancien préfet de police avait pensé qu'il 
convenait de tolérer les inscriptions plactes 
au fond du portique, au-dessus des vitraux 
des boutiques, et même liis inscriptions po- 
sées sous les arcades extérieures, pourvu 
qu'elles ne fissent pas saillie. II serait en 
effet trop rigoureux d'interdire tout moyen 
d'annoncer les hôtels garnis et les magasins, 
et le but du paragraphe précité, me paraît 
être principalement d'empêcher l'interrup- 
tion des lignes d'architecture et les dispara- 
tes choquants que pourraient former des 
peintures étendues s.ur les arcades et leurs 
pilastres en même temps que de prévenir 
les écarts de fantaisies particulières, et les 
erreurs de l'ignorance dans la prose des ins- 
criptions. 

M. de Lavau, de son côté^ a paru croir® 
que l'interdiction stipulée était bornée au'' 
murs de face des maisons et ne s'appliquai' 
point directement aux galeries. Il a pensé en 
outre que les actes du gouvernement dans 
cette circonstance i~e sont que des actes civils 
dont l'inexécution doit être poursuivie par 
la voie judiciaire. 

Quoi qu'il en soit à cet égard, les ventes 
ayant été effectuées par le domaine de l'Etat, 
ce serait toujours dans ce système, au préfet 
du département, ou plutôt au préfet de po- 
lice, comme s'agissant d'un objet de petite 
voierie, à se pourvoir pour faire prononcer 
conformément à l'article i 143 du code civil, 
la suppression des obj.ts posés en contra- 
vention aux conditions du contrat. 

En aucun cas, il ne saurait y avoir lieu à 
aucune intervention de ma part ; car si les 
infractions commises sont considérées comme 
infractions aux règlements généraux, elles 
doivent être réprimées par les voies ordinaires, 
et si au contraire elles sont considérées 
comme violations aux clauses du contrat, 
l'administration de la Maison du Roi doit 
encore y rtster étrangère puisqu'elle a été 
étrangère à la vente. 

Je crois en avoir dit assez, Monsieur le 
Comte, pour décliner ma compétence et 
j'aime à croire que vous partagerez mon opi- 
nion à cet éc;ard, mais quelque soit l'aami- 
nistration qui doive être chargée de ce soin, 
c'est en tout cas au commissaire de police du 
quartier à constater les contraventions, et je 
me plais à reconnaître en cette circonstance 
le zèle et l'intelligence que le sieur Mazug 
apporte à la surveillance des constructions des 
rues de Castiglione et de Rivoli. 

A},'rce7., Monsieur le Comte, les assurances 
de ma haute considérntion. 

Le Ministre Secrétaire de la 
Maison du Roi. 



L*INTER*lBDlAlKB 



304 



Paris, le 10 février 1825. 

Le Ministre de l'Intérieur au Pré fe 
de police, 

M. le Préfet, j'ai l'honneur de vous adres- 
ser copie d'une lettre que M. le Ministre de 
la maison du Koi m'a écrite le 27 janvier, 
au sujet des enseignes que quelques-uns des 
locataires des boutiques de la rue de Rivoli 
ont placées en avant ou en travers des arca- 
des, et qui défigurent la façade tout en 
interceptant le jour aux entresols. 

La prohibition que contient à cet égard le 
paragraphe 6 des actes de vente des ter- 
rains des rues de Rivoli et de Castiglione est 
trop formelle, pour qu'il puisse y avoir op- 
position. Il ne s'agit donc que de décider 
quelle est l'autorité compétente pour récla- 
mer l'exécution de cette clause, et quel 
•moyen elle doit employer à cet effet. 

je vous invite, en conséquence, à examiner 
les diverses questions qui naissent de l'état 
actuel des choses, et à me communiquer vos 
vues sur les mesures qu'il conviendrait 
d'adopter. 

Agréez, 

(Minute^ 

Paris, le la février 1823. 

Préfecture de Police 

3'"« Division 

3«"e Bureau 

A, S. E. le Ministre Secrétaire d'Htat. 

au département de l'Intérieur 

Monseigneur, 

J'ai reçu avec la lettre que votre Excel- 
lence m'a fait l'Iionneur de m'adresser le 10 
de ce mois, la copie de celle qui lui a été 
écrite le 27 du mois dernier par S, E. le Mi- 
ministre de la Maison du Roi, concernant les 
mesures à piendre pour assuter l'exécution du 
§ 6 des contrats de vente des terrains situés 
rue de Castiglione et rue de Rivoli. 

En faisant observer à Votre Excellence, le 
30 novembre dernier, que parmi les condi- 
tions imposées aux acquéreurs, il s'en trou- 
vait qui semblaient étrangères aux attribu- 
tions de la police et dont elle ne pouvait en 
conséquence requérir l'exécution, je la pré- 
venais en mémo temps que j'écrivais à ce 
sujet à M. le Baron >iounier, intendant des 
bâtiments de la couronne, et que je me con- 
certerais avec lui pour déterminer les objets 
soumis à l'action de la police. 

M. le Baron Mounier m'ayant fait connaî- 
tre dans sa leitre du 5 janvier dernier, son 
opinion sur la question dont il s'agit, je lui 
ai répondu le 28 du même mois et j'ai lieu 
de penser que nous sommes d'accord sur le 



Ifhti CHtl'.CEaURS ET CURiEUA 



»o Septembre 1913 



30s 



principe. Toutefois une ordonnance de po- 
lice nie paraissant nécessaire pour régulari- 
ser la marche de l'administration, ainsi 
qu'on l'a fait à ]'ég?.rd des galeries du Palais- 
Royal, j'ai prévenu M. le Baron Mounier que 
mon intention était d'employer ce moyen. 
Et afin que cette ordonnance pvit compren- 
dre toutes les conditions des contrats de 
vente qui se rattachent aux attributions de la 
police, je l'ai prié de vouloir bien me faire 
parvenir un exemplaire de ces contrats. 

Aussitôt que j'aurai reçu cette pièce, je 
m'empresserai de rendre l'ordonnance dont 
il s'agit et J'en assurer l'exécution. 

Je prie Votre Excellence d'agréer l'assu- 
rance de la considération respectueuse avec 
laquelle je suis, 

Monseigneur, 

Votre très humble et très obéissant servi- 
teur. 

Le Conseiller d'Etat, Préfet de 
Police, 

E. Delavau. 

Rue Madame (LXVI, 1 87 ) — D'après 
le Paris-Hachette de cette année 1912, 
page 22, colonne ç de la 2' partie, consa- 
crée à la liste des 4150 rues de Paris, le 
nom de la rue Madame actuelle viendrait 
de la comtesse de Provence. Cette rue 
n'est pas mentionnée dans le Guide prati- 
que à travers le Vieux Parti, de M. de 

RocheguJe. V. A. T. 

* 

En 1860, il y avait encore une rue Ma- 
dame qui n'était pas celle actuelle et qui 
allait de la rue de Paris à la rue Saint- 
Germain à Charonne. C'était autrefois, dit 
A. Delvau, {Dictionnaire des rues de Paris), 
une avenue plantée d'ormes qui, du châ- 
teau de Bagnolel, venait en biais gagner 
le chemin de Charonne et p^r laquelle 
Madame, Duchesse d'Orléans, venait a Pa- 
ris. 

Ne serait-ce pas celle dont s'enquiert 
le confrère H. M. ? Dehermann. 

Château de Saint-Loup (LXVI, 
238). — Le château de Saint-Loup près 
Decize (Nièvre) a été pendant longtemps 
la propriété de Monsieur Humann, ancien 
trésorier payeur général, fils du ministre 
des finances de Louis-Philippe ; l'erw-libris 
portant linitiale : H — doit lui avoir ap- 
partenu. D. 

* » 
Le château de Saint-Loup, commune de 

Saint-Germain-Chassenay, à 9 kilomètres 



^06 

de Decize (Nièvre) a été construit par 
M. Humann, ancien trésorier payeur gé- 
néral à Nevers et à Saint-Etienne, et fils 
de l'ancien ministre des Finances ; Saint- 
Loup est resté dans sa famille jusqu'à ces 
dernières années. 

H veut donc dire « Humann ». 

J. H. 

Les prénoms au -c Sables-d'Olonne 

(LXlV ; LXV). — 11 n'y a pas que moi qui 
ai été frappé par les prénoms des Sables- 
d'Olonne. Voici ce qu'on lit, en effet, dans 
le Phare de la Luire du 14 août 19 12 : 

En Vendée, particulièrement dans l'arron- 
dissement des Sables-d'Olonnes, vous avej 
beaucoup de : Démétrius, Héliodore, Aramis, 
Sylla, Omar, Phlladel, parmi les hommes ; 
et de : Almédérine, Damarisse, Athanésie, 
Araerantia, Arzéline, parmi les femmes. 

Je crois que l'auteur de ce passage, 
M. Martin, avocat à Nantes, et journaliste 
distingué, a mis un peu... d'imagination 
dans son énumération ! Mais, si ces pré- 
noms ne sont pas à retenir (je les crois un 
peu fantaisistes), le fait n'en a pas moins 
frappé ce spirituel homme de lettres. C'est 
le principal. Marcel Baudouin. 

Famille Certain (LXV, 78? ; LVI, 19, 

109). — Je trouve le nom de Certain no- 
taire, (au Blanc, je crois), à la fin du xvi« 
siècle^ au bas d'un acte dont l'originalité 
me paraît digne d'une citation à V Inter- 
médiaire. 

Auj urd'hui dernier jour de may l'an mil 
cinq cent quatre vingt dix neuf, en l'esglise 
de nostre Dame de Villesalem à la rive des 
processions et assemblées du dit lieu s'est 
présenté René de Brossay escuyer seigneur 
de Montan ayant charge et commandement 
exprès de puissante dame Phelippe de Nail- 
let, dame de Moussy, des baronies de Chol- 
let et la Jumelière, des terres seigneuries et 
chastellenies du Paimpeau, de L'EspJnet, de 
Roche et de Prugny., 

Lequel parlant aux dames prieures reli- 
gieuses du dit lieu de Villesalem, les a som- 
mées et requises de commander aux servi- 
teurs de leur maison de luy tnonstrer ung 
lieu establi pour mestre son cheval et celuy 
de son serviteur, et de luy donner à diner, 
et à la personne de son serviteur, chevaux 
chiens et oiseau, come représentant ladite 
dame de Moussy dame du dict Prugny et 
suivant la coustume que de tousiours et sui- 
vant de longtemps les dames prieures et re- 
ligieuses du dit couvent avoient de cous- 
tume et sont tenues de (aire et de donner \ 



N» 1339 Vol. LXVI 

• 307 

dîsner à la maison susdite, offrant sous cette 
condition, de leur payer et délivrer à leur 
recepveur ou autre de leur part, dans les gre- 
niers des dits lieux de Roche ou de Prunier, 
seize boisseaux froment à la mesure du 
Blanc, de rente annuelle avec les arrérages 
si aulcunssont dûs. A quoi les dictes dames 
ont fait responses qu'elles n'ont point con- 
gnoissance du dit debvoir demandé par la 
dicte dame de Moussy, et qu'elles sont 
prestes de recepvoir les dits seize boisseaux 
de froment mesure du Blanc en les apportant 
céans avec les arrérages parce qu'elles les 
ont envoyé demander à la dicte dame par 
plusieurs et diverses fois, sans pour ce estre 
tenues de bailler le dit dîsner, 

A quoy le dit de Broussay a dit aux dites 
dames, que si leur aura phi de délivrer les 
acquis et quittances aux charges et conditions 
susdites comme ont faict les précédentes 
dames prieures et religieuses du dict lieu, 
le dict debvoir de froment au nombre sus- 
dict leur eut esté délivré; 

Les dictes dames ont dict qu'elles délivront 
(délivreront) suivant l'ordonnance et cous- 
tume du présent pays, l'acquit des dictes 
rentes et arrérages demandés en leur apr'or- 
tans céans, suivant la coustume et ordon- 
nance, et non du dict disner. 

Pour de ce que dessus les parties nous ont 
requis actes par les nottaires soubscripts es- 
tablis par le Roy nostre sire en la sénéchaus- 
sée de Montmorillon et la chastellenie dj 
Blanc pour Monsieur du dit lieu, que leur 
avons octroyé pour leur servir et valoir en 
temps et lieu ce que de raison. Les jour et 
an susdits. Ainsy signé en la mynute de ces 
présentes, M. Quinault prieure du dict lieu, 
René Broussay Tuget et Certain. 

Et signé sur l'expédition délivrée 

Certain, notaire. 

(Archives départementales de la Vienne, 
série H L 41). 

Ce nom est encore porté dans le Mont- 
morillonnais, par une famille de braves 
et très aisés propriétaires cultivateurs : 
gens aux mœurs patriarcales, ayant des 
serviteurs, mais se servant ?ussi eux- 
mêmes ; bref, de ceux devenus rares, qui 
honorent la charrue et ne s'en trouvent 
nullement déshonorés. M. A. B. 

Famille de Chaamont (LXVI, 140). 
— Ni daiis lV//«jonj/ Je la Rochelle par 
Laine, ni dans les ouvrages sur la no- 
blesse de Saintonge par Brémond d'Ars et 
la Morinerie, il n'est question de cette fa- 
mille, qui, en effet. semble avoir tenu bien 
peu de place en . Saintonge. Elle est citée 
dans le tome 29 des. . /archives ^bistotiçues 



L'INTBRMfiDIAIR» 



308 



de Saintonge. Voici quelques détails, tirés 
de la Revue de Saintonge et d Aunis (An- 
nées 1899, p, 114 et suiv. et 1902, p. 
372, 373) sur cette famille, qui, comme 
on peut le supposer par ses armoiries, 
pourrait être un rameau inconnu des 
Chaumonl-Qi!itry . 

Elie de Ravard, seigneur de l'isle, ar- 
dent huguenot, avait eu des démêlés avec 
joachim de Ghaumont, zélé catholique, 
seigneur haut justicier de Ribemont-Mor- 
nay, marié à Renée de Polignac (des Po- 
lignac de Saintonge). 

Le 30 mars 1596, une transaction était 
intervenue, sauf en ce qui concernait les 
droits honorifiques dans l'église de Saint- 
Pierre-de-Tlsle, ce qui fut cause d'un 
procès terrible, terminé seulement en 1608 
par une nouvelle transaction, qui ne calma 
pas les haines, car en 1614, dans une ren- 
contre à main armée, les frères Ravard 
furent, tués, joachim de Chaumont. ac 
cusé d'assassinat, fut côhduit en prison, 
où on le trouva mort le lendemain de son 
incarcération. Il laissait quatre fils : 
Emery, dont il va être parlé ; Joachim, 
seigneur de Cherves (destinée inconnue) ; 
Catherine, femme de François du Plessis, 
seigneur de Châteaudun, etjeanne, mariée 
à Jean Audouin, seigneur des Brousses. 

Emery de Chaumont survécut peu à son 
père : il décéda en 1618, laissant veuve 
Anne-Françoise du Grenier, qu'il avait 
. épousée en 1601 et dont il n'eut qu'une 
fille, Elonore. Celle-ci fut dame de Bignay, 
de Bellarbre (vendu en 1648) et de Ribe- 
montiMornay, dont la seigneurie com- 
prenait la paroissee de Saint-Pierre-de- 
risle. Fille d'honneur de la Reine mère, 
puis dame d'honneur de la reine d'Angle- 
terre, elle s'allia en Angleterre, le 20 dé- 
cembre 1640, avec Jacques Le Coigneux, 
président au parlement de Paris, surin- 
tendant des finances de Gaston d'Orléans, 
dont elle fut la troisième femme (Il au- 
rait été presque nommé cardinal peu au- 
paravant). 

Gabriel Le Coigneux, marquis de Bel- 
larbre, fils d'Eléonore de Chaumont, 
donna une cloche, en 1664, à l'église de 
Bignay, près de Saintjean-d'Angély. La 
Revue de Saintonge attribue à ce sujet, 
mais avec quelque doute, au Chaumont 
en question les armoiries suivantes, qui 
figurent ainsi que celles des Le Coigneux 
sur cette cloche : écartelé 1 et 4 de... à 



DES CHERCHEURS El CUKIBUX 



lo Septembre i^it 



309 

Vépervier de..., et 2 et ^f de... à trois 
fascei de . .. Elle fait observer que les Chau- 
mont-Quitry portaient un fascé d'argent 
et de gueules, et que Renée de Polignac, 
aïeule d'Eléonore, portait en écartelé : 
d'argent à ^fasces de gueules. 

Comte DE St-Saud. 

Clésinger. La lemme piquée par 
un serpent (LXV). — La femme pi- 
quée date du Salon de 1848, il en existe 
des reproductions et descliciiés. 

La présidente s'appelait Mme Sabatier ; 
elle était la maîtresse du banquier Mossel- 
man — et fut celle aussi de Clésinger, 
qui, en souvenir de son corps admirable, 
en fit le modèle de sa statue. 

B. DE COURRIÈRE. 

Famille du Bois de Fiennes 

(LXV, 49, 323, 663, 854; LXVl, 99, m). 

— La généalogie de la famille du Bois de 
Fiennes se trouve notamment dans le : 
Nobiliaire des Pays-Bas et du Comté de 
Bourgogne.^ par le baron de Herckenrode, 
Gand 1865, éditeur Gyselynck. 

P. Taffin. 

Le premier tableau médaillé de 
Jules Dupré (LXVl, 193) Une eau- 
forte de Chauvel, éditée parTooth à Lon- 
dres, reproduit de Jules Dupré un « Pas- 
sage d'animaux sur un pont dans le 
Berri ». Ce doit être le tableau en ques- 
tion. 

Cette eau-forte a été elle-même repro- 
duite en hors-texte, format in-4, par la 
Revue Illustrée (L. Baschet, éditeur, 12 
rue de l'Abbaye, Paris) dans le numéro du 
i*"" novembre 1889, parmi d'autres illus- 
trations d'une courte notice sur Jules Du- 
pré, due à M. Maurice Hamel. 

C. Dehais. 

L'amiral de Lacrosse (LXVI, 190). 

— On lit dans les Batailles navales de la 
France par Troude (Challamel aîné 1868) 
tome IV, p. 209, le passage suivant : 

Le contre-amiral Lacrosse a dirigé pendant 
quelques mois un démembrement de l'ar- 
mée du vice-amiral Bruix. Il n'a servi acti- 
vement qu- dans la flottille de la Manche 
qu'il a commande'e eu chef. 11 a été orouver- 
neur de la Martinique sous la République et 
préfet maritime à la fin de l'Empire, 

Voir aussi dans le même ouvrage, aux 



310 



pages 280 et 281 du volume 11 et aux pa- 
ges 7, 5ï, 188, 321, 324 du volume 111. 

V A. T. 

Philippe - Charles de La Fare 

("LXVl, 209). — Ne le is février 1687, 
Philippe Charles de La Fare entra aux 
mousquetaires en 1701 et se trouva à 
l'affaire de Nimègue (1702). Sous-lieute- 
nant au régiment du Roi en 1703, il as- 
sista en cette qualité à la prise de Bri- 
sach et de Landau et à la bataille de 
Spire. Nommé enseigne de la compagnie 
colonelle du régiment du Roi le 16 jan- 
vier 1704, il obtient, le 7 juin de cette 
même année, le régiment d'infanterie du 
Gâtinais, qu'il va joindre en Italie, où il 
prend part aux batailles de Cassano 
(1705) et de Caicinato (1706). En 1707, il 
est au siège de Toulon ; de 1708 à 1712, 
àl'armée du Dauphiné. 

Il succéda à son père, Charles-Auguste 
de La Fare^ le 29 mai de cette dernière 
année dans la charge de capitaine des 
gardes du duc d'Orléans. En 1714, il est 
à l'armée d'Espagne, où il se trouve au 
siège de Barcelone. Fait brigadier en 17 16, 
il obtient le régiment de Normandie en 
1717 et est nommé lieutenant général au 
gouvernement de Languedoc pour le Vi- 
varais et le Velay, en septembre 1718. 
En 17 19, il fit partie de l'-^irmée d'Espa- 
gne, prit part aux sièges de Fontarabie, de 
Saint-Sébastien et de Roses, et fut nommé 
maréchal de camp le 10 avril 1720. Gou- 
verneur du château d'Alais et des Céven- 
nés le i'' janvier 1721, il fut chargé la 
même année d'une mission en Espagne, 
où il obtint le collier de la Toison d'or 
(21 janvier 1722). Commandant en chef 
en Languedoc (22 février 1724) et cheva- 
lier des ordres du Roi le 13 mai 1731, il 
servit à l'armée du Rhin en 1734, assista 
au siège de Philipsbourg et fut nommé 
lieutenant général le i^' août de cette 
même année. Il resta à l'armée du Rhin 
jusqu'à la paix et obtint, le 29 mars 
1738, la charge de lieutenant général du 
comté nantais. En 1741, il fit partie de 
l'armée de Bavière et de Bohême et prit 
part au siège et à la retraite de Prague. De 
1743 à 1745, il servità l'armée d'Alsace 
sous Coigny, puis sous Conti, qu'il suivit 
aux Pays-Bas en 1746. Créé maréchal de 
France le 19 octobre de cette même année, 
il obtint, le 3 décembre 1751,1e gouverne- 



N» 



»339. 



Vol. LXVI. 
Ml 



t'INVHRMÉOIAÏKJa 



ment de Gravelines et, comme le dit B. 
F., mourut a Paris le 4 septembre 17^2. 
J'ignore le lieu de la naissance de ce 
personnage militaire. Nauticus. 

Lamartine : où fut composé « Le 
Lac » (LX) — M. Lôon Séché, sur cette 
question, publiée dans le Gaulois, 29 août 
1912, un remarquable article d'où nous 
extrayons le passage suivant : 

Il y a trois ou quatre ans, une discussio" 
s'éleva dans V Int'rmédiaire des Chercheur^ 
et Curieux sur le point de savoir à quel en- 
droit précis du lac du Bourget la poésie de 
Lamartine avait pu jaillir de son cœur. Je suis 
en mesure do répondre à cette question. On 
croit généralement que Le Lac fut composé 
sur la colline de Tresserye, à l'endroit qu'on 
appelle encore aujour.l'hui « le bois de La- 
martine », bien que ce bois de châtaigniers 
n'e.xiste plus. C'est une légende que les vers 
mêmes du poète suffiraient à détruire. Reli- 
sons-les plutôt ensemble : 
O lac ! l'année à peine a fini sa carrière. 
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir, 
Regarde,je viens seul m'asseoit sur cette pierre 

Où tu la vis s'asseoir. 
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes, 
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés, 
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes 
Sur ses pieds adorés. 

Or, de l'extrémité de la colline de Tres- 
serve au lac, du côté du Petit-Port, il y a 
plusieurs centaines de mètres, et le seul en- 
droit du rivage où il y ait des roches pro- 
fondes et où l'on puisse, étant assis, recevoir 
l'écume des eaux, c'est le cap S lint-Inno- 
cent. Ouvrons, d'ailleurs, le roman de Ra- 
phael à la page où Lanzartine raconte la 
promenade qu'il fit au bord du lac avec 
Julie (Charles), la veille de leur départ d'Aix- 
lesBains. 

« Cette futaie de Saint-Innocent, dit il, est 
un cap qui s'avance au milieu des flots dans 
la partie la pius mélancolique et la plus in 
habitable de la rive. Elle se termine à quel- 
ques rochers de granit lavés par l'écume 
quand le vent la soulève, secs et luisants 
quant le flot est retombé. Nous nous assî- 
mes chacun sur une de cês pierres continués. 
Hn face, l'.ibbaye de Hautecombe pyramidait 
en noir devar.t nous, de l'autre côté du lac, 
Nous regardions une petita tache blanche 
qui brillaitau pied des terrasses sombres du 
monastère. C'était la maison du pêcheur où 
ces flots nous avaient jetés tous les deux 
pour nous réunir éternellement par le ha- 
sard de cette rencontre... > 

Cela étant, quoi de plus naturel que La- 
martine, en apprenant au mois de septembre 
1817 que Mme Charles, mourante, ne pour- 



rait pas le rejoindre 
sur une des pierres 



j,2 ■ 

à Aix. ait été pleurer 
où l'année d'avant ils 
s'étaient assis tous deux ? A défaut d'une au- 
tre indication, je n'hésiterais pas une minute 
à désigner la pointe avancée du cap Saint- 
Inno>:ent comme ét.mt « le lieu de l'inspira- 
tion du Lie ». Mais j'en ai trouvé une autre 
très précise dans une lettre de Louis de Vi- 
gnet à Giiichard de Bienassis, qui est entre 
mes mains, et l'on ne saurait mettre en 
doute la parole de Vignet, puisqu'il était à 
Aix avec Lamartine quand fut composée 
ÏOde au Lac. C'est bien au cap Saint-Inno- 
cent que jaillirent ces stances immortelles. 
Et voilà pourquoi le monument d'Elvire 
sera érigé là, pour le centenaire du Lac, en 
1917... 



Famille de Malherbe (LXVI, 190). 
— Le poète François de Malherbe, 
Ecuyer. sieur de Digny, Gentilhomme de 
la Chambre (1555-1628), de la branche 
cadette de Missy, était fils aîné d'autre 
François et de Louise Le Vallois.ll épousa, 
en Provence, Madeleme de Coriolis, dont 
il fut le troisième mari. Celle-ci, fille de 
Louis de Coriolis, Président au Parlement 
de Provence, et d'Honorée d'Escalis, était 
veuve en premières noces de Balthazar 
de Catin, seigneur de Saint-Savournin, 
et en deuxième mariage de Jean de Bour- 
don, seigneur de Boue. 

Les auteurs consultés ne constatent 
qu'une alliance indirecte de la famille de 
Malherbe avec les Turgot. Dans la bran- 
che ainée du Bouillon, Jacques de Mal- 
herbe, Ecuyer, seigneur du Bouillon et 
d'Ecorchebœuf, Lieutenant général et cri- 
mmel au Bailliage et siège présidial de 
Caen, épousa, par contrnt du 14 février 
1580, .Marie Auger, laquelle était sœur 
de Madeleine, femme d'Antoine Turgot, 
Hcuyer, seigneur de Saint-Clair, Rcstau- 
dière, Lanteuii, Manneville, etc. (LaChe- 
naye-Desbois, tomes 13 et 19). 

M A DEL. 






l'ai dans ma bibliothèque les Œuvres 
poétiques de Malherbe éditées par Prosper 
Bianchemain en 1877 ^Librairie des Bi- 
bliophiles, rue Saint-Honoré 338) en 
tète desquelles il a mis d'assez longues 
notes biographiques sur Malherbe ; j'y 
puise pour répondre à la question posée. 

François de Malherbe naquit à Caen, en 
I5S5, de François, sieur de Digny, conseiller 
du roi au siège présidial de Caen et de Louise 
Le Vallois, mariés le »3 juillet 1554, 



DBS CHBRCHBUKS HT CURIEUX 



31} 



A propos de Le Vallois, il existe à Caen 
un hôte! Le Vallois (ou d'Escoville) que je 
me souviens avoir vu lors du Congrès ar- 
chéologique tenu à Caen en 1908. Cet hôtel 
a été bâ'.i par Nicolas Le Valais, sieur d'Es- 
coviile.niort en 1 S41 . 

François de Malherbe fut envoyé succes- 
sivement à Paris, Bâie et Heidelberg pour 
compléter son éducation, puis il revint à 
Caen qu'il quitta pour la Provence où il de- 
vint secrétaire de Henri d'AngouIéme, fils 
naturel de Heiiri II. 11 épousa, à 26 ans, 
Madeleine de Carrioiis ou Corriolis, fille 
d'un Président au Parlement de Provence et 
veuve de deux maris. 11 en eut Hf nri, né en 
iS^isà Aix, mort à Caen en '^87. Jourdaiîîe, 
née en 1591 en Normandie, morte de la 
peste à Caen en 1599, Marc Antoine né à Aix 
en lôoo, tué en duel en 1626, par Paul Fortia, 
seigneur de Piles. 

A propos des alliances de la famille de 
Malherbe (seconde partie de la question) 
je trouve dans mes archives familiales 
qu'en 1721, Louise Hérault, fille de Ga- 
briel, écuyer, seigneur de Bellesmes, La 
Petitière, etc., etc., épousa Jacques de 
Malherbe, écuyer, seigneur et patron 
d'Augé et de Daltiniere, et aussi qu'en 
1^74 Marie Hérault épousa Charles de 
Malherbe^ écuyer, seigneur des Carrières 
(on trouve aussi comme date 1'*'' mai 

Peut-être encore Françoise Hérault 
épousa-t-elle, en 1572, Guillaume de Ma- 
lherbe, écuyer, seigneur de Clopée. 

D'après Chamillart, Michel Hérault, 
écuyer, seigneur de Brezelle et de la Be- 
nastière (1603 f 13 octobre 1675) aurait 
épouséen premières noces Isabeau Le Val- 
lois. G. DE La Véronne. 



Famille de Montsaulnin (LXVI, 
190). — Cette famille est originaire du 
Dauphiné, mais une branche importante 
est fixée depuis longtemps dans le Berry, 
et l'un d'eux y fut député, il y a quelques 
années. Elle possède, aux environs de Né- 
rondes, le château de Fontenay. Le comte 
de Montsaulnin, marquis de Montai, ba- 
ron de Fontenay, a ce dernier château, 
parNérondes (Cher). En s'adressant a lui' 
on obtiendrait certainement tous les ren- 
seignements désirés. Sinon, voiràlaBi- 
bliotheque Nationale, Cabinet des Titres. 
Armes : de gueules., à j léopards cVor^ l'un 
sur l'autre. E. Grave. 



10 Septembre I9l«. 
314 

Philibert de Chalon. prince d'O- 
range (LXV, 83 1 ; LXVI, 63, 1 5 5.— 'Voir le 
livre d'Ulysse Robert (Pion. 1902). Phili- 
bert de Chalon, lils de Jean IV et de Phili- 
berte de Luxembourg, mort sans alliance 
en 1550, avait une sœur aînée, Claude de 
Chalon, morte en }52i, qui avait épousé, 
en I T 1 5 , Henri de Marsan, dont elle eut un 
fils, René. 

Lire U. Robert {Phiiihert-Chilon) no- 
tamment les pages 462 et suivantes sur 
Philiberte de Luxembourg s'occupant, dans 
son château de Lons le-Saunier, dérégler 
avec son gendre les questions relatives à 
la succession échue au jeune René. 

L. 

Randon de PuUy (LXVI, 5). — 
A propos de cette famille, je trouve 
dans \ Almanach du Poitou pour 1779 ; 

Randon, receveur des tailles des deux exer- 
cices de l'élection de Fontenay. 

(Page 137). 

et parmi les Receveurs généraux des Finan- 
ces, Randon d'Hannucourt,rue de Richelieu, 
à Paris, de l'exercice impair. 

(Page 159). 

Ces Randon étaient- ils parents des 
Randon de Pully ? 

G. DE La Véronne. 



Jean-Jacques Rousseau. Sa mort 

(T G. 789 ; i; IX ; XI ; XIv' ; XXill ; LV ; 
LXVI, 195). — Nous recevons la lettre 
suivante : 

Gouvieux (Oise) 

Le 28 août 1912 

Monsieur le Rédacteur, 

Dans le n° du 20 août de ['Intermédiaire 
des Chercheurs et Curieux^ vous annoncez, 
sous la rubrique : « Jean-Jacques Rousseau 
et son genre de mort », que le D' Julien 
Raspail (et non Jules) vient de rouvrir 
bruyamment cette controverse par une étude 
publiée dans la Revue de Paris^ et vous le 
qualittez de petit-fils de Xavier Raspail. 

Pour des raisons particulières, je tiens à ré- 
tablir que le D"" Julien Raspail est le fils de 
mon frère Emile, décédé en 1887. 

Comptant, Monsieur le Rédacteur, que 
vous me donnerez satisfaction en insérant 
cette rectification, je vous prie d'agréer l'as- 
surance de ma considération distinguée. 

Xavier Raspail. 



N» 1339 Vol. LXVI. 



L'IN TBRMÊDIAIRB 



31Ç 

* * 
Erratum. L'étude du docteur Julien Ras- 

pail a été publiée dans la Grande Revue^ 

comme nous l'avons écrit, et non dans la 

Revue de Pari<:. 

Maison habitée par Jean-Jacques 
Rousseau, rue Platrière (T. G., 590 ; 

LXV'l, 1121. — Le Coniiié des Inscrip- 
tions Parisiennes n'a jamais pu donner 
une solution favorable à la question, et 
quoi qu'en dise M. Valère Fanet, elle n'est 
pas encore résolue. Les visits de Bernar- 
din de Saint-Pierre, d'Eymar de Mar 
scille, et de Manon Philipon peuvent fort 
bien, comme il le reconnaît lui-même, 
avoir eu lieu dans des locaux différents, 
mais qui prouve que ce soitdins !a même 
maison? Kousseau a très bien pu. lors- 
qu'il a donné une servante à sa femme 
malade, aller dans un autre immeuble. 
D'après les uns, il demeurait au 2, d'après 



316 



les autres, au 10: or, il a fort bien 



pu 



habiter les deux. 

A ce propos, je tiens à rectifier ma note 
de Vltitermédiaire du 10 mars 1884 Au 
lieu du Moniteur au 4 juillet 1851, page 
:83i, col 3. il faut lire : i'^ juillet 1851, 
page 1849, ^'^'- ^- L'auteur de l'article, 
reproduit d'après le Siècle, tient pour le 
10, et en cela, il est absoloment d'accord 
avec le plan de Maire, qui ne place pas 
du tout la maison à l'angle de la rue 
Coquillière. mais un peu plus loin, à 
droite. Gomboust 

Voici l'article du Moniteur dont il vient 
d'être parlé : 

Beaucoup d'étrangers parmi ceux qui 
se trouvent en ce moment à Paris, les An- 
glais principalement, qui ont voué une ad- 
miration sincère à Jean-Jacques Rousseau et 
à ses écrits, se rendent dans la rue qui porte 
aujouid'hiii son nom pour visiter la maison 
où il a passé les dernières années de sa vie 
Mal renseignés le plus souvent par les per- 
sonnes du quartier elles-mêmes, qui pensent, 
comme beaucoup de Parisiens, que l'illustre 
Genevois demeura d^ns la maison portant le 
n" 2 de cette rue, et qui vient d'être démolie 
et reconstruite pour l'élaigissement de la rue 
Coquillière, ils s'étonnent à bon droit qu'au- 
cun monument commeivoratif ne rappelle le 
dernier séjour que ce philosophe célèbie a 
fait dans nos murs. 

Nous croyons devoir rappeler à ce sujet ce 
qui a été dit dans ce journal il y a quelques 
mois, lorsqu'il fut quoition 'ie déniolir la 
maison du n° 3. Ce n'est pas dans cette mai- 



son que Jean-Jacques Rousseau habita. Celle 
où il demeura pendant huit années, jusqu'à 
son départ pour Ermenonville, n'a pas été 
démolie. L'aspect extérieur n'en a pas été 
changé, et c'est à peine si quelques légères 
modifications ont été apportées dans sa dis- 
tiibution intérieure. 

Cette maison porte le n" lo de la rue, 
presque vis-à-vis de l'hôtel de l'Administra- 
tion des Poste-. C'est là que jean-Jacques 
occupait un appartement au 4^ étage de cette 
maison, et où il fut visité par les hommes 
les plus émineiits de la seconde moitié du 
xvm* siècle. (Siècle) 

Rousseau ( Généro4 Guillaume- 
Charles) (LXVI, 142,257).— Né le 2- no- 
vembre 1772 ; marié le 8 aoijt 1810 à 
Geneviève-Charlotte Le Boul ; mort le 
i" octobre 1834 ; officier de la Légion 
d'honneur ; major des fusiliers de la 
garde; général de brigade 1813 ; che- 
valier de l'Empire en 1810 et baron par 
lettres patentes du 19- juin 1813 ; dona- 
taire d'une rente de 7000 fr. sur le .Mont- 
de-Milan 1808, en Illyrie 181 1, sur le 
Trasiméneen 181 5. ~ Il eut deux filles 
dont l'une, Michelle-Mathilde épousa N... 
Mecquier. — Armoiries : d'argent au Hou 
rampant de gueules, tenant de la dextre 
une èpct haute de sable et appuvè de la se- 
nestre sur un cor-de-cbasse du même ; au 
comble d'azur chargé de 2 étoiles d'or ; au 
franc-canton brochant : de gueules à Vépée 
haute en pal d'argent qui est de : baron 
militaire. (Armoriai du /"" Empire, par 
Révérend, IV, 182) Petracorensis, 

Saint-Aalaire, acteur (LXVI, 191). 
— Ce fut le premier professeur dcRachel. 
Pierre, Jacques Porlier-Pagnon, dit Saint- 
Aulaire, était originaire de Rouen, où il 
naquit en 1793. Nous le trouvons en 
1817-18 à Bordeaux, aux appointements 
modestes de 11500 francs. Visage mâle, 
taille élevée, bon timbre de voix, mais 
acteur froid, tel était Saint-Aulaire qui 
fut relégué dans l'emploi des raisonneurs 
et des confidents. Appelé à la Comédie- 
Française, il y débuta le 2 mai 1820 et fut 
nommé pensionnaire. Le i*"" avril 1826,11 
fut élevé au sociétariat. 

Excellent professeur, Saint-Aulaire ou- 
vrit alors un cours de déclamation (au- 
jourd'hui, nous dirions « diction ») au 
Théâtre Molière, rue Saint-Martin. C'est 
là qu'il donna les premières leçons à celle 



OBS CHBRCftHUR» HT CURIBUX 



lo Septembre 191 s . 



317 



318 



qui devait s'illustrer dans la tragédie sous 
le nom de Rachel. Contraint de fermer 
ce cours, parce que, contrairement aux 
règlements, il y admettait des élèves du 
Conservatoire, Saint-Aulaire, acteur très 
utile, continua son service à la Comédie. 
Mais, comme tous les acteurs utiles, il fut 
nécessairement beaucoup plaisanté, et 
c'est à propos de lui et de son camarade 
Desmousseaux que le sarcastique Samson 
improvisa un jour cette boutade qui fit 
le tour des coulisses : 

Entre ces deux talents je dem-.'ure anxieux : 
Quand je vois Desmousseaux, j'adore Saint- 
Aulaire, 
Mais lorsque Saint-Aulaire, hélas ! s'offre à 

mes yeux, 
C'est Desmousseaux que je préfère. 

Saint-Aulaire se retira le i*"' avril 1841, 
et mourut à Paris, boulevard des Italiens 4, 
le II mai 1864. Ayant eu une représen- 
tation de retraite à la Comédie, il en 
abandonna le tiers, soit frs 654,5c à la 
Société des Artistes dramatiques. Le Vau- 
deville compta dans sa troupe, en 1819, 
une madame Saint-Aulaire. 

On vit au Salon de 1839 "'^^ peinture 
de Planât, représentant Saint-Aulaire dans 
le rôle de Claudius d'Hamtet, et l'on peut 
voir encore son portrait dans le tableau 
les Sociétaires de la Comédie française en 
1840, par Getïroy. Musée de la Comédie. 

M. Petracorensis demande pourquoi ce 
brave artiste avait pris le pseudonyme de 
Saint-Aulaire ? Mais probablement pour 
sacrifier à la mode de l'époque qui nous 
a donné au théâtre Saint-Ange, Saint- 
Aubin. Saint-Clair, Saint-Elme_, Saint-Er- 
nest, Saint-Eugène, Saint-Fal, Samt-Fir- 
min, SaintGérand, Saint-Hilaire, Saint- 
Huberty, Saint-Jules, Saint-Léger, Saint- 
Léon, Saint-Marc, Saint Martin, Saint- 
Preux, Saint-Prix, Saint-Romain, Saint- 
Val. Saint- Victor et Saint-Yves. 

Henry Lyonnet. 

La Taglioni aXVI, 191). - On 
trouvera dans le Vapereau Aq 1870 des in- 
dications sur la célèbre danseuse, qui est 
née à Stockholm en 1804, d'un père né à 
Milan. Tous les membres de la famille 
sont des danseurs, et son frère Paul eut 
une fille, également nom.mée Marie. 

Il existe un portrait d'elle gravé sur 
acier, par Vidal qui la représente dans le 
rôle de la %< Sylphide ». On trouvera en- 



core, si je ne me trompe, quelques anec- 
dotes sur elle, dans les Petits Mémoiies de 
l'Opéra du baron de Boigne. Une lettre 
d'elle adressée à un M. Laporte, n'a trait 
qu'à un compte qu'elle désire voir termi- 
ner. Elle est datée du 8 octobre 1832. 

E. Grave. 

* 

Le petit-fils de la Taglioni est le comte 
Gilbert de Voisin (45 rue de Lisbonne). 

11 est infiniment plus simple de s'adres- 
ser à lui. 

Tugdual de Kermoysan (LXVI, 
192). — Dit : Le Bourgeois, chevalier 
sous le connétable de Richemont, l'ac- 
compagna dans toutes ses guerres ; il se 
distingua au siège de Saint Denis en 
143 5, et entra le premier à l'assaut dans 
la place ; battit les Anglais l'année sui- 
vante, dans la plaine de Saint-Denis; 
monta le premier sur la brèche, au siège 
de Montereau en 1437 ; contribua à la 
reddition de Meaux en 1439 ^ conduisit 
l'attaque au siège de Caen en 1459 et 
y fut tué, dans la tranchée, d'un coup de 
couleuvrine. La famille de Kermoysan, en 
Cornouailles, seigneurs de Goasmap, du 
Rumeur, de Kericuff, de Leslech, portait : 
de gueules à 7 coquilles d'argent. ^, j et i. 
(Pol de Courcy, Nobiliaire de Bretagne). 
On voit que le lieu et la date de la mort 
de Tugdual ne sont pas les mêmes que 
ceux indiqués par Quaesitor, mais quant à 
la date, c'est P. de C qui se trompe, car 
Cherbourg et Caen rentrèrent en posses- 
sion des Français en 1450. Quant au lieu, 
je n'ai pas les éléments pour choisir entre 
Caen et Cherbourg. Nisiar. 



* 
* ♦ 



Jusqu'au xiv« siècle, les Kermoysan por- 
taient le nom de « Bourc'his », en fran- 
çais, « bourgeois ». 

Le premier seigneur connu de cette 
maison qui a possédé les fiefs de Ker- 
Bourc'his, Kermoysan etc., (en Pomme- 
rit-le-Vicomte, Evêché de Tréguier) se 
croisa en 1248. Bernard donne quittance 
de ses gages et de ceux de sa compagnie, 
servant aux guerres de Normandie, à 
Pont-Audemer, en 1357. Payen ratifie 
le traité de Guérande en 1381. Guillaume, 
sénéchal de Cornouailles, en 1382. 

Yvon, qui vivait en 1380, est l'auteur 
de : 1° lean, marié vers 1409 à Amice de 
Kermeur,2°Thugdual;dit«le Bourgeois », 



K' 1)39. 



Vol. 



LXvI 

319 



L NXiiHMJf<»iAIRÈ 



chevalier, sous les ordres de l'Amiral de 
Coëtivy et du connétable de Richemont, 
qu'il accompagna dans toutes leurs guer- 
res. 11 défendit, en 1420, le château de 
Mont-Aiguillon, en Brie, dont il était gou- 
verneur, contre le duc de Bourgogne et le 
roi d'Angleterre ; se distingua au siège de 
Saint-Denis en 143 "> et entra le premier, à 
l'assaut, dans la place ; battit les Anglais, 
l'année suivante, dans la Plaine de Saint- 
Denis ; monta le premier sur la brèche, 
au siège de Montereau. en 1437 ; contri- 
bua à la reddition de Meaux, en 1439; 
fut capitaine de Saint-Germain-en-Laye, 
en 1443 ; conduisait l'attaque au siège de 

Caen, en 1459, ^^ Y ^^^ ^"^' *^^"'' '^ tran- 
chée, d'un coup de coiileuvrine. 

La branche ainée fondue au xvi* siècle 
dans le Borgne de la Ville Balain, puis du 
Perrier. 

Thugdual portait : De gueules à sept 
coquilles d'j/gent, 3, 3 et i. Ecu tmibré 
d'un heaume cime d'une tête d'aigle : 
supports : deux aigles. (^Sceau appendu à 
une quittance de gages de Garde de la 
place de Monteclerc, 10 juillet 1447. 
Coll. Clair. R. 2s, P. 1849). 

Bernard, en i-, S7, à Pont-Audemer, 
scellait d'un ecu portant trois coquilles, 
au bâton, en bande, brochant. [Ibid). 

Potier de Courcy, indique mêmes ar- 
moiries, et aliàs : Dr gueules à deux fnscès 
d'argent accompagnées de sept coquilles de 
même, d'après un sceau de 141b. 

P. LE Vayer. 

Une réplique delà « Simplicité », 
tableau de orreuze fLXVl, 238). — 
Col. 239, ligne 34, lire : *< Collection 
Morrison ». 

La course des apothicaires dans 
« Monsieur de t-ourceaugnac » 
(LXV, 64.4, 814; LXVl, 2s). —Je crois 
qu'il n'existe aucune édition de Molière 
donna .t d'autres indications, sur la mise 
en scène de « La Course dce apothicaires» , 
que celles que l'on trouve partout, c'est- 
à-dire pendant que les deux médecins 
chantent : 

« Piglia lo su, 
Signor .-ronsu ; 
Che non ti fara maie », etc. 

'< M. de Pourceaugnac, mettant son cha- 
peau pour se garantir des seringues, est 
suivi par les deux médecins et par les ma- 



320 

tassins : il passe par derrière le théâtre, 
et revient se mettre sur sa chaise, auprès 
de laquelle il trouve l'apothicaire, qui l'at- 
tendait : les deux médecins et les matas- 
sins rentrent aussi. 

... M de Pourceaugnac s'enfuit avec la 
chaise, l'apothicaire appuie sa seringue 
contre, et les médecins et les matassins le 
suivent. » 

Voilà ce qu'a écrit Molière, et ce qui 
ne semble pas supposer une poursuite 
dans la salle. Cependant, cette tradition 
semble déjà assez ancienne, si j'en juge 
par le fragment suivant, signé Emile de 
La BédoUière, et découvert dans une édi- 
tion qui doit dater du milieu du xix' 
siècle : 

« Cizeron-Rival, auteur des Récréations 
littéraires, prétend que Lulli, ayant en- 
couru la disgrâce de Louis XIV, rentra en 
faveur en jouant une seule fois le rôle de 
Pourceaugnac. Après avoir longtemps 
couru sur le théâtre p6tiY éviter les apo- 
thicaires, se voyant serré de près, il sauta 
sur la boîte du clavecin, qui était au mi- 
lieu de l'orchestre. Il s'y enfonça jus- 
qu'au cou, de sorte qu'on ne voyait plus 
que sa tête sortant des débris. Le roi rit 
et fut désarmé. La tradition veut que, 
dans la dernière scène de l'acte I, on fasse 
paraître un nombre considérable de ma- 
tassins, qui, après avoir poursuivi M. de 
Pourceaugnac dans tous les recoins de la 
scène, se montrent avec lui dans les loges 
le long des galeries. » (Emile de La Bé- 
doUière.) 

Cependant, je remarque déjà un chan- 
gement dans la mise en scène actuelle, 
par rapport aux indications de Molière, 
contrairement à ces dernières, en effet, 
l'apothicaire suit Pourceaugnac, et ce 
sont les deux médecins, restés en scène, 
qui l'attendent (je veux dire les deux mé- 
decins de la scène XI, les médecins gro- 
tesques se mettant en effet, avec les ma- 
tas.sins, à poursuivre Pourceaugnac). 

En ce qui concerne « Le Dépit amou- 
reux >♦, toutes les éditions que je consulte 
me donnent le jeu descène : '< Eraste, ti- 
rant son épée : ... Voici de quoi te délier 
la langue. » Celle dont parle M. Henry 
Lyonnet était évidemment une exception, 
pour ne pas porter cette indication. 

L'édition de Molière à laquelle a fait 
allusion notre collaborateur est dite « de 
la Comédie-Française » . Les annotations 



DES CHERCHEURS HT CURIEUX 



lO Septembre 1913 



;3l 



322 



en étaient faites, en effet, par des socié- 
taires, selon les mises en scène tradition- 
nelles du répertoire. Les volumes de cette 
collection ont, à l'heure actuelle, disparu 
de la circulation, sans avoir eu, me sem- 
ble t-il, le succès qu'ils méritaient. Mais 
je n'oserais pas affirmer que ^ M. de 
Pouceaugnac » ait été édite de la sorte. 
Maurice Charpentier. 

Voyage àl'Ile de Pâques (LXVI, 143 
260; . — Consulter le Bulletin de géogra- 
phie de 1895 ; — Revue maritime et colo- 
niale, novembre 1872 ; — le Bulletin de 
de la Société de géographie 1878^ 2* semes- 
tre et le Tour du Monde 1878 p, 22s, qui 
ont publié ï Exploration de l'Ile de Pâques 
par Pinarl. Oroel. 

Distique latin : quid faciès. . . (LXVI, 
7. 162, 224). 

Q.uid faciès faciès Veneris cum venerisante? 
Ne cedeas sedeas, ne per eas pereas 

Le distique est bien amusant. Je ne le 
connaissais pas et suis bien content de le 
connaître ; mais il faut le rectifier de deux 
façons ; car il est faux de deux ma- 
nières. 

ï» 11 ne faut pas : A^^ cedeas, car c'est à 
la fois un barbarisme, le verbe étant cedo 
et non cedeo et il faut cédas; — et une faute 
de quantité — dans cède ce étant long {cé- 
dant arma togœ) et, pour ce encore, il 
faut cédas. 

2" D'autre part, il ne faut pas sedeas ; 
car le sens serait alors : pour ne pas céder 
reste assis; or on peut très bien sedens fe- 
minœ misceri et donc le conseil serait ab- 
surde. Il faut lire : sed eas, ce qui donne : 
pour ne pas céder va, sauve toi (en latin 
médiocre, mais tolérable). Je crois donc 
qu'il faut lire : 

Quid faciès faciès Veneris cum veneris ante? 
Ne cédas, sed eas, ne pereas per eas. 

Emile Faguet. 

— Réflexions faites, comme il est natu- 
rel que l'on réfléchisse sur une si grave 
question, je propose une troisième lecture 
du distique. Bien entendu, il nefautpas lire 
comme il a été imprimé d'abord: « Ne ce- 
deas sedeas... > pour les raisons que j'ai 
dites. Mais il ne faut pas lire non plus, 
comme je Tai proposé : « Ne cédas, sed 
eas, . . > Il faut lire : « Ne sedeas, sed eas. . . » 



(Ne t'assieds pas, ne resté pas assis, mais 
va t'en). 

Donc, à mon avis, le distique en son 
entier doit être lu ainsi : 

Quid faciès faciès Veneris cum veneris ante? 
Ne sedeas, sed eas, ne pereas per eas 

E. F. 

Bâbord, tribord (LXV, 622 ; LXVI, 
264J. — Interrogez un vieux marin au 
lieu d'un professeur de linguistique. Il 
vous dira que sur le pont s'ouvrait la 
batterie d'avant, dont l'entrée était sur- 
montée d'une large inscription, batterie. 
BAT s gauche, d'où bâbord, terie à 
droite, d'où tribord. Ce n'est pas plus 
difficile que cela. Quel dommage pour les 
étymolôgies celtiques et autres! 

NOLLIACUS. 

* 

* » 

Extrait de La Famille, Moniteur des 

Associations mutuelles, i^e Année n" i, 
Janvier 1848. Administration rue Saint- 
Etienne 15, près le Boulevard Bonne- 
Nouvelle, à Paris, page 28, col. i : 

« Origine des noms Bâbord et Tiibord ». 

Tribord et Bâbord, nom du côté droit d'un 
bâtiment en regardant de j'arriére à l'avant : 
les marins disent Tribord pour droite, c'est 
l'opposé de Bâbord pour gauche. Voici 
quelle est l'origine de ces deux mots : on 
écrivait autrefois en grosses lettres, dans la 
batterie d'un bâtiment, sur le milieu du banc 
de lanière des cuisines : Basterie, or il arri- 
vait à cause des cloisons et des épontilles du 
milieu, que, pour peu que l'on fut sur l'ar- 
rière^l'œil ne découvrait jamaisque la moitié 
du mot ; d'un côté, c'était Bas et de l'autre 
Terie, Us matelot- fabriquèrent Bas-bord et 
terie-bord ou tiibord, et en fiient la gauche 
et la droite du navire. 

G. DE M. 

Le chien Berganza (LXVI, 193), — 
M. Arsène Alexandre n'a qu'à se reporter 
à l'une des nombreuses traductions fran- 
çaises du CoJoquio de los Perros, l'une des 
plus &musd.nXQS l Novelas Exemplares de 
Cervantes, pour être fixé sur ce qu'il dé- 
sire savoir. 

Camille Pitollet. 

* * 

Un souvenir un peu vague de lecture 

me donne le chien Berganza pour une 
création de Cervantes ; c'est, si je ne me 
trompe, un chien littéraire et l'œuvre 
dans laquelle il figure une sorte de satire. 



\ 



N* 



«339- 



Voi. 



LXVl. 

- 323 



iNTBRMBDïAiRh 



324 



Le Don Quichotte éclipse tous les autres 
ouvrages de Cervantes c'est une injustice 
et je réclame pour les Nouvelles qui sont 
charmantes, pour Numance. un drame 
d'une grandeur épique, il me semble 
qu'il est question du chien Berganza dans 
les Cent es fantastiques d'Hotïmann.j'indi- 
que sous réserve ces références, n'ayant 
pas les moyens de vérificaiion sous la 
main. H. C. M. 

Boscar (XLU ; XLllI ; LXV,62 1 ; LXVl, 
219^. — Celte rubrique a l'air toute neuve, 
parce qu'elle ne comporte, ainsi orthogra- 
phiée, que deux renvois. M ùssi l'on veut 
bien restituer au mot le ioriginel(et termi 
nal) que lui avait donné, le siècle dernier, 
M.PaulBourget,voicicommentrondevrait 
marquer les références : yXLll, 772, 873, 
955, 980 ; XLIll, 108, 203, 492, 69^, 
792, 840), et il se peut que j'en omette. 
Si je ne me trompe, c'est à propos de ce 
vocable que M. Daron, notre savant col- 
lègue, s'est manifesté pour la première 
fois aux lecteurs de V Intermédiaire et qu'il 
a commencé la prédication de son évan- 
gile néo-grec. Quelques personnes pro- 
testèrent, parmi lesquelles M. Paul Arge- 
lès et moi-même (d'où résulte que je sois 
si bien documenté) ; et quand on eut im- 
primé sur le mot boscai J la valeur de 
deux fascicules peut être de la revue, M. 
Daron garda, je crois, pendant une di- 
zaine d'années, un silence à peu près- 
complet. Je supposais à tort que ses idées 
s'étaient assagies, ou, s'il préfère, modi- 
fiées et rapprochées de celles de tout le 
monde. Je me trompais. Notre collègue 
fourbissait de nouvelles armes. Il est re- 
mvjnte, voici deux ans passés, sur son... 
cheval de bataille et il est parti pour la 
deuxième croisade. Elle parait avoir d'ail- 
leurs à peu près le même succès que la 
première, et les mécréants de jadis voient 
d'un œil amusé — quoique un peu las — 
leurs successeurs et le toujours ardent 
champion du Pampélaagisme échanger les 
mêmes arguments {boicard compris) qu'il 
y a une douzaine d'années. — Le grec est 
comme le cœur, il ne vieillit jamais. Et 
comme le cœur aussi, i! trouve en foule, 
sous la plume de IVl. Daron, « des raisons 
que la raison ne connaît pas. » 

G. DE FoNTENAY. 



Mont Pagnotte (LXVl, 187). 

Pagnote, adj., qui est sans courage, sans 
énergie... Mont pagnote, tout lieu élevé d'où 
l'on peut, sans péril, regarder un combat. 
Exemple : J'ai oublié de vous dire que, pen- 
dant que j étais sur le mont pagnote à regart 
der l'attaque, le R P. de la Chaise étai- 
dans la tranchée et même fort près de l'at- 
taque, pour la voir plus distinctement. Ra- 
cist. Lettre à Boiîe<iu, 18. 

(Dictionnaire DE Littré) J. P. 

* « 
Je suis heureux de pouvoir renseigner 
M. Piton. J'ouvre pour cela simplement 
bescherelle : 

Pagnote s. m. de \'\iz\\Qn pagnotta, pe- 
tit pain que l'on donnait aux personnes qui 
se louaient pour escorter les grands dans 
•quelques cérémonies. Poltron, lâche, surtout 
à la guerre. Tu ne seras jamuis qu'un pa- 
gnote. Vieux. Prov. et fig. Mont Pagnote. 
Lieu élevé d'où l'on peut sans aucun péril, 
regarder un combat. Pendant l'action, il se 
tint sur le mont Pagno"ll.*Vieux. 

Je ne sais si le mot est trivial ; il est 
seulement oublié. Dans tous les cas. je 
trouve la repartie de Souvré fort spiri- 
tuelle. Voltaire a employé le mot Pagno- 



E. Grave. 

dictionnaire, 
guerre » dit 



terie, né de Pagnote. 

Il suffisait d'ouvrir un 
« Mont Pagnote, terme de 
Richelet. 

On appelle ainsi un lieu élevé qu'on choi- 
sit hors de la portée du canon des ennemis 
et où se placent ceux qui sont curieux de 
voir un camp, u*: siège ou un combat sans 
être en danger. On l'appelle aussi le poste 
des invulnérables . 

Dans une lettre adressée à Boileau, 
Racine a fait l'emploi de cette locution 
« mont Pagnotte * . 

La langue du xviii* siècle connaissait 
aussi l'expression devenue vieillotte de 
pignoterie (poltronnerie, lâcheté) et celle 
de pagnote, par laquelle on désignait un 
homme dénué de courage et d'énergie. 

D'après Ménage, « les Italiens appellent 
gcntillioniini di pagnotta ces gentilshom- 
mes que les seigneurs louent pour leur 
escorte aux jours de cérémonie, à cause 
qu'on leur donnait des pains (pagnotta) ce 
jour-là. » (?) 

De là, le nom dt pagnotta avait passé, 
avec un sens péjoratif, aux soldats d'occa- 
sion, dont la bravoure était tenue en 
mince estime. Qu/tsiTOR. 



OBb CKisRCHKUKS El CURIEUX 



10 Septembre 1911 



325 



* » 



32b 



Ce mont existe dans la forêt de l'Hal- 
late. On y va par Senlis, ou par Creil- 
Fleurines ou par Chantilly. Il est de fait 
qu il n'y a trace d'aucune construction 

sur ce mont. C. P. 

* 

• ♦ 

Il y a au milieu de la forêt d'Halatte 
aux environs de Senlis, ancienne rési- 
dence royale, une colline boisée connue 
depuis un temps immémorial sous le nom 
de mont Pagnote. 

De tous temps les rois de France sont 
venus courre le cerf en Halatte. 

Baron de Maricourt. 



11 existe sur le territoire du canton de 
Senlis, commune de Villers-Snint-Fram- 
bourg, un mamelon boisé et froid qui 
porte le nom de mont Pagnote. 

Eleem de Cantiliaco. 

» « 

Le mont Pagnote ou Pagnotte a deux 
significations. Rester sur le mont Pa- 
gnotte veut dire rester sans combattre. 
(Voir pour l'étymologie italienne le Dic- 
lionnaire de Hatzfeld et Darmsteter). 
D'autre part, le mont Pagnotte est une 
éminence située dans la forêt de Hallatte, 
non loin de la forêt de Compiègne où 
chassait Louis XV. On voit l'équivoque à 
laquelle, en pince sans lire, samusait* le 
marquis de Souvré. Le sommet du Mont 
Pagnotte, à 230 mètres d'altitude, est un 
des points les plus froids du département 
de l'Oise. 

En qualifiant de « trivial » ce mont 
qu'il a cru imaginaire, en le trouvant 
« caractéristique par sa trivialité même, » 
je crains que votre très érudit correspon- 
dant n'ait été victime d'une assonance, Pa- 
gnote évoquant dans son esprit \di Cagnotte 
d'hilarante mémoire. Situé dans une con- 
trée riante, le mont Pagnatte vaut le 
voyage, mais ne saurait prétendre à un 
succès du même ordre que celui d'une 
pièce de Labiche. 

Autre particularité curieuse : le mont 
Pagnotte de la Forêt de Hallatte viendrait 
de mous pugiicc, le mont du combat, juste 
le contraire dz l'expression dé-ivée de 
l'italien. PoTiauET. 

* * 
C est le point le plus élevé de la plate 



forêt d'Halatte, située, comme on sait 
dans le département de l'Oise, entre Pont- 
Sainte-Maxence et Senlis, au nord de la 
forêt de Chantilly. 

Louis XV y chassait, et le mot que cite 
M. Piton, d'après le duc de B'-oglie, n'est 
pas fait pour surprendre les veneurs qui 
fréquentent cette forêt. 

\» Rester sur le mont Pagnote » est en 
efïet un moyen bien connu de retrouver la 
chasse quand on l'a perdue, car elle re- 
passe souvent dans ces parages : c'est en 
tout cas la dernière chance qui reste à ceux 
qui ont vainement parcouru la forêt sans 
la rencontrer. 

Sans connaître les circonstances dans 
lesquelles Louis XV a prononcé cette 
phrase, je suppose que l'allusion du royal 
veneur à une particularité dont peut-être 
il venait de faire la récente expérience, 
s'appliquait à une situation où l'expecta- 
tive lui paraissait devoir être employée de 
préférence à tout autre moyen. 

Venator. 

¥ » 

C'est en souvenir des chasses de Louis 
XV aux en% irons de Compiègne. 

Le mont Pagnote est une colline de 
220 mètres du département de l'Oise, qui 
se trouve dans la forêt de Hallate non loin 
de Pont Sainte-Maxence. 

Le commentaire historique du mot de 
Louis XV est donné par Tvl. de Broglie 
dans l'article de la Rivue des Dcnx-Monda, 
que cite M. Piton. Le roi pensait avec 
raison que la France devait adopter, au 
d'ib'.it de la guerre de la succession d'Au- 
triche, une politique expectante, attendre 
les événements. 

Un bibliothécaire. 

L'expression a beaucoup vieilli • pour- 
tant, on la trouve encore dans les diction- 
naires. II y a dans Ménage une explica- 
tion du nom de pagnotes donné d'abord 
aux hommes d'escorte, puis, comme 
ceux-ci n'étaient guère valeureux, aux 
poltrons. Un pagnote, c'est un lâche. 
Des troupes pagnotes, ce sont des troupes 
qui lâchent pied. La pagnoterie, c'est la 
couardise. Et l'on appelle familièrement 
« mont Pagnote » un lieu d'où l'on peut 
suivre les péripéties d'un combat sans 
courir aucun risque ; de là, aussi un sens 
figuré évident. 

A. Boghaert-Vaché, 



I 



N» 1359 Vol. LXV. 



L'INTERMEDIAIRE 



327 



Avec des armées relativement pou nom- 
breuses et des armes à portée médiocre, 
les batailles de l'ancien temps avaient 
pour théâtre des espaces limités et l'on 
pouvait aisément embrasser l'ensemble de 
l'action. Aussi les curieux de spectacles 
tragiques se donnaient-ils volontiers 
rendez-vous sur un point élevé d'où l'on 
pouvait contempler sans danger l'engage- 
ment. On appelait ce belvédère le « Mont 
Pagnotte ». Le mot « pagnote » (5/1;) est 
dans Littié : avec ce sens « Q.ui est sans 
courage, sans énergie. Mont Pagnote, 
lieu élevé d'où l'on peut sans péril regar- 
der un combat ». Il me semblait que le 
duc Albert de Broglie donnait en note le 
sens du mot vulgaire mis dans la bouche 
de Louis XV. 

A défaut d'énergie politique, ce dégé- 
néré qu'était Louis XV avait du moins 
un sens très droit ; il comprenait à mer- 
veille que la politique traditionnelle de la 
France ayant réussi à faire disparaître le 
péril autrichien, notre intervention dans 
les affaires de la succession de l'empe- 
reur Charles VI devenait sans intérêt 
national pour nous, sauf à s'assurer. le cas 
échéant quelques avantages diplomati- 
ques. D'ailleurs, le roi Très Chrétien 
n'avait-il pas garanti la Pragmatique 
sanction ? Ce sentiment, le roi l'exprima 
dans ce langage trivial qui était volon- 
tiers le sien, et le timide Fleury ne de- 
mandait que la paix. M. le duc de Broglie 
a parfaitement montré, dans son beau 
livre d'histoire, comme quoi la coterie du 
maréchal de Belle-Ule entraîna la France 
dans la plus inutile des guerres, qui nous 
affaiblit sans compensation aucune, com- 
mença la grandeur funeste de la Prusse 
et contribua fortement à créer contre 
nous le mouvement national germanique. 

H.C. M. 
* 
» • 

Autrefois.dans le langage très familier, 
pagnote signifiait poltron. 

Regarder les choses du mont Pagnote, 
rester sur le mont Pagnote, c'était donc 
en quelque sorte faire comme les poltrons 
dans une bataille : se retirer de la nièlée, 
se mettre hors d'affaire, se désintéresser. 

— Souvré, qui faites-vous Empereur? (.il- 
lusion à lélection de l'empereur d'Autriche). 
— Ma foi, Sire, dit Souvrë, je m'en embar- 
rasse peu ; mai» si S? Majesté voulait, elle 



328 ■ 

nous en dirait des nouvelles mieux que qui 
que ce soit. — Nm, dit le roi (Louis XV », je 
ne m'en mêlerai pas ; je regarde cela du 
mont Pagnote. 

(Barbier, /fl?ir«fl/ décembre 1740). 

C'est ce passage de Barbier qu'a repro- 
duit le duc de Broglie. 

Voici un autre exemple : 

J'ai oublié de vous lire que, pendant que 
j'étais sur le mont Pagnote à regarder l'at- 
tnqiie, le R. P. de la Chaise était dans la 
tranchée... et même fort près de l'attaque 
pour la voir plus distinctement. 

(Racine, Lettre à Boileau). 

Gustave Fustier. 

* 

Mêmes réponses, arrivées après la mise 
en page : H. B. ; Ch. Grégoire ; Jacotot ; 
L. C. D. L. H. 

Le grec dans la langue française 

(LXU àLXVI, 171, 224, 261). — Voulez- 
vous, à propos du « Grec dans le fran- 
çais » ; me permettre de placer un petit 
mot ? 

MM. Laray et Daron se livrent à une 
lutte qui, il me semble, ne saurait finir, 
car ils partent de prémisses contradictoi- 
res. Le premier, champion d'une vieille 
hypothèse allemande, reprise chez nous 
au siècle dernier, suppose que le français 
en bloc vient du latin, que les Gaulois 
abandonnèrent leur langue pour parler 
latin. Cette hypothèse n'est pas démon- 
trée. Que nos pères aient appris à parler, 
à écrire en latin, assez vite et même pas 
trop mal, oui ; mais que le latin fût deve 
nu leur langue habituelle : aucun texte 
ne le dit. Le Provençal, l'Alsacien, le Bre 
ton, ne font pas du français leur langagej 
ordinaire. 

Le seconvj, tenant de l'hypothèse fran 
çaise, croit que d'i latin aux langues ro 
mânes, il n'y a pas rapport de filiation 
que les dialectes parlés par les Gaulois, 
ne pas confondre avec Bretons — par lesj 
Espagnols, par les Italiens, voire même' 
par la plèbe à Rome, étaient proches pa- 
rents, frères, fils peut-être du dorien, 
mais de parenté assez éloignée avec le la- 
tin, d'importation relativ» ment récente 
(v • Enéide) ; hypothèse assez vraisembla- 
ble, à en juger seulement par le fait de 
l'article, manquant au latin, commun aux 
lanpues romanes et même à peu près grec 
en portugais. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Septembre 1912 



329 



530 



D'autre part, M. Laray s'en réfère pres- 
que toujours au dialecte attique,venu d'A- 
sie après les autres, pendant que M. Daron 
invoque le dorien, l'éolien. Ainsi nul 
moyen d'entente et controverse indéfinie. 

Faut-il ajouter qu'une foule de mots 
donnés par les dictionnaires comme latins 
« pur-sang» sont tout bonnement des mots 
latinisés... par les scribes ? Le scribe pa- 
risien d'un ministère francise de même, 
surtout pour les noms géographiques... 

J. Chilles, 

Futurisme et cubisme (LXVI, 97, 
228, 268). — Les observations si saines 
et si intéressantes à la fois, présentées par 
M. W. D. sur le futurisme, permettent de 
supposer qu'il serait en mesure de donner 
une définition précise et une théorie du 
cubisme dont il ne dit que quelques mots. 
Dans les rares tableaux cubistes que j'ai 
pu voir, ou du moins qu'on m'a présentés 
comme cubistes, j'ai vainement cherché à 
dégager la notion nette du cubisme. Suffit- 
il qu'une peinture soit lourde et terne pour 
être cubiste? J'ai vu des portraits où le vi- 
dage était — odelé en facettes, mais je n'ai 
pas vu de paysages, et je me suis de- 
mandé en quoi un arbre pourvu de son 
feuillage et peint par un cubiste différerait 
d'un arbre de François ou de Harpignies. 
Si M. W. D. ne trouve pas ma question 
inopportune ou indiscrète, il voudra bien 
apprécier si le sujet mérite les honneurs 
de V Intermédiaire . 

Philippe Leroy, 

Alezan : dans le sens d'agile (LXV). 

Ce mot vient de l'espagnol ala^an, qu\ est 
tiré de l'arabe alh-hassan, cheval coura- 
geux, de bonne race. La couleur de la 
robe variant par ses teintes du jaune au 
rouge cerise et au brun marron, n'a aucun 
rapport avec l'adjectif alej^au qui signifie 
autre chose, comme le prouve son étymo- 
logie. Un cheval courageux, de bonne 
race est forcément un animal vif, agile. 
Un maquignon aura sans doute appliqué 
ce terme au marché aux chevaux, à des 
individus lestes et débrouillards, et le 
mot aura fait son chemin dans certains 
endroits, F. Jacotot. 

Donjon. Son étymologie (LXV ; 
LXVl, 74, 168), — Voici à titre de docu- 
ment, l'opinion de F. V. Raspail, dans son 



almanach la Lunette du Dotijoii de Vin 
cennes, pour 1849 • 

Le Donjon de Vincennes s'appelait, dès le 
principe, la Touy du Bois de Vincennes. La 
nom qu'il a poîté depuis est un abréviatif 
des deux mots latins i/omus Joannis, manoir 
fondé par le toi Jean. De domus Joannis, on 
a fait, par corruption de langage. Don Joan, 
puis Dow j on, ensuite Donjon. 

F. Jacotot. 

Prévoyable (LXVl, 95). — A mon 
a.v\s, prévisible, prévoyable sont bien fran- 
çais. Le premier est un mot latin francisé; 
c'est-à-dire, il entre dans la langue par la 
voix savante ; le deuxième se déduit régu- 
lièrement du verbe prévoir, comme d'au- 
tres par exemple les prévoyants de l'ave- 
nir : on dit buvable de nous buvons. 

Prévoyable est dans le génie de la langue 
française, qui tend de plus en plus à se 
différencier du latin et à prendre une vie 
propre. H. La. 

• * 
le suis d'accord avec « Rusticus » pour 
l'adoption de « prévisible », de préférence 
à « prévoyable >>. Je ne vois pas pourquoi 
le mot n'existerait pas : il est très bien 
formé, de « prévision », comme « vi- 
sible » de « vision ». 

Maurice Charpentier, 

Réactif pour faire réapparaître 
l'écriture (LXVI, 194). — Voici (d'après 
la Revue Encyclopédique du 25 juin 1896, 
page 120 de la Chronique universelle) 
quelques procédés très simples pour 
abluer, c'est-à-dire faire revivre une en- 
cre qui a été effacée accidentellement ou 
volontairement. 

On plonge dans de l'eau tiède le pa- 
pier sur lequel on désire voir réappa- 
raître l'encre, puis on le plonge dans une 
solution d'acide gallique à raison de 5 
centigrammes de ce sel pour iq grammes 
d'eau. 

On peut encore laver le papier à l'eau 
tiède puis le plonger dans une solution de 
sulfate de fer dans la proportion de 20 
centigrammes de sulfate pour 10 grammes 
d'eau. 

Un troisième m.oyen consiste à appli- 
quer sur la feuille de papier une solution 
de ferro-cyanure de potassium qui fera 
réapparaître les caractères en bleu, s'il 
reste des traces de fer de l'encre primifivej 



N« 1339 



Vol. LXV. 
331 



L'iNTHRMÎDiÂiRâ 



332 



Enfin, s'il s'agit d'écritures falsifiées, il 
est encore possible de faire renaître l'écri- 
ture originale. On a en effet reconnu que 
lorsqu'une écriture a été grattée, même 
avec le plus grand soin, il reste toujours 
dans la pâte du papier quelques traces 
d'oxyde de fer, traces suffisantes pour 
être visibles dans une épreuve photogra- 
phique. La lumière réfléchie par du papier 
sur lequel on n'a pas écrit agit sur la ma- 
tière photographique d'une manière très 
différente et les endroits qui ont été an- 
térieurement couverts d'encre apparais- 
sent aisément. I. P. 



« 
* • 



Faire photographier les lignes grattées. 
Sinon s'adresser à un chimiste ; tenter de 
mouiller avec de l'hydrosulfate d'ammo- 
niaque ; essayer aussi d'une solution de 
tannin Tout dépendra du papier et de la 
manière dont l'encre primitive en a péné- 
tré la pâte. Si !e livre est précieux, n'agir 
qu'avec une extrême prudence. 

E. Grave. 






Les archivistes et les paléographes se 
servent d'un réactif quiest, je crois, l'hy- 
posultlte ; )e l'ai vu souvent employer et 
avec succès, mais sans l'expérimenter 
moi-même, mes très vieux yeux m'inter- 
disant depuis longtemps tout travail de 
paléographie. Toutefois, si les caractères 
dont il s'agit ont disparu par l'effet d'un 
acide, je doute qu'ils puissent réapparaî- 
tre. Quoi qu'il en soit, le collaborateur 
L'Ingénu n'a qu'à s'adresser à un archi-, 
viste, p.'i't-être même tout simplement à 
un bon pharmacien chimiste. 

H. C. M. 

Du port de l'alliance en Allema- 
gne (LXVl, 96, 229,273). — Notre con- 
frère H. de L. oublie qu'en Allemagne, 
comme dans tous les pays prolestants, les 
mariages lc font selon d'autres ntes que 
dans les pays catholiques. Par exemple, 
ce n'est pas l'époux qui, de l'autre côté 
du Rhir. pas>e la bague à la main de 
l'épouse, niais le prédicateur. Pour ce qui 
est de l'alliance, on la porte à la main 
gauche .'^.nilement quand on est fiancé ; 
chez les inarios, la bague se voit toujours 
à la main droite. La raison en est proba- 
blement que pour jurer, l'Allemand lève 
la main droit.- et non la main gauche. 

(Berlin). JOACHIM KiJHN, 



La confrérie des Bourras (LXVI, 
144, 27;). — Une Société ou confrérie 
laïque analogue à celle des Bourras, existe 
encore à St Omer, siège de la Cour d'as- 
sises du Pas-de-Calais, et, er, cas d'exécu- 
tion capitale, y rend les mêmes services 
que les Bourras à Marseille. Elle a pris 
le nom de confrérie de St-Léonard et a 
fonctionné en dernier lieu à la suite d'une 
exécution faite à Saint-Pol, petite sous- 
préfecture du Pas-de-Calais. (Je n'ai pas 
la date exacte). 

Je me borne forcément à signaler l'exis- 
tence de cette confrérie et pour ses ori- 
gines, son costume, ses règlements, je 
me joins à l'interrogateur anonyme < sur 
les Bourras •». 

D. R. 

Les encriers célèbres (LXVl, 193). 
— Dans les dernières années du second 
empire, on parla begyçoup d'un encrier 
en argent offert par souscription à un 
agréable écrivain , mort aujourd'hui et 
bien oublié, Edouard de Laboulaye. Il était 
dt l'opposition tout court, mais plus lit- 
téraire que politique, et fut cependant can- 
didat malheureux aux élections législati- 
ves, à Strasbourg, je crois. Peu après, il 
passa ou parut passer à l'opposition dy- 
nastique, ce qui fit crier aux puritains : 
€ rendez l'encrier ». Qu'elle est loin, cette 
tempête dans un verre d'eau ! 

H. C. M. 

» • 
L'accusateur public, le trop fameux 

Euloge Schneider, se servait d'un en- 
crier fastueux d'où sortit plus d'une sen- 
tence de mort et qui est amplement dé- 
crit dans les Faïences patriotiques sous la 
Révolution par Chamfleury, (Dentu 1875, 
p 346 et suivantes j. 

Malheureusement il a été détruit dans 
l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg 
où il se trouvait avec bien d'autres ri- 
chesses pendant le siège de cette ville par 
les Allemands. 

Un ami de Champfleury, M. Charles 
Mehl, a prié M. Alfred Kampm;ir.n de re- 
lever à l'aquarelle les principales coupes 
ainsi que les détails de sculpture de ce 
curieux monument qui se trouve repro- 
duit à la page 347 du livre de Champ- 
fleury. 

Un autre très bel encrier en faïence po- 
lychrome, pièce de maîtrise d'une fabri- 



Oiii CHKRCHSURS BTCUKIBUX 



10 Septembre içift 



333 



334 



que de la région auxerroise, portant les 
deux inscriptions : Guerre aux tirjrt 
(stc) et Paix aux Chaumière (sic) est figuré 
page Vil de l'avertissement du même ou- 
vrage et a peut être appartenu à un per- 
sonnage célèbre de la Révolution que je 
laisse au collègue R, B. le soin de nous 

révéler. Dehermann. 

* 

L'encrier de Beaumarchais appartient 
aujourd'hui à M le docteur Abel d'An- 
gerviUe, demeurant à Varzy (Nièvre). 

G. F. 

11 y a au musée Victor Hugo la table 
aux quatre encriers. 

Ne sont-ils pas là comme les quatre 
verts de l'esprit ? Mme Victor Hugo, 
une année, à Hauteville-House, pour une 
fête de charité, sollicita de ses amis leur 
écritoire et leurs plumes : ils s'empressè- 
rent de déférer à son vœu ; puis on re- 
douta qu'un hasard maladroit ne lit tom- 
ber ces souvenirs précieux en des mains 
irrespectueuses, et Mme Victor Hugo les 
conserva. 

Seulement, elle les fit disposer dans un 
meuble bizarre, dont l'ébéniste fut Victor 
Hugo. Sur une table était posé un pla- 
teau, aux angles formant tiroirs. Dans 
chaque tiroir, était la lettre d'envoi, et 
sur la tablette : l'écritoire et sa plume. 

Or, voilà qui est matière à philosopher, 
car l'encrier est, plus qu'on ne le suppo- 
serait, révélateur du caractère de l'écri- 
vain. 

Alexandre Dumas père , méprisant 
l'élégance du décor, chez lui comme en 
meublé, jetant, sur de larges feuilles de 
papier azur , sa grande écriture éco- 
lière envoie, comme encrier, la petite to- 
pette d'encre achetée chez l'épicier ; elle 
a encore sur ses flancs Tétiq'ette du fa- 
bricant. La plume est en bois, et vaut un 
sou. 11 écrit : 

Je certifie que ceci est bien l'encrier avec 
lequel j'ai écrit mes quinze ou vingt der- 
niers volumes. 

Paris le 20 avril 1860. 

A. Dumas. 

L'encrier de Lamartine, au contraire, 
décèle l'aristocratie des façons de son 
possesseur et son élégance raffinée jus- 
qu'au féminisme : est-ce un encrier ou 
une bonbonnière, un drageoir ou un 
brûle-parfum, ce petit vase de verre rose 



translucide où courent de fines arabesques 
d'or .' 

L'envoi se complète de cette simple li- 
gne, révérence hautaine du génie au gé- 
nie : 

Offert par Lamartine au maître de la plume. 

Lamartine. 

George Sand a un de ces encriers de 
poche, en bois^ à fermeture hermétique, 
qu'elle emporte avec soin, dans la hâte 
des fréquents départs. Il est accompagné 
c'e cette lettre : 

Chère madame, j'ai cherché depuis deux 
jours, et je n'ai rien trouve' qu'un affreux pe- 
tit morce lu de bois qui me sert en voyage , 
je le trouve si laid que j'y joins un petit 
briquet de poche, guère plus beau, mais qui 
me sert h-^itueliement, et comme c'est là ce 
que vous voulez, au moins votre véracité est 
bien à couvert. 

George Sand. 

Cet encrier de voyage et ce briquet de 
fumeur : n'est-ce pas tout George Sand 
intime ? 

Et maintenant, voici - quatrième vent 
de l'esprit — Hugo. C'est un encrier de 
bois sculpté en cathédrale, massif, bien 
assis, et romantique. Le réservoir est ma- 
çonné dans cette construction gothique. 
La plume qui s'y trempe, flèche hardie, 
le bec ouvert par l'énergie du choc sur le 
vélin, est une plume d'oie que revendi- 
querait l'aigle. 

Hugo a écrit : 

Je n'ai point choisi cet encrier : le hasard 
l'a mis sous ma main et je m'en suis servi 
pendant plusieurs mois. Puisqu'on 1j de- 
mande pour une bonne œuvre, je le donne 
voioutiers. 

Victor Hugo. 

Kauteville-House, juin 1860. 

Hugo est tout entier sorti de cet en- 
crier-là. 

^routjailles et (|uriosit<a 

Aventures de l'un des « Petit- 
Chapeau T). — Que sont devenus les 
petits chapeaux de Napoléon ? Hélas ! 
les couvre-chefs de l'Empereur n'ont 
pas eu tous une heureuse fin, et bien rares 
sont ceux qui reposent en des vitrines^ 
offerts à lu curiosité publique, à la véné- 
ration des fidèles 

Voici l'aventure de l'un d'eux qui faillit 



N» 1339. Vol. LXVI 



L'iNTBRMSDîAlRfc; 



3Î7 



Î5<3 



avoir le pire destin ; on en jugera par 
cette simple note du Comte Angles, pré- 
fet de police, au Comte Decazes, son mi- 
nistre, rendant compte d'une perquisition 
opérée par le Commissaire Lafontaine et 
l'officier de paix Yvrié. 

23 novembre 1815. 
Dufay établi boucher rue Saint-Louis au 
Marais, n" 3, prévenu d'être dépositaire d'ef- 
fets précieux et de meubles ayant appartenu 
à Bonaparte ou à sa famille. Perquisition a 
été faite ce matin, à son domicile, il n'y a 
rien été trouvé de relatif aux recherches. Le 
s"" Dufay a représenté un chapeau à trois 
corties qu'il dit lui avoir été donné, il y a 
eiviro'i trois ans par le s"" Charvet con- 
servateur de la Garde-roba de Buonaparte, 
comme venant de ce dernier, et qu'il a ac- 
cepté parce qu'il était de castor fin et qu'il 
comptait le faire retaper pour son usage. 

Et le Comte Angles ajoute : 

Le chapeau est déposé à la Préfecture. 

Decazes qui, les lecteurs de ïlntermé- 
diriiic se le rappelleront (vol. LVU, 887), 
ekila en Angleterre, moyennant argent 
comptant, un buste de Napoléon par Bo- 
sio, qui se trouvait à cette même Préfec- 
ture de Police, dut certainement exiler 
de même, fort avantageusement le Petit 
Chapeau dangereux pour la sûreté du 
royaume. 

Les Américains ne collectionnaient pas 
encore — mais les Anglais étaient grands 
amateurs et payaient très cher des ob- 
jets que l'on ne songeait pas alors à tru- 
quer ni même à retaper. 

LÉONCE Gr\silier. 

Casanov ■ et Mme d'Urfé. — Casa- 
nova, dans ■iQS Mémoires^ prétend que Mme 
d'Urfé mou''ut en laissant « un testament 
bizarre par lequel elle instituait pour son 
héritier le fils ou là fille qui naîtrait d'elle 
après sa mort ; elle se croyait enceinte 
par l'opération du soleil. Un codicille 
m'établissait tuteur du nouveau né, qui 
est encore à naître. En attendant l'accou- 
chement posthume, la marquise du Cha- 
telet était entrée en possession des biens 
de la défunte, évalués à plus de deux mil- 
lions >>. Je viens de décoivrir un docu- 
ment qui ne concorde pas précisément 
avec ce qu'avance Casanova. 

C'est le testament olographe de la mar- 
quise d Urié en date du 2 février 1774, 
déposé à M" Chavet le 14 novembre 1775 
et insinué le 1 7 janvier 1 776 (Archives de 



LA Seine. Insinuations). Il contient les dis 
positions suivantes : 

Lègue aux dames de Bonlieu 1200 livres. 

Lègue à Sainte Claire de Montbrison 1200 
livres. 

Lègue à Sainte Brune, sa femme de cham- 
bre, une pension de 600 livres et la moitié 
de sa garde robe 

Lègue à la femme de chambre et à la cui- 
sinière qui se trouveront à son décès l'autre 
moitié de sa garde-robe et une année de 
gages. 

Lègue au Suisse et autres domestiques, 
leurs habits et une année de leurs gages. 

Fait la dite testatrice le marquis du Cha- 
telet, son petit-fils, son lég.itaire universel et 
au cas qu'il meure en minorité donne la tes- 
tatrice au chevalier de Lastic, son filleul, sa 
maison rue des Deux-Portes, celle de la 
Nouvelle-France et tous les biens provenant 
de la succession de sa mère dont néanmoins 
elle lègue l'usufruit au comte de Lastic, père 
de son dit filleul, et au cas que ce dernier 
mourilt en minorité ou qu'il fît ses voeux 
dans l'ordre de Malthe,A'«ul la dite testatrice 
que ce bien passe à Mlle de Lastic, sœur du 
chevalier de Lastic pour la propriété seule- 
ment laissant également l'usufruit à M. le 
comte de Lastic. Toutes lesquelles clauses 
n'auront lieu qu'autant quî le marquis du 
Chatelet décédera en minorité lui laissant à 
sa majorité la liberté de disposer de son 
bien. 

Lègue à M. le comte de Lastic toutes ses 
porcelaines et le tableau du piètre grec (i) 
qui est dans la chambre de la testatrice. 

Lègue sa végétation (^tc) (î) et trois ta- 
bleaux à M. le comte de Brizay. 

On voit qu'il n'est nullement question 
dans ce testament d'nne clause extraordi- 
naire mentionnant Casanova, et que sa ré- 
daction n'est pas lœuvre d'une folle ni 
même d'une excentrique. Madame d'Urfé 
avantage son petit-fils, voilà tout. 

Il y a aussi, aux Archives de la Seine, 
dans les papiers des Juges Consuls (Re- 
gistres des sentenses) des sentences du 
moisd'aoïJt 1759, qui renseignent singuliè- 
rement sur les motifs qui obligèrent Ca- 
sanova à quitter Paris. 

Gaston Capon. 

(1) Sans doute du peintre Greco. 

(2) Une Visitation ? 

Lt Directeur-girant : 
GEORGES MONTORGUEIL 

Imo. DAMim.-Oi»MBOM, St-Amand-Mont-Rond 



LXVI» Volume Paraissant les 



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N« 1340 

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TROUVAILLES ET CUaiOSlTÉS 
337 _ ^^g _ __ 

Louis-Philippa surnommé « L'Or- 
dre de chose » et « la Pensée Im- 
muable ».— Le vicomte de Brachet a pu- 
blie dernièrement, dans le Bulletin d'étu- 
des historiques « Le Pays de GranviUe » 
un mteressant travail sur la visite du roi 
Louis-Philippe à Granville en août 183? 
L auteur cite, à ce propos, quelques-uns 
des inombrables pamphlets et caricatures 
par lesquels des écrivains et des artistes 
de talent cherchaient alors à ridiculiser 
celui qu'ils appelaient tantôt F - Ordre de 
chose >>, tantôt * la Pensée Immuable», 
tt M. de Brachet nous donne la reproduc- 
tion de deux amusantes, autant qu'irres- 
pectueuses, caricatures du célèbre dessina- 
teur Grandville représentant .< Le voyage 
de la Pensée Immuable à travers les popu- 
lations empressées ». 

auelle était loriginede ces deux sobri- 
quets donnés à Louis-Philippe ? 

J. W. 



Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
.h leur pseudonyme, et de n'écrire que 
uun côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d; pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, toute 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
sjiil objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 
Qitand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste ^ La liste, sauf exception, 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



#ue$tton$ 



Pacification de la Vendée : arti- 
cles secrets. — Commencée le 12 mars 
'793. la guerre de Vendée se termina 
deux ans après, par les pacifications de la 
Jaunaie (17 février 1795) et de la Mabilais 
(20 avril 1795). Y eut-il, oui ou non, des 
articles secrets ? Un Vendéen. 

L'émigration en Angleterre sous 
la Révolution. — Quelles sont les 
meilleures sources de documentation sur 
l'émigration en Angleterre et spéciale- 
ment à Londres, pendant la Révolution ? 
Le moine Théophile. 



officier condamné à mort à 



Un 

^^^^-^--..O" ^*t dans le carnet du gêné" 
rai Coffinieres de Nordech, siège de Metz • 
extrait du Carnet de la Sabretacbe. nasè 



60 



page 



ou- I IT i^7o e maréchal ordonne 

qu 11 soit sursis à rexécution d'un officier 
condan:ne a mort par le conseil de guerre. 

auelqu'un pourrait-il nous dire quel est 
cet officier ? et quel était le motif de sa 
condamnation et ce qu'il est advenu de 
lui après la capitulation.? 

Baron du Roure de Paulin. 

LXV. - 8. 



I 



N» 1340 vv. LXVi 



?.'î)Stiii; 



^'ÈD!AÎKjH 



339 



340 



Le nom de l'oflacier d'ordonnance 
de ^VimpfeI:. — Qiielqu'un pourrait- 
il nous dire quel est le nom du lieutenant 
de mobile, officier d'ordonnance de Wimp- 
fen, qui accompagnait le général a l'en- 
trevue de Bismarck et de Moltke le 
1*' septembre 1870 pour traiter la cai)itu- 
lation de Sedan ? 

Le général d'Orcet en parle dans ses 
lettres et le désigne ainsi : Le marquis 
de L. B.iron du Roure de Paulin. 

Le général de Vi Isneuve à Beau- 
mont. — Dans son livre Ba{eilles-St\hin, 
le général Lebrun, commandant le 12' 
corps, a écrit que le général de Villeneuve, 
qui commandait, le 20 a ùt, la 2^ brigade 
de la division Grandchamp, (( avait dis- 
paru >' au cours de la bataille (page 73), 
et qu'il a été remplacé, le soir même, par 
le colonel Mircher. 

Qu'était devenu ce général? Avait-il été 
tué, blessé, fait prisonnier ? En ces c^s, le 
général Lebrun aurait mentionné la mort, 
la blessure ou la capture de son brigadier. 

SlT. 

Rosine Debrou — Sait-on ce qu'est 
devenue cette actrice qui eut Ir, gloire de 
créer le rôle de Fortunio, ainsi que M. Man- 
tenay l'indique dans le bi curieux article 
que voici : 

Nos théâtres subventionnés s'emparent, les 
uns après les autres, des drames célèbres de 
Dumas père. La Comé lie Française joue 
Antony, l'Odéon annonce, pour sa réouver- 
ture prochaine, la Rein- Margot. 

La pièce a soixante-six ans. Klle fut créée 
en 1845, au ! héâtre Historique. L'auteui vou- 
lait avoir une scène à lui, pour jouer les 
nombreux drames qu'il avait tirés de ses ro- 
mans. Mais il fallait l'autorisation du gou- 
vernement pour ouvrir un théâtre. La re- 
quête que Dumas soumit, à cet effet, au mi- 
nistre compétent, fut accueillie grâce au 
bienveillant appui du duc de Montpensier. 
Le dramaturge aurait vouUi, pour tcuioigner 
sa gratitude au prince, donner à son théâtre 
le nom de Montpensier. Louis-Philippe s'y 
opposa. On appela la nouvelle scène : 
Théâtre Historique, hlle était située sur le 
« boulevard du Crime » à peu près à l'en- 
droit où ;e trouve actiicllcnient la caserne 
du Château d'Eau. 

Dumas n'y joua pas seulement ses œuvres. 
11 monta, entre autres pièces, le Chan'/elter, 
d'Mfred de Musset. 

La chose est peu connue — si peu connue 
que les brochures de la pièce portent la men- 



tion : « Représentée pour la première fois à 
la Comédie- Française. » A la première page, 
c;i indique, comme ayant créé les rôles, les 
; itistv-'s du Théâtre-Français D'après cette 
liste, Delaunay aurait établi, à l'origine, le 
personnage de Fortunio. 

Or, si la Comédie-Française joua, en effet, 
le Chandth'er, elle ne le monta que plu- 
sieuis années après la création faite, en 1849, 
au Théâtre Historique. 

J'ai découvert ce petit fait, ignoré des 
vieux routiers de théâtre, — comme on dé- 
couvre ces choses-là, c'eai-à-dire par le plus 
grand des hisards — en compulsant des 
journaux datant de la seconde République. 

Je me r:ippelle à ce propos qiie Francisque 
Sarcey, parlant un jour du Chan'ielier dans 
son feuilleton î^u lemps^ écrivit : « Deiau- 
nay, qui créa délicieusement Fortunio, n'a 
jamais été remplacé dans ce rôle » 

Le lendemain, rencontrant « notre Oncle X' 
à une conférence de la Bodinière, je lui fis 
connaître ma pi;lite découverte. Il parut fort 
surpi is : « En êtiis-vous bien sûr ?» me de- 
nianda-t-il. — Absolument. — Mais j'avais 
hier encore le livret s?iî? les yeux ; il indique 
que la pièce fut créée à la Comédie-Française 
et qi;e Delaunay joua Fortunio. — En effet, 
mais c'est une erreur, vous n'avez qu'à con- 
sulter les journaux de 1849 et, notamment, 
le feuilleton de Jules Janin dans les Débats. 
Il y eut même, dans le Limpion, un érein- 
tement de l'œuvre par... Xaviei de Monté- 
pin. — Ça, c'est drôle! — Certes! — Et 
quel est donc le comédien qui créa Fortu- 
nio au Théâtre-Historique ? — Ce n'était pas 
un comédien, c'était une comédienne. — Par 
exemple ! Fortunio en travesti ! — C'est 
ainsi,.- Et elle s'appelait ? — Rosine Debrou.» 

Sarcey fit la moue. « Connais pas I — Moi 
non plus. — Elle n'a laissé aucune trace ! — 
C'est vrai, mais elle n'en a pas moins créé 
Fortunio. — Et d'où venait-elle ? — Les 
journaux du temps disent que c'était une 
ingénue du théâtre de Nantes. — Oh ! une 
actrice de province ! Elle aura fini ouvreuse 
quelque part ! — C'est possible, mais les 
faits sont là. » 

Sarcey se gratta furieusement le nez, puis, 
après une pause : « Voyez-vous, me dit-il, 
vous n'y changerez rien, c'est Delaunay qui 
a attaché son nom au rôle, et, pour tout le 
monde, il restera le créateur de Fortunio. » 

Et c'est ainsi qu'on écrit l'histoire. 

Hettfleisch von Ehrenhelm. — 

Pourrait-on me dire s'il existe encore en 
Autriche des membres de cette famille et 
dans quelles localités .? P. Royer. 

Marguet ite de Darval-Carrouges. 
— A celte dame, mariée à Jean Blosset, 



34" 



DES CHERCHiiURi lil CUiiliiUX 20 Septembre (912 
342 



i 



est attribuée la fondation de la collégiale 
de Carroiigcs, au château de ce nom, 
dans le diocèse do Séez Que sait-on de la 
famille de Darval ou d'Arval qui aurait 
possédé, au xv* siècle, la seigneurie de 
Carrougesr Quelles étaient ses armoiries "r 

Qu.tsiTOR. 

Famille de Goret. — Qiielqu'un 
pourrait-il me fournir une note biographi- 
que sur une famille de Goret, et si elle 
existe encore ? Armes : d'aigsnt à ^ hu- 
res Js sangliers arrachées de sable et mirées 
d'argent. Cette famille m'intéresse parce 
qu'en 1552 Mlle Philippe de Cambourg 
i épouse Jacques de Goret. Cambourg. 

ft Le salon du marquis de Pastoret 
kde 1802 à 1807. — Pourrait-on me 
^Pdire quels personnages connus fréquen- 
taient, de 1802 à 1807, le salon du mar- 
quis de Pastoret, député de Paris et mem- 
bre de l'Institut? V. R. 

Mile Gabrielie de la Périne. — 

Qu'est-C2 que c'était que cette demoiselle 
autour de laquelle il semble qu'on ait fait 
pas mal de bruit à la fin du second em- 
pire, et dont parait s'être beaucoup occu- 
pé le monde du Boulevard ? 

Emile Blondet. 

La canne de Rousseau. — La Révo- 
lution Française ,dAnssts noies de lecture, 
publie un article de la Galette de France, 
(9 thermidor an VIII). Cet i;rticle parle 
dune canne de Rousseau, montrée aux 
spectateurs d'une salle ouverte rue Neuve 
Saint-Augustin 11 en coûtait douze sous 
pour la contempler. 

Elle avait 4 pieds, cinq pouces, trois li- 
gnes de hauteur. Le jonc avait pu valoir 
quinze sous, la pomme était decorne etd'os. 

On reconnaît, parait-il, sur la crosse, la 
trace des quatre doigts et d'un pouce du 
philosophe. 

« Or, on sait par l'enthousiaste auteur 
de l'article que le philosophe de Genève 
ne se lavait point les mains, qu'il appelait 
ordinairement ses pattes : cette crosse 
forme sans contredit, la partie la plus pré- 
cieuse de la canne en ce qu'on est sûr 
qu'elle a touché de près les mains de Jean- 
Jacques Rousseau. " 

Ce fut un philosophe de Vienne (Au- 
triche) qui en fit l'acquisition. 



Qu'est devenue la canne de Rousseau .? 

Le compagnon de Seurre. — Un 
des descendants ou parents de ."4. Seurre, 
statuaire (né en 1795, mort en 1867) 
pourrait-il me dire avec quel artiste ou 
dessinateur amateur Seurre a fait, en mai 
1819, un voyage aux environs de Rome? 

je possède une aquarelle représentant 
Seurre monté sur une mule, et en tenue 
d'excursion,et j'ignore quel est l'auteur de 
cette aquarelle, qui l'accompagnait dans 
son voyage R. Gqdot. 

Thieffries. — Serait-il possible de sa- 
voir si; existe encore des descendants de 
la famille deThietfries portant ce nom? 

Le dernier survivant connu paraît être 
le marquis de Thieffries mort vers iSS^jà 
Enghien les Bains. Sa soeur Appolline de 
Thieffries avait épousé le marquis de Ba- 
lathier-Lantages. L^bruyère. 

Ordre de Saint-Michel. — Dans 
quel ouvrage trouve-t-on la liste des che- 
valiers de cet ordre ? Nisiar. 

La curieuse épitaphe du chanoine 
'Vital d'Ardengost. — La tombe du 
chanoine Vital d'Ardengost, dans la ca- 
thédrale de Saint-Bertrand-de-Commin- 
ges, près Luchon (Haute-Garonne), se si- 
gnale à l'attention des visiteurs par la 
singulière épitaphe suivante : 
H'c jacit in tuinbi rosa mundi, non rosa 

[munda 
Non redolet, aeJ olet quod redolere solet 

Un de nos savants confrères latinistes 
pourrait-il me donner le sens de cette 
curieuse inscription à laquelle je n'ai pu 
trouver, pour ma part, une traduction sa- 
tisfaisante ? J. W. 

Date à déterminer, par lattres et 
chiffre. — [e désirerais savoir quelle 
date donnent les lettres et le chiffre sui- 
vants, gravés à l'entour d'un puits, au- 
dessous d'un écu armorié, 
c 2 
M V 

I. B. 

La plume. — Je lis dans le Mercure 
de France, VllI, 1912 p. 568 : Deux Aca- 
démiciens collectionneurs^ par Marcel For- 
reteux : 



N» 1^40 Vol. LXVI. 



L'INTfiRMfiDIAlRB 



343 



En 1701, après avoir pris part aux négo- 
ciations qui devaient aboutir à la paix de 
Riswick, François de Callières fut généreu- 
sement récompensé. A son retour il re(,ut Ift 
brevet de secrétaire du roi, etc., et enfui en 
170 1, à la mort de Rose, son collègue à l'Aca- 
démie Française et successeur de Conrart, on 
lui confia la plume mission délicate qui 
consistait h contrefaire l'écriture et la signa- 
ture du toi et rapportait outre 10.000 livres 
un logement au château. Ainsi s'explique la 
remarque de Dangeau qu'à sa mort Fr. de 
Callières laissa une fortune {owia à' acquit . Il 
la légua àTHôtel-Dieii. 

Cette fonction de la plume paraît au- 
jourd'hui assez bizarre, et pour être 
aussi largement rémunérée devait com 
porter d'autres obligations que celle ci- 
dessus indiquée quoique ce fût déjà une 
mission bien délicate qu'on ne pouvait 
confier qu'à un homme d'une honnêteté 
reconnue : contrefaire l'écriture et la si- 
gnature auguste du Grand Roi ! 

'iuels étaient au juste les devoirs de 
cette charge qui m'est révélée par l'arti- 
cle de M. Forreteux .'' En trouve-ton 
mention dans d'autres écrivains anciens 
ou modernes .? Dehermann. 

[Voilà peut-être la réponse. On lit dans 
le dernier Bulletin prix marqués de Noël 
Charavay : 

Rose (Toussaint), secrétaire de Mararin> 
puis de Louis XiV, dont il avuit la plume ; 
cet exercice consistait, dit Saint-Simon, « à 
imiter si exactement l'écriture du roi qu'ellç 
ne so puisse distinguer de celle que la plume 
contrefait », membre de l'Académie française 
en remplactment de Conrart. — V. s., sur 
vélin ; Paris 1'''" août 1609, i p. in-4 Rare. 

Reçu donné au nom de ses petits-enfants 
minsurt.j 

Un poète pittoresque. — A pro- 
pos de la mort de M. Georges Bussières, 
président de la Chambre à la Cour d'Ap- 
pel de Lyon,Z,(; Temps, dans la nécrolo- 
gie qu'il a consacrée à ce magistrat, a 
écrit : 

Citait un poète plein de verve et un his- 
torien consciencieux. Il passe pour avoir 
commis dans ses jeunes années un poème 
hAof-comique encore populaire au Quartier 
latin. 

Un' de nos collaborateurs pourrait-il 
nous dire quel est ce poème héroi comi- 
que et, au besoin, en faire une citation .' 

1-.. 



Brenet. — Quelle est l'origine du 
nom Brenet, très fréquent en Franche- 
Comté comme nom de famille et que l'on 
trouve également comme nom de pays : 
Les Brenets (Jura)? M, M. 

Expressions arabes courantes. — 

On admettia bien que rares sont les 
Français qui comprennent l'arabe et l'on 
nous concédera aussi que nombreux son- 
les lecteurs de {'Intermédiaire qui s'inté- 
ressent aux affaires du Maroc Lst-il per- 
mis de demander pour eux ce que veut 
lent dire les expressions usitées tous les 
jours dans les journaux ^ 

Voici quelques-unes qui me viennent à 
la pensée, mais il y en a certainement 
d'autres : Rekas, H irka, Tabor, Goum, 
Oulad, Oulcd, Ben, Beni^ Souk, Oued, 
Djebel, Cheik, Mehalla, Klalefa, Dar, 
Magzen, Mogreb (ces deux dernières ex- 
pressions ont fait l'objet d'une communi- 
cation en 1903 ; nul inconvénient à y re- 
venir). Petracorensis. 

Nicée : sources à consulter. — On 

demande de sérieuses indications biblio- 
graphiques sur NicÉE, surtout au point de 
vue anecdotique, mœurs et civilisation, en 
dehors de ce qui a trait à l'histoire pro- 
prement dite et aux Conciles. On serait 
désireux de savoir s'il existe, en Grèce ou 
ailleurs, des ouvrages en grec, suscepti- 
bles de fournir des renseignements à ce 
sujet. Le Moine Théophile. 

« Dame aux camélias » Marie Du- 
plessis (T. G., 239; XL; LU; LXIl, 

LXIV). — Où se documenter, de façon 
précise, amusante, détaillée, et véridique 
sur Marie Duples^is (la Dame aux Camé 
lias) en dehors des pages qui lui ont été 
consacrées par le comte de Contades, 
dans son livre Portraits et Fantaisies? 
Le moine Théophile. 



iVoir : Lij vérité sur la Dame aux Camé' 
lias, Marie Du plessis {ch'-iOWenAori, 1888), 
ci$^ieux livre, trop peu connu, par un témoin 
de la vie de Marie Duplessis, par Romain 
Vienne, la vie de la DntKÉ aux Camélias, 
•ivec des portraits inédits et des ijutographes 
de .^larie Duplessis et Alexandre Dumas, par 
Georges Soteau (Editions delà Revue de 
France. 1898. Intéressante surtout pour une 
généalogie assez inattendue.] 




LE COMTE DE LA MOTTE 



A'oir Intermédiaire. LXVI, 345. 



I 



DBS OHBRCHBUK& ET CURIBUX 



20 Septembre 1912 



34^ 



346 



Kcpauôeô 



Le comte et la comtesse de La 
Motte (T. G. 491 : LU). - U est de tra- 
dition d'écrire que Jeanne de Valois- 
Saint-Rémy, comtesse de La Motte — 
l'héroïne de V Affaire du Collier, — née à 
Fontette, le 22 juillet 1756, est morte à 
Londres le 23 août 1791. 

D'abord, est-on absolument certain que 
la comtesse de La Motte soit morte à Lon- 
dres ? 

Y a-l-on relevé son acte de décès ? Une 
note deCarlye l'atteste : c'est tout. 

Le baron de Baye croit pouvoir dire 
qu'il a retrouvé sa trace en Russie, ce qui 
est conforme à ce qu'a soutenu Mme 
Krudener qui prétend que la comtesse de La 
Motte est morte en Crimée en 1820. sous le 
nom de Madame Guacher. (V. Internié- 
diaiie, (VI, 39, iiy,L, LU. 834, 957). 

On veut bien admettre encore, d'une 
façon générale, que, par son père, elle 
descendait de Henri de Saint-Rémy, dit 
de Valois, fils naturel de Henri 11 et de Ni- 
cole Savigny, que l'inconduite avait ruiné 
sa famille^ et .< qu'elle épousa un gentil- 
homme Champenois, Marc-Antoine-Ni- 
colas de La Motte, gendarme du roi >^ 
(H. Monin. La Grande Encyclopédie). 

M. Funck-brentâno., V Affaire du Collier , 
établit cette thèse d'après divers dossiers 
dont le dossier Target (Bibliothèque de la 
ville de Paris). 

Or, en contradiction avec ces asser- 
tions, nous trouvons dans les Archives de 
la police un rapport, établi à l'époque où 
le comte de La Motte écrivait ses derniers 
mémoires, qui met en doute l'origine no- 
biliaire de l'aventurière. 

Ce rapport (Archives nationales) daté 
du 16 juillet 182c, est du commissaire de 
police Morlot, attaché au cabinet du Pré- 
fet. 

Nous n'en publions que ce qui est rela- 
tif à l'origine du comte et de la comtesse 
de La Motte. Si ce qu'il dit sur la généa- 
logie de ces personnages est sujet à cau- 
tion et manque d'exactitude, les rensei- 
gnements qu'il fournit sur Lamotte, « dit 
Lamotte-CoUier », sont au moins des plus 
curieux. Ils sont inédits, et c'est pour ajou- 
ter à leur intérêt. 

Nous connaissons, depuis notre enfance, le 
comte Delamotte, il est notre compatriote. 



et nous l'avons vu dans tout l'éclat de sa 
splendeur, comme dans l'abjection où il s'est 
enfoncé de plus en plus. 

M. Delamotte est le fils d'un simple parti- 
culier de Bar-sur-Aube, qui, après aroirfait 
ses études au Collège de cette Ville, fut placé 
dans un régiment de Cavalerie, au moyen 
d'une sous-lieutenance que lui acheta sa fa- 
mille. 

Il était beau militaire, et possédait toutes 
les qualités comme tous les vices pour réus- 
sir dans des intrigues. En reparaissant dans 
son pays natal, avec les épaulettes d'offizier, 
il $e fit remarquer, et on pressentit qu'il 
était destiné à jouer tôt ou tard, un grand 
rôle. 

En effet, ayant appris qu'une famille, nom- 
mée Valois, existait misérablement dans un 
petit village, nommé Fontette, à quelques 
lieues de Bar-sur-Aube, il prit des informa- 
tions, compulsa les registres de décès et de 
naissances et en imaginant un arbre généa- 
logique, il mit dans la tête du chef de la fa- 
mille la Motte la vanité de s'annoncer comme 
l'un des descendants ■\c l'ancienne branche 
régnante des Valois. Des mémoires furent ré- 
digés ; des pièces plus ou moins authenti- 
ques furent produites, et le bruit qu'on avait 
découvert la véritable famille des Valois ac- 
quit une telle publicité que la Cour en fut 
promptcment instruite, et que la reine Marie- 
Antoinette voulut que l'enquête la plus scru- 
puleuse eût lieu. 

Le S"" Delamotte, qui tenait le fil de l'in- 
trigue, avait distingué dans cette tamille 
misérable, une jeune fille dont la beauté 
l'avait séduit. Il se hâta de lui faire quitter 
ses vêtemens de paysanne, et lui proposa 
d'entrer dans un pensionnat, pour y recevoir 
de l'éducation. 

Cette jeune personne, ayant de brillantes 
dispositions naturelles, et à qui l'on procura 
les meilleurs maîtres de la Capitale, passa 
promptement de son primitif état de simpli- 
cité à celui d'une femme de qualité, capable 
de figurer avec avantage dans la haute So- 
ciété. 

A peine Mlle De Valois, eut-elle acquis le 
ton et les manières qu'on ne possède com- 
munément qu'avec une grande naissance, 
que son patron, M. Delamotte, intrigua et 
réussit à la présentera la Cour de la Reine. 

La jeune et séduisante De Valois plut à 
Sa Majesté, qui l'honora aussitôt d'une pro- 
tection spéciale, et voulut que, par des let- 
tres patentes, la noble origine de cette pay- 
sanne fût légalement reconnue, 

A ce bienfait royil succéda immédiatement 
le titre de Comtesse. La main de cette heu- 
reuse créature ne pouvait appartenir qu'à ce- 
lui qui l'avait retirée de sa misérable obscu- 
rité. Le S"" Delamotte la demanda, l'obtint 
sans obstacle, et fut ainsi fait Comte. 



N«k34o Vol. LXVI. 



L'INTBRMBDIAIKjS 



347 



348 



Li vie dil tohnté fet de la Cotntesse Dcla- 
□lotté àpi'èS leur èlévàlion, est devenue trop 
célèbre pour être racoiué». 

Toute la France et lEurojje enUèrte la 
connaissent. Les compatriotes dé ces deux 
personnages en gémissent, et ne peuvent en- 
tendre sans indignation que M. Delamotte 
cherche à soulever le voile sur des turpi- 
tudes qui le flétriront h iamais, il en est un, 
surtout, M. Le Comte de Beugnot, contempo- 
irâin et condisciple même de cet homme, qui 
connaît tout» sa vie, qui l'a vu au faîte de la 
prospérité, affichant le luxfe lé plus effréné, 
et qui le méprise maintenant au poilil de lui 
refuser les secours pécuniers qu'il lui a ac- 
cordés, pendant plusieurs années. 

M. le Comto Delamotte, aj^rés l'Affaire du 
Collier, s'était réfugié à Londres, où il avait 
emporté des sommes colossales, qu'il y a dé- 
vorées, en continuant ses prodigalités. 

Il a reparu en France, au commencemeiit 
du régime impérii , ayant encore quelques 
débris de son an^;nrnne fortune, et qu'il a 
diksijiés, sans Songer au tt'iste avenir qu'il se 
préparait. 

Lorsqu'il à é\é au bout dé son rouleau, il 
n'a pas eu honte d'implorer là bienfaisance 
de M. le Coriiic Beu^nbt, et celui-ci a eu as- 
séi de liénérositc pour liai procurer des 
moyens d'existence. 

Pendant plusieurs années, il a été placé au 
théâtre de la iPorte StMartin, alix appointe- 
mens de 3000 fr. et ensuite diibs les maisons 
de jeux, avec même rétribution. 

Des changemens arl-ivës siiccessivenièiit 
lui ont Ifait perdre ces emplois, et l'ont J-eknis 
sur le pavé. 

En 1816, M, Delamotte nous fut tecotn- 
hiàndé et les personnages qui nous l'adressè- 
rent nous iiispir ient tiop de respect, pour 
que leur lecditimandation ne fût ; as pour 
nous uti ordre souverain. 

Nous sollicitâmes pour lui une place d'ins- 
pecteur de police, et nous l'avons eu sous 
ribs ordres pendant cnvlj-on 3 ans, sous le 
nom dé Dehnoite (il est facile de s'eti coii- 
vaincre à la comptabilité, ou au personnel) 

Dans lécouis dé ses fonctions, ceDeimotte 
nous a servi dans la Coiif^piration âa bord 
ne l'eau, et a été a*sez fidèle dans ses inves- 
tigations. Il nous a été également utile pour 
découvrir beaucoup de p;imphleis, et notam- 
ment le Furet et le Moniteur rovaliyle. 

M. le Diic d* Caze'-, nlors Ministre de la 
Police, ayant chargé rii.specttur général, de 
la part de S. M. Louis XVIII, de découvrir si 
le fameux Comte Delamotte existait encore, 
rie fiit pas peu surpris d'apprendre qu'il ap- 
partenait à la Police de Paris Le Roi en fut 
informé, et ordonna (jU'on l'engageât a rédi- 
ger ses mémoires, que S M voulait lire 
«*crits par lui- mime Nous fûmes charj.,'és de 
presieritir M. Delamotte, et nous parvînmes à 



le décider à taire ce que le souverain désirait. 
Mais, au bout de qiiël4ues mois, cet original 
vint nous dire qu'il ne terminerait rien, si, 
avant tout, on ne lui assurait pas une Pen- 
sion siir là listé civile, 

CetU exigeance drfplùt au Roi et à son 
Ministre, et on abandonna M. Delamotte 
qui, depuis lois, a végété dans la Capitale, 
jusqu'au moriie t où le S"" Punisset l'a entre- 
pris et livré à M. le Cte, De Pïns, chef du 
Bureau particulier, sous l'administration de 
M. Delaveau. 



La condamna: ion de Louis X'VI 
et là tranc-mâçonnerie (LXU a LXVI, 
1 1, 50, 249). — Cagliostro était membre 
voyageur au service des Loges ; lui- 
même nous l'apprend Lors d'une excur- 
sion qu'i' fit de Pologne en France, il 
s'arrêta à Francfort sur-le-Mein oii il eut 
des conférences avec les chefs de la secte. 
Voici ce qu'il dit à l'Inquisition de Rone, 
d'après les procès-verbaux officiels de ce 
tribunal : 

Je m'en allai à Francfort-sur-le-Mein, où 
je trouvai Messieurs N, N. etN. N. qui sont 
chefs et archivistes de la maçonnerie. Ils 
m'invitèieiit à aller prendre le café avec eux; 
je montai dans leur carrosse, sans avoir avec 
moi, ni ma femme, ni personne de ma mai- 
son^ ainsi cju'ils m'en avaient piié, et ils me 
menèrent à la campagne, à environ trois 
milles de la ville. A la faveur d'une lumière 
dont ils se munirent, nous descendîmes, par 
quatorze ou quinze marches, dans un sou- 
terrain, et nous entrâmes dans une chambre 
ronde au milieu de laquelle je vis une table ; 
on l'ouvrit et au-dessous était une caisse de 
fer qu'on ouvrit eiicore, et dans laquelle 
j'aperçus une grande quaiitité de papiers. 
Ces deux personnes y prirent un livre ma- 
nuscrit, fait dans la forme d'un Misse!, au 
commencement duquel était écrit : Nous, 
1,'rand tnaihe des Tcm/>li-rs, etc. Ces mots 
étiient suivis d'une formule de serment con- 
çue :iaris les expressions les plus horribles, 
que je ne puis me rappeler, mais qui conte- 
iKtient l'engagement de détruire tous le:; 
Souverains... Ce qu'on me dit sur le con- 
tenu de ce livre, qui était écrit en françiiis., 
et le peu que j'en lus me confirma encore 
que cette secte avait déteiminô de porter 
ses premtirs coups sur la f-r,ince.,.; qu'ils 
étaient alors au for,t de l'intrigue et que la 
Société a une grande quantité d'argent dis- 
perse dans les banques de l'Europe. . Enfin 
ils n'offrirent des secours, en me disant 
qil'ils étaient prêts à donner jusqu'à leur 
sang, et je reçus de suite six cents louis. 
Nous retournâmes ensuite à Francfort d'oà 
je partis le lendemain pour Strasbourg, 



Uha Cri£KCHjBUKiJ BT CURIEUX 



20 Septembre 191a 



349 



350 



On ne peut soupçonner Cagliostro 
d'avoir voulu, par cette déclaration, se 
rendre important aux yeux de l'Inquisi- 
tion; c'eût été jouer trop gros jeu vis-à- 
vis de ce redoutable tribunal : tout char- 
latan qu'il était, son audace n'allait pas 
jusqu'à le priver du bon sens et il aurait 
évidemment aggravé le malheur de sa si- 
tuation, s'il eût inventé cette fable. 

Qlie conclure de ce témoignage de Ca- 
gliostro, chez qui le jongleur ne fait que 
cacher l'instrument, parfois un peu fan- 
taisiste, mais toujours bien attitré, de la 
franc-maçonnerie ? 

Il en résulte très clairement que la ville 
de Francfort était devenue, dans les an- 
nées qui précédèrent notre Révolution, un 
centre maçonnique, c'est-a-dire, antimo- 
narchique, de première importance, un 
foyer régicide très intense au milieu de 
l'Europe et spécialement par rapport à la 
France. 

Peut-on imaginer une présomption plus 
forte en faveur de la déclaration publiée 
dans V Intermédiaire, par le Père Abel ? 

LUNY. 



Santerre et la mort de Louis XVI 

(T G. 820 ; LXV; LXVI, 54). - On n'i- 
gnore pas trop les Essais kistoriquess de 
Saint-Foix sur Paris ; mais quel est le pari 
sien de ce siècle fallacieux et progressif qui 
sache que le neveu de cet agréable auteur 
(qui ne voulut jamais faire ses visites pour 
l'Académie), a publié, en l'an XIII, une 
suite a ces essais : il s'appelait Auguste 
PouUain de Saint-Foix. Or, un hasard ai- 
mable me fait trouver à la page 299 du 
i®"" vol. de cet ouv'rage : 

Un roulement ordonné par le général en 
chef de r armée de V intérieur , et par suite 
par le commandani de la garde nationale 
parisienne empêcha d'entendre ses dernières 
paroles. 

Charles- Adolphe Cantacuzène. 

« * 
En attendant l'article de M. Camille Pi- 
tollet, notons le passage suivant qui sem- 
ble appuyer sa thèse : 

Santerre (le général I. L. a. s, de 1802, 
adressée au citoyen Chateauneuf... Très cu- 
rieux pour l'histoire de ce temps. 11 y a. au 
dos, une note de Chateauneuf, dans laquelle 
il prouve que ce n'est pas Santerre qui or- 
donna le roulement de tambours qui coupa 



sur l'échafaud la parole à Louis XVI, mais 
que ce fut un ancien page de Louis XVI, gé- 
néral républicain : 25 fr. 50. 

C'est un extrait du catalogue de la 
vente Boni de Castellane (25-50 avril 
1834) communiqué par M. de Lescure 
{Les Autographes et le ^oût des autogra- 
phes en France et à V étranger. Paris, 1865, 
P- 77)- Qu'est devenue cette lettre de 
Santerre annotée par Chateauneuf.^ 

JOACHIM KÙHN. 

Louis-P il ppe, le 24 février 1848, 
s'e-t-il enfui en fiacr - ? (LXVI, 185, 
296), — Ma réponse n'est basée sur au- 
cune preuve, sur aucun document ; c'est 
une simple anecdote entendue jadis et 
peut-être publiée. 

Le 24 février Louis-Philippe quitta préci- 
pitamment les Tuileries avec Marie-Amélie ; 
il arriva place de la Concorde où l'attendait 
un coupé. Comme il approchait de la voiture, 
un monsieur guilleret, empressé, s'élança et 
ouvrit la portière : « Merci ! ifil le roi, 
merci ! » 

— « Oh ! ne me remerciez pas, sire, ré- 
pondit l'inconnu ; voilà dix-huit ans que 
j'attends ce moment-là ! » 

Marquiset. 

296). —Je signale col. 299 dans Parti- 
cle signé A. B. X. une inadvertance de 
plume, <s Dupont de Nemours » au lieu 
de « Dupont (de l'Eure) » . 

H. C. M. 

Thiers et Gambetta : Un pré- 
tendu mot de Thi rs sur les Alsa- 
ciens (LXVI, 139,201). —Le propos 
que l'on prête à Thiers sur les Alsaciens 
peut n'être pas vrai, mais il ne parait 
pas invraisemblable. Thiers préférait au 
prestige extérieur du pays le triom- 
phs de ses sentiments libéraux. Nassau 
Senior, dont les intéressantes conversa- 
tions sont trop ignorées en France, — je 
ne vois guère que M. d'Eichtal qui s'en 
soit servi dans son Tocquevitte — dînait 
chez Thiers. le 1er mai 1859. La plupart 
des invités, ce soir-là, souhaitait l'échec 
de l'hmpereuren Italie. 

Comme je m'en allais, Thiers me suivit 
dans l'antichambre et nous nous promenâmes 
d'un bouta l'autre, pendant une demi-heure. 
« Je lui répétais ce que j'avais dit à Tar- 
get. — Thiers : « C'est parfaitement vrai. 
* li y â dix ans, si l'on m'avait prédit qu'un 



N» 1340. Vol. LXVl 



L'iNIfiKMijDiAlRB 



35» 



« jour viendrait où j'envisagerais avec d au- 
« très sentiments que ceux de la plus vive 
« amertume un échec subi par la France, 
« combien me serais-je indigné contre une 
« pareille supposition ! Eh ! bien, ce moment 
« est venu ! » 

(Conversations wtih M. Thiers, M. 
Gui^ot, and other distinguished Persons 
dtiring the Second Empire ; Londres 
Hurst and Blackett, 1878, t. lî 23(5-240. 
— Se rappeler que Nassau Senior faisait 
relire à ses interviewés leurs propres pa- 
roles et que Thiers corrigeait lui-même 
ce qui le concernait dans ces volumes). 

11 est, d'ailleurs, certain que, si nous 
avions été vigoureusement battus à cette 
époque, nous n'iiurions point gagné Nice 
et la Savoie, mais nous n'aurions eu 
contre nous, ni l'unit-i de l'Italie, ni celle 
de l'Allemagne, et nous aurions écono- 
misé la perte de l'Alsace-Lorraine. 

Malheureusement, Thiers mêlait vite à 
ses sentiments « libéraux » — d'un libé- 
ralisme point du tout libertaire, — ses 
rêves d'ambition et ses convoitises d'in- 
tense vanité, auxquels sa duplicité per- 
mettait libre eu. Lorsqu'il visita les 
vieilles cours de l'Europe, en 1870, pour 
les intéresser à la France vaincue, il gé- 
mit en bon apôtre sur la disparition de 
nôtre monarchie : « Je suis honteux de 
représenter la Republique ». disait-il aux 
ministres du Tsar, « c'est le plus grand 
sacrifice que j'aie pu faire s mon patrio- 
tisme, moi, le représentant par excellence 
de la monarchie constitutionnelle >■> ! — 
Mais, au directeur de la vieille et libé- 
rale Revue d' Edimbourg , le D"" Reeve, le 
petit homme ouvrait .le fond de son âme : 
« Certainement, je suis pour la Républi- 
que 1 Sans la République, qu'est-ce que 
je serais, moi r Un bourgeois, Adolphe 
Thiers > (Rev. d'Ed., Oct. 1898, p. 539;. 
Il ne lui suffisait pas d'avoir été Premier 
Ministre de la Monarchie. Et cette Ré- 
publique, il la voulait pour lui tout seul 
11 expli.juait à M Francis Charmes, qui 
la répété souvent — notamment dans le 
volume sur le Cenlenaite du Journal des 
Débats — qu'un r< i peut représenter tout 
son pays, mais qu'un président ne peut 
représenter que son parti ; dès lors au- 
tant vaut lui laisser omnipotence et cou 
dées franches, pour ne lui régler son 
compte qu'à Iheure de sa réélection. 

Il n'est donc pas surprenant que, 



3S2 

et surtout 



après le 24 mai, et surtout après le 
16 mai, Thiers et son Dauphin Gam- 
betta se soient entendus pour une poli- 
tique de rapprochement avec 1 Allemagne, 
afin de conserver la République. On peut 
écrire probablement du premier ce 
qu'une grande revue anglaise écrivait 
naguère du second : « Si l'on demandait 
à l'un de ses amis survivants — /V. Hé- 
brard, par exemple — quelle eût été 
sa décision devant l'alternative de re- 
couvrer l'Alsace-Lorraine ou d'être battu 
dans les conflits de l'intérieur, on obtien- 
drait difficilement une ré(;onse, mais il 
n'y aurait pas de doute sur sa nature » 
[Qttarierlv Review., octobre 191 1). Le 
journal du Prince de Hohenlohe est abon- 
damment explicite a cet égard : Thiers et 
l'ambassadeur d'Allemagne étaient de- 
venus inséparables. Qiiand le Prince di- 
sait à notre ministre des Affaires Etran- 
gères : « Je vais chez M. Thiers ?>, le 
Duc Decaze répondait ;.« On dit que vous 
n'en sortt^ pas »> (9 janv. 1877.) ^^ 
pense bien que les deux Gaspards ne se 
réunissaient point pour gémir sur les 
malheurs de l'Alsace ; au contraire, Thiers 
se montrait plein de reconnaissance pour 
les bons offices du Prince de Bismarck, 
lors du traité de Francfort : « Je ne dis 
pas cela à mes compatriotes qui trouvent 
qu'on a été beaucoup trop dur? » (16 
juillet 1874 : ces phrases sont en français 
dans le texte) Et Bismarck, qui « gouail- 
lat >^ Thiers impitoyablement dans l'in- 
timité, le soir ou il apprit la mort de 
l'ex-Président, crut devoir proposer à sa 
maisonnée de boir^; silencieusement un 
verre à la mémoire de cet excellent colla- 
borateur (5 sept. 1877) — Prositl 

Je souhaiterais, à mon tour, poser une 
question. 

Quelques mois après la guerre, un de 
mes plus intimes camarades de classe, 
fils d'un Inspecteur des Ponts-et-Chaus- 
sées, se préparait à la Cour des Comptes, 
où, du reste, les circonstances ne lui 
permirent pas d'entrer. Il avait, comme 
les autres candidats, l'autorisation de 
compulser les dossiers pour se former à 
la carrière. Un matin, je le trouve dans 
%a chambre, devant quelques feuilles de 
papiers couvertes de chiffres. 11 venait de 
mettre la main sur le dossier de Thiers 
et d'en tirer des notes curieuses que je 
regrette infiniment de n'avoir pas co- 



t 

M 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Septembre 1919 



353 



354 



piées, puisque les pièces officielles de- 
vaient être jetées sous le pilon. Je passe 
sur les observations de la Cour relatives 
aux dépenses excessives de Thiers pen- 
dant sa mission de 187071. La Cour 
était dans son rôle de les faire ; il serait 
puéril de s'y arrêter dans le formidable 
gaspillage d'alors. Mais voici un trait de 
caractère. L'Assemblée Nationale avait 
voté un million pour reconstruire l'hôtel 
de Thiers, rasé par la Commune. Mon 
ami avait relevé minutieusement les dates 
et les modalités des versements faits pour 
cette indemnité. Il établissait que, par 
divers artifices de trésorerie. Thiers avait 
dû toucher 12 à 1.300.000 francs, c'est- 
à-dire, reconstruire son hôtel et garder le 
million net en poche. Or, c'était le 
temps où ses journaux faisaient campa- 
gne contre les Princes d'Orléans, cou- 
pables à ses yeux de réclamer ceux de 
leurs biens confisqués par Napoléon III, 
qui n'avaient pas encore été aliénés. 

Il y a quelques années, je causais de 
cette histoire avec un conseiller à la 
Cour des Comptes. <% Mais >>, me dit-il, 
« ce sont des choses bien connues ». — 
Si connues que cela ? Un intermédiai- 
riste pourrait-il en indiquer une preuve 
écrite .? Trop de faits curieux tombent 
dans l'oubli de l'histoire, faute d'avoir 
été relevés à temps, quand « tout le 
monde » les connaissait ! 

Britannicus. 

Femmes à destination de Mada- 
gascar en 1666 (LXVI, 235). — Les 
femmes dont parle Souchu de Rennefort 
dans son Histoire des Indes Orientales, et 
qui turent embarquées avec des colons à 
destination de Madagascar, provenaient 
sans aucun doute de la Salpêtrière. 

Cet établissement fondé en 1656, sous 
le nom d'Hôpital général, réunissait à cettp 
époque tous les services affectés à un 
hôpital et servait en même temps de mai- 
son de correction pour filles. 

Les notes suivantes extraites du Petit 
journal du 11 septembre 1903, qui les 
reproduit d'un de ses confrères, sont très 
affirmatives sur ce point. 

De VEcho de Paris : 

Les Anglais n'ont décidément rien innové 
en s'efforçant, pendant ces dernières années 
et encore actuellement, d'expédier dans le Sud 



de l'Afrique leurs nombreuses fîlies et femmes 
à inarier. 

M. Tesson, le savant archéologue parisien, 
vient de retrouver, dans l'ancien reefistre de 
l'Hôpital général, qui échappa par hasard aux 
incendies de 1871, quelques indications bien 
curieuses sur l'envoi des filles de la Salpê- 
trière dans les colonies, vers le milieu du 
règne de Louis XIV. 

On sait qu'à cette époque la Salpêtrièie 
contenait, dans l'un de ses quartiers, sur- 
nommé plus tard la « Prison de la Force », 
des filles absolument incorrigibles. C'étaient 
celles-là qui étaient expédiées aux colonies, 
oij, disait on alors comme aujourd'hui, « elles 
pourraient faire des mariages avantageux ». 

Voici quelques-unes des notes retrouvées 
dans l'ancien registre : 

21 octobre 1680. — Mlle la supérieure a 
disposé toutes choses pour l'envoi de 106 
tilles en Amérique. On l'a priée de tâcher 
d'en envoyer 150. 

4 novembre 1680. — 128 fillcs sont em- 
barquées au Pont-Rouge pour aller au Havre, 
et de là être envoyées à la Martinique. 

il y £ un autre envoi à Saint-Domingue. 
Et enfin cette note touchante : 

30 septembre 1680 — La sœur Saint-Jo- 
seph, qui a mené autrefois les filles à Mada- 
gascar, étant de retour, a été reçue à la mai- 
son ; elle aura chopine de vin par jour, à 
cause de son infirmité il! 

Il est fort probable que les femmes ou 
filles qui prirent place le 14 mars 1666 à 
bord d'un des navires que comm.andait le 
marquis de Mondevergne furent expé- 
diées à destination de Madagascar et ce 
sous la surveillance de la sœur Saint-Jo- 
seph qui les accompagnait. 

L. Capet. 

La poste aux chevaux de Hou- 

dan (LXVI, 236). — Les anciens livrets 
de postes donnent tous Houdan comme 
bureau. De plus, il est encore désigné 
comme poste dans le Poiiillé de Chartres 
de 1738, où l'indication est donnée pour 
écrire ou aller dans toutes les cures. 
Maulette a bien, en effet, une ferme, 
mais c'est l'ancien château du lieu, qui 
fut habité depuis les premières années du 
xvii* siècle et jusqu'à ces dernières an- 
nées par la famille des Petau de Maulette. 
La fille de Salomon de Brosse, l'architecte 
de Henri IV, était femme de Gédéon de 
Petau de Maulette, vers 1630. L'ancienne 
poste de Houdan, se trouvait où est la 
gendarmerie actuelle, au n*^ 4 de la rue de 
Paris. 



N- 1340. Vol. LXVI. 



L'INTBKMÉDIAIRB 



^-î"; 



3^6 



Les voitures à destination de Mantes ou 
de Cherbourg, retournaient à qi^elques 
centaines de mètres vers Paris, pour re- 
prendre la route, près de Maulette, mais 
encore assez loin. Le dernier maitre de 
poste se nommait Davoust. 

E. Grave. 
9 

Les Guise, descendants des Caro- 
lingiens (XVll; LXVI, 33) - Cette 
prétention est connue et avait cours au 
temps de la Ligue. Je ne pujs ni la soute- 
nir, ni la combattre, mais je crois qu'on 
trouvera d'utiles indications dans ce 
qu'on connaît sous le nom de Mémoir€% 
de CcnJé, 6 vol. Paris, 1743. Le 6« vo- 
lume doit contenir, dans une pièce qui a 
pour titre : Dom Claude de Guise, la ré- 
futation de la haute origine des Guise. Je 
n'ai pas l'ouvrage sous la main et ne puis 
en dire davantage. E- Grave. 

• * 
[La question avait été posée déjà XVII, 

673 : elle n'avait pas eu de solution]. 

* * 
Alexandre Dumas, dans son roman La 

Dame de Monsoreau, parle de ces préten- 
tions des Guise (voir, édition Michel Lévy 
1864, vol. 1, pages 248 et 249). 

Voici la filiation donnée par Dumas : 
Ranier, premier duc de Lorraine, contem- 
porain de Charlemague. 



I I 

Guilbert son fils, vleuxiènie duc. Ricin 

I 
Henri 3on tils, troisième duc, 

I 
Bonne 
épouse Charles connu sous fe nom de Char- 
les de Lorraine, fils de Louis IV, roi de France, 
tige des maisons de Lorraine et de Guise 

Or, Charles de Lorraine était héritier de 
la couronne de France à la suite de la 
mort de ses frères Louis V et Lothaire. 
Par suite, les ducs de Lorraine seraient les 
seuls descendants directs des Carlovin- 
giens et les héritiers légitimes de la cou- 
ronne de France. 

je ne sais où Dumas a puisé ces rensei- 
gnements. D'ordinaire la partie historique 
de ses romans est tirée de mémoires an- 
ciens, mais dont l'authenticité est souvent 
douteuse. C. N. 

Les Mémoires de Kûss CLXVI, 9c, 
155). — ](' mètais, en effet, trompé en 



notant que Kùss avait laissé des mémoires. 
En lisant la question d"A. B., je me rap- 
pelai avoir parcouru, en son temps, un 
récit très circonstancié de Vlnnniïiation en 
question ; je crus devoir l'attribuera Kiiss 
lui-même. L'article de M. Paul Muller, 
inséré dans Vlnieimédtaite du 30 mai, et 
qui me parvint seulement alors que j'avais 
expédié ma petite note, a précisé mes 
souvenirs : c'étaient les mémoires de 
Schneegans, et non celles de Kiiss que 
j'avais lues. - Je prie donc mes con- 
frères d'excuser ma confusion. 

JOACHIM KiiHN. 

Marquis de Saint-Maurice, am- 
bassadeur (LXVl, 281'. — Le marquis 
de Saint Maurice, ambassadeur du duc de 
Savoie près de Louis XUl et de Louis XIV, 
se nommait : Charles Chabod, marquis 
de Saint-Maurice. 

MiGOBERT. 

Stendhal et les Lyonnais (LXVI, 
189, 214). — Notre note sur Stendhal 
nous a valu trois mentions honorables 
dans la Presse quotidienne de Paris {Jour- 
nal des Débats du 13 août 1912 : Stendhal 
elles Lyonnais-, Gil Blas du 23 août 1912 : 
Marchand de fer, par M. Jean Pellerin ; 
Les Nouvelles des 23-24 août 1912 : Mar- 
chand de fer) et un blâme dans V Intermé- 
diaire. Nous ne savons si les premières 
sont méritées. Le second ne l'est, à coup 
sûr, point du tout. Que M. Victor Giraud 
daigne donc se reporter d'abord à l'article 
précité de la Revue des Langues Romane* 
(à laquelle nous n'avons jamais prétendu 
qu'il ait collaboré^ et il y verra, avec 
l'exacle référence bibliographique, la 
preuve irréfutable que l'erreur que nous 
lui reprochiori3 est de lui, et de nul autre. 
Ou bien récuserait il aujourd'hui la pater- 
nité de la Table alphabétique et q\ialytique 
des Portraits littéraires, Nouveaux Lundis 
et Portraits Contemporains de Sainte-Beu- 
ve, publiée sous son nom en 1903? 

Camille Pitollet. 

Michel Sublet (LXVI, 237). — Mi- 
chel Sublct est de la famille des Sublet 
des Noyers et d'Hendicourt. C'est le fils 
de Michel d'Hendicourt et de Marie Bou- 
lier. Celui-ci est originaire de Blois, et fut 
intendant et contrôleur des finances. Son 
fils Michel fut abbé de Vendôme en 1615, 



DB6 CHKRCHEUHS BT CURIEUX 



3S7 

et de Ferrières. Il mourut à Blois au mois 
d'août 1649, et non eu 1643, suivant le 
P. Anselme, où je puise ces renseigne- 
ments. Moréri n'a pas parlé de ce Sublet. 

E. Grave. 

On trouvera des renseignements histori- 
ques sur iylichel Sublet, abbé de la Trinité 
de Vendôme, qui mourut à B}ois, non en 
1643, ainsi aue le disent les auteurs, mais 
bien le 7 août 1649... en consultant |es 
ouvrages suivants : Gallia ChiUtiana, 
VIII, p. 1379. — Abbé Simon, Hi:toire de 
Vendôme et Je ses environs, 11, pp. 374 à 
382. — Abbé Ch. Métais, Ùartulaire Je 
l'Abbaye Cardinale Je la Trinité de l^en- 
Jôme^ Chartes 840, 841, 842 et 856, et t. 
IV, Charte 977, pp. 200, looo, et looi. — 
Et encore les Notes manuscrites de l'éru- 
dit M. Adrien Thibault, à la Chaussée- 
Saint-Victor, près Blois. 

St- Venant. 



Portrait de Pascal par Philippe 
de Champaigne (LXVI. 287^. Sui- 
vant M. A. Gazier {Les artistes célèbres, 
Philippe et Jean-Baptiste de Champaigne, 
Paris, librairie de TArt, 1893) ce portrait 
n'a jamais été fait par Philippe de Cham- 
paigne. 

M. Gazier s'explique ainsi à ce sujet, 
p. 44 : 

L'on ne saurait dire pourquoi il n'a pas 
été fait, sans doute l'auteur des Provinciales 
et des Pensées poussait l'esprit de pénitence 
aussi loin que possible et si les balais iui 
semblaient des meubles inutiles, il jugeait 
sans doute que les tableaux ne devaient point 
paraître chez un chrétien mortifié, Pascal re- 
fusa toujours de se laisier peindre. Mais 
Pascal mort appartenait tout entier à sa fa- 
mille et à ses amis ; son visage fut moulé 
(ce précieux moulage e.xiste encore, h' Art en 
a donné une reproduction photographique îl 
y a quelques années). Un portrait fut exécuté; 
mais Champaigne n'en est pas l'auteur. C'est 
là un de ces petits mystères que la science 
coniemporaine voudrait pouvoir. 



P.C. 



Dehfrmann. 



Pradier. Sa descendance (LXV ; 
LXVI, 21 j. — Madame Drouet. — On 
n'ignore pas que Pradier était l'amant de 
Mme Drouet qui devint la fidèle maîtresse 
de Victor Hugo. 



30 Septembre 1912 
35? . 

Elle avait été le modèle du sculpteur. 
Ils eurent une fille, Claire morte jeune, 
La liaison de Victor Hugo avec M™' Drouet 
n interrompit pas les relations - au moins 
aflectueuses — du sculpteur et de son 
modèle. 

La lettre suivante a été écrite deux ans 
après qu'eut commencé la liaison Hugo. 
L'artiste s'est résigné à la séparation. Et 
de l'amour il ne reste plus que l'amitié. 

La lettre est inédite. M. Noël Charavay 
veut bien nous la communiquer : 

Chère Juliette, 
Je viens par hasard de trouver un petit 
billet chez le portier, car il faut te dire que 
n'ayant plus rien à faire que je bats le pavé et 
l'Exposition jusqua dans ses plus petits 
coins ; j'ai été chez toi l'autre jour, le portier 
ma dit que tu venais de softir, j'étajs avec 
Chaponnière qui v^ mieux. 

J'espèrecjue tu^epoite bien, j'espère cepen- 
dant t'al|er voir car chez moi je n y suis que 
pour dormir jusqu'à ce que les travaux revien- 
nent. J'irai voir Claire demain. Adieu. 

T. à toi. 

J. Pradier. 



La carrière médicale de Flaubert 

T. G. ^t. XX. XXI). — M Ren^'Des- 
fharmès publie, dans le Mercure de 
France (i" septernbre 1912), une élude 
très documentée sous ce titre Les connais- 
sances médicales de Flaubert ». Il soutient 
que Flaubert, contrairement à l'opinion 
adoptée niême par des écrivains spécia- 
listes, n'a jamais fait d'études médicales. 



André Villoteau (LXVI, 142). — 
Villoteau fait partie du groupe de savants 
et d artistes, que Bonaparte emmena avec 
lui en Egypte. A titre de compositeur il 
fut membre de l'Institut du Kaire et de la 
Commission des Sciences et-Arts. 

A son retour, il publia (dans le grand 
ouvrage sur VEgypte, je crois, alors, di- 
rigé par Jomard, l'aîné) d'intéressantes 
Recherches sur les iVlusiciens et les ins- 
truments de musique, chez les Anciens. 

Son portrait, de profil a été dessiné et 
gravé par Du Tertre, pour sa collection 
de portraits des Membres de l'Exposition 
d'Egypte. De ce portrait, l'eau-foi^te ori- 
ginale de Du Tertre, seule est recher- 
chée. Il se retrouve dans la collection, sj 
fâcheusement *< ombrée » au burin, de 
cçs mêmes portraits, pour XHistoire 



N» 1340. Vol. 



LXVI. 

- ?59 



L'INTERMEDIAIRE 



scieniijiçue et militaire de V Expédition 
d'Egypte, de l'éditeur Denain. Paris, 1820- 
36, 10 in-8° et 2 atlas, grand in-4« 
oblong. 

Les amateurs de Costumes pourront 
remarquer la casquette, — une fameuse 
casquette ! — dont est coiffé, dans ce por- 
trait, Villoteau. Haute et carrée de forme 
et quelque peu « cambossée », avec un 
large bandeau en fourrure de panthère et 
une vaste visière, protectrice contre le so- 
leil d'Afrique, elle est, assurément, d'un 
type qui ne se voit pas tons les matins. 

Alexandre Boucher, le célèbre violo- 
niste (ancien premier, violon, je crois, à 
la Gourde Russie) retiré à Bourges, dans 
sa vieillesse, il y a bien de cela, pour le 
moins, soixante ans, portait, les diman- 
ches, à la musique militaire du jardin pu- 
blic, de hauts képis, bossues, chamarrés 
d'or, qui rappelaient par leur excentricité, 
la casquette, ultra-fantaisiste de Y Egyp- 
tien Villoteau. 

Les Musiciens, dans leur mise, seraient- 
ils donc, tous, pour le panache ? 

Ulric Richard-Desaix. 

Famille deMontsaulnin (LXVI,i9o, 

313). — Aimée de Montsaulnin doit être 
un des dix enfants de François de (Mont- 
saulnin -J- 1 574, seigneur de Cancelles, etc. 
et de Catherine de Fontenay. Deux des 
filles Yolande et Claude furent successive- 
ment Abbesses de Crisenon. 

L. C. D. L. H. 

Famille de Marie Angélique Wal- 



lon (LXVI, 191). — Armes 
hande de gueules. (Rietstap). 



d'or à 

NlSlAR. 



la 



Zola : « La genèse du Rêve » 

(LXV, 193). — Quand ondispersa la bi- 
bliothèque d'Emile Zola, on trouva un 
bréviaire du milieu du xv" siècle, exécuté 
pour Pierre de Carmain de Nègrepelisse, 
qui fut abbé de Moissac, de 1449 à 1483. 
Manuscrit très beau, enrichi de près de 100 
miniatures, avec encadrements et lettres 
ornées ; il a été vendu 4.700 fr. 

Voici son histoire : 

Lorsque la fortune lui arriva, M. Emile 
Zola se sentit pris d'un goût très vif pour 
la brocante. 

Un certain jour, qu'à l'Hôtel Droiiot 
on mettait aux enchères des bibelots du 



360 ■ 

moyen-âge dont il était assez friand, un 
libraire — n'était-ce pas M. Honoré Cham 
pion ? — qui l'avait connu petit commis 
chez Hachette, à ses débuts, et avait con- 
servé avec lui son franc-parler, lui poussa 
le coude. 

— Monsieur Zola, lorgnez-moi donc 
ce manuscrit, il est superbe. Ce serait 
une belle pièce dans votre collection 
moyennageuse. 

Le romancier feuilleta le bréviaire : les 
enluminures l'amusèrent, il fut acquéreur. 
La possession du chef-d'œuvre lui coûta 
deux mille et quelques cents francs. 

11 s'en alla, son bréviaire sous son 
bras. 

— Vous voilà dehors avec un livre de 
messe, cela vous change, lui dit son li- 
braire. Que vont penser tous vos Rou- 
gon ? Car, à vous dire vrai, vous êtes 
tombé dans la forêt sociale, sur un fichu 
arbre... Est-il assez pourri le tronc des 
Rougon-Macquart !..-.*• 

Emile Zola fuyait la discussion ; il sou- 
rit de cette mercuriale, tendit la main au 
critique et s'en fut a Médan, avec le ma- 
nuscrit de Pierre Carmain de Nègre- 
pelisse. 

Il faut croire qu'il le contempla, avec 
une ferveur croissante, puisqu'il en résulta 
un miracle : sur l'arbre tourmenté des 
Rougon, aux poussées vénéneuses, une 
branche fleurit, d'où tombait une ombre 
mystique. 

C'était le Rêve. 

Qiii lui en donna l'idée ? Ce bréviaire 
que, sur un conseil de libraire, et sans en- 
thousiasme, il avait acquis à une vente 
publique. Ces délicates et pieuses images 
l'avaient jeté dans un monde où il péné- 
tra avec une émotion nouvelle. 

Relisez le /?^T'<f, vous y trouverez la 
description si exacte du manuscrit, que 
M. O.-r.ont n'aurait pas, à coup sûr, été 
plus fidèle. 

Le volume parut : Zola se hâta d'en 
envoyer un exemplaire au libraire, son 
confident de THôtel Drouot. Sur la pre- 
mière page, rompant avec la pratique de 
ses dédicaces banales, il écrivit : « En 
souvenir d'une conversation ». C'était 
l'aveu que le Rêve était sorti du bréviaire 
de Moissac. 

Le miracle devait avoir une secoi de 
partie : l'entrée à l'Académie française ; 
mais, sur ce point, il ne se réalisa pas. 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



361 



Titres sousTancien régime (LXVI, 
7 1 , 93). — Les exemples de titres de mar- 
quis, comte, vicomte, etc., pris sans au- 
torisation régulière et admis sans contes- 
tation sous l'ancien régime, peuvent être 
fournis en grand nombre. 

Ainsi, chez les Chastellux, très ancienne 
famille bourguignonne. Les titres ordi- 
naires des Chatellux, étaient comtes de 
Chastellux, vicomte d'Avallon, barons de 
Quarré les Tombes. Le roi Louis XIII avait 
érigé en comté, en faveur de l'un d'eux, 
la vieille baronnie de Chastellux qui leur 
était arrivée par héritage de la r« maison 
de Chastellux ; la vicomte d'Avallon 
qu'ils possédèrent durant des siècles, 
provenait d'une acquisition et la vieille 
baronnie de Quarré figurait dans leurs 
possessions depuis un temps immémo- 
rial. 

C'était ce que j'appellerai des titres de 
bon aloi et jusque vers la fin du xvi« siè- 
cle, ils n'en portèrent point d'autres. 

Mais Olivier d'une branche cadette 
ayant hérité de la seigneurie de Cou- 
langes-la- Vineuse, devint le baron de Cou- 
langes et mourut en 157=). Dans la même 
branche, Alexandre porta le même titre, 
François, son fils, tué en 1674, au combat 
de Sintzheim, s'appelait le marquis de 
Coulanges Guillaume-Antoine est dit 
aussi (1707) marquis de Chastellux, titre 
qu'il quitta en devenant le chef de sa mai- 
son après la mort de son frère (1718). Il 
est alors le comte de Chastellux. 

Après lui, ce fut l'académicien qui com- 
battilen Amérique aux côtés delà Fayette; 
né en 1734, il mourut en 1788 II porta le 
titre de Chevalier xie Chastellur. avant de 
prendre celui de marquis. 

Philippe-Louis de Chastellux (1726- 
1784) prit d'abord le titre de comte de 
Beauvoir. Beauvoir était le nom primitif 
de sa famille. Il s'appelle ensuite le mar- 
quis de Chastellux Changy Roussillon par 
suite du testament du dernier des Changv 
Roussillon, mort en 1772, qui lui laissa sa 
fortune, à condition qu'il prendrait son 
nom et ses armes. 

C'est lui dont M. Frédéric Mas5on a 
fait un Chastellux Changy-Châtillon dans 
un article, du reste fort intéressant, sur le 
rôle de la franc-maçonnerie lors du retour 
en France de Napoléon, prisonnier à Lile 
d'Elbe II ne se maria point et ne put, par 
suite, être le beau-père du général de La- i 



20 Septembre içia . 

362 

bédoyère. Ce fut son neveu. L'éminent 
académicien a parfois de ces petites dis- 
tractions. 

On pourrait citer bien d'autres familles 
où les choses se passèrent de la même fa- 
çon. 

Mais l'auteur de la question a sans 
doute surtout en vue des familles de 
bonne souche de vieille noblesse, mais 
n'ayant jamais possédé de terres titrées. 
Il serait facile d'en citer plus d'une à qui 
le titre de comte, tout particulièrement, 
fit plaisir, qu'on leur laissa prendre et que 
leurs descendants portent toujours. .V.ais 
ne serait-il pas un peu délicat de citer ces 
familles ? S. G. L. 

* * 
Dans le n° du 30 juillet, « Bellechasse » 

reproduit un extrait d'un article du 30 no- 
vembre 1905 et demande si sous l'Ancien 
Régime les titres de noblesse faisaient 
l'objet d'une concession régulière. 

Tout d'abord on peut dire qu'en fait de 
noblesse, d'anoblissements, d'appellations 
ou de titres nobiliaires, il est impossible de 
donner des règles rigoureusement abso- 
lues s'appliquant à toute la France et à 
tous les siècles Les usages suivis en 
ces matières ont varié de province à pro- 
vince jusqu'à en être contradictoires. 
C'est ainsi qu'anciennement en Cham- 
pagne la femme noble qui épousait un ro- 
turier anoblissait ses enfants, tandis que 
d'une façon générale il était admis que le 
ventre n'anoblissait pas. C'est ainsi qu'en 
Béarn, Navarre et toutes régions avoisi- 
nantes, l'édit de 1579 était demeuré plus 
ou moins lettre morte ; l'usage'y avait 
persisté que le possesseur d'une maison 
noble, d'un fief, quelle que fût sa nais- 
sance, soit admis a jouir de tous les pri- 
vilèges de la noblesse d'ancienne extrac- 
tion, et c'est de cette manière qu'une fa- 
mille, aujourd'hui ducale, y naqui!: à la 
noblesse en 1640 par l'acquisition d'un 
àef (Voir Les Trois Mousquetaires par ]. 
de Jaurgain, avant- propos, page VI). 

Le temps, lui aussi, renversaitles règles: 
au Moyen Age l'expression *< sire » s'ap- 
pliquait aux puissants seigneurs terriens, 
plus tard, employée seule, elle fut réservée 
au Roi tandis que suivie d'un nom propre 
elle ne désignait qu'un individu de la 
plus basse classe, Dans des réponses pa- 
rues ici même l'an dernier (LXIV, 221 et 
suivantes) j'ai indiqué combien le terme 



N 1340, Vol. LXVI 



L'INTERMÉDIAIRE 



363 



364 



de « noble homme» avait changé de sens. 
Après avoir été au Moyen Age indicatif de 
noblesse, il avait ensuite perdu de sa va- 
leur, plus ou moins suivant les provinces, 
jusqu'à devenir souvent exclusif de no- 
blesse, mais pas toujours, puisqu'on trou- 
vait « noble homme etécuyer. » 

Ces réserves faites, on peut essayer de 
donner des indications générales. Mais 
jamais il ne faudra perdre de vuç la fré- 
quence des exceptions. En doit-on con- 
clure, suivant l'adas^e connu, que la règle 
s'en trouvait confirmée ? C'est fort dou- 
teux. Je crois, au contraire, qu'à la fin de 
l'Ancien Régime les règles présidant à la 
naissance des titres étaient souvent vio- 
lées. 

Les annuaires mondains sont, aujour- 
d'hui, remplis de titres pour la plupart 
irréguliers ou {aux. 11 n'est pas prouvé 
que sur cinquante il y en ait un de rigou- 
reusement, vrai, exact, régulier et au- 
thentique. Régulièrement les titres ne 
sont iransmissibles que de mâle en mâle 
par ordre de primogéniture ; ils sont indi- 
visibles. Telles étaient les lois aux temps 
où ils furent créés, telles elles sont en- 
core aujourd'hui ; l'art. 259 du Code Pé- 
nal n'est point abrogé. Si une famille n'a 
qu'un seul titre, il appartient exclusive- 
ment à l'aîné. Les cadets, ou les branches 
cadettes, n'y ont aucun droit ; en le pre- 
nant ils commettent un faux. Et il ne suf- 
fit pas aux cadets de faire précéder de, 
leurs prénoms les titres qu'ils, s'adjugent 
pour faire disparaître l'illégalité, ils la 
soulignent au contraire. Et sauf excep- 
tion fort* rare, les barons Jean, Jacques, 
ou Gaston, les comtes Pierre, Paul, 
Henrj ou Io>eph n'ont aucun droit aux ti- 
tres dont ils se parent, comme le geai de 
la fable. 

Que voit-on pour les titres de Duc et 
pair ^ » Non seulement l'octroi du titre et 
la constitution d'un duché, mais encore 
l'enregistrement pour que le titre ait une 
vie officielle. Je sais bien qu'on pourra 
objecter le droit des pairs d'entrer au Par- 
lement et leur situation toute spéciale. Il 
n'en est pas moins vrai que l'enregistre- 
ment fixait seul l'ordre d'ancienneté et 
que plusieurs célèbres querelles de pré- 
séances vinrent de ce fait qu'une famille 
ayant reçu apre<; une autre le titre ducal, 
prenait cependant le pas sur la première 



parce qu'avant celle-ci elle avait fait en- 
registrer ses letties patentes. Le duché de 
Brancas érigé en 1627 ne fut enregistré 
qu'en 1716, et c'est à cette date seule- 
ment, d'après les Almanachs royaux, que 
les ducs de Villars-Brancas prenaient rang 
parmi les pairs. Les Mortemart, créés 
ducs en 16^0, ne furent enregistrés que 
le 1 5 décembre 1663 . 

Pour les simples gentilshommes rece- 
vant un titre il y avait bien et réellement 
octroi officiel et la trace s'en rencontre 
d ,ms les généalogies Bien plus, il y avait 
même proclamation publique. Chacqn 
sait combien, dans la France si religieuse 
de jadis, le prône, à la messe paroissiale 
du dimanche, servait à faire de commu- 
nications qui n'avaient rien de commun 
avec la religion, comme par exemple des 
réunions de fiefs et des érections de terres 
en comtés ou haronnies. 

C'est une grande erreur dépenser que 
les vrais nobles ne S'e"Souciaient pas des 
concessions régulières de titres. Voici 
pour PAvrachin, deux exemples qui in- 
diquent le contraire. Dans un opuscule 
sur la baronnie et les seigneurs de Do- 
riere, feu le savant M. A. de Tesson a 
publié in-extenso les lettres patentes d'érec- 
tion de cette baronnie. On y lit : 

Louis parla grâce de Dieu Boy de France 
et de Navarre ^ tous présens et à venir Salut, 
scavoir faisons que nous ayaiis rais en consi- 
dération les louables vertus et noblesge qui 
sont en la personne de notre amé et féal 
gentilhomme ordinaire de notre chambre 
Jacques Advenel, escuier, s'' de Chaliandrey 
et avec quel zèle et affection il s'est toujours 
employé. .. que nous avons jugé raisonnable 
de luy laisser et à sa postérité quelque ac- 
croissement d'honneur... Pour ces causes et 
aultres à ce nous mouvans, asseuré que nous 
sommes que ledit s' de Chaliandrey a biens 
et revenu suffisant en fonds de terre pour en- 
tretenir l'estat et dic;nité de baron, avons de 
notie grâce spéciale, plaine puissance et au- 
thorité royalle les dits fiefs de Bouffiny, la 
Lande, de Dorières, hault et bas Surlair, du 
Boisguillaume, Islet de la Sulmonnière et le 
manoir du bourg St Laurens avec toutes leurs 
dépendances uniz et incorporez en un seul 
fief qui sera appelle comme dict est le fief de 
Jorieres, créé , eslevé, érigé, créons, esle- 
vons et érigeons par ses piésentes signées de 
notre main en dignité tiltre, nom et prîémi- 
nance de baron' pour et jouir et user dores- 
navant pl,iinernent paisiblement et à jamais 
audit tiltre de baron par ledit Jacques Adve- 
ne) ses «uccesseurj et ayanj cause, leqi^ej 



DBS chbr<:hburs et curieux 



30 Septembre 1919 



^6:; 



nous vousions estre perpétuellement censé 
réputé et appelle le baron c|e Dorières... 
sans touteffois que pour lacjite mutation de 
tiltre et qualité lesdits vassaulx et tenanciers 
soient tenvz à aultres charges et debvoirs 
que de ceux quilz ont esté jusques à présent 
et à la charge que la justice qui sera exercée 
par les olïiciers du dit s"" baron se tiendra au 
lieu accoustumé dont les appellans ressorti- 
ront par devant les mesrnes juges ou ilsdoib- 
vent ressortir et que pour raison de la pré- 
sente érection il ne sera rien innové en la 
justice et droict d'aulti uy ny gaux nôtres. Si 
donnons mandement à nos amez et féaux 
Conseillers lesger.s tenans notre cour de par- 
lement et chambre de nos comptes à Rouen, 
viscomte dudit Avranches ou son lieutenant 
et à tous aultres noz justiciers et officiers 
qu'il appartiendra que de nos présentes unions 
de fiefs et création de baronnie de tout le 
contenu cy dessus ilz facent jouir et user le 
dit s' baron de Dorières.., Donné à Chan- 
tilly au mois de septembre I,an de grâce 
1633 et de notre règne le vingt quatrième. 

Signé : Louis, 
contresigné : Duhamel. 

Le 12 juin 1715, Emmanuel du Ques- 
noy fit faire lecture et publication des 
lettres patentes portant érection de la ba- 
ronnie du Quesnoy en marquîsat {Chr. 
Avr. p. 226 227). 

On voit donc que les titres réguliers 
avaient une naissance très officielle. Mais 
comme il y eut toujours des enfants légi- 
times et des enfants naturels, de même il 
ne manqua jamais de gens fort enclins à 
se passer de l'intervention de la puissance 
légitime. Ils se titraient eux-mêmes, 
c'était plus simple. D'autres ayant^ acheté 
une terre titrée auparavant en faveur 
d'une famille toute différente en prenaient 
la qualification. Ce n'était peint régulier 
mais se faisait beaucoup au xviii'. Et le 
nombre des titres dont la naissance se 
trouve ainsi frappée de bâtardise est in- 
calculable. 

L'origine de l'abus est ancienne. 

Dans la Revue dei> Deux-Mondes du 
!"■ octobre 1910, p. ^28, M. G. d'Avenel 
cite le cas de Jean Bertin, bourgeois de 
Péngueux, qui, enrichi dans la fabrica- 
tion du fer, acquit en 1730 de la descen- 
dance de Brantôme le domaine de Bour- 
deilles et prit les titres de comte de 
Bourdeilles 
niier baron de Périgord 

Un autre auteur (M. J. de Bonnefon, 
p. 61 de la Noblesse de France et Ub Ano- 



366 



seigneur de Brantôme et pre- 



blis de la République) raconte que dès 
1671 il y eut un procès entre le maréchal 
duc d'Humières et une famille du Rouer- 
gue qui s'appelait originairement Ulmiè- 
res, puis Umières, puisenfin Humières. 

Le Dictionnaire de Trévoux, édition de 
1732 (t. V, colonne 246) constate que 

Si l'on compare notre siècle avec les pré- 
cédens, on verra que les litres étaient fort 
rares et que personne n'était assez effronté 
pour prendre ceux qui ne lui appartenaient 
pas : aujourd'hui chacun se les attribue tels 
qu'il lui plaît. 

Et il continue : 

Aujourd'hui on prodigue les titres à tous 
les gens en crédit. 

Du haut en bas de Vécjielle gociale, du 
roi au bourgeois, le besoin de titres ou de 
décorations n'a cessé de s'accroître avec 
les siècles. 

Au moyen âge le titre de « Majesté » 
était réservé à l'Empereur, 11 ne devint 
d'une courante appellation pour le roi de 
France qu'à partir d'Henri. Il Au Con- 
grès de Munster, en 1648, les ambassa- 
deiifs de l'Empereur ne voulaient donner 
au roi de France que le titre de sérénité. 
On trouve des piècesduxiv» siècle oii Char- 
les le Bel est appelé Monsieur le Roi. Ne 
disait-on pas Madame la Vierge en parlant 
de la mère de Dieu ? 

Titres ou qualifications, les usurpations 
en ont toujours abondé. 

D'oLi la nécessité des « Reformations » 
impuissantes d'ailleurs à tout remettre en 
place. 

Ce serait un curieux ouvrage qu'un no- - 
biliaire n'acceptant que les pièces et docu- 
ments authentiques, conçu cependant dans 
un esprit libéral et largerrient ouvert de 
façon à admettre plutôt quelques préten- 
tions d'une douteuse légitimité que de 
s'exposer à repousser certaines familles 
que les malheurs des temps ont pu priver 
de certains documents importants. 

Quelles différences entre ces listes de 
vraies et authentiques gentilshommes et 
les nomenclatures des annuaires mon- 
dains ! 

On y verrait sans doute figurer en 
bonne place quelques familles qui n'ont 
plus peut-être la situation nobiliaire à la- 
quelle leur donnent droit les services de 
leurs a^■eux. Mais, par contre, que d'ab- 
sences 1 Combien de noms que l'audace 



N* 1340. 



Vol. LXVI. 

367 



L'INTBRMÉDIAIKB 



368 



et la fortune de leurs porteurs font pren- 
dre pour authentiques et qui ne sont que 
des larcins ou des plagiats ! Combien de 
bourgeois à particule et armoiries qui se 
disent nobles (et se croient tels de bonne 
foi peut-être) ! Combien de parvenus, 
considérés comme de la meilleure société. 
Combiens de noms remanies et allongés 
par la grâce du Conseil d'Etat ! Autant de 
catégories que l'examinateur le plus large 
et le plus facile ne pourrait admettre car 
les roturiers authentiques sont nombreux 
parmi ceux qui ont aujourd'hui la préten- 
tion de représ'^nter l'-îristocratie fran- 
çaise. 

Mais, même en s'en tenant à la no- 
blesse authentique, que de prétentions à 
restreindre : que de titres à enlever, que 
de généalogies à raccourcir de plusieurs 
siècles, que de familles à taire passer de 
la classe des anciens nobles dans celle 
des anoblis ! 

G. DE La Véronne. 

Ex-libris de la famille Gallery 
(LXVI. 289). — Dans le numéro de no- 
vembre 1910, page 174 des Archives des 
collectionneurs d'ex-libris et de -reliures ar- 
tistiques^ cette question a paru sous la si- 
gnature de M. Yves des Rosiers. 11 fut 
répondu en janvier 1911 fpage 9) par 
M. Cochon, et en mai 1912 (page 79) par 
le lieutenant H. de Gallery de Servières. 
Ces deux réponses sont malheureusement 
incomplètes, nous en extrayons ce qui 
suit : 

La famille Gallery est originaire de la vi- 
comte lie bomfront. On trouve dans l'élec- 
tion de Rouen la famille Marc du Fresnay 
qui porte pour armes: d'azur à iroi"; mâches 
d'or ; dans l'élection de Mortague on ren- 
contre les Lanfemat qui portent : d^a^ur à 
trois losanges d'or, 

11 se pourrait que la famille Gallery ait 
eu des alliances avec une de ces deux fa- 
milles. Baron du Roure de Paulin. 

* • 
Les /Ircbives de la Société des Collection- 
neurs d' hx-Lihris se sont occupées de cet 
ex-libris à diverses reprises (années 1909, 
191001 1911) ; aucune réponse satisfai- 
sante n'a été apportée. On a pensé que, 
par suite d'une erreur du graveur Tous- 
tain, qui aurait représenté des mâcles au 
lieu de losanj^es, les armes des 2 et 3 pou- 
vaient appartenir a la famille de Lanfer- 



nat : D'a:(ur à trois losanges d'or^ qui, au 
xvne sièfle. habitait dans l'élection de 
Mortagne. Les Gallery étant de l'élection 
de Domfront, une alliance entre ces deux 
familles est possible, mais elle n'a pas été 
prouvée. 

je doute cependant que Jean Toustain, 
qui était un bon graveur héraldiste et qui 
a signé un certain nombre d'ex-libris. ait 
commis Terreur qu'on veut lui imputer. 

Enfin tout récemment, dans la même 
publication, M. le lieutenant de Gallery 
de la Servière signalait qu'une famille 
Marc du Fresnay et du Bosc, dans la gé- 
néralité de Rouen, portait : D'azur à trois 
màcles d'or, mais il n'établissait pas la 
jonction avec celle de Gallery. 

P. LEJ. 

La grec dans la Inngue française. 

— Cabane (LXllI à LXVI, 171, 224, 
261). — Bien que fort mal venu, après 
les savantes et intéressantes discussions 
de MM. Corman et Laray, je vais essayer 
d'apporter ma contribution d'assez igno- 
rant étymologiste. j'avoue donc que la 
question 'm'avait toujours paru fort 
claire, en dépit des lexicographes, et que 
je me cro\aisen présence d'un mot orien- 
tal à peine défiguré. 

Avant tout exposé, je remarquerai, avec 
M. Laray, qu'Isidore de Cartbagène ne 
devint évêque de Séville qu'en 601, et 
qu'en conséquence le livre des étymoio- 
gies a été écrit entre cette date et celle de 
sa mort, survenue en 636, soit au début du 
vir siècle ; et qu'en outre il est le premier 
auteur connu, donnant le mot: *Capanna^ . 
Remarquons encore, que le chapitre : 
»» De ixdifieiis rusticis » (Originum lib. XV 

— cap. XII), dont il est ici question, ne 
donne en somme, sauf pour l'expression 
du premier verset : « Cisa >*, que l'ex- 
plication de néologismes, ou tout au 
moins de termes originairement étrangers 
au latin. C'est ainsi que nous savons posi- 
tivement par Salluste (Bcll.jug. XVHI-8), 
que les «< Mapalia » sont un terme afri- 
cain pour désigner de'- huttes, dont la 
forme était celle d'une carène de navire, 
(en réalité d'une proue de galère, ou d'un 
cimier de casque, comme le prouvent les 
mosaïques découvertes en Afrique, no- 
tamment celles du musée du Bardo, et le 
sarcophage de Phillippeville. — Cf. Babe- 
lon ap. Dictionnaire de Saglio). 



iJb.. UiiLRCHiiURb MT CURIEUX 
36Q 



20 Septembre 1913 



370 



Mais Isidore nous offre l'avantage de 
restituer l'orthographe correcte du mot 
défiguré en latin (De verborum significa- 
tione de S. Pomp. Festus, d'après Verrius 
Flaccus, citant Caton, lib. orig. cap IV. — 
Tite-Live XXIX. 31. - Virg. Georg. III. 
340. — Silius Italicus XVII. 89, etc,). 
Nous voyons ainsi, après les travaux de 
MM. Basset et de Motylinski (Passim et 
piœsertim in : Notes de lexicographie 
berbère, dans Journal asiatique 1883,1885, 
i886, 1888 ; - « Etudes sur les dialec- 
tes berbères » 1894. — »< Notices sur les 
dialectes berbères des Haracta et du Djerid 
tunisien. » Woking 1892. — « Etudes sur 
la Zenatia du Mzab de Ouargla et de 
rOued Rir' > 1892. — « Etude sur la Ze- 
natia de rOuarsenis et du Maghreb 1895 
— »> Le Djebel Nefoussa » 1898 ) que le 
terme était, non pas panique; mais lybi- 
que. et vient d'un thème encore usité 
chez nos Berbères, sous les variétés /^ger, 
Agour, Akcr, louguer. fgoin\ etc., pure- 
ment dialectiques. Ce terme s'est présenté 
aux Latins, tahtôt précédé du préfixe sé- 
mite, M, tantôt du préfixe lybique T. 
C'est pourquoi ils le connaissaient tantôt 
sous la forme Mapalia ou Magaria. tan- 
tôt Tuguria, suivant que le vocable était 
employé par les Carthaginois sémites, ou 
par le peuple Ivbien des campagnes. 

C'est la hutte de garde contre les vo- 
leurs. Ainsi s'explique la non existence de 
«< Tugiirium », chez les anciens auteurs ; 
on ne le trouve en effet guère avant notre 
ère, sauf une fois dans Cicéron (pro Ses- 
tio). 

Or. de même que vers le début de no- 
tre ère, les expressions, Mapalia et Tugu- 
ria. entrèrent dans la langue latine avec 
la conquête africaine ; de même, cinq siè- 
cles plus tard sansdoute, les paysans de la 
basse latinité prirent, pour désigner leurs 
huttes, un terme importé d'Orient par les 
armées impériales. Et ces expressions, 
d'abord à sens péjoratif, parce qu'elles 
venaient de peuples vaincus et considérés 
comme plus ou moins barbares, firent vite 
leur chemin, s'mtroduisant dans la lan- 
gue. C'est ainsi que de nos jours, nous 
voyons s'introduire un mot de sens simi- 
laire en français, le gourbi ; terme donné 
sans doute avec mépris tout d'abord à 
quelque humble chaumière, par un vieux 
soldat de notre armée d'Afrique. C'est là 
une loi constante, dans les lingues des 



conquérants, de prendre aux vaincus» 
pour les appliquer chez eux avec un sens 
péjoratif, des expressions désignant des 
objets communs ou de peu de valeur. Les 
exemples abondent, d'abord en argot, 
puis dans la langue même, où ces expres- 
sions finissent par conquérir droit de 
cité. 

Ceci posé, examinons directement la dé- 
rivation linguistique du terme Capanna, 
Cabane, en partant des langues sémiti- 
ques. 

Or il existe en hébreu une racine 
Qâbab. avec le sens de courber, façonner 
en forme courbée d'où vient l'expression 
QjubJh, i. e., dit Gesenius, « tentorium 
in tholi modum » Elle est employée au 
moins une fois dans ce sens au livre 
des Nombres XXV 8 ; si même elle ne 
se trouve point deux fois au même passa- 
ge, comme le pensent certains rabbins, 
en désaccord avec saint Jérôme, qui y a 
vu, la seconde fois, la désignation de la 
partie du corps transpercée par Phinéès. 

Aucun doute sur la communauté d'ori- 
gine entre la racine examinée et celle se 
présentant ailleurs sous la forme Gâbane, 
avec le sens simplement modifié de être 
courbé être façonné en forme convexe, 
en dôme. De là l'expression Gôbane^ bos- 
su, employée au Lévitique XXI-20. Le 
chaldéen avait du reste (Daniel. VII-6) 
le mot Gab, dos échine. Ezéchiel (XVI- 
24et 31), ainsi que le livre de Job (XIlI- 
12), l'emploient dans le sens d'habita- 
tion, sans qu'on puisse trop dire de 
quelle sorte. Remarquons en passant 
que le thème radical existe en français 
avec le même sens, dans notre mot : 
« gibbosité >•>. 

Enfin, il convient de rapprocher de ces 
deux radicaux le mot répandu dans tout 
l'araméen, aussi bien que dans le cana- 
néen, qui veut dire casque ou cimier de 
casque Gobdd. 

Maintenant, si de l'hébreu et de l'ara- 
méen, nous passons au groupe méridio- 
nal des langues sémitiques, nous trouve- 
rons en arabe la racine Qahb, avec le 
sens primitif de se dessécher (de l'herbe), 
couper, abattre, soulever; mais qui, 
quittant sa forme sourde, prend avec 
Qabab le sens de courber, façonner en 
dôme, en arc, en voûte, former une con- 
vexité. De là le mot bien connu Qoubbai, 
coupole, dôme, et par extension tombeau. 



N» iJ4d. Vol. LXVI. 



L'lNTBRMEDirt.iK. 



37' 



372 



clocher. Entre autres, à noter l'expres- 
sion Qpttbhate oiisk sbahadati m. à m. la 
tente, la cabane du témoi^ïnage, c'est-à 
dire le Ttibernacle (des Juifs) Dans le 
langage vulgaire, tant en Orient qu'en 
Occident, la même racine a fourni l'ex- 
pression Qiiboubat, hutte en forme de dô- 
me, cabane de gaulis, ou de branchages 
infléchis. 11 est remarquable en outre que 
cette dérivation du sens primitif est cons- 
tante chei les Sémites pour cette même 
idée ; c'est ainsi que le mot Qous à pro- 
prement parler arc, est pris dans le Coran 
avec le sens, hutte de chasseur, et chez 
les auteurs postérieurs veut parfois dire 
une cellule d'ermite. 

Mais il existe encore en Arabe littéral 
une seconde racine, très voisine de la 
première tant comme son, qile comme 
sens ; qui, chose singulière, se rencontre 
sous deux aspects, étant tantôt sourde 
Kabb, tantôt quadrilitere Kahkab^ ayant 
du reste, sous ces deux aspects, et le 
même sens, et les mêmes modalités, et 
les mêmes dérivations. Elle a le sens de 
culbuter, renverser, répandre, pelotonner, 
rouler, former en rond. De là les expres- 
sions littérales Kabib, des pelotes (de 
ficelle) ; Koiibbat^ un peloton (de cavale- 
rie) ; Kabab, des escalopes, des paupiet- 
tes ; etc., etc ; et l'expression vulgaire, 
existant tant en Orient qu'en Occident 
Keboubai, pluriels Keboubate,et Kebouba- 
ne. des huttes de feuillage en forme cir- 
culaire ou arrondie, comme ci-dessus. 

Enfin, en Occident, mais non dans le 
Maghreb extrême, c'est-à dire en Eg>'pte. 
en Cyrénaïque, en Tripolitaine, dans le 
Sud Tunisien, et partie de la province de 
Constantine, l'argot des tribus a défiguré 
même l'expression arabe, et la contrac- 
tant, peut-être sous de- influences berbè- 
res, en a fait un mot nouveau, qui ne 
se rattache plus grammaticalement a 
la langue mère ; mais nous met sur la 
voie de notre étymologie, qu'il n'y aura 
plus lieu, je crois, de discuter. En effet, 
une hutte de garde, de branchages ou de 
gaulis (par opposition au ^ gourbi » qui 
est fait partie au moins de mottes ou de 
pierres) se dit alors Kib, pluriel Kahauc. 

El Kantara. 

Français et François (LXVI, 1^4). 
— La diphtongue éi de l'ancien français 
(venue d'un e ou d'un 1 latin) a, au cours 



de l'évolution de la langue, changé à 
plusieurs reprises de prononciation. Elle 
a passé à oi. (sauf dans les mots où elle 
était suivi dune nasale ou d'un 1 mouillé, 
comme haleine, soleil), et s'y est fixée, 
pour bien des mots, comme orthographe ; 
mais non comme son : dans la prononcia- 
tion, ot'a passé à oe, puisa oè, puis, selon 
les cas, à è (surtout devant e muet ou 5), 
ou à oa (oua) ; dans l'orthographe, la 
prononciation è s'est traduite, le plus 
souvent, par la graphie at. Naturellement, 
au cours de cette évolution, il y a eu des 
périodes, quelquefois longues, où l'usage 
a hésité entre deux prononciations ; l'in- 
fluence des dialectes régionaux, celle des 
modes, à la cour et à Paris, est interve- 
nue. Au xvi'^ siècle, au xvn«, au xviii* en- 
core, la prononciation oè et la prononcia- 
tion c coexistaient pour bien des mots. 
C'est au cours du xvi'= que la prononcia- 
tion à la fois normande et populaire pari- 
sienne, lèle. vêle, fAn^èse, Fiancés, de- 
vient de mode à la cour, au lieu de toèle, 
vo'ele, Ponthèse, Fraiiçoès; Henri Estiennc 
l'a vivement critiquée, et d'autres comme 
lui. 

Le son è l'emporta rapidement pour 
les imparfaits et conditionnels des verbes, 
et un certain nombre de mots ; pour 
d'autres il resta en concurrence avec oè. 
Au cours du xvii' siècle, il s'établit une 
sorte de convention d'après laquelle, 
dans la parole soignée, ert chaire, au bar- 
reau, au théâtre, en lisant des vers, ou 
même, pour certaines personnes atta 
chees à la tradition, en causant dans un 
salon, oh prononçait oè, alors que dans 
l'usage courant on prononçait e. Jusque 
dans le xvm« siècle la prononciation oè se 
maintint ains'i dans le parler d'apparat, et 
rhême dans l'usage de certaines familles, 
alors que è (et pour d'autres mots oa 
{oua)) devenait de plus en plus prédomi- 
nant, duand on trouve ôi dans les poètes, 
on peut être sur, d'une façon à peu près 
générale, que pour eux il correspond, 
dans leurs vers, au son oè (ouè), dd 
moins lorsqu'il s'agit de poètes du xvii» 
siècle ; et cela même dans les imparfaits 
et les conditionnels. 

Pour plus de détails et de précisions 
sur cette question, voir Ch. Thurot De la\ 
pronovciation française depuis le Xl^l* siè- 
cU, 2 vol. i8«i. ItttKE. 



DES CHEktrtfiuftS Èr tUkiEUX 



373 



Belgicismes ((XV; LXVI, 34).— 
Une exposition universelle et internatio- 
nale s'ouvrira à Gand eh 1913. Déjà sont 
lancées dans le public des réclames de 
toutes sortes en vuedes»,* festivitésadel'an 
prochain, j'ai sous les yeux plusieurs car- 
tes postales illustrées ; l'une^ qui repré- 
sente une jeune femme au milieu des 
fleurs, invite à « visiter la ville des fleurs 
et des vieux monuments et admirei" l'Ek- 
position qui s'ouvrira le 26 avril 1913, 
par les célèbrespLORALiEsquinquennales >>, 
« Festi vite » est depuis longtemps déjà dans 
le langage courant, mais je n'avais pas 
encore jusqu'ici rencontré le mot Floralie. 

J. Lt. 

L'étymologie de a Gui^hërt » 
(LXV, 95,225). — Que M. Fernand R. de 
Lisle relise la Préface du CiJ. Il y est 
question d'un certain Guillen de Castro. 
Qu'il compare cette forme romane avec 
la forme germanique de Guillaume et avec 
ses divers dérivés en diverses langues in- 
do-européennes ou simplemeiit néo-latines 
la conclusion sera aisée. 

Camille Pitollet. 

Frotel ou Footel (LXV, 150, 676, 
770; LXVI, 30, 120). — Monsieur Ibère 
me donne un qualificatif que volontiers je 
lui retourne en lui disant qu'il l'est quel- 
quefois de trop. Il répugne à M. Ibère 
que Foutel désigne un arbre ; c'est plutôt 
un bois, et il doit représenter le latin fa- 
gutalis, foutelaie. Mais oui, cela fait bien. 
le lecteur ordinaire ne trouvera rien à 
dire; c'est bien la bonne explication. 

Eh bien! non; jamais Joutel n'a signi- 
fié foutelaie ; jamais un suffixe latin talis 
n'a été employé dans les langues romanes 
pour désigner les bois ; )amdi\s fag ut alh 
ne pouvait donner un français /om/^/. 

fagutalis z l'accent secondaire sur /b, 
u est atone et / est placé entre une atone 
et une voyelle qui a l'accent principal. 
Qu'en résulte til ? Le c, le g, le ^y latin 
placé entre une voyelle qui a l'accent se- 
condaire et une atone, se transforme en 
jod qui devient ensuite un t ; le / s'adou- 
cit en d. 

Ainsi cogitare devient çotdier, adjutare 
devient aidier, placitare devient plaidier. 
En conséquence /a/M^a/ti serait devenu 
faidel. 

Mais avec M. Ibère, il y a toujours de 



aè S£i)temb^é 19^2 
- 374 

la ressource. Le raisohtiement est défec- 
tueux, niais l'idée peut être juste. Au 
fond qu'est-cfe/o«/é/ ; c'est un accusatif 
singulier, c'est Un rlominatif pluriel. Il se 
pourrait que foutel ait été les foutaux. 
Pour éciaircir la chose, il faudrait consul- 
ter Ducange aux articles fagutelli, fagi- 
ielli^ fcUitelli, foiitelli etc^ et voir si on 
n'aurait pas un putelli = fautel. Il est 
possible qn'on ne trouve rierl, Hiais il se 
peut qu'on ait campi = chamb. 

H. LAkAt. 

^ "Va (LXII). — Va est employé par 
d'excellents écrivains : 
Je lis dans Verlaine : 

Fa, l'étreinte jalouse, et le spasme obsesseur 
Ne valent pas un long baiser, même qui 

[mente J 
{Poèmes Saturniens : Lassitude) 
Puisqu'à ce point s^^ trouva 
Facile ta destinée, 
Puisque vers toi ramenée 
L'Arcadie est proche, — Va ! 

Va ! le vin dans les feuillages 
Fait éclater les beaux yeux 
Et battre les cœurs joyeux 
A l'étroit sous les corsages... (Les uns et les 

[aulres, se. I;. 
Albert Desvoyes. 

Faire le Jacques (LXVI, 144). _ 
Jacques (Jacques Bonhomme) a toujoufs 
été le type du paysan, de l'homme du 
peuple, français. Faire le Jacques, c'est 
donc faire le Bonhomme (le « Jacques 
Bonhomme »), c est-à-dire le naïf, le 
lourdaud, se donner Tair d'un paysan. A 
rapprocher de ce mot de Jacques ; le 
maître Jacques (Molière n'a pas inventé 
l'expression), c'est-à-dire le plébéien, bon 
à tout. On l'appela plus tard jacquet, qui 
prit vite le sens de domestique, celui qui 
portait la livrée, et donna, au xviii« siècle, 
le mot. . . jockey, qui, quoi qu'on en pense, 
n'a nullement une origine anglaise ! 

Faut-il, de ce nom si populaire : JaaucS, 
déduire l'inspiration de la jolie et harmo- 
nieuse chanson en « canon y> : Frère Jac- 
ques f Maurice Charpentier. 

* 
• * 

Faire le Jacques, faire l'imbécile. Jac- 
ques est un nom péjoré comme Jean, 
Nicodeme et bien d'autres. (Sur cette si- 
gnification péjorative de Jacques artalo- 



N» 1340 Vol. LXV. 



L'INTERMEDIAIRE 



375 



376 



gue à celle d'autres noms, on pourra 
consulter : Chevaldin : Jargons de la 
harce de Pathelin). Le sens primitif est 
paysan parce qu'autrefois, le jaque était 
le vêlement ordinaire du paysan. Du sens 
de paysan on passe aisément au sens de 
grossier, balourd, imbécile. Au moyen 
âge, ja 'ues. grossier (V. Du Cange. V" 
jaqueiv L'ancien français avait aussi jac- 
quet, bouffon . 

On trouve dans le Dictionnaire du bas 
langage de Dhaiitel (1808) : 

Cate-pàte, sobriquet que l'on donne à un 
mauvais boulanger, à un pâtissier Jacques 

Le parler auvergnat a Jacqueline , 
femme sotte : le Champenois jacquedal 
(employé en argot). A Démuin (Picardie) 
et en Saintongeais^ un Jacques est un im- 
bécile : en wallon, Jacqueline se dit d'une 
femme sotte. 

C'est cousu de fil blanc, vous me prenez 
pour un Jacques. 

{Echo de Paris, 28 février 1897). 

Je chine les faiseurs de pallas. les four- 
neaux, les jaquettes. 

(Bruant : Lanterne, n" 74, i8q8). 

Je ne serais pas assez Jacques pour aller 
vous raconter mes petites combinaisons. 
(Journal. 10 février 1902). 

Comme l'a dit jules Lemaître, nous som- 
mes tous un peu Jean-Jacques et même un 
peu Jacques- 

(Hanotaux ; Journal 10 février 1908)., 

Quand je pense à la bobine du Jacques 
qui découvrira ce truc, j'en ai le ventre en 
persienne . 

(Bourget: L'Etape 1910). 

Vous ne croyez pas que je vais vous 
chanter Us louanges de l.istonnet. . . un 
grand jackdale. 

(C. Pert : Petit Cady, 1910). 

De la. l'expression du bas langage, 
faire le Jacques, faire l'imbécile qui re- 
monte au moins à la première moitié du 
xvn* siècle, témoin cet exemple : 

Servir les grands, devenir leur esclave, 
souftrir leur mauvaise humeur, taire le jac- 
quet. 

{Les Jeux de r Inconnu, 1640). 

Voici d'autres exemples plus modernes. 

Il n'était pas payé pour faire ainsi le Jac- 
ques devant son patron et ses collègues. 

(Journal, !•' août 1895). 



Il ne se soucie pas d'aller faire le Jacques 
devant des potaches. 

{Libre Parole, 24 octobre 1899). 

Il se met à faire le Jacques et le fumiste. 

(Vie Parisienne, 15 décembre 1906). 

Le i/roit nu bonheur tiré par MM. Ca- 
mille Lomonnier et Pierre Soulaine d'un ro- 
man de M. C. Lemonnier est l'histoire d'un 
mari qui fait le Jacques ; j'entends qui se 
modèle sur le Jacques de George Sand. 

(Faguet ; Débais, 27 mai 1907). 

De là, encore, par extension, les sens 
suivants : 

1° Faire celui qui ne comprend pas. 

Ne fais donc pas le Jacques, tu sais bien ce 
que ie veux dire. 

2" Travailler, peiner, se donner du mal 
toutes choses considérées par certaines 
gens, comme stupides ou inutiles — usité 
en bas langage, 

3° Etre sous les drapeaux, faire l'exer- 
cice, être de corvée^^^s très usité aussi 
bien à la caserne que chez le peuple. 

Bon sang de bon Dieu ! c'est-y permis de 
faire le Jacques pendant qu'y a tant d'ou- 
vrage à la maison ! 

(Descaves : Sous-ojfs, 1889). 

Ce n'est pas parce que vous avez fait le 
Jacques sous le premier Empire que je vous 
laisserai dire des choses pareilles I 

(De Fiers et Caillavet : Miquette et sa 
mère, 1906). Gustave Fustier. 

Blois et ses habitants (LXVl, 7, 

223). — D'après les auteurs locaux, l'épi- 
thète « Les Foireux de Blois » aurait été 
donnée aux Blésois à cause du grand 
nombre de foires qui leur avaient été 
concédées par les Ducs d'Orléans et les 
rois de France. .Martellière. 

Quel pouvait être le nombre des 
individus emprivonnés et des con- 
damnés àlapeinecapi'ale sous l'an- 
cienne monarchie ? (LXVl, 1 37. 295). 
— Dans la communication signée de mes 
initiales. LXVl, 293, une virgule mise 
intempcstivement enlève son sens à une 
phrase ou plutôt lui enlève tout sens ; au 
lieu de < ».. par étroitesse d'intelligence 
non réparée, par un patriotisme ar- 
dent. . », lisez donc «... par étroitessc 
^ d'intelligence non réparée par un patrio- 
€ tisme ardent... > sans, après réparée. 

H. C. M. 



D.ys CriERGHBURS ET CURiEUX 



377 



20 Septembre 1912 



Quand et lui (LXI ; LXIl). — Le bon 
évéquc Jacques Aniyct emploie maintes 
fois quand et lui. Voir p^ir exemple sa 
traduction des yics da hommes ilhut/es de 
Plutarque. Dans la vie de Thésée j'ai re- 
marqué au moins cinq fois cette exprès- 
pression : %» ayant quand et lui Ariane», 
.< firent ce voyage quand et lui », etc. 

Ai.BE'îT Desvoyes, 

Le Futaridme (LXVI, 97, 22S, 268, 
329). — Lescollaboiattursquiontrépondii 
jusqu'ici ne se sont reportés qu'à des pu 
blications assez récentes. En ce qui con- 
cerne spécialement la litîérature futu- 
riste, M. W. D. se réfère à Veis et P-rosâ 
(1912), M. Maurice Charpentier à Co/nœ- 
dia(\Ç)\o), et M. C. Dehais au Matin du 
17 mai 1910. Il me semble qu'il serait 
intéressant de remonter plus haut vers la 
source de cette tentative de création d'une 
école nouvelle. 

Les premiers essais datent, je crois bien, 
de 1909. Mais, tout aussitôt le manifeste 
lancé, les plus enthousiastes adhérents, y 
découvrant des idées jadis caressées. 
voient les premières maniiestations du 
Futurisme plus loin dans le passé, vers 
1906... 

J'ai entre les mains le n» 3-4-5 6 de 
Poésia, d'avril, mai juin, juillet 1909, qui 
contient : i» un manifeste de F T. Mari- 
netti, chef de l'école futuriste; 2° L'Iiîtei- 
view de M. Marinetti par un rédacteur de 
Comœdia, reproduit sous ce titre : Les 
premières victoires du Futurii7ne\ 3° une 
série de lettres émanant de littérateurs 
connus, sous cette rubrique : .1 dhésions et 
objections . 

Si le Futurisme, en peinture, n'eut que 
quelques fumistes et quel. [ues impuissants 
pour adeptes, comme le dit M. Maurice 
Charpentier, il fut plus heureu.x en litté- 
rature. 

Voici quelques extraits des réponses 
faites à l'enquête du promoteur du Futu- 
risme : 

Comment ne pas applaudir au Futurisme 
qui se propose d'instaurer le lyrisme de la 
m.^chine et des miriicîes fcienlifiques, toute 
la gloire neuve du vieux Prométhée, quand 
on a soi-même tenté de faire comprendre la 
magnificence de ces formes unies aux puis 
sances des foules ?... 
^... Mais où je me sépaie du Futurisme, 
c est quand il veut détruire, abolir, anéantir. 

Paul Adam^ 



378 



... Donc le Futurisme existe ou existera. 
Vous en seiez le maître, Monsieur, comme 
Victor Hugo fut, sans le vouloir, le maître du 
roiijantisriia français, et comme M Francis 
Vielc Giiftln est encore, délibérément, le maî- 
tre du symbolisme. Je vous souhaite des 



élèves dignes de vous 



Charles Derennes. 



... C'est à cette époque que je lanç.ii les 
Ci'és Futures (1906), non pis un recueil de 
vers, m.iis un grand poème de la Révolte 
exaltée, bénie, rafraîchissante des cœurs et 
des cerveaux, chantée par les affranchis en 
route pou- les Cités de lumière et d'énergie. 
Ce fut, je crois, la première manifestation 
du futurisme, en Francs... 

André Ibels. 

S'iendide Marinet i ! 

Me souvenant que j'ai toujours chéri par 
desos tout les « Conîiadictions », symbole 
de la Dialectique qui constitue le rythme de 
toute Poésie, p,>rtant, de tout Univers, 
j'adhère volontie s au futurisme. 

Charles Regïsmanset, 

Passons maintenant aux réfractaires : 
Vous m'avez tout l'air de ces sauvages qui 
mangent leurs ancêtres pour éviter l'encom- 
brement, ou de ces révoltés sociaux qui ne 
veulent pas avoir de pères et se complaisent 
dans les bâtardises. 

JuLitTTE Adam. 

J'ai le culte passionné du passé, l'horreur 
et le dégoût du modernisme. Si vous avez 
lu une seule ligne de mes livres, comment ne 
le savez-vous pas et comment pouvez vous, 
sans rire, me demander une adhésion, même 
partielle, à votre manifeste? 

Pierre Loti. 

^ La lettre de M. Jules Claretie mérite 
d'êtr» rapportée en entier ; 
Ch r Poète, 
Ne redoutez-vous pas le clignement iro- 
nique du regard des étoiles défiées ? Et lais- 
sez-nous au moins Montaigne — dont je suis 
sûr -- et Monna Lisa qui maintenant ne 
îiompe plus jersonne. Son sourire, croyez- 
moî, fait partie du Futurisme. 

Jules Claretie. 
11 est assez piquant qu'à propos du Fu- 
turisme, l'éminent académicien dite à 
M. Marinetti : <v Laissez-nous... la Jo- 
conde! » qui, précisément, devait dispa- 
raître quelques mois plus tard. 

Adrien H. 

* ♦ 
On trouvera tous les renseignements 
relatifs à cette « école » dans le catalogue 
publié au début de 1912, lors de l'exposi- 



N» 1340, Vol. IXVJ. 

379 

tion de cinq futuristis ita'icns MM. Boc- 
cioni, Carra, Russolo, Bj!!;\ et Severini, 
chez Bernheim. 

Ce catalogue intitulé : Les Pcin!ies*Fu- 
Itirisles Italiens. Exposition du lundi 5 au 
samedi 24 février 1012, Paris, 115 rue 
Richepance 15, chez MM. Bernheim 
Jeune et Compagnie, débute par un mani- 
feste : Les Exposants ni Public. 

On y trouvera en outre des reproduc- 
tions des principales oeuvres soumises à 
l'admiration de nos contemporains. 

Gaston L. Vuitton. 

Le Mai (T. G.. 547, LXVI. 9s, 229). 

— La coutume du mai est une pratique 
de ce qu'on ." nommé la magie imitative. 
Un des moyens des plus anciens que les 
hommes ont cru trouver pour eiurer en 
rapport avec la N;;ture a été de faire ce 
qu'on voulait qu'elle fit. Les pratiques de 
magie imitative sont très nombreuses et 
toutes obéissent à cette idée maîtresse. 

On en trouvera dans le premier volume 
du livre de Frazer. Le Rameau d'or, de 
nombreux exemples. 

Dans l'intérieur de Sumatra, les femmes 
ne plantent le riz qu'en laissant pendre 
les cheveux. C'est une suggestion à la na- 
ture pour qu'elle fasse des plantes vigou- 
reuses. Même coyance au Mexiq;ie avec 
le maïs, dont la déesse s'appelait « la 
mère aux longs cheveux. >* 

Déjà, pourtant, les Malais adoptent un 
autre système. Ils ne plantent le maïs 
qu'au moment ou ils sont avec le ventre 
bien plein. C'est dire à l'arbuste : « Imi- 
tez nous! Donnez nous des épis bien gros !>> 

A Luçon, le plant des bananiers se fait 
p-îr des femmes portant un enfant au dos. 
Le bananier doit comprendre ce qu'on en 
attend. .. 

Les semeurs de chanvre en Souabe et 
en Transylvanie sautent dans les champs. 
Et les champs doivent savoir qu'on leur 
demande de donner des plantes, qui 
aillent jusqu'où vont les sauts. 

Les habitants de Galeta mettent des ju 
pons aux arbres qui ne donnent pas de 
fruits Ça veut dire : « Fais comme les 
femmes ! Accouch-? de beaux fruits ! ?> 

Il y a comme cela des milliers d'exem- 
ples, parce que ce procédé d'entrer en 
communication avec la nature, est uni- 
versel. 

Dans la Serbie on fait — ou du moins 



L'INTERMEDIAIRE 



380 

on faisait aussi le mai. On revêtait une 
jeune HUe nue, de tleurs et de feuilles et 
en la promerait processionnellement. 
C'ét.iit dire à la Nature : « Voilà ce que 
nous voulons : couvre toi de tleurs comme 
cette jeune fille ». 

Dans plusieurs endroits on peut signa- 
ler une évolution dans cette croyance. On 
a d'abord admis que certains arbres 
étaient divines, divines en elles-mêmes. 
Plus tard, on a humanisé c-tte croyance 
et on a admis que ces arbres étaient di- 
vines, parce qu'elles abritaient des dieux 
ou enfin des génies protecteurs de la vé- 
gétation. On leur faisait des offrandes. 
Plus tard encore on a chargé quelques 
personnes, à de certams jours de l'année, 
.de représenter cet esprit. C'étaient tou- 
jours des jeunes gens qu'on parait de 
feuilles et fleurs, pour qu'ils symbolisas- 
sent les génies de la végétation. Et ces 
cérémonies avaient lieu partout (au 
moins dans l'Europey^ra mois de mai. 

je vous ai cité le premier volume du 
livre de Frazer, Le Rameau d'ot. Le troi 
sième s'occupe spécialement des cultes 
agraires et sylvestres. On y trouvera tout 
ce qu'il y a à ce sujet. Medeiros. 

Les sœurs associées (LXVI, 8, 177, 
230) — il semble aussi que la sœur de 
Nietsche ait eu sur lui une influence très 
salutaire. 

Où pourrait-on se renseigner non pas 
sur la philosophie de Nietsche, mais tout 
particulièrement sur l'influence de sa 
sœur .'' 

Puisque la question s'étend aux types 
littéraires de l'amour fraternel, je crois 
qu'on pourrait citer 1' « Electre » de .So- 
phocle et d'Euripide. Mais l'érudition lit- 
téraire des intermédiairistes nous indi- 
quera certainement bien d'autres, dans le 
roman et le théâtre. H. RoN. 

Los chevaliers de l'Arquebuse 

(LXVI, 178). — Fouché ne goûta pas les 
bonnes raisons du Préfet de Police en fa- 
veur du rétablissement des Compagnies 
de l'Arquebuse et le projet d'en faire des 
sociétés d'instruction militaire. Il ré- 
pondit le 6 ventôse an Xlll,par une inter- 
diction formelle. Nous avons publié celte 
lettre il y a quelques années ici-méme. 
d'après la minute qui est aux Archives 
Nationales, F", 3004. L. G. 



:i 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20 Septembre 1912 



381 



382 



grouuailles et ajuviosités 

Enseignes littéraires des coif- 
feurs. — Ce mois passé (août i9i2)lorsdu 
congres del'AFAS a Nîmes, je me suis fait 
r?.ser chez un cciffeur appelé M. Combet, 
sur le boulevard Victor Hugo, vis-à-vis 
Ihôtel Manivet. l'ai été attiré chez lui par 
une enseigne en latin : ornate, juvenes, 

SENES, REPARATE CAPILLOS --et en grcC, 
à côté : Kï'.oo) Ta/iTTa xa'. z'.'dtz'o, ce qui 
veut dire : je' rase très vite et je me tais. 
— J"ai fait connaître à M. Combet qu'en 
1859, j'avais vu la même enseigne grec- 
que à Rochefort (Charente-Inférieure), 
mais agrémentée, en outre, d'un tableau 
qui représentait l'artiste en fonctions et 
son client. 

Ce n'est pas la seule enseigne littéraire 
de coiffeur que j'aie vue : vers 18=, i, il y 
avait dans la rue de 1 Echaudé a Paris, v'.s- 
à-vis l'encadreur Danglcterre, un coiffeur 
appelé DiOT qui arborait ce quatrain ; 

O têtes sans coiffeur, qui cherchez au hasard 
Si votre barba est longue et vos cheveux sans 

'art 
Arrêtez vous ici, vous êtes à l'enseigne 
Du merveilleux rasoir et du magique peigne. 

Il y avait aussi, au boulevard des Bati- 
gnolles, l'officine Isopy, dont Lamartine 
avait été le client. Mais je crois que la 
poésie qui décorait son enseigne a déjà 
paru dans Y Intermédiaire, n'est-ce pas: Si 
non, je me la rappelle, et la rappellerai 
volontiers. La voici : 

Le maître de cette officine 
Est IsoPY, qui fut coiffeur 
Du grand poète Latmarine 

Mort dans sa fleur ! 
Pour une très modique somme 
On peut acheter en ces lieux 
Des poils de barbe du grand homme 
Ou des cheveux ! 

V. A. T. 

Un livre sur le Maroc. — je viens 
de trouver au fond d'une bibliothèque de 
campagne un ouvrage assez intéressant, à 
notre époque où tous les yeux sont fixés 
sur la politique nord-africaine. C'est un 
petit in- 180 de 470 pages, édité à Ams- 
terdam, chez Pierre Martin, en 1731, sous 
ce titre : Histoire de la Révolution de 
V Empire du Maroc depuis la mott du der- 
nier empereur Muley hrtiaël. C'est la re- 
lation exacte des événements qui se sont 



produits dans le pays en 1727 et 1728. 
Cet ouvrage est traduit du journal anglais 
du capitaine Braithwaite attaché au con- 
sul général anglais John Russel. Une 
carte très exacte nous montre tous les 
lieux, villes, montagnes, fleuves, sur les- 
quels les dépêches attirent chaque jour 
notre attention. Rien ne ressemble plus 
aux événements de 191x61 1912 que ceux 
des années 1727 et 1728. La mentalité ma- 
rocaine n'a pas changé. La guerre civile, 
alors comme aujourd hui, existait à l'état 
endémique, et après deux siècles, les 
mœurs sont identiques. 

Marcellin Pellbt. 

Lettres de Paul Arène à Mistral 
en 1870. — Notre très distingué con- 
frère M. Georges Niel, nous communique 
le texte de deux lettres que Paul Arène 
adressa à Mistral en 1S70. 

Djtées de l'époque de nos malheurs, 
de l'aube tragique de la troisième Répu- 
blique elles portent la marque la plus 
personnelle de cet esprit délicat Un 
couplet contre la centralisation outran- 
cière est bien dun fils de la Provence, qui 
ne veut abdiquer ni sa langue, ni ses 
amours. 

Mon cber Mistral, 

Ecrivez-moi donc. — Je 



m ennuie ici 



auoiqu'en République ; impossible de rien 
taire, toujours penser à l'avenir, à la guerre 
e de guns en quart parla (i) 

Qu'est-ce que vous faites là bas ? 

Je voudrais partir avec des amis et m'aller 
battre, mais avec des amis! Si nous allions 
trouver Quintana pour le ramener volon- 
taire? — Ce seraiï beau pour vous, beau 
pour un poète, de souder ces deux petits an- 
neaux d'or intermédiaires, Provence et Ca- 
talogne, dans la torte chaîna des pays latins. 

Vous y avez dû penser. 

Je vous embrasse, mais écrivez-moi. 

Avez-vous des nouvelles de Daudet ? 

Paul Arène. 

* 
♦ » 

Mon cher Mistral, 

Vous vous ennuyez, moi aussi, et ce serait 

une bonne idée que de mettre pour quelques 

jours nos deux ennuie ensemble — pour 

quelques jours, c'est-à-dire pour tant que 

vous voudrez. — La maison est étroite ici, 

la vie familiale modeste, un imbécile s'y 

trouverait serré peut-être, mais Mistral s'y 

plaira . 



(i) et personne à qui en parler. 



ji« 1340 Voi.LXV. 



L'tNTiiRMEDÎAlKE 



383 



Venez donc voir les Alpes, au lieu d* 
vous tourner le sang sur place, et nous at- 
tendrons, paisiblement que cette pauvre 
France, qui ne veut pas des poètes comme 
citoyens, ait besoin d'eux comme soldats. 

Votre lettre est belle, quoique triste. 

Je pense comme vous à l'endroit de cette 
centralisation par Ir-^p romaine qui ne nous 
laisse pas de choix entie un empereur à Paris 
ou bien Paris-Empereur... Mais que faire? 
Dan» les circonst.Tnces où nous sommes, les 
idées, les hommes ne sont rien, les événe- 
ments, tout. Or, qje nous voulions ou non, 
les événements roulent. — Mais ne désespé- 
rons pas. La centralisation, dites-vous, tue 
la France en ce moment. Qu'en savez-vous ? 
C'est peut-être la France qui est en train de 
se guérir de la centtalisation. Il f.illnt bien 
des malheurs à l'enfant prodigue avant qu'il 
se décidât, pauvre et meurtii, à rever.ir 
frapper à la porte paternelle. Apres toutos 
ses misères présentes, si elle ne meurt pas, 
la France peut-être reconnaîtn sa maison. 
Mais je comprends que votie cœur saigne 
à la suivre ainsi le long des routes. 

Quand je considère les hommes, mon chei 
Mistral, j'ai peur pour la République. On 
n'imagine pas combien, en général, les âmes 
sont petites et ba- es Les Knfers, inferi (si 
enfers il y a où vont les âmes), doivent res- 
sembler à Lillipuf. J.; fais mon devoir en at- 
tendant pour la strvir tant que je peux, ?ans 
la compromettre, cette chère République. Si 
mes concitoyens m'ennuient trop, après ça, 
je n^'engagerai. 

C onnaissez-vous M. Esménard Dumazet, 
de Salon-en-Crau, qu'on vient de nommer 
préfet de Digne? Je l'ai vu hier. Il m'a pro- 
posé d'être son secrétaire particulier. Ne le 
connaissant pas assez je n'ai répondu ni 
oui ni non. Je vous embrasse — et vais relire 
dans l'Almanach, vos vers sur la mort de 
Lamartine ; il me semblera que ce sont des 
vers de Lamartine sur vous. 

Salut et fraternité. 

Paul Arène. 

Une image d'Epinal séditieuse. 

Le 6 juin 182 1 . 
Le Ministre 

au Préfet des V^/ges 

Monsieur le Préfet, 

Je vous transmets ci-joint un exemplaire 
d'une gravure sur bois ayant pour titre Ife- 
traite ,u Moscou, et paraissant être sortie de 
l'imprimerie du S' Pellerin, imprimeur li- 
braire à Epinal. Suivant l'avis anonyme que 
vous trouverez au dos de l'est 1 ni pe, le S"" Pel- 
lerin la ferait rt^pandre aujourd'î^ui, avec pro- 
fusion et gratuitement dans les c^mpignes. je 
vous prie de faire vérifier jusqu'à quel point 
cet avis peut être fondé et de me communi- 
quer les résultats des informations. 



384 - 



Epinal le 1 1 juin 182 i. 
Le Préfet des Vcçes 
à M. le Baron Mounier, Directeur général 
de VAdmlnistraiion Départementale 
de la Police, 
Monsieur le Directeur Général, 

J'ai reçu avec la lettre que vous m'avez fait 
1 honneur de m'écrire le 6 de ce mois, un 
exemplaire d'une gravure ayant pour titre : 
Retraite de Moscou. Cette gravure est bien 
réellement sortie de l'iraprimeiie du S"" Pel- 
'erin, imprimeur libraire à Epinal, dont les 
ouvrages consistent en grande partie en es- 
tampes gravées sur bois, d'un travail des plus 
co nmuris, de très mince valeur, et qui par 
cette raison se débitent principalement dans 
les campagnes 

J'aurai l'honneur de vous rappeler au sujet 
cle l'estampe dont il s'agit que la publication 
et la vente en ont été autorisées conformé- 
ment a l'article 12 de l'ordonnance royale du 
!•=' Avril 1820. 

La déclaration du S'" Pellerin en fut faite 
l<f 28 juillet pour 2000 exemplaires d'impres- 
sion, et le même jou?.j«-vous fis. Monsieur 
le Directeur Général, l'envoi de cinq exem- 
plaires déposés. Cet ouvrage est inséré, sous 
le no <5^2 au journal de l'Imprimerie de la 
librairie. 

D'après cela, M. Le Directeur Général, 
l'imprimeur se trouve parfaitement en règle; 
il peut débiter sa giavure en toute sécurité. 

Mais s|il était vrai, comme on l'annonce 
dans l'avis anonyme que vous m'avez trans- 
mis, que cet ou 'rage fut répandu gratuite- 
ment, soit par le S"" Pellerin, soit par tout 
autre, alors on ne pourrait certainement voir 
dans ce fait qu'une intention coupable ; il est 
à remarquer, toutefois, que la note qui accuse 
le S"" Pelleiin est bien vague ; elle .se tait sur 
les lieux et le tems de la distribution qu'on 
lui impute. 

Je n'ai à cet égard aucun renseignement; 
rien jusqu'ici au surplus ne m'adonne lieu de 
croire que l'estampe qui vous a été signalée 
ait pu attirer l'attention d'une manière parti- 
culière. Je vais prendre toutes les informa- 
tions possibles et je vous prie de compter sur 
mon empressement à vous en mettre les ré- 
Hiltatj sous les yeux. 

Le conseiller de Préfecture délégué, 

PlfcRKE. 

Talleyrand avait raison. Faut du zèle, 
pas trop n'en faut. 

LÉONCE Grasilier. 



Li Directeur-gérant : 
GEORGES MONTOHGUEIL 



Imp. Danibl-Chamboh, St-Amand-?»lont-Rond 



LXVI» Volnmo Paraissant Us lo, io et ;o de chaque moù 30 Septembre 1912 



48» Année 

St'-.r.Victor-MMRRé 

PARIS (IXr> Chtrchez et 

— _ voua trouverez 

Bureau : deSàôheures 



QD^QUa 




g II te faut 
g tntr'aider 

o 



N" 1341 

3t"',r.Victor-llas« 
PARIS iW) 

Bureoui: deSà 6heuret 



€ ^nUxmihïaxxt 



OES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS ET RÉPONSES 

Nous plions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme, et de n'écrire que 
Sun côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés do, pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, toute 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauf exception, 
n est pas insérée, mais envoyée directement 
à l auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s interdit toute question ou réponse 
tendant a mettre en discussion le nom ou le 
tttre d'une famille non éteinte. 



(àwî^ium 



Qui a brûlé Moscou ? Est-ce Ros- 
topchine ? — a^e la question se pose 
encore aujourd'hui, cent ans après l'in- 
cendie, en le brasier duquel fondit la cou- 
ronne impériale, cela paraît stupéfiant 
cependant c'est la vérité. Deux versions 
s affrontent toujours, l'une qui veut que 
ce soient les pillards russes, abandonnés 
dans la ville, qui aient mis le feu, encou- 
rages par la négligence des sold.<ts fran- 
çais 5 associant à leurs rapines, (théorie 
du général russe Nempde,) l'autre qui 
veut que l'incendie ait été dû à la volonté 
larouche de Rostopchine 



LITTÉRAIRES. HISTORIQUES. SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 
TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 

— 386 — . 

Nous demandons des documents précis. 
Evitons les dissertations à côté : c'est de 
l'obscurité assemblée à plaisir. 

Des faits, des textes, des aveux, des 
preuves. Les Russes sont aujourd'hui nos 
amis : qu'ils nous aident, M. 

L'énigme de Valmy. Brunswick. 
Le vol des diamants en 1792. — 

M. Maurice Talmeyr,dans le Gaulois (du 
22 septembre 1912), a publié un article 
sous ce titre : L'énigme de Valmy. 

Brunswick à Valmy a-t-il trahi la cause 
qu'il avait à défendre ?S'est-il fait l'homme 
des Jacobins sous son titre et son uni- 
forme de général des royalistes? Napoléon 
disait ne rien comprendre à la victoire de 
Valmy, «à moins qu'il n'y ait eu quelque 
négociation secrète ». M. Maurice Tal- 
meyr le pense. Ses présomptions sont 
que le duc Charles-Guillaume-Ferdinand 
de Brunswick, avait des tendances et des 
relations révolutionnaires avant la Révo- 
lution. Son manifeste provocateur a été 
écrit comme s'il devait servir de prétexte 
à toutes les horreurs du 10 août. Talonnée 
par le besoin d'une victoire, la Révolution 
aurait pu payer celle de Valmy. Avec 
quoi? M. Talmeyr observe que dans le 
même temps, eut lieu le vol des dia- 
mants de la couronne, au Garde-Meuble, 
sur lequel un mystère plane toujours. 

Il ne dit pas que les diamants qu'un 
autre Brunswick étala avec tant d'ostenta- 
tion en vinssent, mais il est frappé de la 
coïncidence... 

Il termine ainsi son article : 

Qu3 s'est-il donc passé d'exact du côté des 



Le débat vaut la peine d'être rouvert Ar^"' ''"*"'' "^""^ ^^"^ 'l'"''^'* '^^ ^°^^ ^^^ 
i^ eu cire rouvert, i Argonnes, aux environ» du 23 septembre 

LXYI. - 8. 



N« 1341 Vol. LXVI 



L'INTERMEDIAIRE 



387 



388 



1793, au moment de la chute de la royauté? 
Il n'y a pas encore si grand temps, le der- 
nier des Brunswick vivait chez nous en 1 a- 
risien, où il était surtout fameux par ses 
merveilleux diamants. Ceux qui l'apercevaient 
alors à l'Opéra tout scintillant de ses magni- 
fiques pierreries voyaient-ils donc sur ce 
singulier vieillard les dernières reliques de 
notre splendeur monarchique? Avnient ils 
sous les yeux l'énigme de Valmy ? Les archi- 
vistes et les érudits n'ont pas fini d'en causer, 
et V Intermédiaire des Chercheurs et Cu- 
ritux aura encore, là-dessus, de curieuses 
et saisissantes pages à publier ! 

Nous reprenons très volontiers ce 
questionnaire dans nos colonnes. Dans le 
volume XI, (1878) il a déjà été question 
du vol des diamants de la couronne, 
dont le prix aurait pu payer le concours 
de Brunswick. Capefîgue a soutenu cette 
thèse, il y a longtemps. Capefîgue n'est 
pas, il est vrai, une autorité qu'on puisse 
accepter sans contrôle. 

L'énigme de Valmy peut donner lieu 
à une nouvelle controverse. Comme tou- 
jours, nos collaborateurs que la place li- 
mite, et qui, en cela, se plient à notre dis- 
cipline obligée, apporteront surtout des 
documents — (inédits si c'est possible), à 
tout le moins authentiques et d'une vertu 
probante., . Une opinion, c'est bienquclque 
chose, mais ce n'est qu'une opinion. 

M. 



Thiers à Berlin. — Je trouve dans 
La Guerre i8/0-i8ji, par M. Arthur 
Chuquet, Paris 189^, page 266, une con- 
versation de M. Thiers et du célèbre his- 
torien prussien Ranke. M. Thiers déclara 
que la France n'accepterait jamais la ces- 
sion de l'Alsace. Ranke répondit : 

Vous nous avez arraché deux de nos pro- 
vinces de l'Ouest, et nous les revendiquons. 
L'Allemagne a versé son sang; elle sait que 
la France ne lui pardonneia pas Sed.in ; elle 
exige une sûreté pour l'avenir... Nous vou- 
lons Stra5bour5 et Metz ; etc., etc. 

Cet entretien semble authentique, sauf 
la phrase du début de Ranke. Ce profes- 
seur, historien consciencieux, n'a pas pu 
prétendre que la France avait arraché 
l'Alsace à l'Allemagne, par une raison 
bien simple, c'est que l'Allemagne n'exis- 
tait pas au xvii* siècle, qu'il n'y avait 
qu'une collection d'Etats de race germa- 
nique, et un Saint-Empire romain qui, 
suivant l'expression de Voltaire, n'était I 



ni saint, ni romain, ni même un Empire. 
Ce qui me parait sujet à caution, c'est que 
l'entretien dut avoir lieu à Berlin; M. Chu- 
quet dit que M. Thiers avait touché barre 
à Berlin. Il est probable que M. Thiers et 
Ranke se rencontrèrent en dehors des 
pays engagés dans la guerre franco-alle- 
mande, car la police prussienne aurait 
fait arrêter M. Thiers chargé d'une mis- 
sion officielle par le Gouvernement du 
4 septembre. Je demande s'il existe des 
traces de ce passage de M. Thiers à Berlin. 

A. ). 

Le Prince Impérial « Roi d'Al- 
ger ». — « Dimanche 16 mars (1856). 
'< L'Impératrice est accouchée ce matin, à 
« trois heures, d'un prince qui portera, dit- 
« on, le titre de roi d' Alger... » 

C'est en ces termes que le comte Horace 
de Viel Castel, dans ses Mémoires sur le 
règne de Napoléon III, annonce la nais- 
sance du Prince Impérial. 

Où, quand et comment fut-il question 
de donner ce titre au Prince qui devait 
mourir victime des Zoulous .'' 

Thix. 



Gi 



Irenadiers de la Marine. — Dan» 
la (( Correspondance du général dePully, 
pendant la campagne de l'an IX à lArmée 
des Grisons » publiée par le comte de 
Pully (Carnet de la Sabretache 1912, pages 
449 et suivantes) je trouve les phrases 
suivantes : 

... d'autant qu'il y a encore ici un batail- 
lon de grenadiers de la marine qu'on joindra 
à ceux venant du camp d'Amiens et cela 
vous fera au moins aooo grenadier» en bon 
état... » 

(Lettre du général Pully au général 
Macdonald 25 brumaire an IX). 

Citoyen général, la brigade de grenadiers 
de la marine qu'a amenée icy le général Sar- 
razin est en état de tous point», bien vêtue, 
bien armée, très bon esprit, m.inœuvrant 
facilement, sa solde n'est pomt arriérée, tout 
me fait désirer qu'elle soit destinée à votre 
armée et de vous la conduire bientôt ; en- 
voyez-m'en l'ordre et vous aur«z une belle 
division. 

je pourrais joindre aux 200» ttrenadisrs de 
la marine les carabiniers de la 16' légère et 
le» grenadiers de la 47". 

(Lettre du général Pully au général 
Macdonald, 28 brumaire an IX). 

Qu'est-ce que les grenadiers de la ma- 



I 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



389 



rine ? Quand ce corps fut-il formé ? et 
quand disparut il ? Quels sont ses états de 

service ? C. N. 

Les Dandys sous Louis-Philippe. 

— Je cherche, en vue d'une prochaine 
exposition, tout ce qui a trait aux élé- 
gances masculines de l'époque de Louis- 
Philippe. Quelques complaisants intermé- 
diairistes pourraient-ils m'indiquer des 
costumes, des bijoux, des tableaux, des 
autographes, etc., susceptibles de pren- 
dre place dans cette galerie éphémère^ 
mais curieuse ? Après le xvii' siècle, après 
le Premier Empire, l'époque romantique 
me semble un champ intéressant à explo- 
rer, et qui ménage, sans nul doute, d'a- 
gréables surprises. Henri Clouzot. 

RU"' desMalad-s — Dansquelle ville 
de France se trouvait, dans la première 
moiiié du xix' siècle, une rue de ce nom ? 

NlSIAR. 

Thomas lllyricu';. — Le Bulletin de 
la Société de l Histoire du Protestantisme 
Français (chez Fischbacher, 33, rue de 
Seine), dans son numéro de juillet-août 
19 12, à la page 380, dit, d'après la Revue 
Historique de juillet-août 1912, que « la 
« Réforme a d'abord été prèchée, entre 
« 1516 et 1522, par un moine t'ranciscain 
« originaire d'IUyrie et appelé pour cette 
« raison Thomas Illyricus, puis propagée, 
« à Bordeaux, par les humanistes et no- 
« tamment par le collège de Guienne,etc. 

Or il existe, à Arcachon, une rue Tho- 
mas Illyricus, voisine de l'Eglise Notre- 
Dame, dans laquelle a été englobée la 
très ancienne chapelle de Notre-Dame 
d'Arcachon, dont l'existence est bien an- 
térieure à celle de la ville actuelle ; et 
j'avais toujours cru que Thomas Illyricus 
était le nom du fondateur de cet antique 
lieu de culte, et non celui du premier pré- 
dicateur de la Réforme en Guienne. — Y 
a-t-il eu deux Thomas Illyricus, et si oui, 
à quelle époque vivait le premier, puis 
que le second prêchait entre 1316 et 
1522 ? 

V. A. T. 

D'Aï bon. — Je désirerais des rensei- 
gnements sur les ascendants et descen- 
dants de François Pierre d'Arbon de Bellon 
reçu le 7 février 1720 maître en la cham- 



30 Septembre 1912 

390 

bre des comptes de Paris. — Est-ce à la 
même famille qu'appartient M. d'Arbon, 
major de Picardie, lieutenant du Roi à 
Verdun, en 1690, et commandeur du 
Roule au faubourg de Paris ? Lab. 

Le Bulletin de madame de Beau- 
mont (1780-1790). —Un aimable con- 
frère connaitrait-il l'existence d'un exem- 
plaire de ce bulletin, manuscrit puis gravé, 
qu'un prospectus, d'octobre 1790 dit « si 
connu depuis dix ans » .? Et pourrait-il 
donner quelques détails sur cette Mme de 
Beaumont, laquellehabitait, 1790-1792, 43 
rue deBièvreà Paris.Jusqu'ici la personna- 
lité de ccUe dame est absolument ignorée 
(cf. y[. Tournttux, Bibliographie Hn'^'io^yÇ- 
io\6^) ; et le premier numéro du bulletin 
gravé, que l'on connaisse, est du 6 janvier 
1787 {ibidem n° 10359). ^- ^• 

Fr. Bouchard, de Besançon. — 

Un confrère pourrait-il m'indiquer sur 
Fr. Bouchard, professeur de médecine à 
l'Université de Besançon, 1670, quelques 
documents ? 

Est l'auteur d'un livre Judicium de 
Metallicis aquis, Besançon 1677 in-4. 

Introuvable! La Nationale ne le possède 
pas. 

Y a-t-il des ouvrages sur l'Ecole de mé- 
decine de Franche-Comté et l'ancienne 
Université de Besançon ? 

A. Callet 

André Chénier et Reinhold Dezei- 
meries. — M. Anatole France présidant 
une réunion de la Société des « Amis de 
Montaigne » y porta un toast intéressant 
qui figure in-extenso, dans le journal le 
Temps du lendemain (lo juin 191 2) et 
dans lequel faisant une énumération des 
« Montaignistes » les plus distingues, il 
:ite: 

" le fin et délicat M. Reinhold Dezeimerie? 
le plus élégant des philosophes, qui ripporta 
un jour au texte d'André Chénier un amen- 
dement immortel... » 

Parlant devant une assemblée de let- 
trés, dont beaucoup sont en même temps 
des bibliophiles. M, Analole France, qui, 
en d'autres circonstances, a pitié des igno> 
rantset nelesdédaigne pas, n'avait pas be- 
soin de s'expliquer plus amplement Un 
lecteur de V Intermédiaire }^ourr3i\\.-\\ four- 
nir _une précision sur la rectification de 



N« 134». 



Vol. LXV. 

391 



L'INTBRMÊDIAIRB 



39: 



texte à laquelle le grand écrivain a fait 
allusion ? Philippe Leroy. 

Descendance actuelle de Fouché. 

— D'après une note de M. Louis Madelin 
dans son remarquable livre sur Fouché, 
la fille du duc d'Otranle aurait épousé le 
comte de Terner. De cette union seraient 
nées deux filles, qui seraient entrées dans 
les familles de Castelbajac et de Saint- 
Roman. Peut-on m'indiquer quelle est la 
descendance actuelle de ces deux filles ? 

Kiouzic. 

La reine Pomaré, de Mabille. — 

Le drame que Busnach a tiré du roman de 
Zola, }^ana que l'on vient de reprendre, 
met en scène la reine Pomaré. Cette reine 
Pomaré est la fameuse danseuse de Ma- 
bille, de son nom Use Sergsnt, amie et 
rivale de Mogador. D'après le romancier, 
elle vécut vieille, et Nana, descendant 
d'un cabinet particulier à l'aube, la re- 
vit, pauvresse balayant le boulevard. 

Dans ses mémoires Mme Lionel de Cha- 
brillan (Mogador), raconte que Pomaré 
mourut, âgée de 21 ans, en pleine gloire 
et en pleine détresse (six mois d'oubli et 
dans ce monde-là, c'est tout de suite la 
misère), et que ce fut elle qui la fit enter- 
rer à Montmartre, qui lui donna un tom- 
beau sur lequel on lisait : 

Ici reàosê Lise Sergeui, net le 22 février 
i8a$, morte le 8 décembre 1846. Son amie 
Céleste. 

Soixante ans plus tard, Mogador me 
confirmait la véracité de ce récit. Elle 
ajoutait : < Je vais encore au cimetière 
Montmartre quelquefois lui porter des 
fleurs ». 

J'ai voulu vérifier ses dires : 

11 n'y a pas eu de convoi au nom de 
Lise Sergent, à la date dont il est parlé. 
11 n'y a pas de concession à perpétuité au 
cimetière Montmartre pour cette morte. 

Mogador a brodé quand elle a écrit et 
brodé quand elle m'a parlé. 

Peut-on dire avec exactitude quand est 
morte la fameuse Pomaré que Zola conduit 
jusqu'aux limites de la vieillesse? 

M. 

Armes à déterminer : d'or à la 
bande de vair. D'or à la bande de 
vair : couronne ducale. (Sur une plaque 
de chcmiiéc au château de la Vrilliere, 



près Blois, 
peaux). 



ancien château 



des Phely- 
P. DU C. 



Armes à déterminer : d'azur à la 
Croix d'argent. — D'azur à la croix 
d'argent cantonnée aux i et /f de liais 
larmes d'argent posées i et 2 ', 
d'une étoile d'argent. P. du C 



aux 2 et j 



Armes à déterminer : chevron de 
gueules. — D'argent au chevron de 
gueules accompagné en chef de 2 fleurs de... 
et en pointe d'une épée de... terminée par 
une fleur de... P. du C. 

Ex-libris à déterminer : Trois 
têtes de paon. — D'or à trois têtes de 
paon, arrachées d^a^ur.^ posées 2 et i . Ecu 
sur un manteau doublé d'hermine. Cou- 
ronne de comte surmontée d'un mortier 
de magistrat. Supports : deux lévriers 
affrontés- GÉo Filh. 

Ex-libris à déterminer : D'azur à 
trois glands d'or. — D'azur à trois 
glands d'or tiges et feuilles de sinople posés 
2 et i ^ accompagnés d'une étoile d'or en chef. 

Ecu ovale accolé d'une croix de Malte 
entourée du chapelet portant la croix de 
l'ordre. 

Couronne de marquis. Tenants : deux 
hercules. GÉo Filh, 

Boyer de Fonscolombe : gravu- 
res qui lui sorrt dédicacées. — On 
désirerait savoir si des gravures, autres 
que celles gravées d'après deux tableaux 
de Greuze, ou deux gouaches de Bau- 
douin, existent, dédicacées à Boyer de 
Fonscolombe. 

Voici les intitulés de ces gravures : 

D'après Greuee : La Paresseuse ; Le 
Donneur de Sérénade. 

D'après Baudouin : La Soirée des 
Thuileries ; Le Danger du Te te a Tête. 

Saint-Carm. 

Médecins modèles de Grand ville. 

-Quels étaient, vers 183^, les deux méde- 
cins célèbres, l'uncommeoptimiste, l'autre 
comme pessimiste, qui servirent (à leur 
insu), de modèles à Grandville pour la 
fable « les médecins > dans l'édition 
illustsée des F. de La Fontaine publiée 
chez Garnier frères. G. de C. 



I 



393 



DBS CHERCHEURS HT CUKiiiUX 30 Septembre 1912 

394 



Je n'ai d'autre parti que celui 
de mon cœur. — Dans le charmant 
article de M. Emile Faguet sur « Le vi- 
comte de Launay » (Mme Emile de Girar- 
din) que publie la Revue des Deux- Mon des, 
je lis ceci : 

...elle (Mme de Girardin) pourrait dire 
avec le poète — de qui du reste j'ignore le 
nom : 
Je n'ai d'autre parti que celui de mon cœur. 

Quelqu'un de nos collaborateurs pour- 
rait-il nous dire de qui est le vers en ques- 
tion ? H. GOUDCHAUX. 

Jurons en langue portugaise. — 

Existe-t-il un ouvrage, ancien ou récent, 
en langue française ou en langue portu- 
gaise, où l'on trouverait les jurons profé- 
rés par les marins portugais du moyen 
âge et par le peuple portugais? 

Doit-on se référer aux jurons espa- 
gnols de la même époque ? Et dans ce cas, 
existe-t-il des ouvrages où le sujet soit 
spécialement traité ? 

Jean Marqjuerose. 



Morvan, origine de noms de vil- 
lages. — Je passe mes vacances dans un 
petit bourg du Morvan, de l'arrondisse- 
ment de Chàteau-Chinon Le pays est 
charmant et très pittoresqu<^ et mériterait, 
entre parenthèses, d'être plus visité par 
les touristes ; mais les noms des localités 
de ce petit coin morvandiau, pour être 
aussi pittoresques, manquent néanmoins 
quelque peu de charme. 

Ainsi je suis entouré de bourgs et de 
hameaux qui portent les noms peu har- 
monieux de : Ouroux, Chamerelle. Razou, 
Poil, Moux, Goulou, Boulard, la Machine, 
Poireaux dessus, Poireaux dessous, etc. 

Je me suis informé, auprès des sympa- 
thiques habitants^ de l'origine de tous ces 
noms bizarres ; personne n'a pu me ren- 
seigner. J'aurai peut-être plus de chance 
en m'adressant à mes aimables confrères 
de V Intermédiaire. Roan. 

Muets. — j'extrais de Arthur ou Sei:(e 
ans après, drame vaudeville en 2 actes, de 
Dupeuty, Fontan et Davrigny, le frag- 
ment de dialogue suivant : 

Arthur. — Et bien ! Madame, comment 
trouvez-vous le parc de Melvil ? 



Marie. — Ce que j'en ai vu me donne îa 
plus haute idée de ce domaine. Mylord est 
donc bien riche ? 

Arthur. — Il possède tout un comté, et 
avant la Réforme, ses fermiers et tenanciers 
envoyaient régulièrement, chaque année, 
trois muets à la chambre des Communes. 

L'action se passe en Angleterre. 

Je désire savoir ce qu'étaient ces muets 
qui, avant la Réforme, étaient ainsi en- 
voyés à la chambre des Communes. 

G. Lantz. 



Poème de Goraeille sur les cham- 
pignons. — Je désirerais connaître in 
extenso ce poème écrit en latin avec tra- 
duction française dont Sergines, dans 
les Annales poliiiques et littéraires du 
15 septembre présente année, a donné 
quelques extraits ao étissants. 

J'ai en vain feuilleté le volume des poé- 
sies diverses de Corneille dans l'Edition 
des Grands Ecrivains français ; j'ai con- 
sulté dans la même édition les tables des 
Œuvres complètes du grand poète. 
— J'ai trouvé de petits poèmes sur diffé- 
rentes espèces de lleurs [notamment la 
fleur de grenade] mais rien sur le Crypto- 
game dont il fait parait-il un pompeux 
éloge. Aurait-on découvert cette pièce de 
vers depuis la publication des Grands 
Ecrivains? Où pourrai-je la trouver si elle 
est réellement de Corneille .'' 

Dehermann. 



Tijé. — Dans l'article : Stendhal, can- 
didat à Polytechnique, paru dans VOpi- 
nion an 14 septembre courant, je lis la 
phrase suivante : 

Je faillis tout quitter. Un adroit et bon 
tijé aurait pu me convertir à ce moment en 
commentant cette maxime :.. . 

Le Grand Larousse dit au mot tijé : 
nom indigène du manakin noir huppé, et 
au mot manakin : genre de passereaux 
dentiroslres d'Amérique. On dit aussi : 
manaque. 

Le sens de ce qui précède et de ce qui 
suit la phrase citée, ne me paraissant pas 
s'accorder avec la définition ci -dessus du 
mot tijé, je demande à V Intermédiaire 
quelle signification doit être donnée à ce 
mot, tel que l'emploie Stendhal. 

Nauticus. 



N- ij4>. Y^l!. LÎ^VI 



L'INTERMEDIAIRE 



w 



3Qf) 



Ilép0n^c6 



Les dr peaux de Metz LXVI, 2^3). 

Nous avons questionna sur ce sujet 

l'un des survivants de ce lamentable 
drame, notre vieil ami le lieutenani-colo- 
nel Coste, porte-drapeau, en 70, des 
zouaves de la garde. Voici son récit ; nos 
collaborateurs de V hittimedtaire en tire- 
ront eux-mêmes les déductions : 

« Le 2- octobre^ les officiers des zoua- 
« ves ont' su que le commandant en chef 
« de l'armée du Rhin avait prescrit de 
¥. faire porter le lendemain notre drapeau 
« à l'arsenal. 11^ exprimèrent au colo- 

< nel et au lieui. nant-colonel leur an- 
¥. ffoisse : ils n'avaient plus confiance 
c dans la parole du maréchal bazaine et 
i< craignaient q 'en ne remît le drapeau 
« aux Allemands. 

^ Le lendemain, 28, à midi, le colonel 

* Giraud mande à l'adjudant major de 

< service, le capitaine Correard, de com- 
« mander l'escorte du drapeau pour le 
« porter à l'arsenal. Bouleversé par cet 
« ordre, Correard dit de nouveau au co- 
« lonel les désirs du régiment de ne pas 
« rendre le dépôt sacré qui lui a été con 
« fié. Le colonel lutte entre son patrio- 
*, tisme et son devoir de soldat ; il ne 
« sait que décider. Le capitaine Correard 
« emi'loieun dernier argument pur faire 
^ taire les scrupules du colonel et pour 
»< gagner du temps . Je suis persuadé, 
<. lui dit-il, que le drapeau du premier 
<A grenadiers ne sera par rendu (le i''gre- 
« nadiers faisait brigade avec les zoua- 
«ves). Si vous le permettez, je vais en 
« chercher la confirmation ». A demi au- 
«» tori5é,le capitaine Correard s'en va chez 
<, le colonel du i*' grenadiers. Pendant 

* qu'il faisait celte démarche, notre dra- 
« peau était apporté dans la maison duvi 
« gneron ou demeurait notre colonel. 

* Ulficiers, sous-officiers, zouaves, tous 
« se pressaient pour le contempler une 
« dernière fois. 

4 Correard ne revenait pas , tout le 
«i monde s'exaltait. CLuclqu'un émit l'opi- 
« nion que si le drapeau devait être 
4( porté a l'arsenal pour y être détruit, 
«« personne d autres que ceux'auxqucls la 
« garde enavaiteiéconfiéen étaient mieux 
K qualifies pour accomplir ce sacrifice. Le 



« colonel répondit : « Que faire ? Je me 
« vois dans la dure obligation de m'incli- 
« ner. ]'ai un ordre form ;1 >v Alors, dans 
« un moment de rage, j'arrache le dra- 
« peau de La hampe, j'en donne la cravate 
« au colonel. Avec des ciseaux, je découpe 
« la soie en bandes en plus de cent lam- 
« beaux que je distribue aux assistants. Je 
« garde le morceau du centre sur lequel 
ti était écrit : Séhastopol, Magenta^ Solfe- 
« r«>!0 ; je dévisse l'aigle, enlève le pied 
^ carré portant la mention : « Régiment 
« de Zouaves de la Garde Impériale >». Me 
« servant d'un marteau, je fais de ce 
« pied un morceau informe qu'on en- 
« terre dans le jardin. J'entoure ensuite la 
« hampe d'un turban pour laisser croire 
w que le drapeau s'y trouve. Toujours ac- 
¥. compagne de la garde, je porte ce 
« pseudo-drapeau à l'arsenal. 

« Pendant ma captivité, j'ai porté ces 
« reliques dans une ceinture placée sous 
« ma chemise, Notte. jétcndard, reconsti- 
s< tué maintenant en grande partie^ est 
« dans la salle d'honneur du 4' zouaves. » 

AcciTE. 

« * 

Les témoignages suivants entre beau- 
coup d'autres, répondent aux deuxprem.iè- 
res questions posées par notre confrère 
O. Spada. 

Je recueille le premier dans le carnet 
df notes inédit d'un jeune officier du 66* 
de ligne, le capitaine Ad. le Flo, fils du 
général, carnet de notes journalières et 
brèves, mais saisissantes dans leur laco- 
nisme. 

Camp de Montlgny, 26 octobre. 

Nouvelks désastreuses, qui n'ont encore 
aucun caractère officiel, mais dont le fond se- 
rait sûr. Le maréchal [Bazaine] accepterait 
une convention sans condition. Quelle honte 
et quelle humiliation I 



1 



28 octobre, 

La situation est aussi honteuse que possi- 
sible. C'est une capitulation à dlBcrétion . 
On accuse Bazaine de trahison. 

Les drapeaux viennent d'être envoyés à 
Met\ où on les brûlera . 

Je vais à Met/, essayer de trouver le comité 
d'opposition. 

Visite au général Changarnier. Scène poi- 
gnante. 

[Ici se place une scène très curieuse 



DBS CHERCHEURS BT CURIEUX 



397 



|o Septembre 191a 



dont le récit sera publié plus tard, mais 
qui est en dehors du sujet]. 



398 



39 octobre. 

C'est fini. Les armes et le matériel déposés 
hier dans les forts ont été remis aux com- 
missaires prussiens. 

Les drapeaux nont pas été brûlés. On 
nous a trompés. Nos pauvres soldats ont été 
admirables de dignité, de simplicité, de gran- 
deur. J'ai voulu accompagner ma chère 
compagnie... etc. » 

Second témoignage: je l'emprunte aux 
Souvenirs et observations sur la campagne 
de i8jo (lu général Devaureix (Lavauzelle, 
s. d., 8»), alors lieutenant au même régi- 
ment, et ami du capitaine le Flo, ouvrag* 
excellent, rédigé en captivité un mois à 
peine après les événements. 

Samedi, 29 octobre. 

Dès le matin, lecture, dans tous les 
camps, de deux ordres émanant directement 
du grand quartier général : 

Le premier prescrit aux commandants de 
corps d'armée de réunir les drapeaux et les 
étendards de leurs régiments et de les faire 
transporter, dans un fourgon d'artillerie, à 
l'arsenal de Metr, où ils doivent être brûlés. 
Un récépissé doit y être délivré et adressé, 
en échange, à chaque colonel comme dé- 
charge. 

Le second ordre exprime les adieux de 
Bazaine à son armée ; en voici la copie tex- 
tuelle : 

« Ban-Saint-Martin, 28 octobre 1870. 

< A l'armée du Rhin. 

« Vaincus par la famine, nous sommes 
contraints de subir les lois de la guerre en 
nous constituant prisonniers. (P. 423). 

«Soyons dignes dans l'adversité; respectons 
les conventions honorables qui ont été stipu- 
lées, si nousvoulons être respectés comme nous 
le méritons. Evitons surtout, pour la répu- 
tation de cette armée^ les actes d'indi^^ci- 
pline, comme la destruction d'armes et de 
matériel, puisque, d'après hs usasses mili- 
taires, places et arriement doivent faire re- 
tour à la France, lorsque la paix est si 
gnèe... etc. » (P. 424). 

Après avoir exprimé son indignation le 
général Devaureix ajoute : 

« Une remarque faite par beaucoup, le 
jour rnême, c'est que personne de nous ne 
connaissait encore les clauses de la capitula- 
tion que nous étions cependant condamnés 
à subir. Pourquoi donc nous les cachait- 
on V . . 

Quant â Vordre relatif aux drapeaux, il 



trompa les uns, mais sembla hien suspee* 
aux autres, (p. 425). 



etc. » 



Un peu plus loin, reprenant son ré- 
cit : 

« Puis le colonel ajoute quelques mots re- 
latifs à la remise de notre pauvre drapeau 
qui, depuis si longtemps et surtout depuis 
trois mois, a vu mourir tant de braves com- 
pagnons d'armes pour sa défense. C'est alors 
qus le capitaiiie Rivière, faisant un pas en 
avant vers le milieu du cercle, prononce les 
paroles suivantes, que je crois entendre en- 
core : 

« Mon colonel, permettez-moi de vous sou- 
mettre une observation qui n'est pus de 
moi seulement. Il me semble que l'orare du 
commandant en chef, relatif à la remise des 
drapeaux, n'est pas du tout conforme aux 
règlements. Pourquoi donc les fait-il trans- 
porter à l'arsenal ? 

— « Pour les brûler, répond le colonel, 
l'ordre le dit d'une manière positive. 

— * Pour les brûler ? dit le capitaine 
Rivière d'un ton ironique, souligné par son 
accent méridional. Est-ce bien sûr qu'ils y 
seront brûlés ? » 

— Oh ! réplique le colonel, vous ne pou- 
vez mettre en doute la parole d'un maréchal 
de France ! » 

— « Eh bien 1 mon colonel, je n'ai pas du 
tout confiance, attendu que, si le maréchal 
Ba^a^ne tient tant à faire détruire nos dra- 
peaux, pourquoi donc ne charve-t-il pas 
chaque chef de corps de faire briller le sien 
tous tes yeux ? ce serait à la fois, beaucoup 
plus rapide et beaucoup plus sûr. > (P. 426)*, 

A la fin du chapitre, l'auteur ajoute 
l'observation suivante : 

Si le capitaine Rivière, d'ailleurs fort 
intelligent, fit preuve d'une grande perspi- 
cacité, la bonne foi du colonel Ameller et de 
la grande majorité de ses officiers est bien 
excusable. Qui pouvait sérieusement croire 
alors qu'un maréchal de France eût le projet 
bien arrêté de livrer nos drapeaux à l'ennemi, 
en masquant ce projet sous le plus odieux 
parjure ? Carnous savons aujourd'hui, hélasl 
à quoi nous en tenir sur ce point, d'après les 
récits ultérieurs des journaux allemands et 
belges, (i ) 

(P- 447)- 



{\) Le procès de Trianon a fait, depuis, la 
pleine lumière sur cette fourberie suprême de 
Bazaine C'est bien par ordre de ce dernier 
que l'on mentit aux chefs de corps et qu'on 
livra ensuite nos drapeaux à l'ennemi. (Note 
ultérieure) [du général Devaureix]. 



N* 1341 Vol. LXVl. 



iL'iNlilKMluDlAiiKb 



399 



400 



De tels témoignages, qu'il serait facile 
de mullipli«r, prouvent deux choses : 

!• L'ordre de Bazaine « aux chefs de 
corps >» spécifiait que les drapeaux de- 
vaient être portés à l'arsenal pour y être 
brûlés. 

2" Cet ordre fut exécuté par les chefs 
de corps, bien innocents de la «criminelle 
mollesse » que leur reproche M. Geor- 
ges Baiaine. 

Reste à connaître l'ordre donné par 
Bazaine « à l'arsenal >>. C'est le nœud du 
débat. En tous cas, la juste remarque du 
capitaine Rivière subsistera toujours : 
Pourquoi ne pas charger chaque chef de 
corps de faire brûler son drapeau sous 
ses yeux ? A. B. N. 



« 



Paris le 8 septembre 1913. 
164, boulevard Péreire. Paris XVII* 

Monsieur, 

.X Dans l'article du 19 août 1912 paru 
dans Le Temps, je n'ai pu, limité par 
l'espace, donner les preuves de mes affir- 
mations en ce qui concerne la question 
des drapeaux de l'armée de Metz. 

« Permettez-moi de venir vous les ap- 
porter avec les témoignages et les docu- 
ments qui viennent corroborer mes affir- 
mations. 

** Les drapeaux taisant toujours partie 
du matériel de guerre d'une place, si le 
maréchal Bazaine avait >* voulu y les li-. 
vrer, ainsi que l'affirment encore certains 
critiques peu documentés, il n'avait qu'à 
suivre le protocole de la capitulation de 
Sedan, < qui lobiigeait a les rendre ». 

Personne aujourd'hui ne s'étonne que 
Jules Favre et les deux généraux qui l'ac- 
compagnèrent a Versailles pour négocier 
la capitulation de la garnison de Paris 
aient rendu les drapeaux avec le matériel 
de la place. Personne ne songe également 
à louer le comte d Hérisson dont la seule 
initiative les empêcha de tomber entre les 
mains de l'ennemi {journal d'un officier 
d'ordonnance, p. 372 373;. 

Le maréchal, lui,voulutsauver les dra- 
peaux de son armée. Il usa de ce moyen : 
faire dire pjr le général de Cissey ?u gé- 
néral de Stiehle, lors des négociations 
officieuses, que les drapeaux avaient été 
brûlés après la proclamation du 4 septem- 
bre, de façon a ce qu'on ne pût s'étonner 
de ne pas les trouver ; donner ordre en 



même temps à tous ses chefs de corps de 
les brûler. 

Ainsi, au moment des négociations offi- 
cielles et de l'envoi du général jarras, il 
pouvait, sans mentir, affirmer que les dra- 
peaux n'existaient plus. 

Lès le 25, il appert d'une lettre du gé- 
néral de Cissey que l'ordre de brûler les 
drapeaux a été donné par le maréchal. Le 
général de Cissey regarde »\ comme cer- 
tain > que l'ordre a été donné, sans cela, 
dit-il, « il eût prescrit à ses quatre colo- 
« lonels de les détruire en présence de 
c leurs corps d'officiers ». Le 26, avant 
que le conseil de guerre ne se séparât, le 
maréchal Bazaine donna Tordre au général 
Soleille de recevoir à l'arsenal de Metz 
toutes les aigles que possédait l'armée et 
de les brûler. L'extrait du rapport du gé- 
néral d'Autemare au conseil de guerre, les 
dépositions si formelles et si nettes du 
noble général Desvaux, « dont la parole 
est d'or » dit le onajrichal Canrobert, 
« qu'on ne peut pas ne pas croire ?y, vien- 
nent confirmer que cet ordre a été donné. 
Il fut réitéré le 26 au général Soleille de- 
vant le capitaine Gudin, qui en déposa au 
procès de Trianon et s'exprima ainsi : 
.< L'ordre de les détruire a tellement été 
« donné qu'à propos des aigles le maré- 
« cha' a dit au général Soleille, — je me 
*< le rappelle bien, — qu'afin qu'il n'en 
« reste aucune trace , on fera , a-t-il 
« ajouté, jeter les aigles dans un des 
.* fourneaux qui doivent se trouver à 
ss l'arsenal et elles seront détruites immé- 
« diatement. >/ 

Les trois dépositions du général Pé de 
Arros, du général Picard et du capitaine 
de Mornay-Soull prouvent également que 
le maréchal a cru jusqu'au 27, daris 
l'après-midi, que son ordre avait été exé- 
cuté. C'est seulement en recevant une 
note du général Picard lui demandant 
pourquoi les drapeaux devaient être 
transportés a l'arsenal, qu'il connut la 
non exécution de ses instruction» ver- 
bales 

« Si l'on s'étonne qu'il n'ait pas encore 
doime d'ordre écrit . c'est évidemment 
que l'on ne rélléchit pas qu'il ne pouvait, 
sans rendre inutile son subterfuge, donner 
à jarras des instructions officielles pour 
dire que tous les drapeaux n'existaient 
plus et en même temps donner des or- 
dres écrits, qui évidemment devaient être 



Des CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Septembre 191a 



401 



402 



enregistrés, pour dire de les brûler. 11 
s'exprime fort nettement là-dessus en di- 
sant : < Je croyais tous mes chefs de 
corps aussi intéressés que moi à les faire 
disparaître ; tout le monde aurait dû 
s'identifier avec moi pour une chose aussi 
importante. » 

« La communication du général Picard 
le surprit tellement que devant le capi- 
taine de Mornay-Soult il s'écria : « Mais 
ils doivent être brûlés ! » et elle le décida à 
donner, par écrit, des instruction? qu'il 
eût voulu seulement donner verbalement. 
Le colonel Nuguès fut chargé d'envoyer 
aux commandants de corps d'?!"mée une 
lettre circulaire pour leur notifier d'avoir 
a porter les drapeaux à l'arsenal afin d'y 
être brûlés. Tous les commandants de 
corps reçurentcet ordre le 27 dans l'après- 
midi, entre 4 h 1/2 et 5 heure<; ; mais 
pour que le prince Frédéric-Charles n'eût 
pas connaissance de cette lettre signée du 
maréchal, si nos archives tombaient entre 
ses mains, sur les observations de Jarras, 
trouvant sa situation trop délicate, le 
feuillet fut arraché du registre sur lequel 
la lettre-circulaire avait été copiée. L'opé- 
ration de Tincinération des drapeaux au- 
rait dû donc être terminée le 28 au ma- 
tin ; elle ne le fut pas cependant pour 
tous les corps. et certains chefs montrèrent 
dans l'exécution des ordres qu'ils reçurent 
une mollesse extraordinaire. La déposi- 
tion du maréchal Canrobert est typique. 
11 constate que les commandants de corps 
étaient, tout d'abord, invités à verser 
leurs étendards à l'artillerie de leurs corps, 
qui devait les conduire à l'arsenal. « Nous 
» n'étions pas soucieux, dit-il, de nous 
<* dépouiller de nos drapeaux sur cet or- 

< dre et on ne l'exécuta pas pour une 
« affaire aussi grave et l'ordre émanant 
« seulement du général Soleille (au nom 
« du maréchal, il est vrai), nous fîmes le 
<. mort et nous n'avons rien exécuté. Mais 

< ensuite arriva un ordre signé du maré- 
« chai commandant en chef qui disait : 
« Vous enverrez vos drapeaux par votre 
« artillerie à l'arsenal de Metz où ils se- 
« ront brûlés. Une fois que nous eûmes 
« reçu cet ordre, nous n'avions plus à 

< nous occuper d'autre chose que de 
« l'exécuter. « 

f. Si l'on se rapporte aux interrogatoires 
du général Soleille, on constate que le di- 
recteur de l'artillerie est obligé de conve- 



nir < qu'au conseil du 26 octobre il a été 
< question des drapeaux et que le maré- 
« chai a témoigné l'intention de les faire 
«brûler». A la question du duc d'Au- 
inale lui demandant si le maréchal, après 
avoir pris cette résolution, avait changé 
d'avis, il répond : « Pans une question 
* aussi grave que celle de l'incinération 
« des drapeaux, je n'avais pas à prendre 
« de mesure"; officielles en dehors de celles 
« présentées par le maréchal et rien n'a 
« pu et ne peut me faire supposer que le 
« maréchal ait changé de résolution à ce 
« sujet ». A cette autre question : « Au- 
riez-vous reçu du maréchal Bazaine des 
instructions pour passer sous silence dans 
votre dépêche du 27 l'incinération des 
drapeaux ? » il répond : « Non, je n'ai 
« reçu aucune instruction An maréchal 
« Bazaine pour passer sous silence l'inci- 
« nération des drapeaux ». 

« La vérité, écrit le colonel Melchior, 
est que si l'ordre du maréchal Bazaine 
avait été partout et par tous compris 
ainsi que nous le fîmes nous mêmes, les 
Prussiens n'eussent pu déployer en tro- 
phées aucun des drapeaux de la malheu- 
rnuse armée de Metz. > En effet, tous 
les drapeaux de la garde, qui entou- 
rait le quartier général, furent brûlés, 
et le colonel Melchior, en terminant sa 
lettre, qui a paru dans La Légende de 
Met:^, du comte d'Hérisson (page 185), 
conclut que « la destruction des drapeaux. 
« de la division Deligny n'a pu être ins- 
« pirée par d'autres motifs que ceux de 
« l'exécution sérieuse et des plus impor- 
« tantes dans ses moindres détails, de 
*< l'ordre donné au nom du maréchal ». 

« Le général Soleille avait toujours été 
opposé à la destruction du matériel et des 
fusils. Cela ressort très nettement des dé- 
positions du général '^e Ba'-kheim et de 
celle du capitaine Gudin. Celui-ci rappor- 
tant la conversation, tenue le 26 entre le 
maréchal et le directeur de l'artillerie , 
dit ceci : « Le maréchal voulait faire dé- 
ff truire les fusils de l'armée, et de son 
« côté le général Soleille lui faisait obser- 
■r ver avec insistance que la destruction 
« des fusils était pour le soldat sa ma- 
« nière d'exprimer son état d'indiscipline 
<< et que cette mesure pourrait amener les 
« plus grands dangers après les souffran- 
ts ces endurées par l'armée et les dou- 
« leurs de la capitulation ». C'est sur le 



N» 1341 Vol. LXVI. 

. 403 

conseil du général Soleille que les dra- 
peaux devaient être réunis par le comman- 
dant d'artillerie et conduits dans des voi- 
tures couvertes, accompagnées, à l'arse- 
nal de Metz pour y être détruits. 

Metz était plein d'espions ; faire brûler 
les drapeaux devant le front des troupes 
devait immanquablement attirer leur at- 
tention et l'ennemi pouvait aussitôt en 
être informé. C'est ce qui se produisit en 
effet lorsque les généraux Laveaucoupet 
et Lapasset firent brûler ou détruire leurs 
étendards par leurs régiments. Le général 
de Stiehle, ayant ainsi la preuve que les 
drapeaux existaient encore, écrivit le 28, 
vers 1 1 h. 1/2, au général Jarras au nom 
de Frédéric-Charles une lettre commina- 
toire, qui fit craindre lu maréchal des re- 
présailles pour l'armée de Metz, si toutes 
les clauses de la capitulation n'étaient pas 
tenues C'est alors seulement que l'ordre 
de suspendre la destruction des drapeaux 
fut donné le 28 dans l'après-midi ; ils au- 
raient dû être sauvés si tous les chefs de 
corps avaient agi comme le général Des- 
vaux qui obéit a l'esprit et à la lettre de 
l'ordre, ou comme les généraux Laveau- 
coupet et Lapasset, qui obéirent à l'es- 
prit de cet ordre. Il est impossible de leur 
faire un reproche d'avoir contrevenu à 
des prescriptions de sagesse pour suivre 
seulement le mouvement généreux de leur 
cœur. 

Le général Lapasset apporte une preuve 
importante et le plus formel document 
de l'ordre donné par je maréchal. En 
effet, dans sa déposition au procès de 
Trianon^il s'exprime ainsi : « Pour com- 
pléter ma déposition et dans l'intérêt de 
la vérité, je dois dire que dans ma bri- 
gade mixte il y avait un régiment de cava- 
lerie, le 58 lanciers, dont suivant Tordre 
qui avait été donné au début de la campa- 
gne, j'avais fait verser l'étendard à l'arse- 
nal. Cet étendard n'était donc pas dans 
les rangs de ma brigade ; je voulus qu'il 
fût brûlé comme les autres et j'ordonnai 
au colonel du 3' lanciers de se rendre à 
l'arsenal et de s'assurer qu'il était brûlé. 
En effet le colonel revint et me remit un 
procès verbal, duquel il résulte que le 
27 octobre l'étendard du y lanciers a été 
brûlé d'après les ordres du maréchal 
commandant en chef. J'ai la pièce sur 
moi >. 



L'il^TERMÊDIAlKË 



« Cette pièce, 
ainsi libellée : 



404 . 

versée au dossier, est 



Procè --verbal d'incùiération. — L'an mil 
huit cent soiyante-dix, le vingt-sept octobre, 
Nous, colonel directeur d'artillerie, assisté de 
Monsieur Grivaux, garde principal d'artille- 
rie, avons procédé à la réception d'incinéra- 
tion de l'étendard du 3' régiment de lanciers, 
en exécution de l'ordre de Monsieur le Maré- 
chal commandant en chef de l'armée du 
Rhin. En foi de quoi nous avons signé le 
présent procès-verbal. Signé ; Mony, lieute- 
nant-colonel — Grivaux — Thorel, colonel 
du 3» lanciers. 

Ajoutons enfin que par les soins du co- 
lonel de Girels tous les drapeaux conte- 
nus dans l'arsenal furent brûlés , sauf 
deux étendards de régiments de dragons. 

Quant à la lettre écrite le 27 mais, adres- 
sée le 28, au nom du maréchal par le gé- 
néral Soleille au colonel de Girels, les dé- 
positions citées plus haut prouvent bien 
qu'elle est de son fait; La plaidoirie de 
Lachaud est tout à fait probante sur ce 
point. 

« C'est le 27, dit Lachaud, qu'd a écrit 
cette lettre au colonel de Girels. Il Ta gar- 
dée par devers lui jusqu'au 28. Pourquoi? 
S'il était à cette audience, si sa santé ne 
l'avait pas empêché de venir à ce grand 
débat, je lui aurais fait une question à la- 
quelle il lui aurait été impossible de ré- 
pondre. C'est le maréchal, dites-vous, 
qui vous a chargé le 27 au matin d'écrire 
au colonel de Girels que les drapeaux se- 
raient compris dans un inventaire ; pour- 
quoi cette lettre que vous avez préparée le 
27 au matin, ainsi que cela a été établi 
d'une manière précise, l'avez-vous gardée 
jusqu'au 28, à 8 ou 9 heures du matin ? 
Quel est donc cet ordre qui vous est 
donné et que vous n'exécutez pas ? Si 
tout le monde, à l'exemple de la Garde, 
s'était hâté, cet ordre serait arrivé trop 
tard et il ne serait plus resté un seul dra- 
peau. Voilà ce que je lui dirais, et il serait 
bieii oblige de reconnaître que s'il avait 
reçu un ordre, en tout cas il ne l'avait pas 
exécuté ? D'où la conséquence forcée que 
jamais ordre semblable ne lui a été et n'a 
pu lui être donné ». — ht comment ne 
pas s'apercevoir que cette lettre est en 
contradiction formelle avec les déposi- 
tions du général Soleille ! » 

Telles sont , Monsieur , très briève- 
ment exposées, les preuves qui m'ont 



4 



DBS CHER.CHBURS KT CUS-IBUX 



|o Septembre ipii 



f 



405 



406 



ait affirmer que le maréchal avait donné 
par trois fois l'ordre de brûler les dra- 
peaux, que tous les drapeaux de la Garde 
ont été détruits ainsi que ceux de l'arse- 
nal, que si tous leschefs de corps avaient 
agi comme le général Desvaux, comman- 
dant la Garde, aucun étendard n'eût été li 
vré à l'ennemi et que c'est donc par la 
mollesse seule dans l'exécution des ordres 
donnés que ^3 drapeaux de Tarmée de 
M«tz sont aujourd'hui à Berlin, avec ceux 
de l'armée de Chàlons. G. Bazaine. 

San-Martino. La maison de Na- 
poléon à llle d'Elbe (LXVl 282) — 
Dans le récit du général Bertrand, Grand 
Maréchal du Palais : L'Ile d'Elbe et les 
Cent-Ionrs publié dans le XXXI* vol. de 
la Coirespondance de Napoléon /e"", il est 
question de la villa Saint-Martin : 

^\ L'Empereur débarqua à Porto-Ferrajo,le 
4 mai, 18 14, et il n'y fut guère bien logé à 
son arrivée. Mais bientôt des artistes, archi- 
tectes et peintres, arrivèrent de Toscane et 
de Rome offrir leurs services ; ils arrangè- 
rent un petit pavillon à deux étages oij se 
logea 1 Empereur. Il fallut démolir grand 
nombre de maisons ; les soldats de la Garde 
y travaillèrent avec zèle. On établit ainii, 
en peu de semaines, une plaine et un jardin 
près du pavillon de l'Empereur. Ce pavillon 
avait vue sur les côtes de Toscane et de 
Piombino. On appropria un très beau cou- 
vent situé tout près, pour le logement delà 
Garde. Madame Mère fut logée à la maison 
Vantini. 

La princesse Pauline avait acheté des vi- 
gnes et fait construire un pavillon ou villa à 
la mode d'Italie, à trois milles de la ville et 
dans une position charmaate ; elle comptait 
s'y établir ; mais à son arrivée des eaux de 
Naples, en septembre, sa villa de Saint- 
Martin, qui lui avait coûté 100.000 écus, 
n'étant p»s entièrement meublée, elle occupa 
un apoartement dans le pavillon impérial. 

La villa de Saint-Martin fut décorée avec 
beaucoup de goût par de très bons peintres 
romains qui travaillaient avec beaucouo de 
zèle parce qu'ils étaient conduits plus par 
leur opinion et leurs sentiments que par 
l'appât du gain. 

Avant la fin de l'année Napoléon était 
passablement logé : il avait un pavillon à 
Porto-Ferraio, un à Porto-Longone, la villa 
de Saint-Mart'n, où il allait quelquefois et 
l'ermitage de Marciana, cù il s'y plaisait 
beaucoup ; il voyait de là les Alpes, l'Apen- 
nin ligurien, les montagnes de la Corse, et 
dominait toute la Méditerranée.. , > 

DÉSIRÉ Lacroix. 



'-'reuvesde noblesse (LXVl, 288). — 
S"agit-il de savoir le genre de preuves à 
faire ? Dans ce cas, ce n'est point un tra- 
vail de patience qu'il faut solliciter. Cette 
indication n'est pas longue et se trouve 
partout. 

S'agit-il de connaître les familles qiiî 
ont eu des preuves à fournir ? Le gros vo- 
lume manuscrit du Fonds Français à la 
Bibliothèque Nationale est là, à la dispo- 
sition de qui veut consulter cet inven- 
taire, où le nom des familles est classé 
alphabétiquement. 

S'agit-il de connaître toutes les preuves 
faites? Dans ce cas il faudrait publier 
cent volumes, sinon plus. îA. Vindry, 
rien que pour relever le nom des Demoi- 
selles de Saint-Cyr, les identifier, sariâ 
donner les preuves nécessaires à leur ad- 
mission, a travaillé fort longtemps avant ^ 
de publier le résultat de ses recherches. 

En réalité, c'est dans l'inventaire ma- 
nuscrit, dont je parle ci-dessus et dont la 
confection ne remonte guère qu'à une 
quinzaine d'années, qu'on trouvera la ré- 
ponse au « recueil où l'indication de ces 
preuves » existe. La Coussière. 

Une parole de Guillaume P"" (LXIV, 
LXV, 24). ~ J'ai demandé (20 sep- 
tembre 191 1) où et quand le roi de Prusse 
Guillaume I"", commençant la guerre de 
1870, a déclaré « qu'il faisait la guerre, 
non à la France mais à la dynastie impé- 
riale, qu'il attaquait Napoléon et ses sol- 
dats, et respectait la nation >.J'ai rappelé 
les affirmations précises à ce sujet du mi- 
nistre des affaires étrangères Jules Favre 
dans la circulaire du 9 septembre 1870 
aux agents diplomatiques de la France à 
l'étranger, et dans le rapport du 21 sep- 
tembre au gouvernement de la défense 
nationale Un seul de nos collaborateurs, 
M. A. 1. a répondu ; il a prétendu, ce qui 
est aussi mon opinion, que Jules Favre 
s'est exprimé avec légèreté, a dénaturé le 
sens d'une proclamation du roi de Prusse, 
et il a i-oproduit d'après le Courrier du 
Haut-Rhin du 21 août 1870 une proclama- 
tion de Guillaume I" datée de Sarrebruck. 

La légèreté de ]ules Favre ne peut pas 
être niée. Dans sa circulaire du 21 novem- 
bre 1870 aux agents diplomatiques du 
gouvernement de la défense nationale le 
iiîinistre des affaires étrangères parle de U 
c trahison de Sedan >, ce qui serait déjà 



N» 1341. Vol. LXVI. 

407 

énorme dans une lettre privée et est inad- 
missible dans une circulaire officielle. On 
peut se demander comment, si le minis- 
tre a rédigé lui-même le texte, la direc- 
tion des affaires politiques du quai d'Or- 
say qui s'occupe de la correspondance, a 
pu laisser passer l'expression « la trahison 
de Sedan >v Pour ce qui concerne la pro- 
clamation du roi de Prusse, Jules Favre 
a répété son affirmation du 6 septembre et 
du 21 septembre dans la circulaire du 18 
octobre aux agents diplomatiques du gou- 
vernement de la défense nationale à 
l'étranger : s.< après avoir solennellement 
annoncé au monde par la bouche de son 
roi qu'elle n'en voulait qu'à Napoléon et à 
ses soldats, la Prusse s'acharne à détruire 
le peuple français. » 

Comme M. A. J. a donné le texte com- 
plet de la proclamation du roi de Prusse, 
je ne reproduis que le passage saillant : 
Guillaume !" s'adresse aux habitants des 
provinces françaises occupées par les ar- 
mées allemandes : 

Jg fais la guerre aux soldats français et 
non aux cittvens de la France. Ceux-ci con- 
tinueront à jouir d'une yécurrté complète 
pour leurs personnes et leur"! propriétés 
aussi lonsrtemp'^ que, par des entreprises 
hostiles contre les troupes allemandes , ils ne 
m'ôieron^ pas le drott de leur accorde^ ma 
proiectiofi. 

Ce langage est très net ; il indique les 
usages de la guerre pratiqués par la 
Prusse et ses alliés ; l'interprétation de 
Jules Favre, admise encore aujourd'hui 
par les badauds, est purement fantaisiste. 

A la suite de cette proclamation qui 
enjoignait aux généraux en chef de porter 
à la connaissance du public, par des or- 
dres spéciaux, les mesures assurant l'exé- 
cution des règlements contre les commu- 
nes et les particuliers qui se mettraienten 
opposition avec les usages de la guerre, 
le prince royal de Prusse adressa . le 
18 août, l'ordre suivant aux habitants de 
la Lorraine : 

L'Allemagne fait la guerre à l'Empereur 
de? Français et non aux Français. La popu- 
lation n'a pas à craindre qu'on prerme des 
mesures hostiles contre elle. Je m'occupe de 
rendre à la nation, et spécialement J> la ville 
de Nancy, les moyens de circulation inter- 
rompus par l'armée française. J'espère que 
l'industrie et le commeice vont être rétablis 
et toutes les autorités resteront à leur place. 
Je ne demande pour l'entretien de l'armée 



L'INTERM€DlAiR£ 



408 



que le surplus des provisions non exigées 
pour la nourriture de la population française. 
La nation paisible et principalement la ville 
de Nancy devront compter sur les plus 
grands mét.agements. 

Le commandant de la 3* armée. 

Frédéric-Guillaume 
prince royal de Prusse. 

Un ordre du 18 août des commandants 
supérieurs des armées allemandes s'ex- 
prime ainsi : 

Vu la proclamation de S. M. le roi de 
Prusse qui autorise les généraux comman- 
dants en chef à établir des dispositions spé- 
ciales relativement aux mesures à prendre 
contre les communes et les personnes qui se 
mettraient en contradiction avec les usages 
de la guerre, etc., etc. 

1° La justice militaire est instituée. Elle 
sera établie dans toute l'étendue du terri- 
toire français occupé par les armées alleman- 
des à toute action tendant à compromettre la 
sécurité des troupes, à leur nuire, ou à prêter 
assistance à l'ennemi. 

2° Toutes les petsonnVs qui ne font pas 
partie de l'armée française et n'établiront 
pas leur qualité de soldats par des signes 
extérieurs, et qui serviront l'ennemi en 
qualité d'espions, égareront les troupes al- 
lemandes quand elles serviront de guides, 
tueront, blesseront, ou pilleront des person- 
nes appartenant aux armées allemandes, dé- 
truiront ponts, canaux, chemins de fer té- 
légraphes, routes, incendierontdes munitions, 
des provisions des casernements, prendront 
les armes contre les troupes allemandes, se- 
ront punies de mort. Un conseil de guerre 
prononcera le jugement ; la mort est l'unique 
peine. Le jugement sera exécuté immédiate- 
ment. 

Les communes auxquelles les coupables 
appartiennent seront passibles daris chaque 
cas d'une amende égale au montant de l'im- 
pôt foncier, etc., etc. 

Cet ordre est le corollaire de la procla- 
mation du roi. Guillaume avait déclaré 
qu'il n'admettait les hostilités que de la 
part des soldats ; les généraux firent sa- 
voir comment ils frapperaient les ci- 
toyens. Rien dans ces pièces ne permet 
de conclure que la Prusse n'en voulait 
qu'à la dynastie impériale C'était la na- 
tion allemande qui se battait contre la 
nation française. Tous les patriotes al- 
lemands, et ils étaient nombreux au sud 
comme au nord du Mein, appelaient la 
France l'ennemie héréditaire, r«Erbfeind», 
et désiraient l'écraser. 

L'opinion émise par Jules Favre n'a pu 
se répandre que grâce aux souvenirs his- 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Septembre 191a 



409 



410 



toriques, à l'évocation des Cent Jours. 
Après le 20 mars 181 s, Napoléon fut mis 
au ban de l'Europe. Dès le début, Metter- 
nich déclara que les puissances ne sau- 
raient souffrir Bonaparte (elles disaient 
Bonaparte et non pas Napoléon) sur le 
trône deFrai:ce, qu'elles lui feraient une 
guerre à outrance et ne la feraient pas à 
la France. Le 23 juin, au qnartier général 
de Heidelberg, le maréchal prince de 
Schwarzenberg,général en chef des armées 
impériales autrichiennes et alliées lança 
une proclamation : « Français, c'est à 
vous de décider delà paixou de la guerre. 
L'Europe veut la paix avec la France ; 
elle fait la guerre à l'usurpateur du trône 
français... L'Europe veut la paix, et parce 
qu'elle la veut^ elle ne transigera jamais 
avec celui qu'elle regarde comme un obs- 
tacle perpétuel à la paix... Les armées 
alliées vont franchir les frontières de la 
France. Elles protégeront les paisibles ci- 
toyens ; elles combattront les soldats de 
Bonaparte; elles traiteront en amis les 
princes qui se prononceront contre lui, et 
elles ne connaîtront d'autres ennemis que 
ceux qui soutiendront sa cause. » C'est 
un langage bien différent de celui que 155 
ans plus tard Guillaume devait tenir dans 
sa proclamation de Sarrebruck. En 1870, 
le roi de Prusse regardait Napoléon 111, 
avec qui il avait eu des entrevues à Bade, 
à Compiègne et à Paris, comme le souve- 
rain régulier de la France. 

Paul Muller. 

Rue Madame (LXVI, 187, 305). — 
Avant de poser une question, je ne sau- 
rais trop conseillera nos collaborateurs de 
remonter aux sources, c'est-a-dire, dans 
le cas présent, à l'édition originale de Du 
Pradel. Or, il y a, page 33 de cette édition 
publiée en 1692 : dans la liste des « six 
vingt Huissiers seuls réservez d'entre les 
Huissiers à Verge par Edit du mois de 
Février 1691 pour la fonction de Priseurs 
et Vendeurs de biens meubles en la Ville, 
Fauxbourgset Banlieue de Paris » : Nico- 
las Cabaille : rue Ma — Le reste du nom de 
la rue est tombé à l'impression. Edouard 
Fournier, dans sa réédition, a traduit rue 
Madame ; le malheur est qu'il n'y avait 
pas, en 1692, de rue de ce nom. L'édition 
de 1691 ne contient malheureusement pas 
la même liste, et il faut recourir aux hy- 
pothèses pour se demander quel est le 



nom dont nous n'avons qu'une moitié. 
Serait-ce la rue Maçon? En tous cas, les 
intermédiairistes feront bien de renoncer 
à chercher une rue Madame au xvii« siè- 
cle, ils ne la trouveraient dans aucune 
nomenclature, Gomboust. 

La Junoet Félicien David (LXVI, 
28c). — M. L. V. P. commetune erreur, 
Félicien David n'est nullement né en Avi- 
gnon, mais àCadenet, chef-lieu de canton 
de l'arrondissi-ment d'Apt, Vaucluse. Le 
territoire de Cadenet louche aux Bouches- 
du-Rhône et cette petite ville est à 20 ou 
215 kilomètres au plus au nord d'Aix. Ce 
qui explique que David ait commencé son 
éducation musicale comme élève de la 
maîtrise métropolitaine de Saint-Sauveur- 
d'.Aix. 11 n'était nullement juif comme 
Drumont Ta jadis soutenu, mais absolu- 
ment catholique ; l'archevêque d'Aix 
n'aurait pas admis un juif parmi les en- 
fants de chœur de sa cathédrale, 

X. 

Le crâne de Descartes (III, IV). — 
On lit dans Excehior^ 24 septembre 1912 : 

L'Académie des Sciences s'est occupée 
h'er du crâne de Descartes. Voici dans 
quelles conditions. La savante compagnie 
avant reçu un recueil de la correspon- 
dance échangée entre Berzélius et Berthol- 
let, M. Darboux fut étonné d'y trouver uns 
lettre qui n'était autre chose qu'un ac- 
cusé de réception du crâne de Descartes. Il 
semblait donc indiqué que le squelette du 
grand philosophe français n'avait pas échappé 
aux vicissitudes qu'ont connues toutes les 
dépouilles historiques. Voici, en effet, d'après 
les renseignements que nous avons pu obte- 
nir, quelle fut l'odyssée de ce crâne célèbre. 
Disons de suite qu'elle nous fait craindre 
pour son sort. 

Descartes mourut à Stockholm, en 1650, 
d'une fluxion de poitrine qu'il avait con- 
tractée, assurait, hier, M. Darboux, en se dé- 
plaçant de bon matin pour aller donner des 
leçons de mathématiques à la reine de 
Suède. Notre ambassadeur qui était très lié 
avec le savant français, fit expédier le corps 
en France. Louis XIV empêcha, on ne sait 
pourquoi, que l'éloge funèbre fût prononcé, 
et l'inhumation fut effectuée en l'église 
Sainte-Geneviève. Le corps fut dépose en- 
suite au Musée des monuments historiques, 
puis dans la chapelle de Saint-François de 
Sales, et enfin dans l'église Saint Germain 
des Prés. Maison croyait la dépouille com- 
plète, et on la vénérait comme telle. 



N 1^4», Vol. LXVI 



L'INTERMEDIAIRE 



411 



412 



En 182 1, Berxélius écrivit de Stockholm 
à Cuvier pour lui offrir le ciine de Defcartes, 
qui était demeuré en Suède, alors que le 
reste du corps quittait la sépulture royale qui 
lui avait été donnée pour être dirigé sur la 
Fiance Ce crâne portait l'inscription sui- 
vante : < Crâne de Dtscartes pris par 
Hanstrom, Vannée lôôé, lorsqu'on devait 
renvoyer le corps en France. » 

Près d'un siècle plus tard, l'écrivain sué 
dois Anders Anton von Iljermann devenait le 
possesseur dece chef et gravaitsonnom sur U 
calotte crânienne avec la mention de l'année 
1751. Le crdne passa dès lors entre les mams 
de nombreux propriétaires, parmi lesquels on 
p^ut citer Hans Celsius, Hteger, Flyoht, 
Ahgren, Spar aann et Amgren. Ce dernier 
l'avait même obtenu pour la somme dérisoire 
de 37 francs. 

Le crâne fut reçu par l'Académie des 
Sciences, qui « accepta, dit Berthollet, avec 
une déférence religieuse, le présent qui lui 
était fait ». On compara le crâne, affirme le 
même auteur, avec un portrait de Descartes, 
et la comparaison fut jugée assez frappante... 
Enfin, le crâne fat envoyé au Muséum, si 
l'on en croit les comptes rendus de lAcadé- 
mie des Sciences. 

Cette présence du crâne de Descartes dans 
les collections du Muséum d'histoire natu- 
relle sembla étonner les savants et les profes- 
seurs de cet établissement que nous pûmes 
joindre. Nous ayant déclaré ne rien savoir 
à ce propos, nous primes le parti d'aller 
consulter les archives, où nous avions quel- 
que chance de trouver une trace de ce dé- 
pôt. 

C'est au laboratoire de M. Verdeau que 
nous nous adressâmes. Sur les tables de cet 
ossuaire scientifique, nous dépouillons les 
catalogues des richesses où les restes d'un 
Mérovingien voisinent avec le crâne d'un mu- 
sicien célèbre et le moulnge de Jean-Jacques 
Rousseau. Dans la célèbre confection Gall, 
nous trouvons mentionnée, à la cote 82, la 
c copie en plâtre d'un crâne qui est déposé 
au Muséum du Jardin du roi et qu'on croit 
être celui de Descartei ». Ce moulage tut 
étudié par le célèbre phrénologiste, qui écri- 
vit, à son propos, la consultation suivante : 
f Les organes les plus développés sont ceux 
de réducabilité, des rapports de l'espace, du 
calcul. » En marge se lit l'annotation sui- 
vante : « Original venu lieputs. u 

Ce moulage fut donné au musée de Bou- 
logne-3ur-Mer ; quant au crâne lui-même, 
nous n'en n'avons trouvé trace nulle part. La 
trace de son entrée est marquée par l'atino- 
tation sus-indiquée, mais, depuis lors qu'est- 
il devenu ? S'il est encore au Muséum, nous 
dàclara-t-on, il doit être avec la collection 
dont les inondations de 1910 ont troublé 



l'ord 



re. 



et c'est parmi le tas d'ossements 
qu'elle constitue aujourd'hui que doit se 
trouver le crâne de Descartes. 

Des recherches n-us semblent s'imposer 
qui permettraient de rendre à la dépouille de 
Descartes l'intégrité qu'il eût été facile de lui 
donner, en 1821, lors du retour en France 
du crâne que des mains sacrilèges lui avaient 

dérobé. 

Henry Vadol . 



Capitaine d'IUiers (LXIV) — En 
consultant la série des annuaires de 
l'armée, on ne trouve vers 1837 qu'un 
seul officier de ce nom dans le corps 
d'état-major : Léon Arthur Patas d'IUiers. 

Sorti de Saint-Cyr à la fm de 1831 et 
de l'école d'hJat-Major à la fin de 183?, il 
est lieutenant au 7" d'infanterie légère à 
Lyon, puis, vers 1837 au u* dragons à 
Paris et ensuite à Vcsoul. Capitaine le 
5 mars 1838, il figure, en 1839, au 1 1» 
dragons (à Huningue)-«"en 1840 à l'état- 
major de la place de Paris. 

En 1841, il est aide de camp du géné- 
ral de Lamoricière à Oran, poste qu'il 
conserve et\ passant chef d'escadron le 24 
avril 1845 et qu'il occupe encore en 
1847. En 1848, il est toujours aide de 
camp du général de Lamoricière, devenu 
ministre de la guerre et représentant du 
peuple. 

En 1849, il est à l'état-major de la divi- 
sion de Lyon, commandée par le général 
Gémeau 

11 ne figure plus sur les annuaires des 
années suivantes. 

Il est chevalier de la légion d'honneur 

à partir de 1848. . d -, 

Les Souvenirs du Général du Baratl, 
(tome l, p. 139) portent à son sujet la 
mention suivante : L'aide de camp du gé- 
néral de Lamoricière était le capitame 
Patras d'IUiers qu'une mort prématurée 
atteignit dans le grade de chef d'esca- 
dron. ^ 

J. G. T. 

Le buste de Jean-Jacquea Rous- 
se u 1790) — Des Estangs (LXVI, 
,y8). — Jolibois: LaHante-Mame,^. 186 
longue notice sur Nicolas-Charles Des 
Estangs. Résumé : né à AUichamps 
Haute-Marne) 1766, mort à Paris 1847, 
son frère, maître de forges. Dès sa jeu- 
nesse, idées avancées, assiste à la prise 




LES PETITES CELEBRITES DU SECOND EMPIRE 

GABRIELLE DE LA PÉRINE, la marchande de Journaux 



Intermédiaire LXVI, Colonne 413. 



D£S CHERCHEURS ET ClJR^bUA 



30 Septembre 1919 



413 



414 



de la Bastille, engagé volontaire au 7* ba- 
taillon de Paris, inspecteur des subsis- 
tances militaires à Brest. Hn 1796, fonda 
une institution à Clignancourt, 1809, ins- 
pecteur des domaines français en Autri- 
che, — directeur de l'imprimerie et li- 
brairie, 1819 conservateur des estampes 
jusqu'à 1836, misa la retraite à cause de 
SCS opinions avancées. 

Connu surtout par ses œuvres maçon- 
niques, président de la loge des trinoso- 
phes, réformateur de l'ordre. 

Un ami a publié un travail de lui ina- 
chevé : Œuvres tnaçonuiqites de N . C. Des 
Estangs . .. ornéesdeson portrait par P. D. 
Pilloi, Paris 1868, in-8. 

Noter que cette notice est de jolibois, 
ou plutôt de son maître Pierre Laloy, 
tous deux connus parleurs opinions révo- 
lutionnaires ; par conséquent suspects de 
partialité dans le cas présent. 

La famille Des Etangs habite actuellement 
Andelot (Haute-Marne. Un autre Nicolas- 
Charles Des Etangs né à Andelot 1801-1876 : 
avocat, juge de paix à Barsur-Aube en 
1848. 

Est uniquement connu comme botaniste, a 
publié une quantité (au moins 40) de mé- 
moires sur la flore de l'Aube et "'e la Haute- 
Marne. 

Sur ce dernier, notice biographique dans 
la Flore de la Haute Marne par Aubriet, 
p. 00. 

jolibois ne dit pas que N. C. Des Es- 
tangs fut médecin, au contraire : il com- 
mença dans une étude de notaire De 
même il n'y est pas dit qu'il ait été maire 
d'un arrondissement de Paris, mais ceci 
est très possible. Marthe. 

Gabrielle de La Perrine (IX; XIII; 
LXVI, 341). — Il a déjà été question de 
cette personne - qui fut une petite célé- 
brité du Second Empire au même titre 
qu'Isabelle laBouquetière — dansles tomes 
IX et XIII. 

Un de nos collaborateurs nous envoie 
son portrait, publié dans les journaux 
d'alors — qui étaient pourtant moins que 
les nôtres, prodigues d'illustrations. Celui 
que l'on nous communique a paru dans la 
Chronique illustrée du 25 octobre 1868. 

Ce n'est pas là tout a fyit de l'histoire 
— c'est cependant un peu de l'histoire 
de Paris. 

Cette demoiselle, dite Gabrielle de La 
Perrine, était marchande de journaux, 



I simplement, mais le Jockey Club dont son 
kiosque était voisin l'avait adoptée, 
comme il avait adopté Isabelle. 

Sollicitée de donner quelques rensei- 
gnements sur sa personne, elle répondait : 

Vous avez bien voulu vous intéresser à 
moi eti me priant de vous envoyer quelques 
notes sur ma bibliographie que vous désirez 
publier. Je regrette donc aujourd'hui de 
n'avoir à vous fournir que des renseigne- 
ments bier: courts à cet égi-rd ; et cela d'au- 
tant plus que plusieurs journaux s'en sont 
déjà occupés dans leurs colonnes, et que je 
ne ferais que vous répéter ce que probable- 
ment vous devea connaître. 

Ainsi qu'on l'a an oncée,je suis née à Sé- 
ville, où mon père, que des revers de for- 
tune venaient d'atteindre, alla résider ainsi 
que dû.ns plusieurs autres villes d'Espagne, 
afin d'essayer de faire fructifier, dans un» 
entreprise commerciale, les quelques débris 
qui lui restaient encore. 

Malheureusement pour lui ainsi que 
pour moi, il fut encore déçu dans ses espé- 
rances et nous fûmes obligés de revenir en 
France dans un état voisin de la gène -, gêne 
qui ne fit que s'accroître avec les charges 
qu'entraîne une nombreuse famille. Pour 
comble d'infortune, la mort vint ravir notre 
père à notre affection : de sorte qu'aujour- 
d'hui je reite seule avec ma raère pour la se- 
conder dans une tâche si difficile à remplir, 
quand on est pas fortuné, en me dévouant 
à l'éducation de mes sœurs. 

Signé : G. DE LA Perrine. 

Il est visible que cette lettre est un ai- 
mable arrangement. 11 y a des gens qui 
se disent espagnols et qui ne sont pas es- 
pagnols, mais sa beauté très réelle était 
un peu d'une andalouse. 

Mlle de La Perrine ou plutôt Laperrine, 
troublée par les attentions dont elle était 
l'objet, quitta le kiosque doré du Grand- 
Hôtel et débuta au théâtre sans succès. 
Elle avait étudié le chant. Elle renonça au 
théâtre qui l'avait si mal accueillie, fit le 
commerce des fleurs, fut un peu lingère, 
puis disparut comme disparaissent ces 
vagues météores du ciel fantaisiste de 
Paris 

Mais il est probable que ceux qui écri- 
ront sur les mœurs et le pittoresque de 
nos rues, demanderont encore quelquefois 
et durant longtemps ; v< Cette demoiselle 
de la Perrine, qui était-ce-donc ? >* C'est 
pour eux que V Intermédiaire qui doit 
avoir réponse a tout, publie ces notes et 
cette image. M. 



N- 1341. Vol. LXVI. 



L'INTERMÉDIAIRE 



4i'5 



416 



Famille de Montsaulnin (LXV,i9o, 
313, ^S9- — Le comte de Montiaulnin, 
ancien député du Cher, est mort depuis 
plusieurs années ; son frère, le vicomte 
de Montsaulnin est mort aussi, tous deux 
sans postérité masculine. Le nom paraît 
complètement éteint. H. 



* • 



La famille de Montsaulnin nest 
pas originaire du Dauphiné comme le 
pense M. E. Grave, mais du Nivernais 
dans le comté de Chàteau-Chinon où on 
la trouve au commencement du xix* siè- 
cle. Par ailleurs le regretté comte de 
Montsaulnin 1 François-Charles) est mort 
en 1910 et son frère Emmanuel-Louis, vi- 
comte de Montsaulnin est décédé le 1 1 
juillet 1912. 

Us n'ont pas laissé de postérité mascu- 
line. 

Les armes de cette famille sont : de 
gufiilfs à ^ léopards d'ot couronnés de 
même l'un sur l'autre. 

Les sources indiquées et bien d'autres 
ont été consultées. S. G L. 

Ulysse Pic (LXIV ; LXV ; LXVL i s6, 
277). — N'avait-on pas fait venir un jour 
naliste du nom d'Ossian Pic à Rochefort 
(Charente-Inférieure), en 1869, pour l'op- 
poser, dans le journal officieux d'alors, au 
journal Le Contributible Jor\dépsr un grou- 
pe d'adversaires de l'Empire, lesquels, de 
leurcôtè.avaient fait venir, pour le rédiger, 
le puhliciste Charles Habeneck ? Ce der- 
nier eut bientôt un procès de presse 
dans lequel il fut défendu par Jules Favre, 
qui vint exprès à Rochefort et y parla 
dans une réunion publique à La Halle. Ce 
fut alors, à Rochefort, un événement im- 
portant. Ossian Pic était-il frère, ou pa- 
rent, d'Ulysse Pic .i* V. A. T. 

Famille Sicard (LXVI, 288). — En 
ce qui est des le Peletier d'Aunay et des 
le Peletier de Saint-Fargeau et de leurs 
armes il a été répondu par avance dans 
une note qui n'a pas encore paru dans 
Y Intermédiaire. S. G. L. 



Le marquis de "VaRsé ^\ la m-r- 
quise, née Broglie (LXVI,28H;. — il y 
a ccrtaineipcnt erreur dans le Dirtionnairr 
des Parlementaire^ en ce qui concerne un 
second mariage du marquis de Vassé, at- 



tendu que la marquise née Broglie mou- 
rut seulement le 2 1 octobre 1827, ayant 
survécu plus de sept ans à son mari dé- 
cédé 27 mai 1820. La généalogie de la 
branche française de la maison de Broglie 
à laquelle Remprunte ces détails, est 
muette sur la date de décès de Jules, mar- 
quis de Vassé, fils des susdits. 

D. A. 



Jenny Verpré à Marseille (LXVI, 
273). — duétaient-cequeles < admirables 
vers de Waterloo > ; que qualifiait ainsi 
l'enthousiaste jenny Verpré? Eh! parbleu, 
c'étaient ceux du virulent petit poème de 
Waterloo, dt Méry et Barthélémy, qui, tout 
justement,àce moment même, venaitd'ètre 
publié, avec sa hardie Dédicace, cinglante 
comme un coup de cravache, en toutes 
lettres imprimée sur son titre ot sur sa 
couverture : « Au Général Bourmont >v 

De ce poème, nous a^ citerons que sa 
seule finale, qui lui sert de conclusion : 

Va, rion ne peut, casser l'immuable anathftme, 
Quand le peuple a maudit, son arrAt est eu- 

[prAme, 
Sa just.icn inflejàblo interdit tout i>ardou ; 
Tn peux, sur ra poitrine, étaler un cordon. 
Tu peux fléchir du Roi li bonté paternelle, 
Mais, aux regards do tous, la taolie est éter- 

[nelle, 
Quatorze ans ne font point oublier oea forfaits ; 
La peine se prescrit, et la boute jamais. 

Ce Waterloo, naturellement, fut pour, 
suivi, sur le moment. Le.s exemplaires- 
brochés, de sa première édition (Pans, 
Denain libraire, imprimerie de |. Tastu, 
182Q. 71 pages in S", avec couverture 
imprimée, et ornes dune petite vignette 
emblématique de Henry Monnier, gravée 
sur bois par Thompson) en sont donc de- 
venus très rares. 

Les mêmes poètes, l'année précédente, 
avaient déjà publié la première édition de 
leur beau poème : Napoléon tn Bjc>\pte, 
que rendirent si populaire, les belles édi- 
tions illustrées de Ralîet 'in-B", 183s) et de 
Horace Vernet et Hi(^polyte Bellangé 
I grand in-8°, 1841, plusieurs fois réim- 
prime). 

Si cette époque était celle des piètres 
préfets, par contre, elle était bien aussi 
celle des beaux livres, des beaux vers, et, 
encore plus, convenons-en, celle... des 
beaux sifflements de cravache 

Ulric Richard-Desaix. 



DBS QHB1iCHËUi<î) 8T CURIbUK 



30 Septembre 1913 



417 



418 



OÙ est enterré le maréchal de 

Villars (LXV, LXVl, 42. 158, 247). — 
Puisque j'en ai l'occasionj'apporterai quel- 
ques précisions à l'article que M. Teste a 
publié dans V Echo de Paris, au sujet des hé- 
ritiers du tils du maréchal, le dernier des 
Villars. Ainsi qu'on la déjà dit, Honoré 
Armand, duc de Villars, n'eut qu'un enfant 
de son mariage avec Amable Gabr:elle de 
Noailles, une fille qui, veuve de Félix Pi- 
gnatelli d'Egmont et sans enfants, se fit 
religieuse du Calvaire. 

Elle n'existait plus sans doute, lorsque 
le 8 octobre 1764, le duc de Villars, prince 
de Martigues, fit son testament par lequel 
il institua pour ses légataires universels 
Eléonore de Choiseul Trades, Comtesse 
d'Andigné de Vesins,qui avait pour mère 
Louise de Villars, sœur du maréchal, et 
Pierre de Vogué, comte de Vogué, dont la 
mère était Charlotte de Villars également 
sœur du maréchal. Seul, parmi les héri- 
tiers du côté maternel, le marquis de Ra- 
depont reçut un legs de 150.000 livres. 
Le duc de Villars mourut à Marseille le 
27 avril 1770. 

M. le Marquis de Vogué, l'éminent aca- 
démicien, ne compte point les Villars 
parmi ses descendants, comme on l'a pu- 
blié car il ne descend pas de Pierre de Vo- 
gué, mais du cousin de ce dernier, 
Charles-François Elzéar, marquis de Vo- 
gué à qui Pierre mort le 10 juin 1773, 
par actes des 20 mai 1772 et 28 février 
1773 avait assuré le marquisat de la Nocle 
en Nivernais, avec tous les droits qui y 
étaient attachés, y compris la grandesse 
d'Espagne. Ce marquisat faisait partie de 
la succession du duc de Villar.;. 

Charles-François Elzéar, marquis de Vo- 
gué, mort le 15 septembre 1782 et le tri- 
saïeul du marquis actuel. 

S. G. L. 

Armoiries d'une famille alliée aux 
des Cars (LXl, 289). — Il s'agit ici de 
la tamille Lafond, dont l'auteur, Narcisse- 
Antoine Lafond, pair de France, député, 
régent de la Banque de France, fut créé 
comte romairi héréditaire et adopta le 
blason ; d'or, à la croix haussée, renversée 
de gueules, chargée de cinq hesanis d'ar- 
gent. 11 mourut le 29 décembre 186b, 
laissant le comte Edmond Lafond, mort 
en 1875, ayant épousé iMUe Marie-Elise 
du Temple de Chuvigny, dont deux en- 



fants : i*MlIe N. Lafond, mariée à Louis 
de Pérusse, marquis des Cars, fils du duc ; 
2° le comte Louis Lafond, marié (L. de 
Magny : Armoriai des princes, ducs, mar- 
quis, barons et comtes romains en France. 
Paris, 1879, in-8). Scohier. 






Ce sont les armoiries de la famille La- 
fond. Le duc des Cars actuel est veuf de- 
puis le 4juin 1912, de Marie-Thérèse La- 
fond, fille du comte Lafond. 

Les armoiries ont été concédées par le 
Saint-Siège avec le titre de comte à Nar- 
cisse Lafond aïeul de la duchesse des 
Cars. L. C. D. L. H. 

Armes à déterminer : trois trè- 
fles (LXVI^ 237) — Limosin, en Lyon- 
nais, porte : D'apir au chevron d'argent ; 
au chef d'or, chargé de trois trèfles de si- 
nople. P LE J. 

Propriété littéraire des titres 
d'ouvri^ges (LXVl, 290). — Je ne vois 
pas d'autre moyen que de s'informer des 
titres déjà déposés, auprès d'un des mem- 
bres des Sociétés des gens de lettres, des 
auteurs et compositeurs de musique, etc. 
Maurice Charpentier. 

* » 

Le titre d'un ouvrage constitue une pro- 
priété d'une nature spéciale, analogue à 
l'enseigne ou a la marque de fabrique, et, 
comme tel, il est susceptible de donner 
naissance à un droit privatif. 11 est même 
des titres qui, par leur originalité, leur 
caractère de création intellectuelle, peu- 
veut constituer à eux seuls, et indépen- 
damment de l'œuvre, une véritable pro- 
priété littéraire. Dans la plupart des cas, 
le titre fait corps avec l'ouvrage et son 
usurpation peut être regardée comme une 
manière de contrefaçon. 

Il faut néanmoins excepter une série de 
titres qui sont du domaine public et ne 
peuvent être revendiqués par aucun au- 
teur. Pour désigner le même genre d'ou- 
vrages (ouvrages didactiques surtout : 
Traités, Manuels, etc.) on est obligé de 
recourir à ces titres passe-partout, d'usage 
courant, sans qu'il puisse être élevé, là 
contre, aucune revendication. 

Quant au moyen pratique de s'assurer, 
avant de publier un livre nouveau, qu'on 
n'a pas involontairement usurpé un titre 
déjà employé, il n'en existe, à notre con- 



N» 1341 Vol. 



LXVI. 

419 



LINTBRMBDiAiRB 



430 



naissance, aucun de satisfaisant et pou- 
vant donner une certitude absolue. On 
n'a guère que la ressource de consulter 
les répertoires bibliographiques (Lorenz, 
Le Soudier, Tables de la Bibliographif de 
la France^ etc.) et les catalogues d'édi- 
tenr?;, en aiguillant les recherches dans le 
sens du genre d'auteurs ou d'ouvrages 
traitant de la même question ou de ques 
tions connexes. Mais il est bien évident 
que ces recherches ne peuvent donner 
qu'une sécurité relative, et ne sauraient 
vous prémunir contre la désagréable 
surprise, le livre étant paru, de lui dé- 
couvrir parmi ses aines un homonyme 
dont l'auteur serait fondé à protester 
contre une concurrence fâcheuse. 

F. B. 



La Fo taine et M. de Gourmont. 

— .M. Rémv de Gourmont ajoute a sa 
dernière « Promenade littéraire » du 
Temps, ce post-scriptum : 

PS. — Privé moinentant;ment de mes li- 
vres, j'ai fait quelques attributions et citations 
inexactes, dans mon article sur le Caractère 
de La Fontaine. Le vers « tenir entre ses 
bras... » figure non dai.s les Fable:, mais 
dans les Poésies Jivenes . 11 faut lire non 
« Et les sombres attraits.., », mais : 
Jusqu'aux sombres olaisirs d'un cœur mélan- 
colique, 
ce qui exige un remaniement de la phrase. 
J'ai déjà eu l'occasion de communiquer ces 
rectifications à V Inlermédiaire des chercheurs 
et cwieux. — A". G. 

Nous avons adressé à M. de Gourmont 
la lettre de celui de nos collaborateurs qui 
avait fait cette remarque. M. de Gour- 
mont y a répondu avec son obligeance 
coutumière, et nous avons envoyé la ré- 
ponse a l'auteur de la question sans la 
poser. 

On sait assez quel est le souci d'exacti- 
tude de ce parfait lettré, pour deviner 
qu'il serait le premier à corriger ce lapsus, 
et combien ils sont rares sous sa plume! 

Chanson bretonne ; les gars de 
Locminé iLXVl,i9oj.— Que le confrère 
Echarpe permette a un vieux Breton une 
rectification au texte de la poésie popu- 
laire qu'il cite. 

J'ai entendu, moi aussi, il v a longues 
années, le refrain de la chanson et il était 
celui-ci : 



Sont, sont, les gars de Locminé 
Qu'ont de la maill-'tte (h'xs) 
Sont, sont, les gens de Locminé 
Qu'ont de la maillette 
Sous leurs souliers. 

La maillutîe me paraît être synonyme 
des clous pour sabots et souliers qu'on 
appelle à Paris des bombés ou des gen- 
darmes. 

Quelle est la bonne version ? 

Dehermann. 

* 
> » 

Je suis né et j'ai passé une partie de 
ma jeunesse aux environs de Locminé 
CVlorbihan) ; bien des fois j'y ai entendu 
la chanson dont parle le collaborateur 
Echarpe. D'un rithme très vif et très dan- 
sant, elle était fort populaire et je me sou- 
viens que la musique municiixile de josse- 
lin, localité voisine de Locminé, la jouait 
jadis fréquemment. 

Mais, à mon avis, il n'est nullement 
question de Lafayette en tout ceci. 

C'est maillette ou -mn-velte (je n'ai ja- 
mais vu le mot écrit) qu'il faut compren- 
dre. 

En ce coin de Bretagne, on désigne 
sous ce nom de maillette une sorte de 
clou, à tige très courte, et dont la tête, 
lort grosse, est striée et convexe. Les 
paysans en garnissent eux-mêmes le des- 
sous de leurs sabots et la semelle de leurs 
souliers ce qui en prolonge la durée. 

On dit mettre des maillettes ou de la 
maillette à ses sabots. 

Le refrain de la chanson en question 1 
toujours été pour moi : 

Sont, sont, sont les gars d« Locminé 

Qui ont de la rnaillett» 

^^ar sous l«urs souliers. ^ 

Par sQus est synonyme de par dessous. 
11 y avait à cette chanson plusieurs cou- 
plets que je ne me rappelle plus bien, 
mais où il n'était certes pas question de 
la guerre d'Amérique. 

Maintenant quel est le sens de cette ex- 
pression avoir Je la maillette sons ses sou- 
liers ? Est ce ironique? Il se pourrait, 
car je crois me souvenir qu'on se mo- 
quait un peu des gars de Lo«;miné dans le 
reste de la chanson. 

En tout cas, cette expression serait à 
rapprocher de avoir du foin dans ses bot- 
ter et aurait peut être une signification 
analogue. 

Y. H. 



DK CRERCHHUaS fiT CURIfiUX 



421 



30 Septembre 191». 
422 



Je ne vois pas ce que vient faire dans 
cette chanson ce pauvre Lafayette ! Le 
texte réel de cette chanson est : 

Sont, sont, sont les gens de Locminé 

Qu'on d'Ia mayette (i) 

Qu'ont d'Ia mMyette 

Sont, sont, sont les gars de Locminé 

Qu'ont d'Ia mayette 

Sous leurs souliers . 

Marquis de Bellevùb. 

* 
* * 

Voici non pas un éclaircissement, peut- 
être, mais une variante au couplet relaté 
par fccharpe. Je me rappelle, en effet, 
avoir entendu souvent, il y a quelque 70 
ans. chanter ce refrain assez étranger, je 
crois, à Lafayette : 

Sont, sont, sont les gars de Lominé, 

Qu'ont de la mayette. 

Qu'ont de la mayette, 

Sont, sont, sont les gars de Lominé, 

Q_u'ont de la mayette 

Par tous leurs souliers 

Sans avoir bien approfondi ce qu'était 
cette mayette ou maillette , il m'avait 
paru qu'elle devait avoir quelque rapport 
avec le mailletage des marins, et que ce 
devait être une sorte de ferrure. 

P. Du GuB. 

La Fayette n'a absolument rien a voir 
avec la célèbre chanson « des Gars de 
Locminé » (prononcez : « Gâs de Lo- 
miné »j 

Car voici le refrain textuel : 

Yo 1 Yo ! Yo! les gâs de Lominé 

qui ont des maiilettes 

qui ont des maiilettes 

Yo ! Yo ! Yo ! les gâs de Lominé 

qui ont des maiilettes 

Sous leurs souliers. 

Les < maiilettes » sont des clous à 
grosse tète, taillée à facettes. 

Les gars de Locminé sont, dans la 
chanson, très fiers de porter des souliers 
à clous, au lieu de vulgaires sabots. 

Cette chanson se chante du reste en 
dansant, et au refrain, on lève les pieds 
très haut pour en montrer les semelles. 

Cette chanson, très célèbre, se chante 
encore dans le pays entre Pontivy et 
Vannes. Georges Mareschal. 



(i^ De la mayette, de la .... (on devine). 



* 
» • 



Ou le texte donné par notre confrère a 
été défiguré, ou il est, à mon avis du 
moins, totalement dépourvu de sens, et 
je ne vois pas dès lors qu'on puisse y re 
lever trace d'irrévérence à l'égard de La 
Fayette. Mais voici mieux. Je crains que 
l'oreille de notre confrère (ou sa mémoire) 
l'ait singulièrement trahi. J'ai moi aussi, 
en effet, entendu chanter ce couplet ou 
ce refrain (si tant est qu'il y ait toute 
une chanson), mais le texte n'était pas le 
même ; le voici : 

Sont sont sont, les gâs de Locminé 
Qu'ont de la maillette. 
Qu'ont de la maillette 

Sont sont sont, les gâs de Locminé 
Qu'ont de la maillette 
Sous leurs souliers. 
Je dois dire que je ne suis pas très sûr 
des mots que je souligne, et que peut être 
aussi^ au lieu de « qu'ont de la maillette > , 
il faudrait dire < qui ont des maiilettes ». 
Quoi qu'il en soit de ces détails, il y 
aurait donc tout simplement, dans le 
premier texte, confusion entre La Fayette 
et maillette (nom que l'on donne dans le 
Morbihan - et ailleurs — aux clous à 
à grosse tête dont on garnit les semelles 
des souliers et des sabots). Cette sorte de 
confusion de sons n'est pas si rare, et il 
en est de fort amusantes, Hugues Le 
Roux, par exemple, dans les pages qu'il 
a intitulées O mon passé (p 53. édit La- 
fitte), nous dit ceci : « J'entendais distmc- 
tement dans le Credo cette phrase un peu 
surprenante : » Et ta sœur Titine Sé- 
nat. :» (Et ascendit in cotlum) ! — Voilà 
de quoi se consoler d'avoir confondu 
Marie-JosephPaul Roch Yves Gilbert du 
Motier, marquis de La Fayette avec unr 
poignée dt matllettes . F. Vallée. 



* « 



Une bretonne me dit qu'on nomme 
faïUette, en breton, la bride en fer blanc 
des sabots. 

La faillette à leurs souliers voudrait donc 
dire des brides de fer à leurs souliers. 

M. 

Donjon, étymologie (LXV, LXVI, 
74, 168, 329;. — ûunum junctum, 
Dunum, Elévation, partie haute; junc- 
tum, jointe, ajoutée au Castellum. Lors- 
qu'à proximité du Castellum se trou • 
vait un monticule de terre, on le fortifiait 
en manière d'ouvrage avancé, et cela 



N« 



1341 



Vol. LXVI. 
423 



L'INTi^KMlDlAlKb 



424 



s'appelait un Don;on. Exemple : au Mans, 
le chàteiu construit par Guillaume le Con- 
quérant, avec, à proximité, le Mont ou 
Motte-Barbet (Mans barbutus^ Mont hé- 
rissé) ; la ruelle qui conduit à ce dernier 
s'appelle encore rue du Donjon. O. D. 

Mont Pagnotte (LXVI, 187,324).— 
M. Piton, abonné de V Intermédiaire des cher- 
cheurs... a été très intrigué par le passage 
des Etudes Diplomatiques du duc de Bro- 
glie paru dans la Revue des Deux-Mondes 
du i*"" déc. 1881, p. 4q6. Il s'agit des 
difficultés consécutives à la mort de 
Charles VI : 

s< Nous n'avons qu'une chose à faire, 
dit Louis XV , c'est de rester sur le 
mont Pagnote ». A quoi le marquis de 
Souvré répliqua vivement : «. Votre Ma- 
jesté aura froid, car ses ancêtres n'y ont 
pas bâti... » Le mot de Louis XV est ca- 
ractéristique par sa trivialité même. 

Nous remarquvirons de suite : 

1° Qye la réflexion sur t le mot de 
Louis W > est du duc de Broglie et non 
de M. Pilon, bien que l'emploi des guille- 
mets et des caractères différents fait par 
V Intermédiaire, laisse croire le contraire. 

2° Qye la question posée par M. Piton 
w Qye signifie le mot trivial : Mont Pa- 
gnote ! » ne peut être posée ainsi. En 
effet le « mont Pagnote > est un nom de 
lieu, c'est-à-dire un nom propre ; il 
n'est pas plus trivial qu'un nom de rue ou 
qu'un nom de cascade, etc. Il ne peut être 
qualifie ni bas, ni vulgaire, ni commun, 
ni trivial. 

Ensuite un mot, dans le sens présent, 
est une parole mémorable, une phrase 
courte, simple, typique et pleine d'à pro- 
pos. 

Dans le cas présent le mot de Louis XV 
est composé uniquement par l'expression 
« rester sur le mont Pagnote », et c'est 
elle que nous allons étudier. 

Ce passage avait frappé un autre lec- 
teur avant M. Piton. Feu le général de 
Bellegarde, alors qu'il commandait une 
brigade de dragons à (3ompiègne en l'an- 
née 1900, nous avait signalé ce passage et 
demandé de faire des recherches sur l'éty- 
mologie du Mont Pagnotte à la bibliothe- 
<|ue municipale de Senlis. 

Les grands dictionnaires donnent tous 
< pagnote » comme qualificatif d'origine 
italienne, synonyme de peureux, couard ; 



la logique dans les roms de lieu est par- 
fois difficile à trouver et à admettre. Ici 
la filière sémantique est la suivante. Les 
sei;.'!:neurs italiens, de tout âge qui gra- 
vissaient un petit monticule pour voir se 
dérouler à leurs pieds un combat parfois 
d'assez longue durée entre partisans, — 
combat genre Combat des Trente , — 
étaient suivis chacun par un serviteur por- 
tant pour un petit pain dit pagnota 
(de panis, pain) Le nom de pagnote passa 
ainsi des pains à ceux qui les portaient, 
et ensuite au lieu de leur rassemblement ; 
de plus, à cause de leur rôle de témoins 
inactifs, ce vocable devint qualificatif 
avec le sens péjoratif de paresseux et de 
couard. 

En France le nom de « Pagnotte » a 
toujours été orthographié à tort avec 
deux t sur les vieilles cartes et les mo- 
dernes. Quant au terme ^atw servant par 
comparaison à qualifier des élévations 
de terrain, il se retfou've dans les nom- 
breux lieux dits Pain-de-sucre en Nor- 
mandie et dans nos colonies. 

Un mont ne peut être dit couard ou 
poltron, pas plus qu'un chêne ne peut 
être qualifié menteur ; il y a pourtant au 
haut du Mont Pagnotte le carrefour du 
Chêne Menteur. , 

Un mont peut être dit « des Poltrons > 
pour ùes faits historiques quelconques, 
mais rien d'historique ne peut légitimer 
cette dénomination dans le cas présent. 

Selon une version, les habitants de la 
contrée l'auraient appelé ainsi jadis parce 
qu'en temps de périodes troublées à Pont- 
Saint-Maxence , les habitants effrayés 
fuyaient se cacher sur cette élévation 
boisée. Aucun document ne le prouve. 

Dans plusieurs anciens manuscrits la- 
tins, le mont Pagnotte est appelé mons 
pugnoe, mons pugnatoria,etc., mais nous 
n'avons jamais pu trouver la justification 
de l'existence de ces formes latines, tra- 
ductions malheureusesde termestrès vieux 
français et non ; aucun fait historique 
connu ne faisant allusion à un combat 
quelconque en ces parages. 

La plus ancienne forme manuscrite que 
nous ayons trouvée a été « Mont Paillon » 
Elle est du xiV siècle. Elle a fait penser 
que l'étymologie de ce nom pouvait être 
Pail, nom celte, signifiant lieu élevé, hu- 
mide et boisé, dont Prez-en-Pail en Nor- 
mandie nous donne un exemple, mais on 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



30 Septembre 191a 



425 



426 



ne peut se prononcer, car il ne reste aux 
environs aucunlieudit comportant la men- 
tion « en Pail » D'ailleurs le Silvacum, 
— et nous y sommes, — a donné Servais 
et Serval, nom conservé par le village de 
la Chapelle-en-Serval. 

Les grands dictionnaires répètent tous 
le sens donné au nom commun « mont 
pagnote », « lieu élevé cioù l'on peut 
voir un combat sans être forcé d'y pren- 
dre part. » Ce sens ne conviendrait guère 
au Mont Pagnotte. La face Nord est en 
pente très raide ; sur ia face sud, la pla- 
nimétrie est des plus irrégulières, le ter- 
rain, parsemé de fondrières, comme du 
reste tout autour du Mont Pagnotte, est 
très impropre à une action de guerre. 

Bref la dénomination de Mont Pagnotte 
peut être, sinon une corruption de mont 
Paillon, du moins une simple allusion à 
la forme générale du terrain, petit plateau 
supérieur allonge dominant toute la forêt 
et même la région. Quand la chasse passe 
au nord ou au nord-est de ce terrain, elle 
y revient presque toujours; quand on n'a 
pas le luxe d'un relais, il faut n'en des- 
cendre qu'à bon escient sous peine de 
crever son cheval pour y remonter. 

En Hallaite, rester au mont Pagnotte 
c'est attendre pour ménager son cheval en 
attendant de savoir si la chasse va prendre 
une des deux principales directions, soit 
vers l'Ouest, c'est-à-dire vers la route de 
Fleurines à Pont-St-Maxence en longeant 
la face Nord, soit vers le Sud sur Cha- 
mant en contournant l'extrémité Est du 
plateau. 

Cette élévation indispensable à sur- 
veiller pendant la chasse, n'a pas de va- 
leur stratégique. Aussi les rois qui rési- 
dèrent beaucoup dans cette région, n'eu- 
rent jamais l'idée d'y bâtir. 

Pour la même raison, croyons-nous, le 
château de Saint-Cristophe en Halatte élevé 
sous Philippe de Valois au commence- 
ment du xiv* siècle, fut dit « bâti au 
sommet de l'Isle de France », bien qu'il 
soit placé en contre-bas du Mont Pa- 
gnotte. 

La chasse ne s'y termine presque ja- 
mais ; en dix années consécutives l'équi- 
page d'Hallate n'y a pris que trois cerfs. 
Le mot de Louis XV et la réponse du 
Marquis de Souvré font indiscutablement 
allusion au Mont Pagnotte en Halatte 
« Rester sur le mont Pagnotte », dans la 



bouche de Louis XV nous semble simple- 
ment signifier aitendie le moment favora- 
ble pour faire connaître aux puissances, 
notamment à Frédéric II, la ligne de con- 
duite politique qu'il allait suivre au sujet 
de la succession d'Autriche. Le marquis 
de Souvré estimait que Louis XV ne de- 
vait pas attendre pour la faire connaître. 

11 semble que le duc de Broglie fasse 
plutôt allusion au sens péjoratif donné 
ordinairement à l'expression « être sur le 
mont pagnote ». Louis XV n'en a peut- 
être pas pensé si long : les mots des rois 
n'ont pas toujours toute la profondeur 
que les historiens cherchent à leur trou- 
ver par la suile. 

Le roi de France était en présence de 
deux alternatives, *< l'une plus conforme 
aux exigences délicates du point d'hon- 
neur, l'autre mieux appropriée. ..auxlégiti- 
mes suggestions de Vintirét national... 1 » 

Promettre à l'avsnce et préparer l'exé- 
cution des engagements pris par le traité 
de 1735 envers l'ordre de succession 
réglé par la Pragmatique, ou éviter de 
s'expliquer sur les moyens de les remplir 
jusqu'au jour où la nécessité aurait réduit 
Marie-Thérèse d'Autriche à invoquer le 
recours des alliés »... Se faire l'ami poli- 
tique de Marie-Thérèse, alors qu'elle 
craignait les ambitions de Frédéric II, et 
« obtenir par ia suite un lambeau de ses 
colonies pour la France..., étaient là sans 
doute la chance qu'entrevoyait Louis XV 
et qu'il conseillait d'attendre. » 

Attendre pour l'avantage d'un peuple, 
cela peut être qualifié de manœuvre poli- 
tique, non de trivialité. 

Vouloirattendre les événements, comme 
il attendait au haut du Mont Pagnotte le 
retour de la chasse, quand e!le allait faire 
une randonnée au nord ou au nord-est de 
cet observatoire, la comparaison n'offre 
rien de choquant, ni de déplacé. 

^< Appliquer la théorie du moindre ef- 
fort, c'est une manœuvre n'ayant abso- 
lument rien de trivial ». 

Nous aurons sûrement de notre bord 
au moins les veneurs d'Halatte, qui, au 
milieu de la chasse, laissent la meute con- 
tinuer, l'écoutent de loin et attendent son 
retour, en restant sur le mont Pagnotte, 
à l'instar de Louis XV. 

Le général de Bellegarde n'a jamais pu 
comprendre que le mot de Louis XV pro- 
noncé au cours dune conversation politi- 



N" 1341. VoJ. LXVI. 

— ' 427 

que, ait ôté si sévèrement apprécié par 
le duc de Broglie. M. Piton, justement 
étonné lui aussi, se rangera sans doute 
à cette opinion comme, sans nul doute, 
tous les veneurs d'Halatte. 

Cap. G. de Marolles. 

• * 
Erratum : Au lieu de gentilccomini , 

on a imprimé gentilliomini. 



L'iNllîRMSDîAÎiitb 



* 



Comme contribution plus ou moins di- 
recte aux articles déjà publiés sur ce sujet, 
je hasarde l'expression argotique « se pa- 
gnoter (se coucher) et« pagne » (lit) très 
usitée, je crois, parmi 1-s militaires. 

D. R. 



4> * 



Ceux qui ont passé par le régiment doi- 
vent se rappeler cette expression ; aller 
« se pagnotter>>, qui voulait dire aller se 
coucher, se mettre au lit... généralement 
pour éviter des corvées en un mot pour 
tirer... au flanc. 

Je ne sais si elle est encore en usage 
actuellement, mais lors de mon volon- 
tariat, il y a vingt cinq ans, elle était 
très répandue dans mon régiment d'ar- 
tillerie qui tenait garnison à Orléans. 

Ce mot se « pagnotter » tirait peut- 
être son origine du mont Pagnotte ; je 
risque d'ailleurs cette opinion bien timi- 
dement. ROAN. 

La couleur des cheveux d'une 
morte (LXVI, 202). — Je possède un re- 
liquaire, provenant de la comtesse de Pu- 
gct, née Conti, qui à sa mort en avait fait 
don au P. Baufreton. 

Entre autres souvenirs royalistes, il 
contient des cheveux de la famille royale. 
Les cheveux de Louis XVI sont châtain 
foncé, ceux de Marie-Antoinette d'un 
blond cendré très -.lair, ceux de Mme Eli- 
sabeth, d'un blond foncé, ceux de 
Louis XVII et de Marie-Thérèse sont d'un 
blond pâle, d'un blond d'enfant. 

Nous savons que Louis XVI était châ- 
tain et Marie Antoinette blonde. Ces che- 
veux que j'ai sous les yeux ont ils con- 
servé leur teinte vivante ? Mon impres- 
sion est qu'ils n'ont pas changé. Nous 
aimerions qu'un de nos confrères nous 
donnât un point de comparaison pour 
conclure à la décoloration ou au mamiien 
de la nuance des cheveux d'une personne 
'"orte. Ex-LiBRis. 



428 



* ¥ 



La question posée soulève un problème 
très délicat et très complexe de chimie 
biologique. Il est impossible de donner 
une réponse précise, mais on peut, en 
se basant sur les données acquises par la 
médecine légale, répondre ceci : 

1" Les cheveux se conservent très long- 
temps, et c'est un signe important à ob- 
server dans la recherche d'identité d'un 
cadavre exhumé. Dans l'enfouissement, 
les cheveux sont placés dans des condi- 
tions d'altérations particulières, par suite 
de la double action des bactéries et des 
insectes sur le corps, et il peut arriver 
que la teinte soit n'odifiée sous l'influence 
de la putréfaction, or on a constaté dans 
certaines exhumations tardives que les 
cheveux *out en étant devenus très fria- 
bles, avaient conservé leur nuance. 

2° Les cheveux conservés sont dans des 
conditions autrement pieilleures pour re- 
tarder la désagrégation de la matière or- 
ganique, et ces conditions sont encore 
plus favorisées si la conservation a lieu 
dans une enveloppe imperméable. Sans 
admettre la pérennité de la conservation, 
ont peut en concevoir une très longue, 
Dans certains hygromètres de Saussure, 
la coloration du cheveu a persisté pen- 
dant de nombreuses années. 

3° En l'espèce qui nous occupe, on 
peut rationnellement admettre qu'après 
cent ans, si les cheveux ont été convena- 
blement conservés ,1a teinte a peuchangé. 

Il est bien évident que cette réponse ap- 
proximative suppose que les cheveux 
n'ont pas subi, du vivant de la personne, 
un traitement chimique pour les colorer 
ou les décolorer, et qu'aucune alTection 
paraçifdire spéciale ne les atteignait. 

Rhamnus. 

* » 

La nature ne crée pas deux choses ab- 
solument semblables 

Deux chevelures ne se ressemblent pas 
plus entre elles que deux personnes. Dans 
une chevelure on rencontre de grandes 
dil^érences, entre les mèches diversement 
situées d'abord, puis entre la base et 
l'extrémité de ces mèches ; enfin dans la 
même mèche on ne trouve encore que des 
cheveux dissemblables. 

Pour répondre d'une manière valable, 
il fiudrait par conséquent examiner ces 
cheveux ettenir compte : i*de leur teinte ; 



DBS CHfiRCHfiURS UT CURIBiOÂ 

429 . _ 



30 Septembre 191 a 



2° de leur race ; 3° de l'endroit de la che- 
velure et de la mèche où ils ont été cou- 
pés ; 4° de leur arosseur ; 50 de leur po- 
rosité ; 6" de l'âge qu'avait la personne 
lorsqu'on les lui a coupés ; 7" de l'époque 
à laquelle ils ont été coupés ; 8" de la 
condition sociale de la personne ou du 
milieu dans lequel elle vivait ; 9° de 
quelle manière et avec quels produits ces 
cheveux étaient entretenus de leur vi- 
vant ; lo" où et comment ils ont été con- 
servés depuis. 

11 serait un peu long et sans doute fas- 
tidieux, pour le plus grand nombre des 
lecteurs, de développer le pourquoi de 
chacune de ces sous questions, dont quel- 
ques-unes s'expliquent d'ailleurs assez 
bien d'elles-mêmes, 

D'une manière générale on peut dire 
que les cheveux coupés changent très peu 
de teinte, même après cent ans, surtout 
s'ils ont été conservés dans un endroit 
tempéré, à l'abri des courants d'air et de 
la grande lumière. S'ils devaient changer 
tant soit peu , ce serait évidemment en 
devenant plus ternes et à peine plus 
clairs, mais non dans le ton clair des 
cheveux vivants. Il existe des tonalités 
spéciales, pour les cheveux coupés depuis 
longtemps. 

On sait que les cheveux plus ou moins 
blonds contiennent plus ou moins de 
soufre, comme les plus ou moins bruns 
contiennent plus ou moins de fer. Ces 
denx produits finissent à la longue par 
s'oxyder sous l'influence de l'oxygène de 
l'air ; de là viennent les légers reflets 
jaunes ou roux que présentent les cheveux 
coupés d'ancienne date. 

On peut même ajouter que l'air, qui 
lentement oxyde la couleur des cheveux 
déchus, finit par désagréger aussi leur 
texture. Ainsi, ceitaines chevelures pré- 
servées pendant plusieurs milliers d'an- 
nées par des sarcophages enfouis dans le 
sable Africain et retrouvées intactes, 
s'etîritent à présent assez rapidement 
dans les vitrines du British Muséum, à 
Londres. On peut voir là, sur un sup- 
port, une perruque Egyptienne datant de 
plus de quatre mille ans, n'ayant rien 
perdu de sa couleur ; mais, sous ses che- 
veux pendants et encore frisés, chaque 
année on recueille dans un bocal voisin 
les parcelles qui tombent de dessèche- 
ment. 



4?o 



Non loin, dans une autre vitrine et da- 
tant de la même époque, se trouve un ca- 
davre humain entier, à la peau nue au 
crâne encore chevelu. Cette chevelure est 
crépue et raccourcie par l'usure; sa teinte 
est encore brune près du cuir chevelu 
mais elle a subi à tel point l'oxydation 
dont il est parlé plus haut, que graduelle- 
ment elle arrive au roux brique vers .les 
pomtes, dont les plus longues n'ont guère 
plus de dix centimètres. 

A Paris, au musée Guimet, on peut 
voir sur les momies de Thaïs et autre-; 
bien moins anciennes il est vrai, des che-^ 
velures ne paraissant pas avoir souffert 
dans .eur longueur qui est très grande 
mais comme on ne les a jamais débarras- 
sées de la chaux et des poussières accu- 
mulées, personne ne pourrait dire de 
quelle couleur elles sont, et encore moins 
de quelle couleur elles furent. 

E. Long. 



irouuailUs tt €unmtén 



L5 duchesse d'Abrantès. Lettre 
iîî édite à Victor Hugo. — Ecrire, tou- 
jours écrire, aura été le lot de cette pro- 
digue à qui laProvidence a ménagé toutes 
les grandeurs et toutes les déceptions. 
Ecrire des romans, écrire des menaces^ 
écrire des lettres. Sa plume incontinente 
n'a pas connu d'arrêt. 

La lettrequ'on va lire et qui se trouvait 
chez Mme Juliette Drouet, fait partie du 
fonds inépuisable de Noël Charavay. Elle 
a été é rite à Victor Hugo. 

Mme d'Abrantès vient d'éprouver une 
fois de plus l'inconstance du cœur ; Bal- 
zac songe à faire une fin. Elle n'est plus 
jeune, elle se débat contre le temps et 
contre la gêne. Elle cherche un nouveau 
personnage illustre. Elle songe à Hugo. 
Elle révérait d'un vo3'age avec lui, en Es- 
pagne. Elle cajole, elle le flatte ; elle le 
prend par son faible. C'est un dieu exclu- 
sif et jaloux : elle sacrifie sur son autel 
Lamartine. Ruse inutile. ' 

Le poète resta de glace. Il avait ses 
habitudes, et son souci de l'économie, le 
gardait des aventures onéreuses. 

La duchesse d'Abrantès s'en consola 

pour s'en repentir — dans les bras d'un 



I 



fjo 134 1 Vol. LXV. 



L'INTBRMED4AIRE 



431 



mauvais sujet : ce fut le dernier rayon de 
ce cœur vagabond, la dernière épine 
d'une couronne de roses, avant la mort 
lamentable, sur un grabat d'emprunt de 
cette descendante des Comnène qui avait 
été la femme d'un conquérant du Portugal 
aux pouvoirs plus étendus que ceux d'un 
roi... 

30 Décembre 1835. 

le sais que vous n'aimez pas ce qu'on peut 
appeler des intrigues, mais je sais aussi que 
vous savez compter sur une amie telle que 
moi. Comment vous ne m'avez pas dil^u'enfin 
vous faisiez l'honneur à l'Académie de vous 
présenter — oui, VJionneur . Je ne le dis 
qu'à vous pour ne pas fâcher ou blesser leur 
orgueil!... et moi qui n'ai pas fini votre 
biographie!... Si l'on pouvait en mettre un 
fragment aux débats comme objet de litté- 
rature ? Je ne leur en demande rien, seulement 
qu'ils le mettent et qu'ils le placent à temps 
et en place opportune à cause de mon atta- 
chement pour vous. Ce serait la partie la 
plus littéraire de l'article. 

Venez donc nie voir, quMl y a longtemps 
que je ne vous ai vu — et Madame Hugo et 
les petits : il me somble qu'il y a des siècles 
que je n'ai aperçu tout ce qui vous tient. 
Quant à vous, mon immortel ami, vous qui 
survivez comme Homère aux siècles et aux 
hommes de notre âge, salut à vous à cette 
fin d'année où vous grandissez encore comme 
le jour vient après ce crépuscule, cette lueur 
incertaine que ^ous avez donnée pour mar- 
raine à votre dernière œuvre. Salut à vous, 
mon immortel ami ! Vous êtes aussi vous 
comme Homère! vous êtes le grand Poëte de 
l'époque... on peut vous traduire dans toutes 
les langues, vous!... partout vous y serez 
grand, partout vous y serez >.ompris!... J'ai 
souvent des luttes, dont au reste je sors 
triomphante. 

Comprenez-vous qu'hier on me disait que 
M. de Lamartine était jaloux de vous I Ja- 
loux de vous, bon dieu... et pourquoi ? et 
de quoi.>a-t-il la prétention d'être poëte? il 
fait des vers, à la bonne heure, voilà tout : 
mais si ce n'est que cela Danglemont rime 
mieux qu'homme de France. Vous allez vous 
récrier. Danglemont et M. de Lamartine ! 
Sans Joute c'est ur: blasphème, mais je ne 
me traîne pas vulgairement sur les traces du 
jugement des autres et je ne m'agenouille pas 
devant M. de Lamartine parce qu'on s'y est 
.ngenouillé. Je le lis — il m'ennuie et je le 
juge. Je ne force personne à prendre mon